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19 September 2018

Thierry ARNULF

HOWTO – Éviter les scans de mails par Yahoo ?

Le 19 September 2018 à 07:40:50

Comment éviter les scans de mails par Yahoo ? Généralités : Les géants du web (GAFAM (01)) ont généralement l’habitude de tracer et de profiler leurs utilisateurs, plus ou moins sans leur consentement. Yahoo n’est pas en reste puisqu’il scanne les … Lire la suite

17 September 2018

april.png Nouvelles April

Data, la bataille du siècle - Futurapolis 2017

Le 17 September 2018 à 16:16:02


G Berry - A Jean - G Koenig - G Grallet - É Gernelle

Titre : Data, la bataille du siècle
Intervenants : Gérard Berry - Aurélie Jean - Gaspard Koenig - Guillaume Grallet - Étienne Gernelle
Lieu : Futurapolis 2017 - Toulouse
Date : novembre 2017
Durée : 58 min 40
Visualiser la conférence
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : copie d'écran de la vidéo
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Qu’elle soit Big ou Open, la data ne cesse de faire parler d’elle. La démocratisation des objets connectés, l’effondrement du coût de stockage et les perspectives de l’utilisation commerciale qu’elle offre ont fait entrer la data dans une nouvelle ère.
Ces données qui savent déjà traquer nos moindres déplacements, achats, et battements de coeur sauront-elles anticiper nos désirs cachés, améliorer notre santé ou décider à notre place ?

Transcription

Présentateur : Avec nous Aurélie Jean, scientifique numéricienne et entrepreneure, cofondatrice de MixR.net. Gérard Berry, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des Sciences, on peut l’applaudir. Gaspard Koenig professeur de philosophie et essayiste. Et rien de moins qu’un fameux duo de choc pour les questionner, à ma gauche Étienne Gernelle — on vous avait présenté comme modérateur, ce qui est surprenant quand on vous connaît un peu — directeur du Point et Guillaume Grallet, pour la caution sérieuse et morale qui est tout au bout, merci Guillaume. À vous messieurs.

Étienne Gernelle : Merci beaucoup Maurice. On est très contents d’être là aujourd’hui avec un panel extrêmement prestigieux et qui n’a pas peur, en plus. C’est parti. On va parler des data et les data c’est quelque chose qu’on voit souvent dans les nuages, un peu partout, mais c’est aussi très concret. Je voulais commencer, avant qu’on rentre dans le dur, le débat, la polémique, la violence, qu’on se demande une question très simple : puisque les data on dit souvent que c’est le pétrole du XXIe siècle, le pétrole ça prend très longtemps à produire, mais les data c’est nous qui les produisons ; alors depuis ce matin, qu’est-ce que vous avez produit comme données vous ? Vous avez forcément produit des données depuis que vous êtes levé ce matin !

Gaspard Koenig : Oui, on a produit plein de données. Moi j’en ai peut-être produit un tout petit peu moins, parce que j’enlève la géolocalisation sur mon téléphone, sur mon smartphone.

Étienne Gernelle : C’est un rebelle Gaspard.

Gaspard Koenig : Je conseille à tout le monde de le faire. Il faut rentrer les adresses à la main mais comme ça, au moins, vous n’êtes pas traçable.

Étienne Gernelle : Aurélie.

Aurélie Jean : Déjà Google Maps, forcément, pour venir jusqu’ici à pied. Donc la géolocalisation qui est forcément traitée, absorbée et j’imagine que les pubs après qui me seront proposés sur Google seront forcément envoyés à ma géoloc. Google, forcément. WhatsApp, Messenger. Donc oui, je pense qu’il y a eu beaucoup de données qui ont été collectées depuis ce matin me concernant en tout cas.

Étienne Gernelle : Bravo ! Vous êtes une bonne productrice de données.

Aurélie Jean : Très bonne productrice, c’est vrai !

Étienne Gernelle : Gérard Berry.

Gérard Berry : L’idée que c’est nous qui produisons les données est une idée qui n’est pas tout à fait juste. Les données que nous produisons nous-mêmes ce n’est rien du tout par rapport aux données qui sont produites pour nous par nos appareils. Par exemple ce matin je me suis servi de mon ordinateur pour faire du courrier électronique et je sais qu’il y a beaucoup de gens qui ont su exactement à quelle vitesse je tapais les touches, quand, où, comment j’écrivais, et qui sont capables de rejouer des sessions que je fais, ce qui est tout à fait scandaleux, mais c’est généralisé. Donc j’ai produit une quantité phénoménale de données rien qu’en faisant ce que je fais d’habitude. Personnellement j’ai décidé que je m’en fichais, mais ce n’est pas forcément vrai pour tout le monde.

Étienne Gernelle : Pardon, question un peu technique, mais est-ce que c’est stocké le rythme auquel on écrit sur un ordinateur ? Comment c’est possible ?

Gérard Berry : Ça ce n’est rien du tout, ça c’est tout petit. C’est la vidéo qui prend de la place, mais comment on tape sur un ordinateur, c’est très facile à stocker, ça ne prend pas de place.

Guillaume Grallet : Il y a une autre question qui nous passionne avec Étienne, hier, au marathon des créatifs, il y a une start-up qui était innovante et, en fait, on avait finalement peu de choses à lui reprocher parce qu’elle disait : « À chaque fois que vous allez faire un achat, on a mis au point un système dans lequel le ticket de caisse, il y a QR Code, vous pourrez le scanner et vous aurez une réduction immédiate sur les futurs achats et, en même temps, le commerçant va récupérer vos données. » Donc il expliquait que c’était une plateforme révolutionnaire et c’est vrai qu’il y a un business modèle assez bon. Ma question, pour l’instant, c’est est-ce qu’on peut récupérer l’usage de ses données ? Je crois, Gaspard, avec votre think tank, vous réfléchissez à une solution assez radicale là-dessus.

Gaspard Koenig : En fait c’est intéressant, parce que pourquoi cette start-up fait ça en passant par les bons d’achat ? Simplement parce qu’elle n’a pas le droit aujourd’hui, dans l’état actuel du droit, de rémunérer les utilisateurs pour les data qu’ils produisent. Donc ils passent par des choses un peu de biais comme les bons d’achat.

Aujourd’hui il n’y a pas en droit, ni aux États-Unis, ni en Europe, de propriété privée sur les données. Les données ne sont pas de nature patrimoniale. J’entends les données personnelles. Parce qu’ensuite, les données qui sont récupérées par les plateformes sont, elles, agrégées ou créées d’ailleurs, et forment des data-bases qui sont, elles, soumises au droit de propriété intellectuelle et qui forment l’essentiel du business modèle des grandes plateformes qui ensuite peuvent les revendre y compris à des institutions publicitaires qui, Aurélie l’a dit, vous « retargettent » et vous proposent les produits que vous êtes censé vouloir.

Le grand vol dans tout ça — ce n’est pas grave, c’est une industrie nouvelle, ça fait dix ou vingt ans ; la révolution industrielle on a mis des dizaines d’années pour produire le brevet, la propriété intellectuelle que cette révolution appelait. De même je pense que la révolution numérique appelle la création d’un droit de propriété sur la data et sur la data personnelle. Parce qu’aujourd’hui, on dit c’est le pétrole du XXIe siècle, mais le producteur du pétrole, le raffineur du pétrole, il se fait de l’argent avec la valeur ajoutée qu’il apporte, c’est normal, mais le producteur primaire du pétrole, qui est vous et moi, vous n’êtes pas rémunérés, vous n’êtes pas payés par Google, vous n’êtes pas payés par Facebook. Or, quand vous sortez de chez vous, vous fermez la porte de votre appartement ; si vous oubliez votre portefeuille dans un magasin vous allez le chercher ; si quelqu’un l’a volé, vous allez porter plainte. Vous avez des objets qui sont à vous, que vous protégez. Pourquoi est-ce qu’il n’en serait pas de même des data ?

On va me dire « oui mais les data vous offrent un service gratuit » ; c’est ce que dit Tirole d’ailleurs dans son livre : quand vous utilisez Google, vous utilisez un service donc si vous laissez vos data, en un sens c’est un échange. Oui, mais c’est un échange très collectiviste puisque c’est le même pour tous. Quelle que soit la valeur des data que vous apportez à Google, vous n’avez absolument pas le choix, vous cliquez simplement sur des terms and conditions que vous ne comprenez pas. À titre d’exemple, les terms and conditions de Paypal sont plus longues que Hamlet et beaucoup moins amusantes à lire. Et dans l’hypothèse même que vous les ayez lues, vous n’allez certainement pas les négocier. Je ne sais pas si vous vous rappelez que récemment il y avait eu un scandale, il y a un an, parce que Facebook avait modifié les posts que recevaient un certain nombre d’utilisateurs en leur donnant à voir des choses négatives. Conclusion de l’étude c’était : quand les gens voyaient des messages négatifs ils devenaient plus tristes. Il ne fallait pas être un grand génie pour trouver ça ! Donc les gens ont protesté, mais le plus intéressant et le plus scandaleux c’est qu’en fait Facebook avait le droit de faire ça ; parce que dans les terms and conditions, que vous n’avez pas lues, vous laissez à Facebook le droit d’utiliser vos data, y compris sur vous-même, pour toute fin de recherche qu’il juge nécessaire.

Donc face à ça, face à ce nouveau problème des communs qui est que nos data sont pillées, sont dans la nature, évidemment, les gens s’en rendent compte, il y a plusieurs grandes options de politique publique qui apparaissent et qui, en fait, remettent au goût du jour les vielles philosophies politiques qui ont quelque chose à dire sur ce problème des data.

Vous avez l’option communiste qui est de nationaliser la donnée, et elle est discutée puisque quand Pierre Bellanger parle de souveraineté numérique, il a ça en tête. Il dit l’État, finalement, ramène toutes les données, les anonymise et ensuite les redistribue.

Vous avez l’option qui est aujourd’hui adoptée par les régulateurs européens et aussi français, par la CNIL, par le prochain règlement GDPR [General Data Protection Regulation], qui est un système de droits et d’obligations, ce qu’on appelle le droit personnaliste. C’est-à-dire vous avez le droit de savoir quel algorithme a utilisé vos données bancaires par exemple ; vous avez le droit à l’oubli. À l’inverse, les plateformes ont l’obligation de proposer des algorithmes qui ne prennent pas en compte votre historique recherche, etc. Ce sont des droits et des obligations qui vont être extrêmement compliqués, qui vont judiciariser les processus, qui vont probablement freiner l’innovation et qui vont coûter énormément aux entreprises.

Vous avez une troisième option, ce n’est pas moi qui la propose, déjà Jaron Lanieraux États-Unis a beaucoup travaillé là-dessus, le think tank que je dirige est en train de faire un rapport avec des gens qui s’y connaissent mieux que moi.

Étienne Gernelle : Génération libre.

Gaspard Koenig : Génération libre. Pour comprendre comment économiquement, juridiquement, ça peut tenir la route. C’est de créer un droit de propriété sur la data qui fait que via des intermédiaires qui se créeront, chacun peut vendre à ces plateformes ses data selon un prix qui sera un prix de marché. C’est-à-dire qu’il vous dira moi j’abandonne toutes mes data à Facebook par exemple, en échange j’ai le maximum ; ou moi j’utilise Facebook sans lui donner mes data, donc je paye, je paye le prix, c’est normal parce que je crée une externalité négative pour la plateforme ; ou bien je les cède mais, par exemple, avec des conditions : sans qu’il cède à des tiers, sans que ceci cela et, à ce moment-là, il y a un prix qui sera négocié. Chacun aura une sorte de compte intelligent avec des flux permanents de crédit et de débit sur l’utilisation qui sera faite de ses data et, me dit-on techniquement, la blockchain — c’est le mot magique qui permet de tout résoudre — permettrait d’y arriver.

Pourquoi ça ne se fait pas aujourd’hui ? Je ne vais dans les détails, mais ça serait intéressant d’en parler, pourquoi ça ne se fait pas aujourd’hui, quelle est la résistance philosophique profonde ? La résistance philosophique profonde, qui est clairement expliquée par le Conseil d’État dans son rapport de 2014 sur le numérique, qui est un texte très intéressant qui traduit toutes nos névroses, le problème philosophique profond c’est que la data est considérée par les juristes, par nos gouvernants, comme l’émanation de soi, les données personnelles. Or le soi, depuis le droit romain, le soi est un sujet, n’est pas un objet ; le soi n’est pas patrimonial : je ne peux pas vendre mon corps, je en peux pas vendre mes organes, je ne peux pas vendre mon cadavre ; même si d’ailleurs les hôpitaux les revendent ensuite à des chirurgiens, c’est le même problème finalement pour la data. Mais bon !

Donc vous avez un article 16-5 du Code civil qui dit « le corps n’est pas à vendre ». Puisque je ne peux pas marchandiser mon corps, c’est le même débat que sur la GPA [Gestation pour autrui], je ne peux pas marchandiser ma data. Et comme je ne peux pas la marchandiser eh bien, en fait, je me laisse piller. Alors que si on va jusqu’au bout de la logique de la modernité, jusqu’au bout de la logique de Locke qui est le premier à avoir posé que « je m’appartiens à moi-même », I own mysef, contre la logique judéo-chrétienne qui voulait que nous ne soyons que l’usufruitier de notre propre corps qui, in fine, appartient à Dieu et reviendra dans son royaume, si véritablement nous sommes dans un monde immanent où personne d’autre que moi ne peut être propriétaire de moi-même, eh bien oui, il faut poser un droit de propriété de soi sur soi, dont la conséquence logique sera aussi d’avoir un droit de propriété sur les data.

Tout ça, ce sujet de la patrimonialité des data, nous ramène à des options philosophiques profondes sur l’avenir de nos sociétés, parce que si vous substituez au sujet de droit romain la propriété de soi sur soi, vous chamboulez un certain nombre de systèmes juridiques et économiques et je pense que ça ce sera l’avenir, ça sera la grande question du siècle qui vient, avec les bio tech et tout ça.

Étienne Gernelle : À propos de résistance philosophique aux religions, est-ce que vous avez une résistance philosophique à ce que vient de dire Gaspard ?

Aurélie Jean : Je trouve l’idée très intéressante, cette idée de vendre de la donnée qui du coup n’est pas anonyme, qui est rattachée à une personne, un individu, une identité. En fait, j’ai quelque d’autre en plus de ça, que je trouve intéressant, c’est de rendre la donnée anonyme et de la rendre ouverte à tous, qui sont deux choses qui peuvent, pour moi, vivre en parallèle mais qui n’ont pas le même but. C’est-à-dire que ce que propose Gaspard est une manière, en fait, de développer un business modèle beaucoup plus juste et qui va peut-être s’auto-équilibrer de la donnée. À l’heure actuelle, il faut quand même s’en rendre compte, le marché de la donnée est un marché unilatéral ; il faut quand même s’en rendre compte ! D’ailleurs je le dis souvent aux gens. Quand aux gens je demande : « Quel est selon vous le client de Facebook ? », ils disent : « Eh bien c’est moi. » Je fais : « Non, ce n’est pas toi ! C’est le mec qui achète de la pub ». Et les gens ne s’en rendent pas compte. Donc c’est intéressant.

Moi, pour la donnée, en fait, j’aime beaucoup cette idée, parce qu’encore une fois ça remet à plat un business modèle qui a été fait de façon assez violente, assez rapide, et par des gens qui n’avaient pas forcément, peut-être, de bonnes idées à la base. Après, en parallèle de ça, je suis pour rendre la donnée anonyme et ouverte à tous. Ce serait un moyen aussi d’arriver à tacler, quelque part, les challenges techniques liés à la donnée tels que les biais, enfin tu sais exactement, voilà.

Guillaume Grallet : Ouais, on va en parler tout de suite. Monsieur Berry vous avez une expression que j’adore, vous dites qu’il faut s’emparer des problèmes avant qu’ils ne soient contrôlés par les autres. Est-ce que vous êtes d’accord avec l’approche de Gaspard ? Est-ce que vous pensez que c’est réalisable ?

Gérard Berry : Je suis d’accord avec l’approche à la base ; que ce soit réalisable, là, je pense que ce n’est pas du tout forcément vrai, de même que l’anonymisation parce qu’il y a des freins absolument majeurs qu’il faut bien connaître.

D’abord on a plusieurs problèmes sur le sujet. Il y en a un qui est absolument massif en ce moment, vous le suivez peut-être, qui s’appelle la sécurité informatique. Quand on se fait voler ses données en grand, ce qui arrive mais alors de façon triviale ! eh bien là, toutes les lois ne servent plus à rien, je dirais. Je donne deux exemples simplement :
Equifax, organisme de certification du crédit numéro 1 aux États-Unis, s’est juste fait voler 145 millions de données ; les données personnelles de 145 millions de clients aux États-Unis et probablement de 40 millions en Angleterre ; l’intégralité, c’est-à-dire le nom, l’adresse, le numéro de téléphone, le numéro de compte en banque et tout ça. Ce n’est pas anodin ! Ils ont mis plusieurs mois à le dire.
Uber vient de se faire voler les données, ne vient pas de se faire voler, vient d’admettre qu’il s’était fait voler en juillet les données de 57 millions de comptes, dont peut-être le vôtre, et, pour l’instant, ils ne se sentent pas obligés de dire de qui c’est.

Pour l’instant les gens sont rentrés dans le mou, parce que je ne sais qui dans cette salle a appris dans sa jeunesse quoi que ce soit sur l’informatique. Je pense qu’un médecin qui va être confronté à l’informatique tout le temps a eu exactement zéro seconde de formation sur le sujet. Donc, comme les gens ne comprennent pas le sujet, que les conditions générales d’utilisation, les fameuses CGU, sont de toutes façons incompréhensibles, qu’il faut juste cliquer dessus — avant il ne fallait même pas cliquer dessus, il fallait cliquer dessus si on ne les voulait pas, mais que de toutes façons ça ne marchera pas si on ne clique pas dessus — tout ça n’a aucun sens réel. D’accord ? Le premier obstacle c’est le maintien de l’ignorance. C’est-à-dire qu’on peut discuter très bien ; on dit on va protéger les données, il faut juste admettre qu’on ne sait pas faire ça.

L’anonymisation. Ah ! C’est un très vaste sujet ! Eh bien il n’est pas clair qu’on sache faire ça. Je donne un exemple. Les médecins ont besoin des données génomiques pour faire des très grandes études de big data. Pour le coup, les données génomiques ne sont pas trop fausses, parce qu’il ne faut pas oublier que les données sont largement fausses dans la nature.

Guillaume Grallet : Ça c’est un vrai sujet.

Gérard Berry : Par exemple quand on dit on va lire la littérature sur le cancer, comme fait Watson, la littérature médicale, il ne faut pas oublier que les médecins pensent qu’il y a environ au moins 25 % des papiers qui sont foireux, donc il faut faire attention.

Étienne Gernelle : Il faut nettoyer les données frelatées alors ?

Gérard Berry : Nettoyer les données c’est compliqué ! On est dans un monde qui est quand même difficile. La sécurité c’est difficile. Ce n’est pas que les gens sont spécialement mauvais, c’est que le problème est dur ; on ne sait pas vraiment le résoudre à l’heure actuelle. Donc l’anonymisation, c’est gentil, je ne sais pas comment on va faire pour anonymiser mon génome. Je pense qu’on sait me reconnaître.

Aurélie Jean : Vous avez entièrement raison, d’autant plus lorsqu’on s’intéresse à des données qui caractérisent votre identité. Ça je suis d’accord ; quand on s’intéresse à des données qui caractérisent votre identité.

Gérard Berry : Oui, mais regardez ça.

Aurélie Jean : Il y a déjà, je pense, un large panel de data qu’on peut rendre anonymes et qui nous permettent peut-être de mieux avancer sur ses propres données.

Gérard Berry : Ça c’est loin d’être sûr, parce qu’on sait croiser beaucoup de choses, donc quand on donne des données. Voilà ! Par exemple si on veut faire des statistiques médicales et qu’on dit on va enlever la date de naissance des gens, eh bien perd une information majeure, donc c’est difficile.

Aurélie Jean : Vous avez entièrement raison. Ce n’est pas assez. Vous avez entièrement raison et la médecine, je pense que c’est le cas le plus critique où, en fait, si on écarte les données ethniques, le genre, le sexe, on écarte complètement une donnée qui peut-être importante pour l’analyse en fait a posteriori des données.

Gérard Berry : Et puis je pense qu’il n’est pas très dur à l’heure actuelle, mais ce n’est pas fait parce que les gens ne veulent pas le faire, de faire une application qui, quand on arrive sur un clavier quelconque, dit : « Who am I ? », et qui répond : « Vous êtes Gérard Berry. » Je pense qu’on saurait faire ça, donc l’anonymisation ce n’est pas facile.

Aurélie Jean : En fait, quand je parle de rendre les data anonymes, c’est de ne pas affecter la donnée à une identité. C’est-à-dire Gaspard, on peut connaître tes données, à savoir que tu es un homme de tel âge — je ne dirais pas ton âge, je ne connais pas ton âge, je ne veux vexer personne !

Gaspard Koenig : Il est jeune ! Google le connaît !

Aurélie Jean : De telle nationalité, telle profession, mais ce ne sera pas Gaspard.

Gérard Berry : C’est très facile à croiser avec des tas d’autres.

Aurélie Jean : La corrélation est très facile, mais ça demande un effort supplémentaire.

Gérard Berry : Il faut vraiment analyser ce problème en détail, en grand, et c’est un problème technique, ce n’est pas qu’un problème philosophique. Il faut faire les deux en même temps, ce que vous faites de toutes façons, il faut faire les deux en même temps et ne pas penser qu’il suffit de décider de faire quelque chose pour que ce soit fait. C’est difficile.

Aurélie Jean : Complètement.

Étienne Gernelle : Gaspard n’est pas difficile à reconnaître, parce que, en France, il est le seul à peu près à penser ce qu’il pense.

Gaspard Koenig : Sur le problème de l’ouverture des données, de l’open data, faut-il être anonymisé ?, moi je reste extrêmement prudent, je me méfie énormément notamment des algorithmes qui, pour le coup, sont classés secret Défense, qui désormais, vous le savez, c’est l’article 2 de la loi renseignement, filtrent l’ensemble des metadata qui émanent des opérateurs téléphoniques français ; la NSA le faisait déjà pour les États-Unis depuis longtemps. Donc aujourd’hui, vous avez quand même une mainmise extrêmement inquiétante du pouvoir central, des GAFA aussi, mais aussi du pouvoir politique sur l’ensemble de nos données. D’ailleurs, dans ce rapport du Conseil d’État que je mentionnais, il faisait l’hypothèse de la patrimonialité des data, ce que je viens de vous dire, c’est quelque chose qui est étudié et il disait : « Oui mais quand même, ça serait très embêtant s’il y avait la patrimonialité des données parce le fisc et la police devraient justifier l’utilisation qu’ils font des data des utilisateurs. »

Et c’est ça qui est intéressant dans ce système de patrimonialité, c’est que si pour des raisons d’intérêt général — santé, police, fisc, etc. — vous voulez ouvrir les données, aujourd’hui vous ne vous justifiez devant personne à peu près. Avec un système de propriété privée, vous devrez justifier de quoi ? D’une expropriation ou d’une mise à disposition, qui est un sujet juridique qui existe, comme les lignes de train qui vont passer dans votre jardin parce que c’est d’intérêt général. Et du coup, c’est le juge judiciaire qui pourra contrôler que cette expropriation est proportionnelle à l’intérêt général recherché.

Donc au lieu de prendre toutes les données comme ça d’un coup en disant « oui, mais ne vous inquiétez pas, c’est pour l’intérêt général », s’il y a de la propriété privée des data les gens pourront dire « attendez, est-ce que vous êtes bien sûr que ce que vous faites est proportionnel, mesuré, etc. ? » Et c’est le juge judiciaire, j’insiste, et pas administratif, qui ira regarder ce qui se passe.

Donc ce système de droit de propriété, remettre le droit de propriété au centre du sujet de la data, a des conséquences sur la rémunération, mais a aussi des conséquences sur, par exemple, l’open data, et donc vous pouvez repenser, en fait, l’éthique de la data à travers le transfert des droits de propriété.

Étienne Gernelle : Sur le contrôle de la data par les citoyens.

Aurélie Jean : Et je pense qu’au-delà de la data, d’ouvrir la data, pour reprendre en fait la théorie de Tijmen Schep qui est un data scientist néerlandais et un grand activiste de la data et de la protection des données — je pense qu’il t’intéresserait énormément — et en fait il dit lui que au-delà des données, il faudrait ouvrir les algos ; je m’explique. C’est-à-dire que lui il considère, et il cite Deleuze pour ça donc c’est très intéressant, qu’il y a les lois et puis au-dessus il y a les choses un peu plus élevées qui vont conditionner nos actes quotidiens, qui est une morale religieuse, laïque, peu importe, mais il y a quelque chose. En fait, il dit : « Les textes de loi sont des choses qui sont complètement ouvertes. Personne n’est censé ignorer la loi parce que, quelque part, c’est ouvert. »

Étienne Gernelle : Ne peut ne pas la connaître.

Aurélie Jean : Ne peut. Voilà. Oui. Et en fait, lui ce qu’il dit c’est parce que les algorithmes, en fait, quelque part, recréent le tissu social de demain ce serait normal que les algorithmes publics ou privés — on en parlait avec Gérard Berry ce matin en disant que les algorithmes publics étaient déjà, on était obligé de les rendre publics — soient, doivent en fait, être accessibles par tous. Donc je trouve ça, en fait, très intéressant, d’autant plus que lorsqu’on dit ça à quelqu’un les gens pensent que l’algorithme c’est la clef, c’est un peu le pétrole, le cœur du pétrole en fait du business modèle de toutes les entreprises tech.
En fait, pas vraiment, parce qu’il y a la data, il y a l’algorithme et puis il y a ce qu’on en fait, l’implémentation dans le code informatique qui va définir quelque part aussi la réponse, la performance. C’est cette implémentation qui est vraiment un enjeu pour les entreprises. La preuve : des boîtes comme Google et Facebook publient dans des revues scientifiques leurs algorithmes. C’est intéressant. Je n’ai pas encore d’avis fort là-dessus, mais j’aime beaucoup cette idée de paralléliser, de mettre face à face les textes de loi et les algorithmes qui créent, en fait, le tissu social de demain et notre place dans la société, à chacun.

Étienne Gernelle : C’est l’histoire de la révélation dans les Tables de la loi.

Aurélie Jean : Voilà !

Guillaume Grallet : Il y a un autre aspect sur lequel on voulait vous entendre Aurélie, c’est sur les biais qui peuvent être utilisés par les algorithmes. C’est-à-dire qu’un algorithme n’est pas neutre, en fait.

Aurélie Jean : Oui. Mais je dis aussi souvent que les algorithmes ne sont pas coupables. C’est-à-dire qu’en fait ce qui se passe c’est que lorsqu’on parle de données — et c’est pour ça que l’open data c’est quelque chose auquel je suis très sensible parce que ça permettrait de minimiser les biais, je pense —, ces données vont nous servir à faire de l’analyse par un algorithme qu’on aura choisi et qu’on aura implémenté dans un code de calcul pour avoir une réponse, une prédiction, en tout cas une tendance.
Et ce qui se passe dans ces données, c’est qu’en fonction du type de données que vous allez choisir, que vous allez sélectionner, vous allez sûrement avoir des réponses différentes ; on parle d’échantillonnage. Et, en toute rigueur, lorsque vous faites un calcul, vous devez le faire sur plusieurs échantillons de tailles différentes, de natures différentes, pour pouvoir définir ce qu’on appelle la représentativité de l’échantillon et pouvoir faire un statement, de dire « mon échantillon est représentatif, il n’y a pas de biais ».
Dans la réalité, c’est beaucoup plus compliqué que ça. Et l’intelligence artificielle, en plus de ça, va, quelque part, renforcer, est un amplificateur des conséquences de ces biais pour la simple et bonne raison que l’on va développer des algorithmes qui vont être entraînés sur des données. Le biais initial des données va renforcer, en fait, ce que j’appelle la discrimination technologique à la fin du produit en sachant que certains utilisateurs vont être écartés de l’utilisation d’un produit parce que leur data n’aura pas été considérée en entrée. Donc l’open data c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup pour ça parce que je pense, j’espère en tout cas parce que ce n’a pas été testé complètement encore, qu’en fait, en ouvrant les données, ça veut dire qu’on aura beaucoup moins de contrôles sur la source, les gens pourront mettre leurs données, n’importe qui. Et on a aussi cette grande question de nos confrontations à l’aveugle, de benchmark où, en fait, les gens vont pouvoir aller prendre des données, les tester eux-mêmes. Les chercheurs le font, il y a eu un test très intéressant dans la ville de New-York pour ça où, en fait, la ville de New-York a une énorme plateforme d’open data où les gens vont mettre leurs données et les gens vont chercher des données pour les traiter, les analyser et on a vu des incohérences ; on a vu des biais, des incohérences, des mauvais fonctionnements dans la ville de New-York grâce à ça.
Donc je crois beaucoup à l’ouverture pour minimiser les biais et donc minimiser les discriminations technologiques.

Gaspard Koenig : Mais le problème c’est où est-ce que tu places le curseur de considérer que cette data est d’intérêt général ou non.

Aurélie Jean : C’est ça qui est compliqué.

Gaspard Koenig : Le problème de tous ces algorithmes c’est que, finalement, tu peux dire que tout est d’intérêt général.

Aurélie Jean : Bien sûr !

Gaspard Koenig : Par exemple réduire la consommation d’électricité globale, c’est d’intérêt général. Donc est-ce que ça justifie que j’ai obligatoirement un compteur Linky dans ma maison, qui fait que je suis lié au réseau en permanence, qu’on sait en permanence quelle est ma consommation d’électricité ? C’est optimal pour le bien-être du groupe mais c’est complètement intrusif.

Aurélie Jean : Tu as entièrement raison. Je comprends. En fait, quand tu dis ça, je dis beaucoup que tous les scientifiques et tous les développeurs ont, pendant très longtemps, fonctionné de façon logique. C’est-à-dire qu’on essaie d’avoir un raisonnement logique sur ce qu’on fait. Et je pense qu’on va tendre vers un fonctionnement analogique où on va devoir fonctionner par comparaisons, on va devoir s’ouvrir pour justement, exactement ce dont tu parles là : les scientifiques, les développeurs doivent se poser ces questions. Et ça va être un long processus. On est dans une vraie transformation de la discipline elle-même, de la manière dont on la réfléchit, dont on l’appréhende.

Guillaume Grallet : Gérard Berry qui voulait réagir.

Gérard Berry : Je crois que la publication des données et des algorithmes c’est un sujet important, mais il ne faut pas se leurrer, il y a des gradations. Par exemple les algorithmes de l’État doivent être publiés, c’est officiel. Des fois il y a de la résistance. Pour APB, le fameux algorithme APB [Admission Post-Bac ], il a fallu le tribunal administratif.

Guillaume Grallet : Qui était une catastrophe ; il faut les choses !

Gérard Berry : Mais l’algorithme n’est pas tout. D’abord il y a trois choses. On utilise des mots beaucoup trop faibles. Par exemple on parle de data sans algorithme, ça n’existe pas, ça ne fait rien la data sans l’algorithme, les données pardon, sans l’algorithme, ça ne fait rien !

Aurélie Jean : Vous avez raison.

Gérard Berry : La donnée souvent on ne la connaît pas bien, souvent elle n’est pas propre, en plus c’est compliqué à nettoyer, mais les algorithmes eux-mêmes il y a trois cas :
il y a ceux qui sont publiés, il y en a beaucoup qui sont publiés, y compris par les GAFA ;
il y a ceux qui sont complètement secrets, c’est-à-dire privés, à des sociétés
et puis il y a des intermédiaires. Les intermédiaires sont intéressants.

Par exemple les algorithmes qui font voler les avions sont certifiés — moi je le sais parce que nous on fabrique les outils pour faire ces algorithmes. Ils sont certifiés, ça veut dire que les avions d’Airbus ce n’est pas seulement Airbus qui décide qu’ils sont aptes à voler. Ce sont des organismes de certification internationaux, avec des méthodes très strictes qui peuvent être bien améliorées scientifiquement mais qui sont très strictes, et il y a peut-être des ingénieurs de Boeing qui vont vérifier les algorithmes d’Airbus. Ce n’est pas pour ça que c'est public, mais c’est très bien analysé, etc. Donc il y a des gradations. Et sur la sécurité c’est un peu pareil. Il y a des algorithmes de sécurité dans le monde et les gens disent : « Mais les algorithmes open, ouverts, sont meilleurs en sécurité », la réponse n’est pas forcément « vrai ».

Aurélie Jean : Ce n’est pas forcément vrai.

Gérard Berry : Ce n'est pas forcément vrai. On a trouvé des bugs absolument massifs dans des algorithmes de Linux tout à fait publics, qui ont déjà été scrutés. Le sujet est super dur, c’est ça qu’il faut comprendre, il ne suffit pas de décider pour y arriver.
Donc il faut trouver des bons moyens et des bons termes. Par exemple, un cas qui me déplaît profondément et là j’en ai plein, si vous lisez mon bouquin vous allez voir des pages de bugs absolument toxiques dans les automobiles, et le grand combat des constructeurs de l’automobile c’est de faire qu’il n’aient pas de certification. En fait, je pense que Renault, Peugeot et tout ça n’ont pas d’idée de ce qu’il y a dans leurs propres voitures, parce qu’ils n’ont pas forcément accès à ce que font leurs sous-traitants. Donc là, on est devant des problèmes qui sont dangereux parce que les voitures ça tue beaucoup plus que les avions, il ne faut pas oublier, et que là, désolé, l’informatique n’est pas de bonne qualité et personne ne s’en occupe.

Je vous en cite un quand même pour voir. Les pacemakers ont été analysés par une boîte de sécurité aux États-Unis ; pacemakers ce n’est pas rien ! Ils ont pris des pacemakers des quatre plus grands fabricants américains, ils les ont regardés de près, ils ont trouvé qu’il était très facile de pirater des pacemakers ; plus précisément que chaque pacemaker a des milliers de trous de sécurité, ce n’est pas tout à fait rien ! connus d’ailleurs à peu près tous. Les fabricants ont dit : « Ce n’est pas possible pour n’importe qui de le faire parce que la machine pour le faire, il n’y a que les médecins qui l’ont. » Les autres ont répondu : « On les a achetées sur eBay. » Voilà ! Donc la situation n’est pas très bonne parce que l’ignorance règne. Il faut s’occuper de ces problèmes. Et pour s’occuper de ces problèmes, je dirais, il ne suffit pas de lire les journaux, il faut se renseigner vraiment dessus.

Étienne Gernelle : Il faut lire les journaux quand même.

Gérard Berry : C’est bien de lire les journaux, ça commence.

Aurélie Jean : Je voulais parler de quelque chose qui me touche quand vous parlez d’ignorance, ça me touche beaucoup. Moi je crois que tout le monde doit comprendre un minimum ce qui se passe et comprendre les tenants et les aboutissants. La passerelle, pour moi, c’est de comprendre la technologie, d’avoir une plus grande culture scientifique là-dessus et je pense que c’est quelque chose qui devient de plus en plus critique. C’est-à-dire qu’on doit devenir ce que j’appelle des utilisateurs éclairés des technologies, on ne doit pas seulement utiliser une technologie de façon aveugle, parce qu'on doit se rendre compte, en fait, de comment ça fonctionne, des biais bien évidemment, et ça, vraiment pour moi c’est quelque chose de profond si on veut aussi avancer et que tout le monde puisse faire avancer le débat sociétal sur ces sujets.

Guillaume Grallet : Ce qu’on appelle en bon français la digital literacy. Il y a le débat sur ce qu’il faut rendre public ou non ; il agite au cœur même des GAFA. J’ai été assez surpris, à l’intérieur même de Facebook il y a une vraie querelle quasiment idéologique entre Yann LeCun, le grand chercheur universitaire qui s’occupe de l’intelligence artificielle, un Français qui est basé à New-York, qui lui rend la quasi-totalité de ses recherches disponible sur Archive et puis une personne comme Regina Dugan, qui a été embauchée par Facebook et qui vient de la DARPA et qui, elle, ne rend rien disponible, rien public.

Étienne Gernelle : La DARPA [Defense Advanced Research Projects Agency], Guillaume, on précise c’est le département de recherche.

Aurélie Jean : De l’armée.

Étienne Gernelle : De l’armée américaine.

Guillaume Grallet : C’est vraiment très intéressant parce que c’est un débat qui nous agite. Je voulais juste reposer une question à Gaspard : si on arrive à reprendre le contrôle de nos données, cette fameuse propriété, est-ce qu’il n’y aura pas une dichotomie entre les données des riches, les données des pauvres ? C’est-à-dire est-ce qu’il n’y aura pas une inégalité par rapport à tout ça ?

Étienne Gernelle : Il n’y a que les riches qui vont garder leurs données et les pauvres qui vont les vendre.

Gaspard Koenig : Non ce seront des choix, des arbitrages de consommation. Effectivement si vous voulez payer, vous devrez payer pour votre privée ça c’est clair, pour garder votre vie privée. Ensuite c’est un arbitrage de consommation de savoir si oui ou non on est prêt à payer. Ensuite, savoir si les revenus sont également distribués dans la population, c’est une autre question qui n’a rien à voir avec notre sujet.

Deuxièmement, je reprends l’exemple de la voiture, qui est quand même intéressant sur l’idée patrimoniale des données, je ne peux plus acheter une voiture aujourd’hui, d’ailleurs c’est pour ça que je garde ma vieille voiture, je ne peux plus acheter une voiture non connectée aujourd’hui ; c’est impossible. Vous achetez une voiture, vos données, votre vitesse de freinage, tous vos déplacements, toutes vos infractions au code de la route, etc., sont immédiatement envoyées à Volkswagen ou à Tesla qui peut réguler ses systèmes en fonction. Moi je veux pouvoir, quand j’achète une voiture, payer davantage pour garder la propriété des données qui seront produites par cette voiture et pouvoir quand je veux me connecter au réseau pour dire là j’ai un problème, là il y a un accident, etc. Ou à l’inverse, payer moins cher ma voiture — mais ce sera pareil avec les assurances santé — parce que j’accepte que le constructeur utilise mes data comme il le souhaite.

Mais sur les riches et les pauvres, ça ré-ouvre cette question des riches et des pauvres. Votre valeur par rapport aux data et aux plateformes n’est pas liée à votre niveau de richesse. Il est lié à ce que vous entendez partager de votre environnement quotidien. Je prends un exemple : Waze, on reste dans les transports, vous savez la plateforme d’optimisation du temps de trajet : vous dites où vous voulez aller et on vous donne le trajet le plus court qui est renseigné par les géolocalisations des autres utilisateurs. Je ne peux pas utiliser Waze sans accepter de fournir ma géolocalisation ; c’est comme ça que je rémunère Waze aujourd’hui. Mais le problème c’est que Waze offre le même service à moi qui utilise ma voiture toutes les trois semaines et qui donc ne lui apporte rien et à un chauffeur de camion qui utilise Waze 8 heures par jour et qui donc a une valeur énorme pour Waze. Si vous avez une patrimonialité des data, le chauffeur de camion sera rémunéré bien davantage que moi pour utiliser la plateforme. Et à l’inverse, moi je pourrais payer pour pouvoir utiliser Waze sans fournir ma géolocalisation.
Chacun pourra arbitrer ses choix, mais, encore une fois, notre valeur correspond à l’environnement dans lequel on est et à l’intérêt de cet environnement pour telle ou telle plateforme, mais pas du tout forcément à notre niveau de vie, à notre catégorie socioprofessionnelle.

Étienne Gernelle : La question c’est est-ce qu’on a le niveau ? Moi si on me demandait ce matin « arbitre entre ce que tu veux donner et ne pas donner », je ne suis pas sûr d’en être capable.

Aurélie Jean : D’où l’éducation ; c’est-à-dire qu’on doit sortir de l’ignorance.

Gaspard Koenig : Aujourd’hui tu cliques sur des conditions d’utilisation que personne n’est capable de lire. Ça ne peut pas être pire, déjà ! Et deuxièmement, je pense que quand il y a aura un peu d’argent en jeu, je m’excuse d’être cynique, l’éducation va se faire beaucoup plus vite. C’est-à-dire que quand les jeunes vont s’apercevoir que tout d’un coup ils peuvent toucher 100 euros pour être sur Facebook, ils vont se dire « tiens, mais en fait ça avait de la valeur ce truc ! » Donc ils vont très vite comprendre que ça a de la valeur et ça aura un effet éducatif très fort, un effet de prise de conscience très fort.
Et ensuite, sur la négociation des contrats avec les grandes plateformes, il est évident que si on met ce système en place il y aura des grands intermédiaires qui vont se créer, comme les sociétés de gestion des droits d’auteur en fait, pour le droit de la propriété intellectuelle et qui vont dire « moi je prends 50 millions d’utilisateurs, je les négocie avec Facebook et ensuite je vous fais à chacun un smart contrat en fonction de vos propres termes » ; chacun ne va pas aller négocier avec les géants, bien sûr.

Étienne Gernelle : Gérard Berry.

Gérard Berry : Sur le principe je suis d’accord, mais malheureusement ça risque de n’être pas si simple. D’abord parce que j’aimerais bien savoir qui, dans cette salle ou ailleurs, a conscience de ce qui se passe. Par exemple Gaspard dit : « Moi je ne veux pas une voiture connectée. » C’est pas de chance, parce que son téléphone fait déjà ça. Il n’y a pas besoin de la voiture pour savoir comment il conduit, le téléphone fait déjà ça. Donc n’achetez pas un Android parce que Android, quand vous ouvrez le GPS sur quelqu’un, vous l’ouvrez sur toutes les applications, donc n’importe qui peut lire.
Par ailleurs, comment un juge va-t-il savoir qui fait quoi. Ça, ça va être assez dur. Déjà qu’un juge comprenne un code, ça ne s’est pas fait. Non mais c’est vrai !

Étienne Gernelle : Est-ce qu’il y a un juge dans la salle ?

Gérard Berry : Il y a déjà pas mal de cas ; j’ai participé à des cas, c’est assez rigolo, mais c’est extrêmement compliqué. D’autre part le code change tout le temps ; on n’arrête pas de vous faire des mises à jour, donc vous ne savez même pas quelle version vous aviez du code quand vous faisiez le machin. Donc ça va être extrêmement compliqué à identifier qui fait quoi, quand.
Par exemple quand je dis que — on a un peu les infos — mettons il y a une soixantaine de sites qui regardent comment vous tapez sur votre clavier, qu’est-ce que vous tapez, qui sont capables de faire des replay, moi, à l’heure actuelle je n’ai pas le moyen de savoir qui c’est. OK ! Et on n’a pas la techno pour savoir qui c’est. Donc la chose entre ce qu’on envie de faire, avec laquelle je suis totalement d’accord, et le fait qu’on va arriver, avec des gens qui sont invérifiables, des codes qui viennent de pays dans lesquels on n’a aucun droit, qui changent tout le temps, ça va être difficile ! Ça va être difficile !

Aurélie Jean : Je comprends, mais je pense qu’il faut aussi, peut-être, entrer dans cette phase d’expérimentation, même à petite échelle d’ailleurs. C’est marrant, parce que dans l’histoire de l’humanité à chaque fois qu’on a parlé de vendre quelque chose on parlait aussi, systématiquement en premier, des dérives mercantiles. Je pense que tu dois l’entendre très fréquemment. Non ? Ah bon, c’est étrange. Moi j’aime bien cette idée de tester à petite échelle, de voir ce qui se passe et peut-être de « scaler » tout en adaptant le modèle en cours de route, si ça marche.

Gérard Berry : Une très bonne idée, ce sont des gens qui à l’heure actuelle s’engagent à ne pas distribuer des données, comme le moteur Qwant1, par exemple.

Aurélie Jean : Qwant fait ça.

Gérard Berry : Qwant s’engage, et sérieusement, et donne des moyens de vérifier qu’il ne publie pas les données. Ça c’est bien et je pense qu’il faut vraiment soutenir ce genre d’action parce là on ne dépend pas de gens qui ne disent pas ce qu’ils font.

Aurélie Jean : C’est français.

Gaspard Koenig : Moi j’utilise DuckDuckGo, par exemple. Et d’ailleurs toute cette prise de conscience est venue un peu grâce à toi Étienne, puisque tu fais des reportages pour Le Point et un de ces reportages c’était d’aller voir les hackers à Berlin. Et les hackers font ce qu’ils appellent des CryptoParties2, donc c’est hackers éthiques, hackers gentils.

Étienne Gernelle : Surtout moi.

Gaspard Koenig : Et donc les CryptoParties, ils vous annoncent deux heures avant que ça aura lieu dans l’arrière-salle d’un restaurant polonais dans Berlin-Est. On va là. Tout d’un coup il y a 15 ordinateurs très sophistiqués, on arrive, et des hackers vous prennent en main en fonction de votre niveau d’éducation pour vous protéger, vous donner des outils pour vous protéger. Moi quand je suis arrivé il y a un hacker, je me suis assis avec un hacker, c’est comme ça, c’est complètement libre, et il m’a dit : « Dessine-moi Internet ». C’est comme Le Petit Prince ; c’est drôle. J’ai essayé de dessiner ; il m’a dit ce n’est pas ça, il m’a expliqué, et après, en une heure, il m’a enlevé la géolocalisation, mis un petit autocollant sur mon ordinateur parce que n’importe qui peut actionner la caméra à tout moment comme vous savez, installé Tor qui est un moteur de recherche [navigateur,3 NdT], ce n’est pas du tout le darkweb Tor4, qui vous permet d’accéder aux sites classiques, mais sans dévoiler votre adresse IP, en tout cas en compliquant le chemin. Il m’a installé un VPN [Virtual Private Network]. Bref ! En une heure, j’avais déjà des outils de protection que, je pense, 99 % de la population n’a pas, et j’utilise DuckDuckGo comme moteur de recherche. Ou, par exemple, Telegram ou Signal au lieu de WhatsApp. Donc c’est important déjà de le faire chacun d’entre nous.

Je voulais signaler qu’il existe quand même déjà justement des outils, comment dire, qui commencent justement à tester la patrimonialité de la data, c’est l’idée de la start-up que vous avez reçue hier. Il y a aussi quelque chose qui est assez amusant, vous pouvez le charger sur votre Facebook, qui s'appelle le Facebook Data Valuation Tool qui est en fait une espèce de petite application qui calcule en temps réel les profits que fait Facebook avec les posts que vous envoyez. Vous envoyez un post avec des images et il calcule l’argent que touche Facebook. Parce que si vous divisez les revenus publicitaires de Facebook par le nombre d’utilisateurs, c’est dix dollars par personne et par an. C’est-à-dire que finalement pour dix dollars — il faudrait faire des analyses de marché plus précises — ça veut dire que grosso modo le prix de ce que vous donnez à Facebook c’est dix dollars. En fait ça vaut beaucoup plus que ça ! C’est pour ça que Facebook fait des profits gigantesques. Alors que, à l’inverse, vous devriez pouvoir payer dix dollars à Facebook pour l’utiliser sans qu’il retraite vos données.

En fait, ça a des conséquences morales aussi sur les biais. Puisque là on a tous ces biais, parce que comme les données sont envoyées, eh bien elles nous reviennent via la pub et donc on est dans cette filter bubble comme on dit, dans cette bulle où on ne voit que ce qu’on veut voir, on n’entend que ce qu’on veut entendre, etc. D’ailleurs moi je suis absolument effrayé quand je vois ce que me propose Deezer, il me propose Madonna et Britney Spears, je me dis que j’ai des filter bubbles atroces ! Il faudrait voir l’algorithme, il faudrait le dévoiler. Donc cet effet de filter bubble, de bulle de filtres, si vous commencez à avoir un marché de la data, va se dissiper et la pub va sortir du centre du business modèle ce qui, de toutes façons, est dans l’intérêt de ces plateformes parce que maintenant, de plus en plus, les gens utilisent des adblockers et la pub ne marche plus, puisque la pub est devenue quelque chose de répulsif. Donc ils vont bien devoir inventer un modèle et quoi de plus simple que de revenirfinalement à un marché classique, bilatéral, où il y aura un utilisateur qui paiera pour un service.

Guillaume Grallet : C’est super intéressant. Et effectivement la démarche d’arrêter d’être le produit de ces services en échange de la gratuité, tout le monde, je pense, ici est d’accord. J’avais une question pour vous, Gaspard, c’est est-ce que vous avez déjà commencé à parler aux GAFA ? Est-ce que vous n’anticipez pas une énorme réaction de leur part quand on voit l’armée de lobbyistes qui sont à Bruxelles, par exemple ? Ce n’est pas pour rien, d'ailleurs, que le Danemark a nommé un ambassadeur spécialement pour parler aux GAFA au nom du gouvernement danois. Est-ce que tu ne crois pas qu’ils vont… ?

Gaspard Koenig : D’abord on attend la publication du rapport pour vraiment aller les voir, parce que, pour le moment, on n’a pas grand-chose.

Je sais que Microsoft est très ouvert sur le sujet mais eux ne sont pas tout à fait dans la situation de Facebook ou Google, mais enfin, on voit qu’ils sont ouverts. En fait, je pense qu’ils vont être de plus en plus ouverts au sujet pour une raison très simple, c’est que puisqu’on n’a pas la patrimonialité, on a le GDPR, le règlement européen qui veut protéger les données des utilisateurs, avec une norme pour tout le monde. Et ça, ça va coûter très cher aux plateformes parce qu’elles vont devoir dépenser des sommes incroyables pour être en conformité, pas seulement les plateformes mais aussi toutes les petites boîtes, les petites start-ups, et deuxièmement elles vont se prendre des amendes colossales, je ne sais plus, c’est jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires. C’est vraiment énorme ! Donc elles vont se dire finalement est-ce qu’on continue dans cette voie où on pille les données et on rend l’argent à l’État ? Parce qu’on va se faire matraquer, parce que forcément il va y avoir 15 activistes qui vont faire des procès tous les jours, ça va judiciariser les processus, qui vont dire vous avez mal utilisé ma data, et forcément à un moment donné ça va arriver, on va devoir payer. Ou est-ce que, finalement, on n’a pas plutôt intérêt à négocier ça directement avec les utilisateurs, quitte à perdre un peu d’argent, à acheter leurs data et ensuite, une fois que la data est achetée dans le respect des termes contractuels, c’est là qu’effectivement le travail du juge peut être compliqué mais enfin voilà, eh bien là j’en fais ce que je veux, à partir du moment où je respecte les termes du contrat. Je pense qu’en fait, à terme, ils peuvent trouver un intérêt.

Aurélie Jean : Dans la vente de la donnée aussi il y a quelque chose dont il faut avoir conscience c’est la durée. C’est-à-dire que la data c’est quelque chose qui est, bien évidemment, intangible et qui peut rester sur des temps infinis, donc il y a aussi cette question de pendant combien de temps la data est utilisée ; pour combien de temps on la vend, si on la vend. Parce que c’est quelque chose qui est très peu abordé : que devient la data ? Est-ce qu’elle est effacée à un moment donné ? Est-ce qu’on ré-alloue la mémoire ?

Étienne Gernelle : Est-ce qu’elle est mortelle ? Gérard Berry ?

Aurélie Jean : Oui, voilà.

Étienne Gernelle : Est-ce que nos data sont mortelles ?

Gérard Berry : Il y a un vrai problème pour le droit à l’oubli c’est que, comme toutes les fermes de calcul, j’aime bien le mot « ferme » — on utilise souvent le vocabulaire agricole, on dit sur le champ, à tout bout de champ et ferme de calcul où on élève des ordinateurs —, mais les fermes de calcul ont des tonnes de sauvegardes sur des bandes magnétiques et je ne sais pas très bien ce que veut dire oublier. Ce n’est pas une notion qui est très facilement définissable, mais c’est une notion qui est importante.

Aurélie Jean : Et même techniquement.

Étienne Gernelle : Techniquement, c’est périssable ou pas ?

Aurélie Jean : La donnée n’est pas effacée complètement.

Gérard Berry : Par exemple, si vous mettez une photo dans Facebook et que vous voulez l’enlever ça va être assez dur parce qu’elle a peut-être déjà été extraite par 100 000 personnes, sur des ordinateurs individuels.

Guillaume Grallet : Même si, quand on l’efface, ça reste la propriété de Facebook.

Gérard Berry : Non, non, ça reste la propriété des deux ; Facebook n’est pas le seul propriétaire. Par ailleurs, qui réalise que dans la photo qu’il a mise sur Facebook, il y a marqué exactement quelle heure il était, exactement où ? D’accord ? Est-ce que les gens savent ça ? Ce n’est pas du tout évident pour moi. On ne peut pas traiter de ces problèmes sans commencer par essayer de les comprendre. On n’a pas encore commencé à essayer de les comprendre. Je ne parle pas de lui, je parle de la population. Parce que les gens se disent « moi je n’y comprends rien ».
Eh bien moi je n’y comprends rien. J’ai écrit un petit article pour Les Échos qui était rigolo. Vous savez, les hôpitaux anglais se sont fait crypter leurs données, le rançonnage. OK ? J’étais à Londres en mars et il y a un des grands hôpitaux de Londres qui a été obligé d’enlever tous ses patients de l’hôpital ; enlever sous ses patients, y compris ceux qui sont dans des états infernaux. Pourquoi ? Parce qu’ils s’étaient fait tout crypter. Bon, ils tournent sur Windows XP, il faut être con, mais c’est comme ça ! Je vous signale quand même que la police londonienne vient de décider de passer de Windows XP à Windows Vista ; ça c’est exceptionnel ! Ça montre que l’ignorance est quand même assez répandue ! Comme disait Jean Vilar : « La culture coûte cher, essayez donc l’ignorance ! » Toutes les données de l’hôpital avaient disparu donc ils ne pouvaient plus rien faire. Ils se sont fait attaquer en grand, aux États-unis aussi ; Saint-Gobain perdu 300 millions d’euros sur cette attaque WannaCry5, ce n’est pas tout à fait rien. Donc ce n’est même pas sûr qu’on sache se protéger vraiment. C’est-à-dire que monde est plus dur que simplement ce qu’on pense.
Moi j’ai décidé que ce n’était pas grave ce que je faisais, mais je suis dans le public, ce que je fais est public. Je pense que tout le monde ne prend pas cette décision.

Étienne Gernelle : Pardon Gérard Berry, mais techniquement, une donnée n’est pas dans le nuage ; le nuage n’existe pas, derrière il y a toujours un serveur. Donc il y a du hardware, il y a du matériel. Il y a un morceau de plastique, de bande magnétique, je ne sais pas. Est-ce que ces données-là vont être stockées ad vitam æternam, est-ce que ça ne risque pas de coûter trop cher ? Est-ce que ça se dégrade ? Est-ce que, concrètement, si, dans dix ans, ma petite amie arrive à retrouver où j’étais tel jour grâce à mes comptes Uber, elle peut encore me dire « tu étais avec qui là ? »

Gérard Berry : C’est difficile à savoir parce que les données se dégradent, mais on peut faire avec l’information quelque chose qu’on ne peut pas du tout faire avec la matière, c’est la répliquer gratuitement, à l’infini. Imaginez que vos données sont dans une ferme de calcul ; vous ne savez pas ce que c’est qu’une ferme de calcul, parce que dans une ferme de calcul il y a des milliers d’ordinateurs qui tombent en panne tous les jours et ça n’a aucune importance.

Étienne Gernelle : Et l’obsolescence des programmes, des langages ? Le remplacement ? Finalement les données qu’on a sur nos vieux ordinateurs ? J’avais Windows 95 bêta, j’ai eu un mal fou à récupérer les données sur mon vieil ordinateur.

Gérard Berry : À l’époque on ne faisait même pas les specs. Mais maintenant une donnée JPEG on sait exactement ce que sait, on saura la relire dans arbitrairement longtemps, parce que JPEG c’est totalement connu ; à l’époque on ne savait même pas comment c’était codé.

Étienne Gernelle : On n’aura même plus besoin de la pierre de rosette quoi !

Aurélie Jean : Dans ce que vous dites en fait, Étienne, c'est intéressant parce que par exemple ça en termes d’ignorance et je ne dis pas que vous êtes ignorant !

Étienne Gernelle : Moi je vous le dis, je n’ai aucun problème avec ça, c’est même mon métier, je suis journaliste !

Aurélie Jean : Ce que je dis c'est que par exemple de savoir comment la donnée est stockée et qu’est-ce que ça veut dire d’effacer une donnée. Parce qu’il y a différents moyens d’effacer une donnée. La donnée est stockée de différents formats mais en tout cas, à la fin, ce sont ce qu’on appelle des cases mémoires qui sont remplies d’informations qui vont toutes ensemble représenter une donnée, une image, une phrase, peu importe, et en fait, la manière dont on va effacer la donnée, parce que effacer ne veut rien dire : on peut soit remplacer ce qu’il y a dans les cases mémoires et mettre ce qu’on appelle crap, n’importe quoi, n’importe quel chiffre ; soit on peut ne pas changer la donnée dans ces cases mémoires et plutôt couper l’accès, perdre en fait l’adresse qui va dans la case mémoire. Et ça, en fait, c’est très différent technologiquement parce que si on décide d’effacer l’adresse mémoire, de dire cette donnée elle pointe dans telle case mémoire, quelque part la donnée est toujours là.

Gérard Berry : Bien sûr !

Aurélie Jean : Oui, mais c’est une différence critique, parce que quand les gens disent « on efface votre donnée », moi la première chose que je dis c’est « qu’est-ce que vous faites ? Vous effacez l’adresse sur la case mémoire, ou vous remplacez ce qu'il y a dans la case ? » Parce qu’il y a toujours quelque chose dans la case mémoire. De dire « qu’est-ce que vous mettez dans cette case mémoire », et rien que ça, en fait, c’est très intéressant parce que même si on efface l’adresse vers la case mémoire, quelqu’un qui n’est pas trop mauvais en informatique pourra retrouver la donnée.

Étienne Gernelle : C’est terrifiant !

Gérard Berry : Rassurez-vous, en plus, si vous tapez sur « effacer » sur n’importe quel ordinateur, ça n’efface pas.

Aurélie Jean : Voilà, ça n’efface pas, c’est important.

Gérard Berry : Ça c’est clair. Et heureusement d’ailleurs, parce que j’ai des tas de copains qui m’ont dit : « Ça y est j’ai effacé par erreur ma carte de mémoire où j’avais toutes mes photos. » Je dis : « Aucune importance, on la met dans une machine qui retrouve tout instantanément », donc ce n’est pas un problème. Et je vous rappelle qu’il y a un célèbre responsable français qui pensait avoir effacé son disque, il avait juste tapé sur « effacer » et il a été complètement pris par tout ce qu’il y avait dans son disque qui était totalement lisible.
Eh bien oui, je veux dire si on ne comprend pas un minimum d’informatique, ce qui est quand même le cas ! Le nombre de choses à comprendre n’est quand même pas négligeable, donc on a décidé de ne pas l’enseigner ! Vous savez, les cours d’informatique au lycée qui reprennent maintenant, l’État français a décidé d’arrêter l’enseignement de l’informatique en 1997, au moment où Internet explosait. C’est ce qu’on appelle de la prescience.

[Rires]

Étienne Gernelle : On va donner la parole au public. Est-ce que vous avez des questions ? Je vois, il y a un jeune étudiant, spécialiste des grands singes. Voilà. Pascal Picq.

Pascal Picq : Merci. C’est très bien on parle des GAFA et tout ça. J’aimerais bien quand même, parce que je suis moi aussi assez ignorant mais je lis quand même la presse, et quand on lit dans le Courrier international que monsieur Jack Ma qui est celui qui dirige Alibaba, donc un des trois géants chinois — dans les débats en France, on ne parle que des GAFA, on ne parle jamais des géants chinois - eh bien monsieur Jack Ma, en plein 19e congrès du Parti communiste a dit : « Grâce aux data et aux algorithmes on va pouvoir réaliser le projet du Parti communiste. » Donc les BATX, c’est-à-dire les trois géants chinois plus les autres, Xiaomi, c’est Confucius et Confucius ce n’est pas la tarte à la crème des bêtes aryennes de la Californie.
En plus de ça l’équivalent de l’Arcep aux États-Unis vient de prendre une décision effectivement sur le contrôle des données ; vous connaissez ça mieux que moi.
Mais il y a des enjeux quand même de démocratie absolument énormes. Tu as raison, Gérard, de dire qu’on peut avoir un fichier, mais en fonction de vos comportements, vos déplacements, votre voiture, de toutes façons on vous retrouve immédiatement ; c’est immédiat ! Donc voilà la question qui se pose aujourd’hui à nos démocraties. C’est qu’en effet tout internaute chinois est complètement identifié, noté, répertorié, c’est la première chose. Et la deuxième chose c’est qu’aujourd’hui une élection démocratique, c’est-à-dire au suffrage universel, se gagne dans la capacité d’avoir les bonnes data et d’aller chercher les données et les personnes qu’on va solliciter, donc épouiller dans mon jargon de grand singe. C’est-à-dire que aujourd’hui nos élections se gagnent sur quelques milliers ou dizaines de milliers de data. Et ça je suis effaré que ces enjeux, qui sont quand même des acquis de notre histoire, récents et difficiles à maintenir, soient très peu évoqués dans la presse et même notamment par rapport à monsieur Jack Ma, quand même, qui nous dit cela.

Étienne Gernelle : Les Californiens et les libertariens ont été interpellés, donc c’est vous deux.

Aurélie Jean : Je voulais juste répondre. J’ai envie d’écouter Gaspard là-dessus justement. Juste pour dire une chose importante parce que ce que vous dites est très intéressant, ce sont les menaces sur la démocratie. C’est-à-dire quelque chose qui est un peu abordé mais pas suffisamment à mon sens, c’est de dire en fait que les grands géants de la data ont des chiffres d’affaires qui sont de l’ordre de budgets étatiques. Ce sont des gens puissants, des institutions puissantes et, là encore hier j’étais dans la rue et je vois sur la Une d’un magazine dont je ne citerais pas le nom puisque ce n’est pas Le Point qui avait en titre « Mark Zuckerberg, le prochain président des États-Unis ». Je ne sais pas si j’ai envie d’avoir Mark Zuckerberg comme président, parce que j’habite aux États-Unis. Je ne sais pas ! Mais c’est une question intéressante parce qu’ils ont une influence de plus en plus forte et je suis productrice d’algos et de data, ce que je veux dire c’est que je suis de leur côté au sens position technologique.

Public : Mark Zuckerberg a dit : « On a décidé de ne pas intervenir dans l’élection en Allemagne. »

Aurélie Jean : « On a décidé » ; ça veut dire que dans d’autres cas ils l’ont fait. C’est intéressant. En fait c’est ce que je dis aux gens, je dis « regardez ces géants, encore une fois je suis frappée, ils ont des chiffres d’affaires qui sont de l’ordre d’un budget étatique. Réfléchissez à ça ; c’est intéressant. »

Gaspard Koenig : Juste en deux mots. Sur la Chine, complètement d’accord. J’avais été en Chine interviewer une sorte de dissident, ils savaient tout, ce que je faisais, où j’étais ; on ne peut absolument rien cacher, d’ailleurs on n’a pas accès à Twitter, on n’a pas accès à… c'est absolument terrifiant. C’est pour ça d’ailleurs que quand notre William, William Elong montrait son drone tout à l’heure, lui il parlait des applications sympathiques, pour aller chercher des victimes. Imaginez ce drone dans la main du gouvernement chinois, qui y sera de toutes façons très bientôt, et il peut continuer à augmenter ses moyens de contrôle de la population à tel point que, vous savez ce qu’ils sont en train d’expérimenter en Chine ? C’est un système de notation sociale, ça c’est le pire du pire du pire, qui amalgame toutes vos notes. C’est-à-dire que quoi que vous fassiez, si vous faites la cuisine à vos amis, ils vous notent ; si vous avez des bonnes notes à la fac vous avez une note etc. Toutes ces notes sont agrégées et vous font une notation sociale et cette notation sociale vous permet d’avoir des crédits à la banque, de demander des visas, etc. Donc ça c’est vraiment le socialisme pur. Donc la Chine est en train de construire, effectivement, un régime complètement communiste avec des outils numériques qui ne sont pas, en soi, des outils démocratiques.

Après, sur la question de Zuckerberg, du trafic des élections et tout ça. Je n’ai pas un avis très déterminé, mais j’ai tendance à dire que s’il y a ces problèmes c’est aussi parce que les démocraties représentatives, de toutes façons, ne sont plus du tout faites pour l’âge numérique. Élire des représentants c’est aussi fou que d’avoir des magasins où on va acheter ses provisions au lieu de les commander sur Amazon. C’est-à-dire que l’idée d’intermédiation est contestée dans tous les secteurs : dans les commerces, dans les services, dans la connaissance. Donc évidemment elle va être contestée sur le plan politique. Continuer à élire des présidents et des députés, je pense, n’a plus tellement de sens et ne correspond plus à la manière dont les gens vivent, y compris leur participation à la vie publique. Il y a des nouvelles formes qui sont en train d’être pensées, la démocratie liquide en est une, avec des blockchains comme d’habitude, qui permettent de reconstruire l’imaginaire démocratique avec le numérique. Mais de toutes façons la tension est trop grande entre les systèmes représentatifs classiques et la fluidité numérique pour, indépendamment même du problème du hacking, des trolls et tout ça, pour que les deux puissent cohabiter très longtemps.

Gérard Berry : Je pense que c’est effectivement très important. On a à évaluer, en fait, un rapport coût-bénéfice. C’est toujours comme ça parce que l’informatique fait des choses absolument fantastiques, pas que les données. Il faut comprendre que le big data, à l’heure actuelle en informatique, c’est tout petit par rapport au reste, il ne faut pas oublier. Je vous rappelle 80 milliards de microprocesseurs par an produits, moins de deux milliards dans les ordinateurs et les téléphones. Donc le reste c’est 78 milliards.

C’est vraiment très intéressant. Il y a deux références, pour moi, vraiment intéressantes à lire, c’est Le temps des algorithmes de Serge Abiteboul et Gilles Dowek, qui est un livre très intéressant, qui discute beaucoup de ça et Terra Data qui est un livre aussi de Serge Abiteboul et Valérie Peugeot, qui est tout récent, qui parle, lui, des données et de beaucoup de ces problèmes. Il en parle de façon très mesurée, c’est-à-dire en comprenant bien les risques, les avantages, les inconvénients et tout. Donc les deux trucs dangereux c’est de croire, comme Silicon Valley, que c’est miraculeux, et de croire que ça déconne. Non, il faut être entre les deux et, de toutes façons, on va vivre avec. Je veux dire vous pouvez décider ce que vous voulez, ce n’est pas ça qui fera quelque chose.

Sur la démocratie dans Le temps des algorithmes, il dit un truc très intéressant : « Si on parle en termes d’information, combien de bits un homme fabrique-t-il pour la démocratie ? Eh bien en gros, il y a une élection tous les ans à peu près, on va choisir entre quelques candidats. En gros, c’est entre un et deux bits par an, la contribution d’un citoyen à la démocratie. » Il y a sûrement des idées pour faire mieux. Et ça, c’est vraiment important.
Mais encore une fois, si on reste collectivement dans l’ignorance, c’est-à-dire que là on cause autour de, et c’est pour ça je dis, moi j’explique toujours, c’est pour ça que les gens ont changé le mot « informatique » en mot « numérique » ? Pourquoi ? Parce que les gens ne savaient pas ce que voulait dire informatiques, mais en changeant le mot ils sont tous devenus compétents. D’accord ? Et maintenant c’est « intelligence artificielle », ce n’est plus numérique, c’est fini, c'est intelligence artificielle. Donc changer le mot permet d’éviter de rentrer dans le sujet, mais il faut rentrer dans le sujet.

Étienne Gernelle : Une autre question. Il y a pas mal de questions ; la dernière.

Public : Aidez-nous à rentrer dans le sujet, Monsieur Berry ! Aidez-nous à devenir moins ignorants ! Je pense que vous avez plein d’idées pour ça. Je pense que vous n’êtes pas un grand utilisateur des réseaux sociaux, enfin je fais une hypothèse, mais peut-être allez-y et je suis sûre que vous allez faire le buzz si vous aidez les utilisateurs et si vous les alertez en disant « soyez moins ignorants » ; faites des petits formats, effectivement, parce qu’on sait que personne ne lit les clauses. Moi j’ai essayé un jour, ça prend énormément de temps. Qui a le temps aujourd’hui ? Je pense que vous avez plein de solutions à nous donner.

Gérard Berry : Je pense que c’est une très bonne question ; on essaye. Alors il se trouve qu’il y a eu un gros défaut des informaticiens français c’est qu’ils n’ont pas parlé au public. Les astronomes parlent au public, les physiciens parlent au public, les informaticiens étaient dans leur monde et tout. On essaye. Les trois livres dont je vous ai parlé, ils essayent exactement de faire ça. La Société informatique de France utilise beaucoup de choses là-dessus, et l’informatique rentre dans l’éducation. C’est dans l’éducation que ça se passe, c’est évident. Par exemple vous regardez les bouquins qui s’appellent Class'Code qui sont faits par La Main à la pâte pour apprendre à programmer à vos gamins, ils sont parfaits pour les parents. En fait, ils sont faits pour les profs, mais les parents ça va très bien, et ça commence à expliquer de quoi il s’agit. Moi il y a un truc qui me sidère quand même ! Je vais faire des conférences partout et la seule question qu’on me pose « c’est quoi un algorithme ? » et en général, quand on la pose, c’est en écrivant algorithme avec un « y ». OK ! Il est temps de dépasser ça ! Oui on essaye de s’y employer. Donc il y a de plus en plus de gens qui le font et c’est bien.

Étienne Gernelle : Le mot de la fin Aurélie Jean et Gaspard Koenig, rapidement.

Aurélie Jean : Le mot de la fin ? Quelle pression ! Pour finir sur ce que disait Gérard Berry, je pense qu’il y a quelque chose à retenir en fait aujourd’hui c’est de s’éclairer davantage sur la technologie ; par exemple un algorithme c’est un excellent exemple. Savoir ce qu’est un algorithme : on peut tous en écrire un à la main très facilement sur une petite question à résoudre. Je m’amuse à faire ça avec les gens pour qu’ils comprennent.
En tant qu’experte je fais partie de ces gens qui parlent parce que je pense que c’est important que tout le monde rentre dans le débat sociétal et technologique autour des grands sujets tels que la data. C’est vraiment quelque chose que j’encourage et même savoir : par exemple la prochaine fois que vous voyez une ligne stipulant que vos données seront effacées, posez-vous la question : comment ? Voilà. C’est ce que je dirais.

Étienne Gernelle : Merci beaucoup. Gaspard.

Gaspard Koenig : Moi j’aimerais dire une petite phrase creuse sur la philosophie, j’adore des phrases creuses sur la philosophie. Il y a un mois, j’en parlais à Aurélie, j’ai fait le tour classique de la Silicon Valley ; pendant une semaine j’ai vu plein d’entreprises en tout ça. Ce sont les gens qui font les fusées de Google X, qui font Twitter, qui font 23andMe sur le décodage, le séquençage du génome, donc qui vous racontent des choses qui vous transportent dans une galaxie complètement différente du monde dans lequel nous vivons, et je me suis aperçu, au bout d’une semaine, qu’il n’y en avait pas un seul qui avait une référence antérieure au XXIe siècle. C’est-à-dire que Berkeley, qui est pourtant une université, là-bas, qui pourrait nous aider à penser plein de choses Berkeley, parce que par exemple vous savez la théorie de la simulation : c’est qu’on est tous le produit d’une intelligence artificielle qui s’amuse à faire un monde qui nous pilote avec un joystick, pour aller vite. En fait, la théorie de la simulation elle existe déjà chez le philosophe Berkeley, sauf que pour lui l’intelligence artificielle ça peut-être Dieu. Et donc on est tous préprogrammés et, en fait, il n’y a pas de matière. Voilà ! Ce que je veux dire c’est que les gens là-bas, dans l’université Berkeley, d’après Berkeley, sont complètement, sont dans l’ignorance totale que cette théorie de la simulation a déjà été analysée, discutée, il y a trois siècles, et finalement avec des outils conceptuels qui peuvent encore les aider aujourd’hui.
Dans toutes les grandes périodes d’innovation il y a eu des villes-mondes où s’assemblait tout le monde — les philosophes, les savants, les économistes, les financiers, les voyous, etc. — et j’ai l’impression qu’aujourd’hui ça s’est un peu déconnecté, que la Silicon Valley est un peu en vase clos et les philosophes en vase clos aussi, complètement d’ailleurs de l’autre côté de l’Atlantique.
Donc j’appelle à ce que ces mondes communiquent davantage.

Étienne Gernelle : Merci beaucoup. On peut les applaudir ; ils ont été formidables

[Applaudissements]

On signale un livre L’Hyperpuissance de l’informatique de Gérard Berry chez Odile Jacob et Les aventuriers de la libertéde Gaspard Koenig, c’est chez Plon et Le Point et Aurélie Jean qu’on peut retrouver énormément, tu n’as pas fait de livre encore ?

Aurélie Jean : Un projet peut-être.

Étienne Gernelle : D’accord, on va s’occuper de ça et qu’on peut retrouver dans Le Point régulièrement dans Phébé également et sur les réseaux sociaux énormément . Merci infiniment.

[Applaudissements]

Organisateur : Je rappelle que les ouvrages des auteurs seront dédicacés par eux dans le lab. On se retrouve à 14 heures. On parlera espace, on parlera de films de science-fiction qui vont se confondre avec la réalité. On fera un énorme procès où vous serez les jurés de ce projet, on fera le procès de l’homme augmenté. Bon appétit ; à tout à l’heure 14 heures.

Revue de presse de l'April pour la semaine 37 de l'année 2018

Le 17 September 2018 à 15:33:21

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 37

[Les Echos] Le fablab où l’on apprend à se réparer soi-même

Par Hélène Bielak, le vendredi 14 septembre 2018. Extrait:
> A Rennes, le Humanlab propose aux personnes handicapées de fabriquer les équipements dont elles ont besoin pour améliorer leur quotidien. Cette semaine, le lieu a fait sa rentrée et a ouvert ses portes aux nouveaux porteurs de projet.
Lien vers l'article original: https://start.lesechos.fr/entreprendre/actu-startup/le-fablab-ou-l-on-apprend-a-se-reparer-soi-meme-12872.php

[Developpez.com] Bercy ouvre les codes sources des modèles économétriques Mésange, Opale et Saphir

Par Stéphane le calme, le jeudi 13 septembre 2018. Extrait:
> Sous la pression de l’association Ouvre-boîte (une association dont l'objet est d'obtenir l'accès et la publication effective des documents administratifs, et plus particulièrement des données, bases de données et codes sources, conformément aux textes en vigueur), la direction générale du Trésor a décidé de mettre en ligne trois de ses modèles économétriques, notamment Mésange, Opale et Saphir.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/224096/Bercy-ouvre-les-codes-sources-des-modeles-econometriques-Mesange-Opale-et-Saphir-sous-la-pression-d-une-l-association

[Le Monde.fr] La directive de l’UE sur le droit d’auteur à l’heure du numérique est adoptée

Par Damien Leloup, Martin Untersinger, le mercredi 12 septembre 2018. Extrait:
> Ce texte, censé encadrer le copyright dans l’Union européenne, a été approuvé par les eurodéputés, qui en ont modifié certains contours.
Lien vers l'article original: https://mobile.lemonde.fr/pixels/article/2018/09/12/le-parlement-europeen-adopte-la-directive-sur-le-droit-d-auteur-a-l-heure-du-numerique_5354024_4408996.html

Et aussi:
[Numerama] L’Europe vote pour le filtrage des contenus et la taxe des liens: y a-t-il encore une chance de revenir en arrière?
[Next INpact] Le Parlement européen adopte la proposition de directive sur le droit d'auteur
[BFMtv] Le Parlement européen approuve la directive sur le droit d’auteur
[Numerama] Directive droit d'auteur: le gouvernement assure que le logiciel libre n'est pas concerné par le filtrage
[Télérama.fr] La directive sur le droit d'auteur ne sauvera pas la presse
[L'Express.fr] La directive droit d'auteur défend bien mal la presse
[Next INpact] Directive sur le droit d’auteur: les droits voisins, petite meute entre amis
[Numerama] Droit d’auteur: ultimes mobilisations avant le vote clé du Parlement européen
[ZDNet France] Directive copyright: le Conseil national du logiciel libre et l'April pointent le cas des forges logicielles
[Numerama] Directive droit d'auteur: le gouvernement assure que le logiciel libre n'est pas concerné par le filtrage
[Next INpact] Directive Droit d'auteur: mais qu'ont voté les eurodéputés?

Voir aussi:
Journée noire pour les libertés sur Internet: les parlementaires européens votent la généralisation du filtrage automatisé

[Developpez.com] Un logiciel libre doit-il être en mesure de restreindre les tâches que ses utilisateurs peuvent effectuer avec son aide?

Par Stéphane le calme, le mercredi 12 septembre 2018. Extrait:
> Avant d’aborder le sujet, il est important de s’arrêter un moment sur la définition même de logiciel libre. «Logiciel libre» [free software] désigne des logiciels qui respectent la liberté des utilisateurs. En gros, cela veut dire que les utilisateurs ont la liberté d'exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier et améliorer ces logiciels. Ainsi, «logiciel libre» fait référence à la liberté, pas au prix (pour comprendre ce concept, vous devez penser à «liberté d'expression», pas à «entrée libre»).
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/223844/Un-logiciel-libre-doit-il-etre-en-mesure-de-restreindre-les-taches-que-ses-utilisateurs-peuvent-effectuer-avec-son-aide-Non-pour-Richard-Stallman

[Usbek & Rica] «À l’ère post-Snowden, on ne peut plus se voiler la face»

Par Guillaume Ledit, le mardi 11 septembre 2018. Extrait:
> L'universitaire américain Yochai Benkler fait partie de ces intellectuels qui pensent l'impact d'Internet sur nos sociétés depuis les années 1990. Le professeur d'études juridiques entrepreneuriales à Harvard est aujourd'hui membre d'une commission lancée le 11 septembre 2018 par l'ONG Reporters sans frontières et chargée de travailler à la rédaction d’une future «déclaration sur l’information et la démocratie».
Lien vers l'article original: https://usbeketrica.com/article/a-l-ere-post-snowden-on-ne-peut-plus-se-voiler-la-face

[L'info durable] Des zones de gratuité au service d'un modèle durable

Par Emmanuelle Vibert, le mardi 11 septembre 2018. Extrait:
> Partout, à la marge, des zones de gratuité se développent, en résistance à une marchandisation forcenée du monde. L’essayiste Paul Ariès propose d’amplifier ce mouvement, pour construire une société soutenable et joyeuse.
Lien vers l'article original: https://www.linfodurable.fr/conso/des-zones-de-gratuite-au-service-dun-modele-durable-6023

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (2 octobre 2018)

Le 17 September 2018 à 12:57:42

2 Octobre 2018 - 15:30
2 Octobre 2018 - 17:00
-

Photo d'illustration de l'émission

La cinquième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 2 octobre 2018 de 15 h 30 à 17 h 00.

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons proposé de tenir une émission April intitulée Libre à Vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! sera principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle qui sera diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15 h 30 à 17 h 00.

Émission du mardi 2 octobre 2018 de 15 h 30 à 17 h

L'émission sera diffusée mardi 2 octobre 2018 de 15 h 30 à 17 h. Au programme :

  • nous commencerons par une discussion sur le thème des collectivités et des données publiques, à quelques jours de l'entrée en vigueur de nouvelles obligations de diffusion (ou de mise en ligne) de documents et de données publiques pour les administrations et collectivités (7 octobre 2018)1. Pour cela nous serons en compagnie de Xavier Berne, journaliste à Next INpact ; de Laurence Comparat, adjointe données publiques, logiciels libres et Administration générale de la ville de Grenoble et présidente de l’association OpenData France ; de Tangui Morlier, membre du collectif Regards Citoyens
  • nous aurons ensuite un échange téléphonique avec une personne de l'Adullact pour parler du label Territoire Numérique Libre ; la date limite pour candidater est lundi 15 octobre 2018, 23 h 59
  • nous ferons ensuite le point sur la directive droit d'auteur après le vote en plénière au Parlement européen du 12 septembre

Liens utiles

16 September 2018

bsibaud.png Benoît SIBAUD

LinuxFr.org : première quinzaine de septembre 2018

Le 16 September 2018 à 15:19:06

Cent-quatrième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Statistiques

Du 01 au 15 septembre 2018

  • 1281 commentaires publiés (dont 10 masqués depuis) ;
  • 275 tags posés ;
  • 71 comptes ouverts (dont 24 fermés depuis) ;
  • 33 entrées de forum publiées (dont 2 masquées depuis) ;
  • 16 liens publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 20 dépêches publiées ;
  • 24 journaux publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 2 entrées nouvelles, 0 corrigée et 1 invalide dans le système de suivi ;
  • 0 sondage publié ;
  • 3 pages wiki publiées (dont 0 masquée depuis).

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

  • R.A.S.

Liste meta@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste moderateurs@ - [restreint]

  • [Modérateurs] nouveau spammeur
  • [Modérateurs] Me contacter ?

Liste prizes@ - [restreint]

  • [Prizes] LinuxFr prizes recap du dimanche 2 septembre 2018, 10:21:30 (UTC+0200)
  • [Prizes] Prix pour la dépêche sur Haiku

Liste redacteurs@ - [public]

  • R.A.S.

Liste team@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste webmaster@ — [restreint]

  • R.A.S.

Canal IRC adminsys (résumé)

Tribune de rédaction (résumé)

  • demande d'aide pour finaliser les dépêches sur Firefox 62 et sur GNOME 3.30

Tribune de modération (résumé)

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

(adminsys ansible)

  • Activity script for bi-monthly review
  • Add mention Managed by Ansible

Divers

  • en attente de vidéos RMLL et Geek Faëries, voir la dépêche post-événement
  • appels à conférences POSS 2018 et Capitole du Libre 2018

Commentaires : voir le flux atom ouvrir dans le navigateur

april.png Nouvelles April

Que reste-t-il du logiciel libre ?

Le 16 September 2018 à 14:15:58


A Guiton - B Ourghanlian - P-Y Gosset - H Gardette
Titre : Que reste-t-il du logiciel libre ?
Intervenants : Amaelle Guiton - Bernard Ourghanlian - Pierre-Yves Gosset - Hervé Gardette
Lieu : émission Du grain à moudre - France Culture
Date : juin 2018
Durée : 39 min 40
Écouter l'émission ; Écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Participation by opensource.com, licence Creative Commons by SA
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Microsoft vient de racheter la plateforme de création collaborative de logiciels Github. Est-ce vraiment une bonne nouvelle pour le logiciel libre ? Et quelles conséquences pour les utilisateurs ? La philosophie du libre a-t-elle gagné ou s’est-elle fait manger ?

Transcription

Hervé Gardette : Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans Du Grain à moudre. Ce soir « Que reste-t-il du logiciel libre ? ». Si vous n’êtes pas vous-même développeur informatique sans doute n’avez vous jamais entendu parler de GitHub. GitHub c’est une plateforme à laquelle participent des millions de développeurs ; sa particularité : elle appartient au monde du logiciel libre, c’est-à-dire qu’elle est collaborative ; chaque projet qui y est développé peut être étudié, modifié, copié en toute liberté. Plus qu’un outil technique, une véritable philosophie.
Or, il se trouve que GitHub va être racheté et pas par n’importe qui, par Microsoft ; le géant mondial de l’informatique l’a annoncé la semaine dernière ; la vente n’est pas encore finalisée, mais le prix est connu : 7 milliards et demi de dollars.

Dans le monde du logiciel libre cette annonce suscite l’inquiétude car s’il est une entreprise qui symbolise la démarche inverse, à savoir des logiciels fermés, propriétaires, c’est bien Microsoft ; sa suite Windows en est l’exemple le plus emblématique.

Ce rachat est-il le signe d’un rapprochement entre deux mondes antagonistes, désormais complémentaires, ou plutôt celui de la fin d’une utopie ? « Que reste -il du logiciel libre ? » C’est la question du soir, en compagnie de trois invités. Bernard Ourghanlian, bonsoir.

Bernard Ourghanlian : Bonsoir.

Hervé Gardette : Vous êtes le directeur technique et sécurité à Microsoft France. Microsoft qu’on ne présente plus si ce n’est peut-être pour rappeler que c’est l’entreprise qui a été créée par Bill Gates, c’était en 1975 ; il n’était pas seul d’ailleurs, avec Paul Allen. Pour discuter avec vous ce soir Pierre-Yves Gosset. Bonsoir.

Pierre-Yves Gosset : Bonsoir.

Hervé Gardette : Directeur général de Framasoft ; Framasoft1 est une association, un réseau d’éducation populaire, dédiée au logiciel libre. Et puis notre troisième invitée, Amaelle Guitton, bonsoir.

Amaelle Guitton : Bonsoir.

Hervé Gardette : Journaliste à Libération, vous êtes la correspondante du journal dans le cyberespace ; c’est comme ça que vous vous présentez sur Twitter.

Amaelle Guitton : C’est à peu près ça.

Hervé Gardette : Vous avez publié, c’était il y a quelques années, Au diable vauvert, Hackers au cœur de la résistance numérique un livre qui est peut-être en open access aujourd’hui ?

Amaelle Guitton : À l’époque la version numérique était gratuite et sans DRM, sans verrous numériques. Et c’était voulu, y compris par l’éditeur.

Hervé Gardette : Et ma question aussi était voulue. Si j’évoque l’open access c’est parce que je voudrais peut-être qu’on commence par faire un petit peu de pédagogie, d’explication de vocabulaire. Open access donc c’est l’accès ouvert.

Amaelle Guitton : Oui.

Hervé Gardette : Est-ce que c’est la même chose que de parler de logiciels libres ? Et de quoi on parle quand on utilise ces termes-là ?

Amaelle Guitton : Dans les faits, les logiciels dits libres et les logiciels dits open source, c’est-à-dire ceux dont le code est ouvert, le plus souvent ça se recoupe. En revanche, il y a derrière une différence d’approche. C’est-à-dire le mouvement du logiciel libre tel qu’il a été fondé par Richard Stallman, qui est un informaticien américain au milieu des années 80, si mes souvenirs sont bons, l’idée c’était une approche très politique. C’est-à-dire la devise, en fait, c’était liberté, égalité, fraternité, je crois qu’il le dit comme ça, et il insistait beaucoup sur la notion de liberté pour l’utilisateur, donc liberté d’utiliser un logiciel, liberté de l’étudier, liberté de le distribuer et liberté de le modifier.

L’open source, qui est un mouvement on va dire dissident, d’une certaine manière, insistait beaucoup plus sur les aspects techniques et de développement. Là, pour le coup, c’était quelqu’un qui s’appelle Eric Raymond qui, dans les années 90, a théorisé ça en disant que c’était la méthode de développement la plus efficace d’avoir le code ouvert et que, justement, il puisse être en permanence amélioré par une communauté. En fait c’est vraiment une différence d’approche, une vision politique versus une vision plus technique de développement.

Hervé Gardette : Chez Framasoft, Pierre-Yves Gosset, vous êtes plutôt du côté de l'approche politique, philosophique, ou plutôt du côté de l’approche technique ?

Pierre-Yves Gosset : Clairement du côté de l’approche politique. Nous on définit le logiciel libre – quand on parle de logiciel libre d’ailleurs ce n’est pas tant le logiciel qui est libre ; nous on dit que c’est l’utilisateur, l’utilisatrice qui est libre – quand on parle de logiciel libre pour nous c’est l’équation, en fait, le logiciel libre c’est l’open source plus des valeurs. Ça ne veut pas dire pour autant que les gens qui font de l’open source n’ont pas de valeurs, mais clairement, ce qu’on souhaite mettre en avant, ce sont non seulement les qualités techniques dont parlait Amaelle, mais aussi le côté mouvement social qu’il peut y avoir derrière et, finalement, de pourquoi est-ce qu’on veut essayer d’émanciper les utilisateurs et les utilisatrices en leur donnant la maîtrise des logiciels, quand bien même ces logiciels auraient été développés en open source donc avec le fait que le code, la recette de cuisine du logiciel soit accessible à tous et à toutes ; ce qui nous nous intéresse c’est ce que les gens peuvent en faire. On ne veut pas globalement leur fournir quelque chose de tout cuit ; on veut aussi leur apprendre à s’en servir, mais aussi leur apprendre, potentiellement, à ce qu’ils puissent contribuer à ce logiciel.

Hervé Gardette : Bernard Ourghanlian, je rappelle, vous êtes à Microsoft France le directeur technique et sécurité. Si on parle de logiciel libre c’est parce que forcément, c’est par opposition à ce que serait un logiciel, alors logiciel non libre, on parle de logiciel propriétaire. Est-ce que c’est comme ça qu’on pourrait définir les logiciels qui sont développés par Microsoft ?

Bernard Ourghanlian : On pourrait mais ça serait un raccourci. Au sens où c’est vrai que Microsoft a fondé sa culture originelle sur le logiciel dit propriétaire, donc un logiciel à code source fermé, dont finalement les utilisateurs n’ont pas accès en termes de code source. C’est vrai que Microsoft s’est créée sur cette base culturelle, mais il est vrai aussi que c’est un sujet sur lequel Microsoft a beaucoup évolué. Il y a une transformation culturelle très profonde de Microsoft qui est encore à l’œuvre aujourd’hui, qui a été insufflée notamment par Satya Nadella qui est le nouveau président de Microsoft qui, en fait, a une vision très différente du monde, à la fois parce que, culturellement, il n’est pas Américain d’origine, il est Indien et donc, en fait, il a forcément une vision qui est un petit peu différente culturellement, mais aussi parce qu’on se rend compte que pour répondre presque au thème de l’émission par rapport au fait que c’est ou non la fin de l’open source.

En fait, moi je considère aujourd’hui que dans une très large mesure l’open source a gagné au sens où cette opposition qui a pu exister et qui a entretenu la polémique pendant des années et des années, est aujourd’hui caduque au sens où, certes il y a des modèles d’affaires qui peuvent être le cas échéant différents, mais ce qui fait la richesse du logiciel c’est finalement la communauté des développeurs qui se trouve autour, qui a la possibilité de participer à son élaboration. Donc on a pris conscience, probablement un peu tard chez Microsoft, que c’était important de pouvoir collaborer, d’être à plusieurs sur le développement d’un logiciel, de permettre d’avoir un accès aux sources du logiciel, peut-être pas pour les modifier même si ça peut dépendre des cas, mais en tout cas on se rend compte que la richesse naît de la confrontation des expertises, des cerveaux, des connaissances, des compétences, et pas simplement d’une vision totalement fermée et restreinte du logiciel.

Hervé Gardette : Pour quelles raisons est-ce qu’au départ, justement, c’était l’approche qui avait été privilégiée, celle de logiciels fermés ? Est-ce que ça pouvait correspondre à quelque chose – alors qui est très français, en tout cas très défendu par la France – par exemple cette politique des brevets, l’idée que quand on crée quelque chose il faut d’abord le protéger ?

Bernard Ourghanlian : Oui, les brevets ont certainement joué un rôle, mais pour être honnête je pense qu’au départ il y a une volonté de faire en sorte que le logiciel puisse évoluer de manière contrôlée. C’est-à-dire qu’à partir du moment où un logiciel est ouvert et qu’on a effectivement la possibilité de faire évoluer son code, on peut imaginer d’en cloner des milliers de versions et donc, la question qui se pose derrière, c’est comment est-ce qu’on assure vis-à-vis des utilisateurs — il ne faut pas oublier qu’au départ les utilisateurs étaient à la fois très peu au courant de ce qu’était le logiciel, de ce que c’était que le code, ce qu’était même l’informatique au sens le plus clair du terme. Et ce qu’était la vision originelle de Microsoft c’était, en gros, un PC dans chaque bureau, dans chaque maison, etc. En fait, il y avait une volonté de démocratisation, mais derrière cette volonté de démocratisation, il y avait une volonté de standardiser des usages et faire en sorte que finalement, l’usage s’imposant, les gens apprennent à utiliser l’informatique à travers ces usages plutôt qu’à travers la vision de « je peux accéder au code », en sachant qu’il y a une personne sur 1 000, 10 000, 100 000, je ne sais pas, qui est capable effectivement de lire le code source correspondant.

Hervé Gardette : J’ai quand même l’impression que le discours de Microsoft et le discours de Framasoft sont assez proches. Amaelle Guitton, est-ce que vous êtes d’accord avec ce qui vient d’être dit, notamment sur le fait que l’open source et peut-être aussi le Libre, même si vous nous avez expliqué les différences qu’il pouvait y avoir, en tout cas les nuances qu’il pouvait y avoir entre ces deux notions ? Est-ce que finalement ça a gagné ? En tout cas que ceux qui défendaient une approche plus fermée, plus propriétaire, ont fini par se ranger à la question du Libre ?

Amaelle Guitton : Je ne suis pas certaine en fait. La polémique n’est plus ce qu’elle était mais les termes du débat ont changé. Parce que pourquoi on fait du logiciel propriétaire aussi ? C’est une question de business modèle ! C’est parce que c’est un produit donc on le vend et on vend des licences. Et c’est là-dessus que s’est construite Microsoft. C’est aussi là-dessus que s’est construite Apple et d’ailleurs Apple, historiquement, vient de la culture hacker : Jobs et Wozniak bidouillaient du logiciel dans un garage au départ. Et puis quand il a fallu gagner des sous, eh bien on a commencé à refermer le code.

Hervé Gardette : C’est-à-dire qu’on est pour le Libre jusqu’au moment où ça commence à marcher et où là, on devient plutôt pour un système fermé ?

Amaelle Guitton : Oui, historiquement c’est quand même comme ça que ça s’est fait. C’est-à-dire qu’à un moment donné il fallait commercialiser un produit. Là où ça change, c’est qu’on n’est plus dans la période où Steve Ballmer, par exemple, parlait de « cancer » concernant le logiciel libre.

Hervé Gardette : L’ancien patron de Microsoft.

Amaelle Guitton : L’ancien patron de Microsoft et je crois même que Bill Gates avait traité Richard Stallman de communiste. On était quand même dans un affrontement effectivement extrêmement fort.

Hervé Gardette : Grosse insulte aux États-Unis.

Amaelle Guitton : Tout à fait. Ce qui s’est passé c’est que même dans les milieux du logiciel propriétaire, d’abord je pense qu’il y a eu probablement une espèce d’aggiornamento culturel avec les recrutements parce qu’on a beaucoup de jeunes développeurs qui ont l’habitude de travailler de manière collaborative, donc ça change aussi un peu les manières de faire. Et puis ils se sont tout simplement rendu compte que pour les aspects, on va dire, non différenciants, pour les briques de base, eh bien effectivement l’open source c’est plutôt une bonne affaire, parce que justement tout le monde participe, ça permet d’aller vite, etc. Et en fait on se retrouve dans la situation où on a effectivement du Libre et de l’open source dans plein d’endroits, c’est ça qui fait tourner des serveurs web, ce sont les briques d’Android — d’ailleurs Android est en grande partie open source mais pas totalement —, donc on va dire effectivement les matériaux sont de plus en plus ouverts, on a de plus en plus de Libre et d’open source. En revanche, dès qu’on est dans le produit fini, c’est là que ça se referme et donc dire que l’open source et le Libre ont gagné, c’est très trompeur ; ça a effectivement gagné dans plein d’endroits, y compris parce que les fabricants eux-mêmes, les éditeurs, se sont rendu compte que c’était rentable et dès qu’on arrive à l’utilisateur, c’est-à-dire en bout de chaîne, c’est là que tout se referme petit à petit.

Hervé Gardette : Pierre-Yves Gosset.

Pierre-Yves Gosset : Oui. Concrètement moi je ne peux pas dire que je suis d’accord sur le fait que l’open source ait gagné. L’open source se porte bien, c’est sûr. Microsoft a fait une très belle acquisition en rachetant GitHub. Maintenant, moi je ne peux pas m’en réjouir et les militants du logiciel libre ne peuvent pas s’en réjouir parce que la différence qu’il y a entre nous, concrètement, c’est une différence, je veux dire de vision du monde ; c’est presque une vision sociétale qui est assez différente. Vous avez d’un côté des entreprises, les GAFAM, on parle souvent des GAFAM, on rajoute le « M » de Microsoft dedans ; ça ne veut pas dire que Microsoft soit le mal incarné, ce n’est pas du tout de ça dont il est question.
Par contre, c’est une certaine vision du monde où on dit souvent que le logiciel dévore le monde. On a de plus en plus de logiciels partout ; du coup le sociologue Antonio Casilli parle de « colonialité » des GAFAM. Donc c’est une vision du monde qui vise, petit à petit, à être partout. C’est-à-dire que le logiciel on le retrouve dans nos téléphones, dans nos ordinateurs, mais on le retrouve dans nos frigos ; on le retrouve bientôt dans les voitures autonomes et des sociétés comme les GAFAM ne sont pas des philanthropes – encore une fois ce n’est pas une insulte, on peut bien nous se faire traiter de communistes, on peut dire qu’ils ne sont pas des philanthropes. Et concrètement, aujourd’hui Microsoft est une entreprise qui est capitalisée à plus de 700 milliards de dollars, troisième capitalisation boursière du monde il me semble, ce n’est pas rien ! 73 Millions de dollars en fonds propres, c’est 30 fois le budget du ministère de la Culture.

Hervé Gardette : Est-ce que ça veut dire que pour vous, directeur général de Framasoft, Pierre-Yves Gosset, quand Microsoft décide de racheter cette plateforme de création de logiciels libres GitHub, c’est une façon, justement, de dévorer ce monde du logiciel libre ? Je vais évidemment demander ce qu’il en pense à Bernard Ourghanlian.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Il y a quelques années Microsoft avait dû subir un procès suivant une loi antitrust et le département de la Justice américain avait qualifié la politique de Microsoft sur trois verbes : embrace, extend and extinguish, ce qui veut dire « adopter, étendre et étouffer », qui est une vraie politique appliquée par Microsoft, qui est une stratégie commerciale qui est de dire on prend ce qui marche bien – et l’open source marche bien, l’open source est efficace donc c’est normal que Microsoft s’y intéresse – et une fois qu’on a adopté l’open source on va y rajouter des fonctionnalités qui peuvent être plus refermées. Moi je n’exclus pas – je n’ai pas de boule de cristal et on verra bien ce qu’en fait Microsoft –, mais je n’exclus qu’à un moment donné GitHub voit des choses apparaître qui soient développées Microsoft mais qui ne soient plus libres et qui, à un moment donné, marginaliseraient les développeurs et développeuses du logiciel libre qui souhaitent eux porter, on va dire, un monde et une vision du monde qui soit différente, où le logiciel appartienne à tous et à toutes.

Hervé Gardette : Bernard Ourghanlian est-ce que vous comprenez déjà les craintes que peut avoir Pierre-Yves Gosset et comment est-ce que vous y répondez ?

Bernard Ourghanlian : Les craintes, je peux les comprendre dans la mesure où l’histoire de Microsoft est ce qu’elle est, donc cette histoire il est difficile de la réécrire. Pour autant on ne vit pas dans un monde figé ; le monde se transforme en permanence donc Microsoft, comme un certain nombre d’entreprises et puis, d’une manière générale, comme la totalité du monde qui nous entoure, se transforme, donc il est évident que racheter une plateforme telle que GitHub avec comme objectif de privatiser la plateforme, de la rendre inaccessible et, d’une manière ou d’une autre, de la fermer, c’est la garantie pour nous que la totalité des développeurs qui y sont aujourd’hui hébergés fuiront la plateforme. Donc ça n’a absolument aucun sens d’imaginer qu’une telle chose se passe.

Hervé Gardette : C’est-à-dire que pour vous si elle vaut aussi cher, c’est-à-dire 7 milliards et demi de dollars, c’est du fait de ses développeurs qui y travaillent ?

Bernard Ourghanlian : Incontestablement ; il y doit y avoir à peu près 28 millions de développeurs qui utilisent la plateforme aujourd’hui, donc évidemment ça a une certaine forme de valeur. Au-delà de ça, GitHub est aujourd’hui une plateforme qui est utilisée par un certain nombre d’entreprises privées, à la fois pour y déposer de l’open source mais aussi pour leurs propres besoins. C’est-à-dire qu’en fait, quelque part, il y a une certaine forme de privatisation ou d’internalisation de la plateforme pour répondre à ses propres besoins, puisqu’en l’occurrence la plateforme est excellente sur le plan technique donc elle permet effectivement à des grosses entreprises d’y développer leurs logiciels ; typiquement Microsoft utilise aujourd’hui un dépôt de code source pour Windows qui est probablement parmi les logiciels les plus gros de la planète, ce qui prouve qu’il est possible d’utiliser cette plateforme à une échelle extrêmement vaste avec de très nombreux développeurs.

Hervé Gardette : Mais vous pouviez continuer en être l’utilisateur sans en être forcément le propriétaire. C’est-à-dire c’est quoi l’intérêt pour Microsoft de racheter cette plateforme ?

Bernard Ourghanlian : En fait il y a pas mal d’intérêts qui sont autour, déjà, d’une capacité finalement à mieux connaître ses communautés de développeurs, parce qu’on n’a pas non plus la prétention de connaître les besoins de l’ensemble des développeurs de la planète. Or, d’une manière générale, Microsoft est une entreprise qui a été fondée sur une capacité à se mettre à la portée des développeurs donc pour nous ça a évidemment beaucoup d’intérêt. Au-delà de ça, il y a aussi énormément de tâches du développement logiciel qui sont des tâches, on va dire, pas forcément très créatives. Il y a beaucoup d’opérations qui sont réalisées par les développeurs qui sont des tâches relativement fastidieuses, qui consistent, pour une large part, à prendre du code qui a été développé par d’autres, à l’adapter à son besoin et à être capable, ensuite, de l’utiliser dans un logiciel plus complet.

Donc aujourd’hui il y a plein de fonctions qui manquent à GitHub. Pour prendre cet exemple-là, pour permettre de manière très simple, en utilisant l’intelligence artificielle, de pouvoir prendre des morceaux de logiciels qui existe dans l’ensemble des bases de données qui composent GitHub et pouvoir, potentiellement, sans effort ou en tout cas avec encore moins d’effort qu’aujourd’hui, l’adapter à ses propres besoins.

Donc ça, ça fait partie des choses qu’on peut parfaitement imaginer de mettre à la disposition de l’ensemble des utilisateurs de GitHub et donc de rendre encore plus populaire la plateforme telle qu’elle existe aujourd’hui.

Hervé Gardette : Amaelle Guitton.

Amaelle Guitton : Effectivement ça vaut le coup de rappeler que GitHub n’héberge pas que du code ouvert. Il héberge aussi du code fermé. Il y a des services payants et c’était d’ailleurs plus ou moins leur modèle économique ; mais la question que ça soulève est intéressante.

Hervé Gardette : Pardonnez-moi, juste je fais une petite incise par rapport à ça : si c’est ouvert c’est forcément gratuit ? Si c’est fermé c’est forcément payant ?

Amaelle Guitton : Oui. En gros c’était ça. C’est-à-dire il fallait payer pour y mettre du code fermé. En revanche l’hébergement de code ouvert, lui, était gratuit, je crois dans une certaine limite de taille au-delà de laquelle, de nouveau, il fallait payer.

La question que ça soulève est intéressante. J’ai vu passer cet argument que Microsoft pourrait, effectivement, améliorer GitHub. Et c’est fort possible ! Mais la question que ça pose c’est pourquoi est-ce que tout le monde met son code au même endroit ? On m’a posé la question sur Twitter au moment du rachat, on m’a demandé ce que j’en pensais, parce que je voyais effectivement pas mal de développeurs de logiciels libres qui commençaient à s’inquiéter, mon premier réflexe ça a était de dire : j’ai du mal à m’émouvoir parce que GitHub, au départ, est effectivement un acteur privé et c’était déjà une plateforme centralisée. On en revient toujours au même point qui est celui de la centralisation et c’est d’ailleurs assez étonnant que des libristes, comme on dit, aient jugé pour le coup parfaitement normal de tous mettre leur code au même endroit.

Pierre-Yves Gosset : Pas tous !

Hervé Gardette : Et comment est-ce que vous répondez, justement, à cette bizarrerie ?

Amaelle Guitton : Eh bien je crois que c’est effectivement parce qu’il y a un outil, parce qu’il fonctionne, parce qu’il est facile à utiliser et parce qu’il n’y a pas d’alternative décentralisée. Enfin si ! Pour le coup je vais laisser Pierre-Yves Gosset en parler parce que Framasoft propose une alternative qui, elle, est décentralisée.

Hervé Gardette : GitHub ce n’est peut-être pas, du coup, un symbole du logiciel libre comme j’ai pu le lire dans un certain nombre d’articles ?

Pierre-Yves Gosset : Ça a été un symbole de la façon dont on pouvait à la fois créer un réseau social, parce que GitHub est aussi un réseau social pour les développeurs : il y a 24 millions de comptes inscrits sur GitHub donc forcément ces gens-là échangent entre eux. Et exactement comme il est difficile de quitter Facebook parce qu’il y a 2,3 milliards d’utilisateurs sur Facebook, il est difficile, pour les développeurs et développeuses, de quitter GitHub puisque, à un moment donné, ils ont leur compte dessus, ils sont dessus, ils sont bien parce que la plateforme marche. On ne peut pas, encore une fois, enlever ça à GitHub ; c’est une plateforme qui fonctionne très bien.

Hervé Gardette : On imagine que si ça fonctionnait mal, déjà Microsoft ne l’aurait pas rachetée !

Pierre-Yves Gosset : Oui, tout à fait. Encore une fois, j’ai cru lire dans le communiqué de presse de Microsoft, qu’ils visaient une rentabilité de GitHub d’ici 2020 ; donc on est bien sur une question de business et c’est, encore une fois, une très belle acquisition pour Microsoft.

Maintenant la question qui se pose derrière, effectivement, c’est la problématique de la centralisation ; et c’est le sujet sur lequel notre association travaille maintenant depuis plusieurs années. On a fait une campagne qui s’appelle « Dégooglisons Internet »2 ; on aurait pu l’appeler « Degafamisons Internet », mais c’était « Dégooglisons Internet » pour, justement, pointer du doigt le fait que la centralisation sur Internet et la concentration des acteurs sur Internet posait problème. On a l’impression qu’Internet est constitué de milliers, de centaines de milliers d’entreprises. Il se passe un petit peu la même chose que dans la presse, c’est-à-dire il y a quelques groupes qui contrôlent, en fait, énormément de sociétés. Et donc WhatsApp c’est Facebook, Waze c’est Google, etc. Donc demain GitHub ce sera Microsoft. C’est un rachat, finalement, de plus, une concentration de plus, qui nous pose un énorme problème : c’est comment est-ce qu’on fait pour re-décentraliser Internet et mettre l’intelligence au bout du réseau plutôt que centraliser sur 5 ou 6 entreprises ?

Hervé Gardette : Oui, mais comme le disait Amaelle Guitton, finalement les développeurs restent sur cette plateforme. Il suffirait qu’ils s’en aillent et qu’ils aillent peut-être polliniser ailleurs pour que, finalement, il n’y ait pas ce phénomène de concentration. Non ?

Pierre-Yves Gosset : Oui, tout à fait. Et la question c’est où iraient-ils ? Justement il y a des plateformes alternatives à GitHub, par exemple un logiciel libre qui s’appelle GitLab. Nous on propose une alternative, effectivement, à GitHub, qui s’appelle Framagit3, sur laquelle on doit avoir 20 000 dépôts là où GitHub en a 65 millions. Voilà ! Ça vous donne une idée un petit peu de la différence de taille.
Par contre, ce qu’on souhaite, c’est qu’il n’y ait pas que Framagit. C’est-à-dire que toute la difficulté c’est d’expliquer finalement au public qu’il faut reprendre le pouvoir. Il y avait le slogan Power to the People, nous on essaye de dire Software to the People et de re-décentraliser Internet pour que demain par exemple les médias puissent monter une instance avec GitLab sur laquelle ils mettraient le code qui correspond aux médias. Voilà !

On s’est retrouvés avec le code de Parcoursup sur Framagit, ça nous a plutôt fait sourire même si on ne soutient pas forcément le projet, mais du coup les gens peuvent déposer du code sur notre plateforme, tout comme ils peuvent monter leur propre GitLab et installer, finalement, leur propre forge logicielle sur laquelle ils vont pouvoir construire les logiciels.

Hervé Gardette : Bernard Ourghanlian, quels sont les arguments que vous pouvez faire valoir, vous, auprès des développeurs ? Imaginons ! Je suis un développeur, j’ai des projets qui sont sur cette plateforme que Microsoft est en train de racheter. Je suis tout à fait convaincu de l’intérêt et de l’open source et du logiciel libre et je me dis là Microsoft arrive, j’ai envie de partir. Qu’est-ce que vous me dites pour que je reste ? Qu’est-ce qui pourrait me convaincre de rester, de ne pas aller ailleurs développer une autre plateforme véritablement libre ?

Bernard Ourghanlian : Je pense qu’il y a plusieurs types d’arguments. Il y a des arguments qui consistent, effectivement, à s’engager à respecter l’éthique qui a été celle de GitHub depuis toujours. Ensuite, évidemment, les développeurs sont libres de nous croire ou pas, ce qui est logique. Et puis il y a une autre raison qui est probablement plus fondamentale c’est que pour les développeurs, « leur valeur » entre guillemets est exposée à travers GitHub. C’est-à-cire qu’en fait, un développeur qui a envie de se faire embaucher dans une entreprise, ce qu’il va mettre en avant c’est l’ensemble de ses contributions sur GitHub en disant : eh bien voilà, j’ai développé ceci, j’ai développé cela ; vous pouvez aller voir par vous-même ce qu’il en est ; vous pouvez avoir accès au code source correspondant et voir, effectivement, en tant que développeur, ce que je vaux. Finalement, la valeur de la plateforme c’est la valeur des développeurs qui y sont et qui ont envie d’y être. Il est clair qu’on ne peut pas convaincre au sens forcer les gens, et ça n’aurait aucun sens ; de toutes façons les développeurs viennent sur GitHub entre guillemets « comme ils sont et comme ils ont envie d’y être ».

Ensuite, la question, c’est effectivement l’endroit où est stockée, finalement, la valeur des développeurs telle qu’elle peut être valorisée vis-à-vis d’un futur employeur.

Hervé Gardette : Je vous ai dit je suis développeur, en fait ça n’est pas vrai Bernard Ourghanlian, je ne le suis pas, je suis vraiment un simple utilisateur, pas très éclairé, toujours, avec les choses de l’informatique. Quel peut être, justement, mon intérêt à moi ? Par exemple j’utilise la suite Windows, j’utilise un certain nombre de logiciels qui sont détenus par Microsoft, quel intérêt je vais trouver dans le rachat de cette plateforme de logiciels libres ? Est-ce que moi, utilisateur, je vais être un peu plus libre avec les outils Microsoft ?

Bernard Ourghanlian : Pour être très honnête, non. Je pense qu’un utilisateur lambda, son accès à GitHub c’est quand même quelque chose d’extrêmement peu fréquent. Il n’y a pas vraiment de raison d’y aller chercher quelque chose.

Hervé Gardette : Sauf de se dire que Microsoft, à travers ce rachat, change aussi un peu de philosophie et se dit : je vais aussi permettre à l’utilisateur lambda, comment dire, d’avoir peut-être davantage de liberté avec les outils que je propose ?

Bernard Ourghanlian : Aujourd’hui Microsoft publie énormément de logiciels en open source. D’ailleurs, puisqu’il faut quand même le dire, Microsoft est le plus gros contributeur de GitHub aujourd’hui. Donc en fait, on est un utilisateur énorme de la plateforme, ce qui veut dire qu’on publie énormément de logiciels en open source. D’ailleurs, et ça a peut-être un peu défrayé la chronique et perturbé certains, on a publié récemment une annonce selon laquelle on va mettre à la disposition de tous un noyau Linux sécurisé à destination de l’Internet des objets.

Hervé Gardette : Linux, il faut rappeler ce que c’est.

Bernard Ourghanlian : Linux c’est le système d’exploitation libre qui a été, on va dire, popularisé depuis très longtemps par des sociétés comme Redhat mais d’autres aussi et qui, effectivement, est utilisé, notamment dans le monde du Web pour servir énormément de serveurs internet, etc. Donc cet environnement logiciel, pour Microsoft, c’est presque une révolution de palais au sens où on ne pouvait même pas imaginer que Microsoft, un jour, puisse commercialiser ou, en tout cas, mettre à la disposition de tous un logiciel basé sur un noyau Linux et c’est pourtant quelque chose qu’on a fait. Ce qui est la preuve que Microsoft change.

Hervé Gardette : Je pose la même question sur l’expérience utilisateur pour un utilisateur qui n’est pas capable de naviguer dans le code. Pierre-Yves Gosset et Amaelle Guitton. Pierre-Yves Gosset.

Pierre-Yves Gosset : Clairement, pour l’utilisateur, encore une fois l’open source étant un modèle de développement efficace, c’est plutôt une bonne chose. Maintenant, si on reprend un peu la problématique qui est politique et économique, eh bien politiquement et économiquement Microsoft rachète un de ses outils de production. Forcément, si on a cette grille de lecture, on se dit que c’est important pour eux, vu qu’ils ont de plus en plus de code sur GitHub, de se dire « eh bien à un moment donné nos développeurs sont là, notre code est là, autant racheter la plateforme, ce qui nous permettra d’en avoir la maîtrise. »

Hervé Gardette : Ça, ça ne change rien pour l’utilisateur lambda, dans le cadre de ce rachat. Mais dans le cadre des logiciels vous que vous essayez de développer à travers Framasoft, qu’est-ce que ça change pour moi ? C’est-à-dire est-ce que je me rends compte que je suis dans le monde du logiciel libre ? Ou c’est simplement philosophiquement, disons, et politiquement, je sais que je contribue à un autre modèle, mais ça ne change rien à mon expérience utilisateur ?

Pierre-Yves Gosset : Je pense que concrètement la philosophie de Microsoft n’a pas changé ; c’est une entreprise capitaliste qui vise à maximiser les profits, évidemment. Encore une fois, c’est le monde dans lequel on vit. Ce n’est pas forcément le monde que nous souhaitons, ce n’est même pas du tout le monde que nous souhaitons, mais ils sont dans une logique où, à moment donné, ils rachètent leur outil de production. Amaelle Guitton le rappelait tout à l’heure, il y a une grosse partie du code sur GitHub qui appartient à des entreprises privées. La moitié des entreprises du Fortune 500, du classement des 500 plus grosses entreprises du monde, est sur GitHub. Donc évidemment, moi ce que j’entends dans la bouche du représentant de Microsoft c’est qu’à un moment donné, effectivement, ils veulent rajouter des fonctionnalités utilisant l’intelligence artificielle pour développer encore mieux le logiciel, etc. Donc nécessairement, Microsoft va avoir un avantage concurrentiel sur d’autres géants du numérique, à commencer par Google et d’autres.

Hervé Gardette : Pardonnez-moi. J’ai peut-être mal formulé ma question. Ce que je voulais dire c’est que si j’utilise un logiciel libre tel que ceux qui sont promus par Framasoft, ça change quoi du point de vue de l’utilisation ?

Pierre-Yves Gosset : De l’utilisation rien. Par contre, je pense sincèrement que ce rachat va petit à petit assécher, enfin peut assécher les valeurs philosophiques, sociales, éthiques portées par le mouvement du logiciel libre.

Hervé Gardette : Amaelle Guitton ?

Amaelle Guitton : Ce que ça change pour l’utilisateur, parfois, c’est tout simplement basiquement que, par exemple pour utiliser un logiciel comme Firefox, il suffit de le télécharger. Pour utiliser LibreOffice qui est une suite bureautique avec un éditeur de texte, un tableur, etc., eh bien il suffit de les télécharger. Pour utiliser les outils de Microsoft, il faut payer une licence. Ça c’est très concret. La base du logiciel libre ce n’est pas sa gratuité mais souvent c’en est une conséquence. Le modèle économique est complètement différent. Ce qu’on vend dans le Libre c’est le service qui va avec, c’est la maintenance, ce sont des packages tout faits pour les entreprises, etc., mais on ne vend pas le code. Donc la différence elle se situerait là.

Hervé Gardette : Du coup, moi utilisateur, je vais trouver ça plutôt intéressant. C’est-à-dire je me dis effectivement je vais avoir un service de maintenance ; c’est peut-être aussi quelque chose qui est plus stable, plus sécurisé, plutôt qu’un système ouvert où, si ça se trouve, on va me changer mon logiciel du jour au lendemain et je ne vais plus m’y retrouver. Au moins avec un système propriétaire je suis plus rassuré, non !

Amaelle Guitton : Il y a quand même des logiques et des process dans les grandes communautés. Notamment pour les logiciels les plus connus type Firefox, il ne suffit pas d’arriver avec son bout de code, il y a des process de validation ; enfin tout ça est assez procédural, en réalité, et la preuve c’est que ça fonctionne, c’est que Firefox fonctionne très bien.

Mais ce que je trouve intéressant c’est que, finalement, ce que raconte le rachat de GitHub par Microsoft c’est une réalité que tous les gens qui travaillent dans l’open source et le Libre ont comprise depuis un certain temps : c’est qu’en réalité, pour ces grandes entreprises, le modèle de développement en open source sur les briques de base c’est le plus efficace et le plus rentable. Avoir des briques communes à partir desquelles on fabrique des produits qui eux vont être plus ou moins fermés, mais souvent plus que moins ça, ça marche très bien. Effectivement, de ce point de vue-là, on va dire, c’est la victoire technique de l’open source comme process de développement.

En revanche, on voit bien, c’est ce que je disais tout à l’heure, c’est qu’en bout de chaîne moi je n’ai pas l’impression du tout qu’il soit question de changer quoi que ce soit au modèle propriétaire de Windows ou, par ailleurs, de Gmail, parce qu’à chaque fois la situation est la même. C’est-à-dire que plus on se rapproche de l’utilisateur final et plus on se rapproche, en fait, de produits sur lesquels il peut y avoir de la concurrence, et plus c’est fermé. Il y a vraiment une différence entre ce qui peut être mis dans une espèce de pot commun technologique et ce sur quoi on va construire son modèle économique et ce sur quoi il va y avoir de la mise en concurrence.

Hervé Gardette : « Des briques ouvertes ne font pas un plan de maison librement accessible », je vous cite, Amaelle Guitton, c’est un extrait d’un des articles que vous aviez signé sur le sujet.

Amaelle Guitton : Absolument.

Hervé Gardette : Bernard Ourghanlian, je vous laisse réagir, ensuite Pierre-Yves Gosset.

Bernard Ourghanlian : Je pense qu’il y a un élément qu’on n’a pas pour l’instant abordé mais qui est quand même important parce que ça correspond à un changement de paradigme substantiel, c’est l’arrivée, l’irruption du cloud : la fameuse informatique en nuage où, en fait, on accède dans la réalité à des traitements qui sont réalisés quelque part, on ne sait pas forcément très bien où. En l’occurrence, ce mode de commercialisation est un mode de commercialisation qui change assez fondamentalement la donne. Parce que, finalement, on est dans une logique où on paye le logiciel à la consommation, ou le service à la consommation, un peu comme l’eau, le gaz, l’électricité – on consomme on paye, on ne consomme pas on ne paye pas. Donc en fait, le logiciel en tant que tel est encore plus éloigné de l’utilisateur. C’est-à-dire que certes vous allez avoir un système d’exploitation qui va tourner sur un téléphone, qui va tourner sur un PC, une tablette, que sais-je, mais la plupart des services que vous consommez sont des services qui sont exécutés loin de vous, dans le nuage. Donc ces services, qui sont effectivement des services à valeur ajoutée, sont en général facturés uniquement sur une logique de consommation.
Donc dans cette logique-là, le modèle d’affaires sous-jacent au logiciel libre, au logiciel propriétaire, c’est un modèle d’affaires qui devient encore complètement différent puisqu’on n’est plus dans une logique dans laquelle on paye une licence au départ et puis la licence on va l’utiliser ou pas et quelle que soit la façon dont on l’utilise on va payer ; là on est dans une logique dans laquelle si on est content d’un service, on va l’utiliser. Et d’ailleurs, dans le cloud, tous les opérateurs de cloud ont besoin de mériter leurs clients ; quand je dis mériter ça veut dire qu’en fait, si vous n’êtes plus content du service, vous ne l’utilisez plus et ça s’arrête là.
Et la façon, finalement, de convaincre les utilisateurs de rester et de continuer d’utiliser votre service, il n’est plus fondé sur le fait que vous avez payé avant, il est fondé sur le fait que vous allez convaincre les utilisateurs par la qualité du service que vous leur délivrez, que, effectivement, ils doivent continuer d’utiliser vos services.

Hervé Gardette : C’est pour qu'il y ait cette qualité de service que Microsoft, du coup, rachète cette plateforme ; ça participe de cette logique-là ?

Bernard Ourghanlian : C’est une plateforme qui, par construction, est une plateforme cloud dans la réalité. Donc c’est toute une série de serveurs qui vont permettre de déposer du code source et qui vont servir à l’ensemble des développeurs pour se connecter en même temps, construire leurs logiciels, etc. Donc c’est une construction qui est très en phase avec, effectivement, la stratégie de Microsoft, qui est une stratégie qui est de plus en plus orientée vers le cloud dans une logique où, au lieu de faire payer les utilisateurs au départ, on les fait payer entre guillemets « au fur et à mesure » et s’ils décident d’utiliser un autre service, eh bien ils utilisent un autre service et ils peuvent en changer s’ils en ont envie.

Typiquement, je prends l’exemple qui était cité tout à l’heure avec Gmail de Google. Si un utilisateur a envie de changer de serveur de messagerie et de passer de Outlook, pour prendre le cas de Microsoft, à Gmail, il peut le faire en très peu d’opérations. C’est quelque chose qui est extrêmement peu coûteux. Et en dehors du fait de documenter à ses utilisateurs qu’on est passé d’une messagerie, d’une adresse e-mail à une autre, c’est à peu près tout ce que ça représente.

En fait, la différence par rapport au modèle classique du logiciel qui tourne sur des machines qui sont près de chez soi, c’est que là on est dans une logique où le modèle économique lui-même sous-jacent est complètement différent.

Hervé Gardette : Pierre-Yves Gosset.

Pierre-Yves Gosset : C’est très intéressant. D’abord je voudrais désambiguïser une chose, Microsoft rachète GitHub mais nerachète pas les codes sources qui sont sur GitHub : les codes sources appartiennent aux développeurs et aux développeuses qui les ont mis en ligne, donc effectivement chacun peut partir ailleurs.

Bernard Ourghanlian : Heureusement !

Pierre-Yves Gosset : Et heureusement. Par contre, là où je m’inscris en faux par rapport à ce que disait monsieur Ourghanlian, il y a clairement un modèle économique derrière, c’est celui, effectivement, du payer à l’usage. Or on voit bien que payer à l’usage, potentiellement, est une pratique commerciale qui va faire que l’utilisateur va payer : puisque la facture est moins douloureuse, on va payer, on va rester inscrit pendant plusieurs années sur un service sans se poser la question et ce service-là va nous coûter plus cher que si on l’avait acheté au départ.

Le modèle du logiciel libre peut même être en amont encore différent. C’est-à-dire qu’on pourrait mutualiser les coûts de développement d’une alternative existante. Par exemple on va se mettre à plusieurs entreprises pour développer ensemble un logiciel qui sera mis à la disposition de tous et de toutes et on va vendre, finalement, le service qu’il y a autour.

Ce qui moi m’ennuie c’est qu’encore une fois, on voit bien à travers le modèle économique que présentait le représentant de Microsoft, on est sur une logique vraiment commerciale. Or, à un moment donné, nous ce qui nous pose problème c’est que le logiciel est présent partout dans nos vies et le fait que l’on dépende de quelques entreprises pour savoir où est ce logiciel.

Là où je m’inscris en faux c’est, typiquement, quitter Gmail pour aller vers Outlook ou l’inverse, ce n’est pas juste en cinq minutes ! Parce qu’on a tout notre historique, on a tous nos contacts, etc., et c’est forcément du lourd ; cette conduite du changement est compliquée et c’est quelque chose que pratique Microsoft depuis longtemps qui s’appelle le vendor lock-in. C’est le fait qu’à un moment donné, lorsqu’on est habitué à Windows, le fait de quitter Windows réclame un effort.
Donc oui, théoriquement quitter ne coûte rien, mais dans la réalité c’est faux ! C’est un coût qui est non négligeable pour l’utilisateur.

Hervé Gardette : Mais est-ce que quitter un logiciel libre, je ne sais pas quel nom on pourrait prendre ?

Pierre-Yves Gosset : Firefox.

Hervé Gardette : Prenons Firefox, par exemple, est-ce que ça ne demande pas un effort identique ?

Pierre-Yves Gosset : Si, ça pourrait être la même chose. La difficulté c’est que nous on essaye de promouvoir, finalement, un modèle social, un modèle de société, qui soit basé sur la contribution, sur la participation finalement active des utilisateurs et des utilisatrices aux logiciels qu’ils utilisent et non pas uniquement au fait de consommer un logiciel.

Donc ce sont deux visions du monde relativement différentes. D’un côté une société de consommation ou de surconsommation avec de la propriété intellectuelle, de l’individualisme et, d’un autre côté, une société des communs, de la société de contribution telle qu’en parle le philosophe Bernard Stiegler qui essaye de promouvoir, finalement, un modèle de société où chacun va contribuer aux outils qu’il utilise.

Hervé Gardette : Juste un mot Bernard Ourghanlian.

Bernard Ourghanlian : Puisqu’on parle de Bernard Stiegler, je vais répondre en citant André Comte-Sponville qui posait la question « le capitalisme est-il moral ? » et il répondait par la négative en disant que, par définition, le capitalisme était a-moral ; sans morale.

Je pense qu’effectivement on a une opposition de principe qui n’est pas fondée sur la technologie en tant que telle, parce la technologie, écrire du code c’est toujours écrire du code ; n’importe qui qui a développé du code, qu’il soit ouvert ou pas ouvert, ça ne change rien.

Pierre-Yves Gosset : Pour moi ça en change ; plein de choses !

Bernard Ourghanlian : On pourrait débattre, mais là-dessus je ne suis pas d’accord ; sur le plan technique c’est rigoureusement la même chose. Le logiciel libre ça ne change rien ! Par contre, sur le plan effectivement politique, le modèle politique sous-jacent n’est effectivement pas le même.

Hervé Gardette : Merci à tous les trois d’avoir participé à cette discussion Amaelle Guitton, Pierre-Yves Gosset et Bernard Ourghanlian. Discussion que vous pouvez retrouver sur notre site internet. Vous choisissez le navigateur qui vous conviendra le mieux. C’est France Culture en tout cas sur la page Du Grain à moudre. Merci à l’équipe Du grain

15 September 2018

Luc DIDRY

Merci à mes tipeurs :-)

Le 15 September 2018 à 12:38:21

Le 14 juillet 2016, j’ai lancé mes pages Tipeee et Libe­ra­pay.

La récom­pense de base est l’ap­pa­ri­tion sur une page mensuelle de remer­cie­ments… voici celle d’août.

Merci à :

Voici mon bilan d’août :

Vous pouvez toujours me soute­nir via Duni­ter !

Je remets ici mon expli­ca­tion.

Disclai­mer : je vais peut-être dire des sottises parce que j’ai pas tout compris mais je m’en fous, j’aime bien l’idée

Duni­ter est un projet de crypto-monnaie mais contrai­re­ment au bitcoin où c’est la course à la puis­sance de calcul pour géné­rer la monnaie et deve­nir riche, le but est de créer une monnaie libre (le Ğ1, prononcé comme june en anglais), basée sur une toile de confiance (il faut rece­voir 5 certi­fi­ca­tions pour être membre) et où chacun des membres reçoit tous les jours un divi­dende univer­sel. Je dois dire que je suis assez curieux de ce qu’on peut faire avec un système ressem­blant forte­ment au salaire à vie 🙂

C’est pourquoi j’ai créé mon compte et ait fait ce qu’il fallait pour rece­voir mes certi­fi­ca­tions (rencon­trer des gens, tous­sa…). Ma clé publique est :

 2t6NP6Fvvuok2iRWA188C6pGokWAB5Kpf1S1iGtkN9tg

Et comme un projet n’est utile que si on s’en sert, je vous propose de me soute­nir en Ğ1 tout en béné­fi­ciant des mêmes récom­penses que celles présentes sur ma page Tipeee (j’ai arbi­trai­re­ment choisi une parité euro/Ğ1 car je n’ai pas vrai­ment trouvé de page expliquant comment évaluer le cours du Ğ1 en euros, et au final, est-ce vrai­ment néces­saire ? À nous de choi­sir quelle valeur a cette nouvelle monnaie 🙂. Et puis ça me simpli­fie la vie).

Voici donc les diffé­rentes contre­par­ties et leur prix (chaque contre­par­tie comprend celles de tarif infé­rieur) :

  • 1 Ğ1 : vous appa­raî­trez sur la page mensuelle des remer­cie­ments
  • 2 Ğ1 : vous rece­vrez une photo dédi­ca­cée de mon chat
  • 3 Ğ1 : vous rece­vrez 3 stickers repre­nant les logos de Lstu, Lutim et Lufi. De quoi déco­rer son ordi et se la péter en société 😁
  • 5 Ğ1 : un commit vous sera dédié chaque mois (si je déve­loppe suffi­sam­ment pour le nombre de personnes à ce niveau)
  • 15 Ğ1 : vous pouvez me deman­der de bosser en prio­rité sur un bug ou une demande de fonc­tion­na­lité d’un de mes logi­ciels (dans la mesure du faisable, hein).
  • 100 Ğ1 : quand j’au­rais un nouveau projet, vous pour­rez en choi­sir le nom et le logo

Pour en savoir plus sur Duni­ter et Ğ1, je vous propose d’al­ler voir cet article de cgeek : https://blog.cgeek.fr/de-linte­ret-dune-monnaie-libre.html ainsi que la théo­rie rela­tive de la monnaie pour les enfants.

Crédits : Photo par Tim Marshal sur Unsplash

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Thierry ARNULF

Les médias et les traqueurs

Le 15 September 2018 à 09:50:41

Les applications des médias français (LE MONDE, LIBERATION…etc) mais, également  étrangers (WASHINTON POST…) embarquent parfois plus d’une dizaine de traqueurs  (01) dans leurs applications Android. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, par contre, c’est que certains d’entre-eux reconnaissent qu’il y en … Lire la suite

14 September 2018

april.png Nouvelles April

Journée contre les DRM 2018 - Rediffusion de l'émission « Libre à vous ! » mardi 18 septembre

Le 14 September 2018 à 07:45:49

L'overdose des DRM

Dans le cadre de la Journée internationale contre les DRM (« menottes numériques ») mardi 18 septembre, la radio Cause Commune et l'April rediffuseront la dernière émission « Libre à vous ! » qui a consacré 42 minutes à la question des DRM. Cette rediffusion aura lieu mardi 18 septembre à 15h30 sur 93.1 FM en Île-de-France et sur le site de la radio, la discussion sur les DRM commencera vers 16h08.

Cette journée est l'occasion de rappeler à quel point ces menottes numériques sont dangereuses pour toute personne utilisant ou développant des logiciels libres, et empêchent pour tout le monde des usages, pourtant tout à fait légitimes, des œuvres.

Radio Cause Commune

La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Émission « Libre à vous ! » de l'April

Chaque 1er mardi du mois de 15h30 à 17h00, l'April, l'association de promotion et de défense du logiciel libre, propose une émission d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation.

Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle.

Discussion sur les DRM

Lors de l'émission du 4 septembre 2018, Frédéric Couchet, délégué général de l'April, et Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques, ont discuté des menottes numériques avec Jean-Baptiste Kempf (président de VideoLAN, l’association qui gère VLC media player et fondateur de la société Videolabs qui qui crée des services autour de VLC et, plus généralement, des nouveautés autour de la vidéo) et Marie Duponchelle (avocate, docteur en droit, département Droit de l’immatériel, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteure d’une thèse intitulée « Le droit à l’interopérabilité : études de droit de la consommation », Marie Duponchelle a été stagiaire à Videolan, puis à l’April il y a quelques années).

À l'occasion de la Journée internationale contre les DRM la radio Cause Commune et l'April rediffuseront cette émission sur 93.1 FM en Île-de-France et sur le site de la radio mardi 18 septembre 2018 à partir de 15h30. La discussion sur les DRM commencera vers 16h08.

Vous pouvez également dès maintenant écouter le podcast ou lire la transcription.

13 September 2018

april.png Nouvelles April

Journée noire pour les libertés sur Internet : les parlementaires européens votent la généralisation du filtrage automatisé

Le 13 September 2018 à 09:46:13

Communiqué de presse. Jeudi 13 septembre 2018.

Mercredi 12 septembre, journée noire pour les libertés sur Internet et pour tous ceux et celles qui agissent au quotidien pour défendre et promouvoir un Internet libre et ouvert, neutre et acentré. Le Parlement européen a voté à 438 voix contre 226 la généralisation du filtrage automatisé des contenus mis en ligne. Le coup est dur mais l'April reste mobilisée pour les négociations interinstitutionnelles à venir et pour le vote final au Parlement qui devrait se tenir début 2019.

Malgré une incroyable mobilisation citoyenne et des prises de position argumentées toujours plus nombreuses issues de milieux très divers — culturel, technique, juridique, associatif comme institutionnel 1 — les eurodéputés ont finalement retenu une des versions les plus dangereuses de l'article 13 parmi celles qui leur étaient soumises. : celle du rapporteur Axel Voss (PDF, en anglais). Un vote nominal ayant été demandé, la position de chacun des votants est disponible (voir page 34 du document).

En juillet 2018 les parlementaires avaient rejeté le mandat accordé au rapporteur de la commission JURI. Pourtant, le texte finalement voté le 12 septembre est sensiblement le même, maquillé de quelques précisions cosmétiques. Par exemple l'opportunité de préciser que le blocage automatique des contenus devrait être évité ne manquera pas d'interroger tout un chacun alors que la disposition tout entière est construite sur ce principe, et de se demander qui a pu se satisfaire d'une précision aussi grotesque.

Malheureusement les parlementaires français ont été particulièrement nombreux à soutenir cette disposition aux effets gravement liberticides. À l'exception notable de Messieurs et Mesdames les députés D'Ornano, Montel et Phillipot pour le groupe EFDD, Omarjee et Vergiat pour le groupe GUE/NGL et Delli, Durand, Jadot, Joly et Rivasi pour le groupe des Verts, qui ont également voté pour les amendements de suppression de l'article 13 (rejetés à 517 voix contre 169). L'April les remercie pour cette prise de position importante. Avec une mention particulière pour les parlementaires du groupe EFDD et M. Durand qui ont voté le rejet global de la proposition de directive qui permettrait, enfin, d'ouvrir la voie à un véritable débat de fond sur le sujet. Les autres parlementaires mentionnés ayant fait le choix de l'abstention. À l'inverse l'April constate avec regret que l'ensemble des membres des délégations françaises des groupes EPP, S&D et ENF ont soutenu des propositions portant un risque aussi évident de censure sur Internet.

Lot de consolation, certes faible mais qui a son importance : les amendements inscrivant l'exclusion sans condition des forges de logiciels libres de ce dispositif absurde ont été adoptés. D'ailleurs l'April appelait récemment le gouvernement français à traduire ses paroles en actes lors des négociations interinstitutionnelles à venir, le Conseil de l'Union européenne semblant encore considérer qu'il faille limiter cette exception aux seules forges « à but non lucratif ».

Sur cette question, comme pour celle plus globale de la lutte contre le filtrage généralisé et automatisé des contenus mis en ligne, l'April continuera à agir et appelle toutes les personnes partageant ses valeurs à faire de même. Les parlementaires seront amenés à se prononcer sur le texte final issu des négociations entre Parlement, Conseil et Commission, ultime occasion pour eux de se montrer à la hauteur des enjeux.

12 September 2018

Thierry ARNULF

Directive Européenne sur le droit d’auteur votée

Le 12 September 2018 à 17:13:42

Les 2 articles de la Directive Européenne sur le droit d’auteur, qui ont créé le plus de polémiques sur le net, viennent d’être votés au Parlement Europēen : ce sont les articles 11 et 13.  Vous pouvez consulter la proposition de … Lire la suite

jzimmermann.png Jérémie ZIMMERMANN

Antiterrorist Censorship: The EU Commission Wants to Kill the Decentralized Internet

Le 12 September 2018 à 14:18:13

12 September 2018 - This morning, as everybody was looking at the Copyright Directive adoption, the EU Commission released a proposal for a Regulation on the censorship of terrorist propaganda.

This proposal would impose new obligations to hosting service providers, including the removal in less than an hour of the reported content. This proposal trivializes police and private censorship as well as the circumvention of justice. Automated filters, which play a crucial role in the debate on the Copyright Directive, are becoming the core component of censorship regimes in the digital era1.

The fact is that only a few big online platforms would be able to comply to these news obligations - in particular the one-hour deadline. Others - the vast majority of which, since the beginning, have been the body of the Internet, will never be able to comply with these obligations and will permanently be exposed to sanctions.

If this text is to be adopted, the quasi-monopolies of the Internet (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, Twitter...) would be elevated as key players of the securitarian policies of the Member States and reinforced in their more than dominant position - every other service will be forced to shut down, including decentralised services which best protect our freedom.

After loosely claiming to defend our rights with the GDPR, the European Commission is radically changing its targets and now aims at destroying the rules of law by fraternising with multinationals that exploit our freedoms. The fact is that only the decentralized Internet, governed in a democratic way, can provide appropriate modes of control for online content. This is one of the most relevant way to stop the spread of hate speech and other abuse of freedom of expression.

The proposal is not only useless in many respects - online giants are already monitoring and censoring terrorist contents in cooperation with public authorities2. It is also counterproductive: its main effect would be to destroy the only version of Internet compatible with our basic freedoms.

The proposal has just been published. Debates will follow at the EU level We will contribute to these debates with determination.

  • 1. According to the proposal, every hosting service provider on the Internet, whatever its size or its operation, would have to remove terrorist content within one hour upon receiving a removal order by a national authority (Article 4). These authorities would also be able to impose censorship, based not on national law but on the terms and conditions of these providers (Article 5). Finally, providers are invited to take proactive measures, including through automated means, to scan online contents and block those they consider a terrorist content (article 6)
  • 2. Since 2015, Members States like France and agencies like Europol have developed numerous partnerships with the digital giants to fight against terrorism propaganda, frequently in defiance of international law.

Copyright Directive: the cultural industry and press publishers feed on the crumbs of the mass surveillance business

Le 12 September 2018 à 13:26:58

12 September 2018 - The European Parliamant has just adopted the CopyRight Directive, despite delaying it last summer. Having successfully passed this Directive, the cultural industry and press publishers feed on the crumbs left by mass surveillance businesses. Rather than preventing such a capitulation to the GAFAM, French Government has vigourously promoted it.

For 20 years, the French cultural industry has never been able to adapt to the Internet. Today, it is crazy about the success of Netflix or Amazon. Now, it is claiming for the crumbs of the cake. This industry is trying to make the giants of the Web, such as Youtube and Facebook, share the revenues of targeted advertising displayed with their contents.

Targeted advertising depends on the monitoring of everyone, everywhere, anytime, without our freely given consent. Since 25 May and the GDPR, this clearly breaches the law.

However, having failed to evolve, the cultural industry is now ready to rely on such unlawful practices. Following today's vote, the financing of culture will be submitted to the mass surveillance business. By supporting the Directive, the French Government gave its blessing to the unlawful powers of Internet giants, rather than fighting them and protecting us.

Unfortunately, this is not the only issue. Press publishers who, for the most part, never succeeded to adapt to the Internet, want to be paid for each one of their articles quoted on Facebook and Google. What is going to happen if press publishers' revenues depend on Facebook and Google own revenues? How much longer will we be able to read critical positions against such giants in these newspapers? Rather than adapting themselves, press publishers chose to give up their independence entirely. Meanwhile, most of them implement practices as intrusive as those used by the GAFAM regarding targeted advertising.

Here again, the French Government has encouraged this general capitulation to Net Giants, strengthening them in their position of masters of the Internet. Yet, they are masters of none. The Internet doesn't need Google or Facebook to allow us to communicate. Furthermore, these giants disturb our communications in order to impose their advertisements.

Today's vote is symptomatic of the emergency to get a new framework of reflexion. It is a priority for the government to accept that the Internet is not just about a few monopolistic companies. It is time for the government to give up digital global companies and to begin to promote the development of a decentralized Internet, the only one able to respect our liberties.

11 September 2018

april.png Nouvelles April

Le Parlement européen dernier rempart contre le filtrage automatisé sur Internet

Le 11 September 2018 à 13:28:21

Photo d'illustration de la campagne Save Your Internet

Communiqué de presse. Mardi 11 septembre 2018.

Mercredi 12 septembre 2018 les parlementaires européens voteront en séance plénière sur le projet de directive droit d'auteur, notamment sur son article 13 qui impose aux plateformes d'hébergement la mise en place d'un filtrage généralisé et automatisé des contenus que nous mettons en ligne sur Internet. L'idée même de ce principe est désastreuse et a été très largement décriée pour son caractère rétrograde et liberticide. L'April appelle les parlementaires à un vote sans ambiguïté : le rejet pur et simple du filtrage généralisé et automatisé des contenus mis en ligne.

Suite au rejet, le 5 juillet 2018, du mandat accordé sur le rapport voté en commission JURI (commissions des affaires juridiques), d'importantes négociations entre les différents groupe politique au Parlement européen semblent avoir eu lieu. Et si le rapporteur Axel Voss ou le député Jean-Marie Cavada continuent de vouloir faire d'Internet un espace soumis à contrôle et à censure, des propositions comme celle du groupe des Verts et de la commission IMCO (commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs) font écho à l'importante mobilisation contre l'article 13 et semblent prendre en compte les critiques formulées contre ce texte rétrograde. Toutefois, ne nous y trompons pas, la disposition est intrinsèquement dangereuse et la seule issue réellement satisfaisante sera son rejet total.

L'April appelle ainsi les parlementaires à prendre une position forte, comme en 2012 avec le rejet d'ACTA et plus récemment en juillet avec le rejet du mandat, et à rejeter intégralement l'article 13 en votant les amendements de suppression 90, 125 et 193 des député⋅es Gerard Batten, Jiří Maštálka et Isabella Adinolfi.

À défaut d'un rejet du texte, l'alternative proposée par Julia Reda pour le groupe « Verts/ALE » (amendement 214) et par Catherine Stihler pour la commission IMCO (amendements 100 à 105), doivent être soutenues.

L'April appelle également à voter l'amendement 61 à l'article 2 de la directive, issu du rapport de la commission JURI. Il s'agit d'une évolution indispensable puisqu'elle crée une exception pour les encyclopédies en ligne comme Wikipédia ainsi que pour les forges de logiciels libres, sans critère inutile basé sur le caractère lucratif ou non de l'activité qui viderait la disposition de sa substance.

« En 2005 le Parlement européen rejetait la brevetabilité des logiciels, en 2012 il enterrait ACTA suite à une mobilisation citoyenne internationale incroyable. Mercredi 12 septembre les députés européens ont de nouveau rendez-vous avec l'Histoire. À eux de rappeler que le Parlement est une institution indépendante soucieuse des libertés publiques » déclare Frédéric Couchet, délégué général de l'April.
« À la veille du vote et après des mois de mobilisation il semble incroyable de devoir répéter de telles évidences mais nous y voici ; NON, un filtrage automatisé et un Internet libre et ouvert ne sont pas compatibles ; NON on ne protège pas les auteurs avec des outils de censure. Les parlementaires européens ont une responsabilité indéniable avec ce vote : agiront-ils pour préserver un des plus incroyables espaces de création et de partage jamais créé, ou précipiteront-ils son déclin ? » met en garde Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques de l'association.

svieille.png Simon VIEILLE

Sharepoint Office365 sur Linux : automatiser l'authentification

Le 11 September 2018 à 09:00:00

Suite de l'aventure avec Sharepoint !

On a pu passer 2 étapes cruciales pour jouer avec Sharepoint Online :

Après quelques jours d'utilisation, il s'avère que les cookies d'authentification ne sont plus valables. C'est un gros problème car c'est pénible de les récupérer manuellement pour ensuite les injecter dans le fichier de configuration Davfs.

J'ai planché quelques heures sur une solution : réaliser le parcours de connexion d'un utilisateur qui passerait par un navigateur web.

Le projet est libre et voici comment l'installer et l'utiliser.

Note : il faut avoir NodeJS sur sa machine. J'ai développé le code en version 6.13.0.

Il faudra déclarer 3 variables d'environnement contenant le site Sharepoint, l'identifiant de connexion et le mot de passe :

Il ne reste plus qu'à lancer le script qui devrait vous retourner du JSON avec les 2 cookies dedans :

À vous de choisir la méthode pour alimenter la configuration de Davfs avec ces données !

april.png Nouvelles April

Café numérique « Logiciel libre, savoirs libres, semences libres, société libre » - jeudi 20 septembre 2018 à Digne

Le 11 September 2018 à 05:58:23

20 Septembre 2018 - 14:30
20 Septembre 2018 - 15:30

Jean-Christophe Becquet, président de l'April animera le prochain Café numérique sur le thème « Logiciel libre, savoirs libres, semences libres, société libre », jeudi 20 septembre 2018 à 14h30 à l'Espace Numérique LUMEN, 45 avenue du 8 mai 1945 à Digne-les-Bains.

« De l’invention du logiciel libre par Richard Stallman en 1984 à sa diffusion dans toutes les sphères de la société. Cette conférence précisera le fonctionnement des licences libres. Elle développera les enjeux du logiciel libre, notamment dans l’éducation. Elle montrera comment le libre s’est progressivement élargi à toutes les champs de la connaissance avec des projets d’envergure mondiale comme l’encyclopédie Wikipédia ou la carte collaborative OpenStreetMap. Elle explorera enfin la diffusion des mêmes principes de partage à d’autres communs comme les semences végétales. »

Jean-Christophe Becquet s'implique dans les communautés du logiciel libre depuis 1997. Conférencier, enseignant et formateur, il est habitué à s'adresser à un public non technicien.

Cet événement s'inscrit dans le cadre de la Fête des possibles à laquelle l'April participe du 15 au 30 septembre 2018.

10 September 2018

april.png Nouvelles April

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 4 septembre 2018

Le 10 September 2018 à 15:43:57


Frédéric Couchet

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 4 septembre 2018 sur radio Cause Commune
Intervenants : Frédéric Couchet - Étienne Gonnu -Isabella Vanni - Aliette Lacroix - Jean-Baptiste Kempf - Marie Duponchelle
Lieu : Radio Cause commune
Date : 4 septembre 2018
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustrations : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Parties de la transcription

logo cause commune

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site cause-commune.fm. La radio dispose d’un webchat donc n’hésitez pas à utiliser votre navigateur web préféré et rendez-vous sur chat.libre-a-toi.org.
J’espère que vous avez passé un bel été, que la rentrée se passe pour le mieux. Soyez les bienvenus pour cette nouvelle émission de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April et autour de moi il y a mes collègues Isabella et Étienne. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Bonjour.

Frédéric Couchet : Étienne Gonnu en charge des affaires publiques et Isabella Vanni qui s’occupe de la vie associative et est responsable de projets. Bonjour Isabella.

Isabella Vanni : Bonjour.

Frédéric Couchet : Le site web de l’April c’est april.org, donc a, p, r, i, l point org, et vous y retrouverez, je pense après l’émission, une page consacrée à l’émission du jour avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission. N’hésitez pas aussi à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu, mais aussi des points d’amélioration et vous pouvez, bien entendu, intervenir en direct sur le webchat. Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Je vais d’abord vous rappeler l’objectif de l’émission Libre à vous ! de l’April. C’est une émission qui est principalement animée par l’équipe salariée de l’April mais aussi par des membres bénévoles de l’association et des invités. Cette émission se veut une émission d’explications et d’échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que nous traitons autour des libertés informatiques et les actions que nous menons. Nous avons également des sujets qui traitent de la sensibilisation au logiciel libre.
Nous espérons donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d’action. Tels sont les objectifs de cette émission mensuelle qui est diffusée en direct chaque premier mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

On va passer au programme du jour.
Nous avons trois sujets. Nous allons d’abord avoir le plaisir d’avoir par téléphone Aliette Lacroix du Collectif pour une Transition Citoyenne, qui nous parlera dans quelques minutes de la Fête des Possibles qui se déroule du 15 au 30 septembre 2018.
Plus tard nous aurons en studio Jean-Baptiste Kempf du projet VideoLan. Le projet VideoLan développe le célèbre lecteur multimédia libre VLC, vous savez ce lecteur identifié par une icône, un cône orange et blanc sur votre ordinateur. Nous aurons également par téléphone Marie Duponchelle qui est docteur en droit et avocate et, avec Jean-Baptiste et Marie, nous discuterons de la problématique des DRM, les fameuses menottes numériques.
Avant cela Étienne Gonnu nous fera un point sur notre sujet entre guillemets « préféré », en tout cas récurrent, qui est la directive droit d’auteur, donc l’actualité autour de cette directive, la mobilisation en cours avant le vote au Parlement européen prévu le 12 septembre.
Mais tout de suite je vais passer la parole à Isabella et Aliette pour nous parler de la Fête des Possibles.

Isabella Vanni : La Fête des Possibles est un évènement qui contient des centaines d’évènements en réalité. Elle est organisée en France et dans plusieurs pays francophones pour valoriser les initiatives citoyennes locales et montrer des modes de vie et de consommer alternatifs, plus solidaires et plus écologiques.
Nous avons le plaisir aujourd’hui d’avoir Aliette Lacroix, coordinatrice de la Fête des Possibles, avec nous pour en savoir un peu plus sur cet évènement. Donc je te laisse la parole. Pourquoi cet évènement ? Pourquoi Fête des Possibles ? Quel est le but que vous proposez avec cette initiative ?

Aliette Lacroix : Merci beaucoup Isabella et merci de me recevoir dans cette émission aujourd’hui. Effectivement, bien résumer, la Fête des Possibles c’est du 15 au 30 septembre un ensemble de rendez-vous, des centaines de rendez-vous qui sont organisés par des personnes qui portent d’ores et déjà des initiatives locales et concrètes pour construire un monde plus juste, plus écolo et plus humain.
L’objectif de la Fête des Possibles c’est donc bien de faire découvrir ces initiatives pour que de plus en plus de personnes passent à l’action dans leur vie quotidienne, pour intégrer des petites actions que chacun peut mettre en place pour une vie plus écologique et plus humaine.

Isabella Vanni : Quand tu dis personnes qui font déjà des initiatives locales, tu entends quoi ? Des citoyens, des associations ?

Aliette Lacroix : Oui, c’est ça. L’essentiel des rendez-vous est organisé par des associations, souvent aussi des collectifs de citoyennes et de citoyens plus informels, mais l’essentiel est porté par des associations. Il y a également pas mal de coopératives qui sont représentées. Donc peut-être, pour vous donner quelques exemples de rendez-vous, il y a les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, donc les AMAP, qui organisent leurs portes ouvertes à l'occasion de la Fête des Possibles ; on a environ une cinquantaine de rendez-vous de présentation d’AMAP.

Isabella Vanni : Pas mal !

Aliette Lacroix : Il y a beaucoup de projections de films qui sont organisées ; donc pour les fans de cinéma et de cinéma engagé, il y aura beaucoup de projections un peu partout en France et en Belgique. Il y a des ateliers de do it yourself et de réparation. Il y a bien sûr des install parties pour ceux qui veulent passer à Linux et qui n’ont pas encore osé franchir le pas. Et voilà.

Isabella Vanni : Très bien. D’accord. Et à qui s’adressent en particulier ces évènements ?

Aliette Lacroix : Ces évènements s’adressent au grand public, à absolument toutes les personnes qui sont un peu curieuses de la transition mais qui n’ont pas encore mis en place tout ce qu’elles souhaiteraient mettre. Donc plutôt des personnes qui sont déjà un petit peu sensibilisées, parce que ce ne sont pas des évènements non plus forcément de sensibilisation ; c’est vraiment du concret. Mais après, n’importe qui peut participer aux rendez-vous et on s’adresse à absolument tout le monde. La Fête des Possibles c’est vraiment un ensemble, une collection de rendez-vous qui sont très différents. L’idée c’est qu’il y en ait pour tous les goûts.

Isabella Vanni : Très bien. Il me semble que les évènements doivent être gratuits. Est-ce que tu me confirmes cela ?

Aliette Lacroix : Tout à fait. Dans les critères d'organisation, on demande que les rendez-vous soient gratuits, éventuellement à prix libre. Oui, tout à fait.

Isabella Vanni : Je voulais savoir, si jamais je suis quelqu’un, une personne qui écoute la radio en ce moment et je me dis tiens ça m’intéresse, je suis curieux ou curieuse, je voudrais passer à l’action et je me demande comment faire, s’il y a un évènement près de chez moi. Qu’est-ce ce que je peux faire ?

Aliette Lacroix : Oui, effectivement, l’idée c’est que tout est sur notre site internet. Il suffit de se rendre sur fete-des-possibles.org ; pas mal d’infos circulent aussi sur les réseaux sociaux mais le plus simple c’est de se rendre sur le site. Ce site comporte une carte qui présente l’ensemble des rendez-vous. Ensuite il suffit de zoomer sur l’endroit où on habite, l’endroit où on veut voir les rendez-vous qui nous intéressent. On peut même filtrer par thématique, c’est-à-dire que si on veut uniquement des rendez-vous sur l’agriculture et l’alimentation ou bien sur les énergies renouvelables, c’est aussi possible de filtrer par thématique.
J’ajouterais même, s’il y a des personnes qui nous écoutent et qui se disent « ah mais tiens, moi justement j’organise un rendez-vous qui pourrait sans doute s’inscrire sur la carte Fête des Possibles pendant la période du 15 au 30 septembre », c’est tout à fait possible de saisir encore des nouveaux rendez-vous, donc là encore en se rendant sur le site et en soumettant, il y a un petit formulaire pour enregistrer des évènements ; donc n’hésitez pas, il n’est pas trop tard et c’est possible de s’inscrire jusqu’au dernier moment.

Isabella Vanni : J’ai vu sur le site : il y a un gros bouton « Inscriptions », tout en haut à droite. Donc si vous avez envie de proposer des évènements ou si vous avez déjà des évènements de prévus par exemple des permanences — les AMAP, souvent, proposent par exemple des jours fixes pour les distributions —, ça peut être à ce moment-là ; vous avez encore le temps. Et il me semble avoir lu que vous avez étendu la période entre laquelle il est possible d’organiser des évènements. Est-ce que c’est ça ?

Aliette Lacroix : Oui. Tout à fait. La période officielle de la Fête des Possibles c’est du 15 au 30 septembre. On a eu pas mal de sollicitations de personnes qui organisaient des choses, qui avaient déjà prévu des évènements juste avant ou bien juste après, donc on a effectivement étendu et il est possible d’inscrire des évènements du 6 septembre au 6 octobre.

Isabella Vanni : Sinon, une question qui nous a été remontée par l’une des associations que l’April a contactée, association libriste que l’April a contactée pour l’inviter à participer à cette initiative, elle nous a remonté une question par rapport au lien entre la Fête des Possibles et le mouvement Alternatiba. En fait, en Île-de-France on connaît assez bien le mouvement citoyen Alternatiba parce que depuis 2015 ils ont déjà organisé plusieurs évènements à Paris et dans les communes limitrophes et ce mouvement-ci prône des modes de vie et de consommation alternatifs. Quel est, du coup, le lien entre ces deux initiatives, ces deux mouvements qui partagent complètement les mêmes valeurs ?

Aliette Lacroix : Tout à fait. Juste un mot, peut-être, pour dire qui est derrière la Fête des Possibles. La Fête des Possibles est portée par le Collectif pour une Transition Citoyenne qui est une association de réseaux d’associations et d’acteurs économiques de la transition, qqui comporte une vingtaine de membres qui sont tous des personnes morales. Alternatiba est un membre du Collectif pour une Transition Citoyenne au même titre qu’Enercoop, La Nef, Artisans du Monde, Les Amis de la Terre pour n’en citer que quelques-uns.
Donc Alternatiba est impliqué tout d’abord dans le projet de la Fête des Possibles, les coulisses de la Fête des Possibles ; ensuite il y a un lien opérationnel qui est fait également avec l’équipe du Tour Alternatiba et toutes les étapes du Tour Alternitaba qui ont lieu pendant la Fête des Possibles sont également inscrites sur le site de la Fête des Possibles. Donc il y a un lien assez fort qui est fait. Nous, nous allons communiquer, enfin nous avons déjà et nous allons continuer à le faire, sur le Tour Alternatiba et en particulier sur l’étape d’arrivée à Bayonne. La Fête des Possibles, justement l’expansion jusqu’au 6 octobre, c’est notamment pour inscrire l’arrivée du Tour Alternatiba à Bayonne le 6. Et de la même manière eux nous aident à communiquer sur la Fête des Possibles.
Donc l’idée c’est vraiment que maintenant il y a énormément de mouvements citoyens qui mettent en avant les initiatives sur la transition. On essaye de les démultiplier. Pour nous c’est une bonne chose qu’il y en ait plusieurs ; ça fait plusieurs approches différentes qui peuvent parler à plusieurs types de personnes, de populations. On voit ça comme une chose très positive ; on essaie vraiment de coopérer pour qu’on tire profit tous les deux, le Tour Alternatiba, la Fête des Possibles, mais aussi beaucoup d’autres mobilisations citoyennes qui vont avoir lieu notamment en septembre. Je pense au mouvement Rise for Climate donc la journée du 8 septembre, qui wst un appel à mobilisation pour que les citoyens manifestent leur envie que nos responsables prennent des actions sur le climat. Il y a également le World CleanUp Day qui aura lieu le 15 septembre. Donc voilà ! Il y a vraiment plusieurs mobilisations citoyennes tout au long du mois de septembre et on a l’ambition de les rassembler dans la Fête des Possibles.

Isabella Vanni : J’ai vu sur votre site, effectivement, il y a une page où sont référencés d’autres mouvements ou initiatives, évènements, qui portent des valeurs similaires. Et c’est sûr que plus il y a d’actions dans ce sens-là, plus il y aura de participation, plus on fera bouger les choses. Donc c’est une très bonne chose. Donc c’est à partir du 15 septembre officiellement parce qu’après, comme tu disais, il y a des évènements qui sont inscrits juste avant ou juste après.

Aliette Lacroix : Tout à fait.

Isabella Vanni : Je pense qu’on a bien présenté l’évènement, je ne sais pas si tu veux rajouter quelque chose, s’il y a un message que tu veux faire passer pour inviter les personnes à participer ?

Aliette Lacroix : Peut-être juste vous donner quelques exemples un peu plus concrets de quelques évènements un peu emblématiques. Par exemple, s’il y a des Parisiens qui nous écoutent, des Parisiens et des Parisiennes, du 13 au 16 septembre nous allons organiser l’Appartement de la Transition aux Canaux qui est au métro Stalingrad à Paris. Il y a à peu près une quinzaine de partenaires qui vont se joindre à nous, notamment l’entreprise Commown, la coopérative Commown qui va nous parler Fairphone et ordinateur durable, mais également Enercoop qui fera un atelier sur les économies d’énergie, Artisans du Monde qui viendra parler alimentation durable et commerce équitable. Donc un appartement qui vraiment mettra en scène tout ce que chacun peut faire chez soi, donc un véritable appartement témoin de la transition. On espère, en tout cas, que ça fera venir pas mal de monde et surtout que ça fera pousser à l’action de nouvelles personnes.
Et puis il y aura un Village des Possibles à Rennes, le 22 septembre, qui est une mobilisation assez impressionnante puisqu’il y a à peu près 40 associations qui se mobilisent pour faire ensemble un village de la transition avec des ateliers, des concerts, des stands d’information, de la cuisine partagée. Voilà ! Ça me paraît pas mal déjà pour vous donner un peu envie ; il y en a vraiment dans les grandes villes, dans les zones rurales, il y en a partout. Donc allez voir ce qui se passe près de chez vous.

Isabella Vanni : Fred tu voulais poser une question à Aliette ?

Frédéric Couchet : Je voulais poser une question justement sur l’Appartement de la Transition donc c’est très bien, elle l’a annoncé.

Isabella Vanni : Ah ! Ah ! Bonne transition. Jeu de mots !

Frédéric Couchet : J’avais noté, notamment pour les personnes qui nous écoutent sur Paris, ce projet qui est très intéressant, donc du 13 au 16 septembre, qui permet de découvrir effectivement un appartement qui a été entièrement conçu dans l’objectif de la transition donc je vous encourage vraiment à y aller. Moi j’avais une question, plus pour peut-être Isabella, sur la participation des organisations du logiciel libre à travers des évènements sur la Fête des Possibles. Est-ce que tu as une idée du nombre d’évènements qui sont organisés et comment on peut les trouver ?

Isabella Vanni : Nous avons sollicité, effectivement, plusieurs associations libristes et en particulier les associations qui sont déjà actives sur l’Agenda du Libre ; nous vous avons déjà parlé de cette plateforme qui permet très facilement et très rapidement de voir s’il y a un évènement libriste près de chez vous ou une organisation libriste près de chez vous, agendadulibre tout attaché point org. On a contacté toutes les associations actives et il y en a six qui ont effectivement organisé un évènement ou qui se sont greffées sur un évènement déjà existant, par exemple l’association Oisux s’est greffée, c’est-à-dire aura un stand.

Frédéric Couchet : Oisux, c’est dans l’Oise.

Isabella Vanni : C’est un GULL de l’Oise, un groupe d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres, donc une association qui peut aider les personnes souhaitant passer au Libre à passer à l’action effectivement. Donc eux, par exemple, auront un stand au Carnaval des Possibles qui est un évènement qui est, justement, inscrit sur le site de la Fête des Possibles et qui aura lieu dans l’Oise, dans le parc de la Garenne je crois.
Il y a d’autres associations qui ont inscrit un évènement, une permanence qu’ils avaient déjà prévue ; par exemple l’association CercLL, c’est un autre GULL, un autre groupe d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres à Marseille, qui propose une install partie, plus précisément, et voilà !
Donc il est possible à la fois de chercher les évènements sur l’Agenda du Libre donc agendadulibre.org.

Frédéric Couchet : Et sur le site de la Fête des Possibles.

Isabella Vanni : Et sur le site de la Fête des Possibles.

Frédéric Couchet : Et je rappelle, une install partie ou fête d’installation : les gens viennent et sont accompagnés pour, effectivement, faire leur transition progressive vers le logiciel libre. Le mot d’ordre de la fête c’est « c’est possible » ; donc ces structures, groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices, sont là pour montrer que c’est possible aujourd’hui d’utiliser du logiciel libre ou, en tout cas, de commencer à utiliser du logiciel libre avant, peut-être, d’en utiliser à 100 %.
Aliette, est-ce que tu as quelque chose à ajouter, un message à faire passer ou simplement rappeler le site web de l’évènement et puis les dates importantes ?

Aliette Lacroix : Effectivement : allez voir sur la carte fete-des-possibles.org et je vous invite vraiment à participer aux rendez-vous, il y en a pour tous les goûts et je trouve qu’il y aura vraiment des choses super chouettes. Rendez-vous du 15 au 30 septembre.

Frédéric Couchet : Merci pour ce rendez-vous. Nous encourageons évidemment toutes les structures autour du logiciel libre l’an prochain à se mobiliser encore plus puisque c’est l’occasion, effectivement, de sensibiliser un public très large. Est-ce que tu veux ajouter quelque chose Isabella ?

Isabella Vanni : Non c’est tout ; je pense qu’on a bien cerné le sujet.

Frédéric Couchet : En tout cas rendez-vous du 15 au 30 septembre ; l’Appartement de la Transition à Paris c’est du 13 au 16 et rendez-vous sur le site fete-des-possibles.org et aussi sur l’Agenda du Libre pour retrouver les évènements plus orientés logiciel libre. Aliette on te remercie de ta participation.

Aliette Lacroix : Merci beaucoup à vous.

Isabella Vanni : Bon courage pour ces derniers jours avant le lancement de l’évènement.

Aliette Lacroix : C’est précieux ! Merci.

Frédéric Couchet : Merci Aliette, à bientôt.

Aliette Lacroix : Merci. À bientôt.

Isabella Vanni : Merci, à bientôt.

Frédéric Couchet : Avant de changer de sujet nous allons faire une petite pause musicale et j’ai une pensée amicale pour notre ami Christian Momon, je sais qu’il adore cette chanson, enfin ce morceau. C’est une version piano de la Free Software Song, la Chanson du logiciel libre par Markus Haist.

Pause musicale : Free Software Song, la Chanson du logiciel libre par Markus Haist.

Frédéric Couchet : Vous venez d’entendre une version piano de la Chanson du logiciel libre par Marcus Haist. Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause commune, l’émission pour comprendre et agir avec l’April.
Nous a rejoints Jean-Baptiste Kempf du projet VideoLan et VLC qui interviendra tout à l’heure, d’ici une petite quinzaine de minutes sur la partie DRM avec l’avocate Marie Duponchelle.

Maintenant nous allons changer un peu de sujet, parce que nous allons faire le point sur le sujet récurrent de cette émission depuis que nous avons commencé, qui est la directive sur le droit d’auteur. Rappelez-vous, lors de l’émission du 3 juillet, nous vous annoncions qu’il y avait un vote très important au Parlement européen. Étienne, est-ce que tu peux nous faire un point de la situation ? Qu’est-ce qui s’est passé le 5 juillet 2018 lors du vote au Parlement européen ? Et qu’est-ce qui va arriver d’ici le 12 septembre 2018 car un nouveau vote va avoir lieu ?

Étienne Gonnu : Effectivement, comme tu le dis, le 5 juillet il y a eu un vote très important, d’autant plus important qu’il nous a été favorable, il nous a mis dans une dynamique plutôt positive, même très positive. On va peut-être revenir rapidement sur les enjeux de ce texte et pourquoi est-ce qu’on en parle à chaque émission depuis le lancement de Libre à vous ! ; ça fait plusieurs mois que c’est notre dossier chaud.
Il faut savoir qu’il y a une révision en cours de la directive droit d’auteur. Pour rappel, nous, au cœur de notre critique et de la critique en général sur ce texte, c’est l’article 13, parce que l’article 13 entend imposer aux plateformes — alors décrites comme des services de partage de contenus mis en ligne par les utilisateurs et les utilisatrices — de passer des accords de licence avec les sociétés de gestion de droits d’auteur ; c’est déjà compliqué, on peut imaginer, de passer des accords sur l’ensemble des contenus potentiellement soumis au droit d’auteur ! Et afin d’assurer — c’est là où le bât blesse vraiment —, c’est afin d’assurer le respect de ces accords, ça imposerait aux plateformes de mettre en place des filtres automatisés pour vérifier que les contenus mis en ligne contreviennent, ou non, au droit d’auteur et c’est ce qui nous inquiète tout particulièrement.

Pour rappel également sur les enjeux : lors de l’émission du 5 juin, du mardi 5 juin, on avait discuté du régime de responsabilité de ces intermédiaires techniques, les plateformes, vis-à-vis justement du contenu mis en ligne par les personnes qui utilisent ces services ; c’est vraiment ça qui est remis en cause et tout l’enjeu, on en avait parlé : là on est dans un régime où les plateformes ne sont pas tenues de surveiller ; il y a même interdiction de leur imposer de surveiller les contenus, elles doivent seulement agir après coup, c’est-à-dire si on leur dit qu’il y a un contenu potentiellement illicite elles doivent agir et là, tout l’enjeu et l’objectif de cet article 13, ce serait de leur imposer de faire un contrôle à priori, de vérifier en amont la licéité ou non des contenus mis en ligne.

Le 3 juillet, on avait abordé plus spécifiquement la question des filtres, des systèmes de filtrage automatisés, montré finalement à quel point ils sont intrinsèquement dysfonctionnels et pourquoi est-ce qu’on parle si fortement d’un risque de censure. On avait pu en parler notamment avec Pierre Beyssac qui avait rédigé un article très intéressant sur le sujet.
Je vous invite, si vous voulez replonger dans ces enjeux-là, les émissions ont été transcrites et il y a tous les liens, comme à chaque fois, sur april.org.

Frédéric Couchet : Il y a à la fois les podcasts qui sont sur le site de cause-commune.fm, dans les archives de l’émission Libre à vous ! et sur le site de l’April il y a aussi les transcriptions qui sont faites par la géniale Marie-Odile. Donc n’hésitez pas à relire pour, effectivement, vous remettre un petit peu dans le contexte de ce projet de directive droit d’auteur et notamment l’article 13.
Donc ce fameux vote du 5 juillet ?

Étienne Gonnu : Le 3 juillet on était donc à deux jours de ce très important vote.

Pour comprendre ce vote du 5 juillet et comment on en est arrivés là ; on avait déjà abordé, mais je pense que c’est bien peut-être de remettre très rapidement ces éléments, c’est-à-dire d’avoir à l’esprit le parcours normal, on va dire, de l’élaboration d’une directive.
En septembre 2016, la Commission européenne propose un texte qui, dès le départ, était particulièrement inquiétant, il y avait déjà ce germe, il avait y déjà, finalement, cette idée du filtrage automatisé. Une fois que la Commission, et ça c’est de manière générale, propose une directive, le Conseil de l’Union européenne – ce serait un peu l’équivalent du Conseil des ministres, des représentants de chaque État membre qui se réunissent sur une thématique donnée, donc là le droit d’auteur – et, de l’autre côté, le Parlement européen, ces deux institutions, chacune de son côté, vont élaborer leur version, quelque part, leur rapport sur la proposition de la directive. Une fois que ces deux institutions ont leur propre rapport, leur propre version du texte, la Commission, le Conseil et le Parlement ou, du moins, les représentants de ces institutions, se retrouvent pour négocier on va dire un compromis final, un texte final qui, à la fin de ce parcours, sera soumis au vote du Parlement.

Au niveau spécifique du Parlement, en fait c’est une commission parlementaire – on a un système qui est relativement semblable en France ; dans le cas du droit d’auteur c’est systématiquement la commission des affaires juridiques, la commission JURI.

Frédéric Couchet : Ça peut être aussi la commission culture.

Étienne Gonnu : Je crois qu’elle a été saisie de droit.

Frédéric Couchet : Elle a été saisie pour avis. Effectivement la commission au fond c’est la commission juridique qui n’a jamais été très favorable aux gens qui prônent le partage ou même, simplement, aux intérêts du public, on peut dire. Voilà !

Étienne Gonnu : Oui. Historiquement, elle est connue par sa rigidité, on va dire. Et ça s’est avéré, malheureusement, être le cas encore une fois, cette fois-ci.

Cette commission JURI a développé son rapport et en juin, en fait, elle a donné mandat sur le rapport qu’elle a produit – donc un rapport tout à fait rétrograde comme on pouvait s’y attendre, en gros qui reprend, sans modifier vraiment la position de la Commission européenne, donc filtrage automatisé et ainsi de suite –, donc en juin, sur la base de ce texte, elle a donné ce qu’on appelle mandat au rapporteur, donc Axel Voss, pour aller défendre et porter ce texte dans ce que j’évoquais, la négociation interinstitutionnelle, le fameux « trilogue » avec la Commission et le Conseil.

Et là, c’est une chose assez rare, mais il y a une procédure qui existe et qui permet à 10 % des parlementaires de mettre au vote ce mandat pour chercher à rejeter le mandat donné au rapporteur. Et ça, c’était l’enjeu de ce vote du 5 juillet. Les parlementaires réunis dans ce qu’on appelle en plénière, c’est-à-dire l’ensemble des parlementaires ont voté « non on ne vous donne pas mandat pour aller défendre ce texte » ; c’est ce qui s’est passé.
C’est très intéressant, déjà parce ça nous met aussi dans une dynamique. Ça permet, et c’est tout l’enjeu, tu parlais du vote, effectivement la date cruciale du 12 septembre, là ça a ouvert le débat et ça va permettre aux parlementaires vraiment de voter sur le fond du texte, de pouvoir l’amender et de pouvoir, et c’est ce que nous on défend, voter potentiellement un rejet de l’article 13, également de l’ensemble de la directive, car elle contient très peu d’avancées et surtout des menaces ; et particulièrement donc nous ce qu’on défend c’est le rejet de l’article 13 et c’est donc l’enjeu du 12 septembre.

Frédéric Couchet : En fait, le signal envoyé par le Parlement européen le 5 juillet, c’est qu’on veut rediscuter du fond du texte et on ne donne pas mandat à Axel Voss, donc le rapporteur de la commission des affaires juridiques, pour aller négocier directement avec la Commission européenne et le Conseil – le Conseil ce sont les gouvernements – le texte final. Il faut bien comprendre, côté Conseil ils ont une propre proposition et effectivement, le but après c’est de converger.
Là le Parlement européen a envoyé ce signal : nous on veut revenir sur le fond pour voir soit si on peut corriger les effets négatifs de ce texte et donc ce sont les enjeux du retour en plénière là, soit carrément rejeter ce texte, ce qui est toujours possible ; l’histoire de nos mobilisations le montre. ACTA, il y a quelques années, a été rejeté et, plus anciennement encore, la volonté de mettre des brevets logiciels, en tout cas de valider les pratiques de l’Office européen des brevets via une directive brevets logiciels avait été aussi rejetée. Donc là on revient au fond dans la plénière qui va s’ouvrir dans quelques jours.

Étienne Gonnu : Tout à fait. C’est pour ça aussi qu’on défend spécifiquement, enfin plus fortement et de manière déterminée, le rejet de cet article 13, tout en voyant l’intérêt d’un débat de fond. Il y a eu beaucoup de tensions dans la préparation de ce texte, notamment avec des positions assez caricaturales : rappelons-nous des défenseurs de l’article 13 qui, en gros, balayaient d’un revers de la main toutes les critiques qui étaient faites contre l’article 13 comme étant, finalement, l’action uniquement des GAFAM ou de personnes manipulées par Google et compagnie, donc incapables d’esprit critique, etc., donc vraiment très cyniques et méprisants, on peut le dire. Donc il y a autour cette crispation et on peut difficilement imaginer qu’on ait suffisamment de temps pour élaborer quelque chose qui soit un texte équilibré par rapport à la version qui est proposée. Après, on peut toujours être sur du « moins pire » entre guillemets, mais je ne pense pas qu’on puisse se satisfaire de ça.

Demain il y a une date importante. Demain, donc 5 septembre, c’est la date limite pour les parlementaires pour qu’ils puissent déposer des amendements, dont un amendement de rejet de l’article 13, on ne doute pas qu’il sera présent ; donc on va voir sur quoi on va pouvoir retravailler. On a déjà des prémisses. Le rapporteur Axel Voss et le parlementaire français qui est un des plus fervents et ardents défenseurs d’un droit d’auteur, on va dire figé dans une vision de l‘ancien monde, ont déposé leur proposition.

Frédéric Couchet : Il s’appelle comment ce parlementaire ?

Étienne Gonnu : Oui, je vais vous le nommer, il mérite pourtant, Jean-Marie Cavada ! On voit qu’ils proposent des textes — ils nous disent que ça change tout —, mais tout aussi voire encore plus liberticides peut-être même que l’article 13 et imposant clairement finalement, même s’ils disent le contraire, un filtrage automatisé et généralisé des contenus qu’on met en ligne.

Frédéric Couchet : Donc demain, en fait, on aura à la fois à disposition le contenu de la proposition initiale qui est soumis aux parlementaires ainsi que les différents amendements, ce qui permettra de voir effectivement les différentes actions possibles et, pour les parlementaires, de voir s’il y a des amendements de rejet de l’article 13.

Là on ne parle que de l’article 13, mais il y a d’autres articles qui sont aussi importants. Par exemple, les gens de Wikimedia sont très mobilisés contre l’article 11 pour ce qui concerne le droit voisin pour les éditeurs de presse, mais nous, effectivement, on est plus focalisés sur l’article 13. Il y a beaucoup d’amendements qui vont être disponibles et qui, normalement, devraient être disponibles sur le site du Parlement européen dès demain.

Étienne Gonnu : Dès demain ou jeudi, mais assez rapidement.

Frédéric Couchet : Ou jeudi.

Étienne Gonnu : La date limite pour les dépôts est demain donc à priori les versions officielles seront disponibles dans les jours à venir. Et c’est vrai que là on pourra mieux s’organiser pour agir et, à défaut de rejet, peut-être de voir dans quelle direction… C’est important, je pense, d’avoir un cap aussi ambitieux et déterminé qui nous permet d’avancer avec plus d’énergie. Du coup, on peut se demander comment agir et là c’est important.

Frédéric Couchet : J’allais te le demander.

Étienne Gonnu : Nous, on peut effectivement et c’est aussi le propre, l’intérêt d’une association comme l’April, on a du temps – moi j’ai cette chance en tant que permanent, de pourvoir agir en semaine –, mais c’est sûr que d’avoir une action et une mobilisation citoyenne importante c’est ça finalement qui a aussi un impact. C’est un impact déterminant.
Clairement le mieux — et c’est toujours le cas, on avait déjà pu l’exprimer lors des précédentes émissions — c’est de prendre contact avec les parlementaires, déjà par courriel et, encore mieux, par téléphone.
Il y a un site, et on l’avait déjà évoqué, de la campagne Save Your Internet ; on vous mettra tous les liens sur april.org. Il a fait peau pour cette rentrée, enfin pour ce vote à venir. Ils ont un outil que je trouve très intéressant parce qu’en fait il permet de trier les parlementaires avec un visuel très simple pour savoir comment ils ont voté le 5 juillet donc, à priori, quelle est leur position vis-à-vis de l’article 13 : en vert ils avaient voté contre donc pour les libertés informatiques et en rouge ils avaient voté pour le filtrage des contenus. Ça permet déjà, eh bien d’avoir un aperçu de qui chercher à convaincre et après c’est possible de les trier aussi par groupe politique donc ça permet à chacun, selon ses affinités, de prendre contact avec quelqu’un que, peut-être, il lui sera plus facile de convaincre.

Ils proposent un générateur de message. Nous, on recommande plutôt d’écrire directement un courriel, déjà parce que ça évite un effet spam qui peut être contre-productif et d’ailleurs ça servait d’alibi pour les défenseurs, comme je vous le disais, qui traitaient la mobilisation d’être au service des GAFAM. Chacun appréciera la teneur, la justesse de cette attaque quand elle est faite à l’April, à Framasoft, à Wikimedia, à La Quadrature du Net et ainsi de suite. Mais au-delà de ça, je pense que les parlementaires sont souvent assez sensibles aux prises de contact réelles, plus personnelles. Il n’y a pas besoin de développer un argumentaire forcément très abouti et très détaillé dans le sens où ils en reçoivent énormément – là c’est ce qu’on essaie, en tant qu’April, de leur proposer sur nos sujets –, mais ce qui les intéresse et ce qui leur parle, je pense, c’est de sentir que la mobilisation est réelle ; il y a des vrais individus, il y a des vraies personnes qui se mobilisent et qui agissent. Et le simple fait, en fait, de faire cette démarche-là les convainc aussi que, pour les gens, c’est quelque chose d’important parce que ce n’est pas forcément une démarche qui est simple en soi et, quand on prend ce temps-là, ça les convainc aussi de cela. Et c’est pour cela que l’idéal, encore plus, c’est l’appel parce là on montre qu’il y a une vraie personne, il y a un contact direct. Et dans un contexte où il y a une très forte tension de lobbies, je pense que ça donne un corps humain et ça montre une réalité des inquiétudes.

Donc un appel ou une prise de contact peuvent avoir un effet bien plus important, je pense, qu’on peut se le représenter.

Maintenant, c’est un peu moindre mais ça garde du sens et ça reste quelque chose de très utile, c’est tout simplement la mobilisation en ligne sur les réseaux sociaux : Mastodon, Twitter, Diaspora ; plutôt Mastodon et Twitter parce qu’ils ont je pense, en termes de mobilisation, ça permet une visibilité qui n’est pas la même, mais tout relais, ne serait-ce que de l’information, est toujours utile.

Il y a différentes manières de faire. Pareil, nous on a fait une actu vendredi, « Comment agir le 12 septembre », avec le lien sur le site april.org ; on détaille différentes manières d’agir.
Peut-être juste évoquer la campagne Save Your Internet qui lance ce qu’ils appellent une action week

Frédéric Couchet : saveyourinternet.org

Étienne Gonnu : point eu.

Frédéric Couchet : Point eu d’accord ; heureusement que je te le demande, c’est point eu, et même si le titre du site est en anglais il est traduit dans différentes langues dont le français.

Étienne Gonnu : Pas intégralement, mais notamment l’outil que je vous disais pour sélectionner les parlementaires, là, pour le coup, il est en français effectivement.

Donc ils font une semaine d’action du 4 au 11, 11 la veille du vote et avec cette idée avec chaque jour une thématique donnée. Aujourd’hui, de mémoire, c’est pour dédier aux défenseurs des droits humains, des libertés informatiques, donc c’est vrai que ça vise assez largement, mais je pense que c’est pour centrer notamment sur la liberté d’expression et les dangers vis-à-vis de ça. Et demain ils appellent tous les développeurs et développeuses de logiciels, finalement tous ceux qui sont attachés à défendre le logiciel libre, à faire du bruit et à montrer que les gens sont concernés par ça, s’inquiètent de ces sujets-là et donc faire du bruit en ligne, avec utilisation de mots clefs, etc., mais comme je vous le disais tout ça est rappelé sur notre actu récente.
Je pense vraiment que cet angle par jour permet de montrer, et c’est ça qui est important et c’est ce qu’on défend aussi depuis le début c’est, qu’en fait, il y a une ampleur dans la mobilisation, une diversité aussi des personnes qui se mobilisent et des résistances, ce qui montre aussi une diversité des menaces qui sont perçues contre ce texte.
Peut-être juste rappeler que, dans tout cela, lot de consolation on peut appeler ça, mais il y a une exception, les forges logicielles – on s’était mobilisés au début pour ça – donc les plateformes de création et de partage de codes sources pour la création, le développement de logiciels étaient concernées et donc aurait dû mettre des filtrages en place.

Frédéric Couchet : De logiciels libres principalement mais pas que.

Étienne Gonnu : Voilà, c’est ça. Et par notre action et celle d’autres, notamment la campagne Save Code Share, on a obtenu leur exclusion du champ d’application de ce texte, mais c’est aussi parce qu’on a réussi à donner de la visibilité. On peut imaginer d’autres secteurs qui n’ont peut-être pas eu la même capacité de mobilisation. C’est pour ça que c’est important de se réunir, d’agir et de faire du bruit pour dire non, quoi ! Comme on a fait avec ACTA, comme on a fait avec les brevets logiciels, et ne pas se laisser faire face au vieux monde.

Frédéric Couchet : Eh bien écoute, merci Étienne. Je crois que c’est très clair. Les dossiers de référence c’est april.org sur lequel il y a effectivement notre actu et il y a une petite image sur la page d’accueil qui envoie directement, ensuite, sur le site de campagne. Le site de campagne c’est saveyourinternet.eu dont la partie mobilisation est disponible en français.

On va changer, mais pas totalement, de sujet, parce qu’on va aborder un sujet qui aurait pu faire l’objet d’ailleurs de débats dans la directive droit d’auteur.

Étienne Gonnu : Qui aurait dû même !

Frédéric Couchet : Qui aurait dû même ; on ne va pas revenir sur l’historique, notamment l’absence de cette partie-là. Donc on va parler effectivement DRM, qu’on va bientôt définir et plus généralement, en fait, du thème du contrôle des usages privés considérés comme légitimes.

Vous êtes sans doute encore nombreuses et nombreux à utiliser des supports traditionnels des œuvres de l’esprit, par exemple un livre papier. Une fois que vous avez acheté ce livre papier vous disposez de libertés fondamentales, comme celle de le lire comme bon vous semble : vous pouvez sauter des passages, commencer par la fin, le relire autant de fois que vous voulez, l’annoter, le prêter.
De même, pour les personnes qui portent des lunettes, et nous sommes deux autour de la table sur trois personnes, on ne vous impose pas, quand vous achetez un livre, une paire de lunettes avec un prix en plus ; on ne vous dit pas « les lunettes que vous avez là c’est une marque qu’on ne connaît pas, dans laquelle nous n’avons pas confiance, vous ne pouvez donc pas les utiliser pour lire ce livre ; vous devez utiliser nos marques de lunettes à nous dans lesquelles nous avons confiance. »
Vous exercez donc votre droit des usages considérés, comme pour la plupart des gens, légitimes.
Et puis, dans ce monde traditionnel, ce sont des pratiques qu’on ne peut pas vraiment contrôler. Parce que sinon, pour contrôler votre usage du livre, si on prend cet exemple-là, vous imaginez un agent assermenté de l’éditeur qui apparaîtrait tout d’un coup à vos côtés, vous tapoterait l’épaule et vous dirait « non, tu dois commencer ta lecture par le premier chapitre, avec toutes les annonces des prochains livres et les alertes sur les dangers ou pseudo-dangers de la contrefaçon, avant même de commencer la lecture de ton roman. Et puis de la même façon, si tu veux relire une deuxième fois le livre, eh bien il faut que tu repasses à la caisse. Et pareil, tu portes des lunettes, eh bien non ! Tu ne dois pas prendre tes lunettes habituelles, tu dois prendre les lunettes qu’on a vendues avec le livre. »

Évidemment c’est un peu Big Brother. Ce contrôle absolu des usages privés est inimaginable, bien entendu, sauf qu’il est inimaginable dans le monde traditionnel. Mais en fait pas pour tout le monde car certaines personnes, enfin de très nombreuses personnes et organisations, notamment qui produisent des livres numériques, des DRM, ou tout objet numérique, considèrent qu’à partir du moment où techniquement on peut contrôler des usages, même privés, eh bien on va le faire, parce qu’après tout, si la technique le permet, on ne va pas se gêner si on peut contrôler des usages privés !

De nos jours un exemple : quand vous achetez un DVD ou de la musique en ligne, très généralement, on — le « on » étant le producteur, les industries culturelles — vous impose par exemple de visualiser certaines plages sur le DVD – publicité ; on vous impose aussi le choix d’un lecteur multimédia : vous téléchargez de la musique sur un site, vous devez utiliser le lecteur multimédia qui est fourni avec ce site et pas un autre. Et ce contrôle d’usage se met en place par ce qu’on appelle les DRM, qu’on va redéfinir après, bien entendu, qui est un outil technique qui contrôle un usage privé, mais aussi surtout par leur protection juridique.
C’est de cette informatique qu’on appelle déloyale dont il va être question avec nos invités. On va commencer par la personne qui est au téléphone pour être sûr qu’elle est bien avec nous. Donc Marie Duponchelle, maître même Marie Duponchelle, est-ce que tu es avec nous ? Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots s’il te plaît ?

Marie Duponchelle : Oui bonjour Fred. Bonjour, merci beaucoup pour l’invitation.

J’ai travaillé pendant plusieurs mois à l’April ; j’ai eu ce plaisir-là de travailler à tes côtés et j’ai également travaillé dans d’autres associations du logiciel libre, en particulier sur le domaine de la protection via les DRM, à l’époque, donc en 2010-2011-2012, où c’était un vrai enjeu, une vraie problématique. Aujourd’hui je suis avocat et j’ai travaillé, j’ai donc édité un livre suite à ma thèse, sur le droit à l’interopérabilité, je pense qu’on aura l’occasion d’en reparler aussi, et sur ce problème du régime juridique des DRM.

Frédéric Couchet : Exactement. Nous en parlerons. Donc ta thèse est intitulée « Le droit à l'interopérabilité : études de droit de la consommation ».

Marie Duponchelle : C’est compliqué à dire.

Frédéric Couchet : Effectivement, c’est l’un des mots sans doute les plus compliqués ; c’est un bon exercice de diction. On essaiera d’expliciter ce terme que tout le monde ne comprend pas forcément, même parmi ceux qui pensent le comprendre comme certains experts juridiques, mais c’est effectivement un mot important. Et quand tu disais que tu avais participé, outre à l’April, à d’autres associations du Libre, il y avait évidemment l’association VideoLan. Donc nous avons l’énorme plaisir d’avoir aussi Jean-Baptiste Kempf de VideoLan ; est-ce que tu peux te présenter Jean-Baptiste ?

Jean-Baptiste Kempf : Oui. Bonjour. Merci de m’avoir invité. Je m’appelle Jean-Baptiste Kempf, je suis Parisien depuis très longtemps, je suis un geek et je bosse sur VLC depuis 2004-2005, depuis longtemps. J’ai commencé à travailler sur le projet VLC et VideoLan avant que ce soit une association ; j’ai créé l’association en 2008 et depuis je gère le projet.
Maintenant j’ai créé une entreprise pour, justement, pérenniser des solutions open source autour du multimédia, autour de VLC.

Frédéric Couchet : La société s’appelle Videolabs et c’est pour promouvoir des solutions mêmes libres, parce qu’après tout on est en France, on peut employer le terme logiciel libre ! Je sais bien que tu préfères le terme open source.

Jean-Baptiste Kempf : Je ne préfère pas, j’ai juste cette très mauvaise habitude parce que je ne parle jamais en français, donc moi je dis ça de façon interchangeable parce qu’en anglais c’est vrai, c’est un terme qui n’est pas très bon, parce l’anglais est limité là-dessus. Nous, dans l’association et dans l’entreprise, on ne fait que du logiciel libre et que du copyleft.

Frédéric Couchet : Copyleft c’est une des licences, effectivement, de logiciel libre ; on ne va pas rentrer dans ces détails-là aujourd’hui, ce sera l’occasion sans doute d’une émission un jour. Quand tu disais que tu étais un geek, en fait dans le sens, là, développeur vraiment de logiciels libres, informaticien.

Jean-Baptiste Kempf : Ah oui ! Moi je suis tombé dedans assez tôt et j’ai toujours voulu être développeur. Je me retrouve un peu président de l’association et j’ai créé la boîte peut-être parce que j’étais le moins bon des développeurs, donc il fallait bien quelqu’un qui fasse les tâches administratives ; c’est vrai que moi c’est ça qui m’amuse et surtout, je travaille sur des projets avec VideoLan et VLC qui sont des projets qui sont utilisés par le plus grand nombre. Ce qui nous amuse c’est de travailler pour les utilisateurs et d’avoir des millions d’utilisateurs et pas de faire, comme beaucoup aujourd’hui on a dans le Libre et l’open source, justement des solutions qui sont au niveau du serveur. Nous on travaille pour le grand public ; on est une association pour le grand public.

Frédéric Couchet : D’ailleurs la deuxième question ça va être effectivement de présenter un peu plus en détail, rapidement cependant, à la fois VLC et l’association VideoLan. Mais je vais quand même rappeler que la plupart des gens ignorent que l’outil qu’ils utilisent sur leur ordinateur, qui est représenté par un cône orange et blanc, est déjà un logiciel libre, donc VLC, et que c’est sans doute le logiciel libre français des plus téléchargés au monde ; je ne connais pas les statistiques mais c’est absolument effarant de voir ce nombre de téléchargements, enfin c’est un très gros succès !

Jean-Baptiste Kempf : Ouais, il n’y a pas de doutes. En fait, c’est non seulement le logiciel libre français le plus utilisé au monde, mais c’est aussi le logiciel français le plus utilisé au monde : on parle de 350 à 500 millions d’utilisateurs. Dans le Libre il n’y a que Firefox au-dessus, c’est clair, ou peut-être le noyau Linux. En tout cas, en tant qu’utilisation d’application, c’est clairement un des logiciels les plus gros et c’est intéressant qu’on parle de droits d’auteur et de DRM : une des raisons pour lesquelles c’est un des logiciels qui a été créé en Europe, c’est justement parce que le droit français et le droit européen est beaucoup plus, ou en tout cas était beaucoup plus cool sur la propriété intellectuelle, notamment au niveau des brevets, que le droit américain ou le droit asiatique.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux juste expliquer en quelques mots ce que fait VLC concrètement ?

Jean-Baptiste Kempf : VLC est un lecteur multimédia. Aujourd’hui c’est peut-être un peu moins problématique, mais pendant très longtemps c’était très difficile de lire des fichiers. Il y avait plein de formats et, pour chacun de ces formats, il fallait installer des codecs.

Frédéric Couchet : C’est quoi un codec ?

Jean-Baptiste Kempf : Un codec c’est, en fait, l’algorithme de compression et de décompression, parce que, pour vous donner une idée, si jamais on ne compressait pas la vidéo, chaque seconde de vidéo aurait besoin de quasiment un DVD ; on ne pourrait pas avoir 2000 DVD pour regarder son film. Donc en fait on compresse, on détruit un peu l’image, et comme votre œil n’est pas génial il n’y voit que du feu !
Ce qui se passe, c’est qu’à l’origine on avait des petits logiciels qui étaient les lecteurs et on installait plein de plugins, des codecs, pour lire les vidéos. Et même si la plupart de ces lecteurs étaient libres, en fait la plupart du travail est fait dans ces plugins et ces plugins ne sont pas ouverts. Donc VLC a été le premier à, justement, arriver avec des codecs et à rendre simple. C’est d’ailleurs la blague aujourd’hui : « VLC ça sait tout ouvrir, ça pourrait même ouvrir des VHS ! » Ce n’est pas exactement vrai, mais c’est vrai que VLC, les gens l’utilisent parce que ça marche. Et ça c’est vraiment un bon point. C’est cool, parce que les gens l'utilisent parce que c’est bien et pas parce que c’est libre.

Frédéric Couchet : Oui. C’est le premier argument. Je me souviens de ma voisine qui me dit « j’ai un problème avec une vidéo que je n’arrive pas à ouvrir avec mon lecteur sous Windows. Qu’est-ce que tu me conseilles ? » Je lui dis « eh bien écoute, installe VLC ». Elle était ravie ; effectivement c’est la preuve par l’exemple que ça marche.

Jean-Baptiste Kempf : Le souci c’est que les gens ne savent pas que c’est libre. De temps en temps ça serait bien ! On essaye ! Mais quand on fait des statistiques, c’est moins de 0,01 % des gens qui viennent sur notre site qui savent ce qu’est le logiciel libre. C’est vraiment gênant mais en tout cas ça montre que quand on apporte quelque chose qui est bien et qui fonctionne bien, les gens aiment.

Frédéric Couchet : Là, il y a beaucoup plus de monde qui va savoir que VLC est un logiciel libre, en tout cas toutes les personnes qui écoutent l’émission le sauront et effectivement c’est une grosse ignorance du côté libre, effectivement, de VLC.

Après cette petite présentation on va demander à Marie de nous faire – c’est un peu le point difficile mais après tout tu es spécialiste du sujet – une définition, une présentation succincte de la notion de DRM. Qu’est-ce qu’un DRM, Marie ?

Marie Duponchelle : Pour l’instant on va rester très simple sur la définition parce que c’est vraiment ! Ça fait partie des problèmes le problème de la définition des DRM. Moi je le définirais tout simplement comme un système technique qui permet à un détenteur de droit, je vais peut-être dire un gros mot, mais droit de propriété intellectuelle, de spécifier, en fait, ce que vous pouvez faire avec le contenu objet du droit de propriété intellectuelle. Est-ce que je peux copier ma vidéo ? Est-ce que je peux la transmettre ? Est-ce que je peux la sauvegarder ? Est-ce que je peux l’ouvrir sur mon ordinateur, sur mon smartphone, sur ma tablette ? C’est donc un petit logiciel qui vous dit concrètement ce que vous pouvez en faire.

Frédéric Couchet : C’est une présentation tout à fait claire. DRM ça vient de l’anglais digital rights management, je n’ai pas du tout l’accent de Jean-Baptiste.

Marie Duponchelle : C’est pour ça qui je lui laisse…

Frédéric Couchet : Moi aussi, mais bon, finalement je l’ai fait. Dans cette notion de gestion des droits il y a deux choses : il y a l’information sur les droits et puis la gestion des droits. Là effectivement, ce que tu expliques, c’est que les DRM aujourd’hui sont avant tout des outils de gestion des droits par les titulaires de droits qui mettent en place, via cet outil technique, eh bien un contrôle des usages, vu qu’ils décident eux-mêmes des droits qu’ils accordent au public. Vas-y.

Marie Duponchelle : En anglais, on utilise effectivement la notion de DRM, digital rights management, c’est-à-dire la gestion des droits numériques. En France, on a une définition qui est un tout petit peu différente et qui dessert un tout petit peu ; c’est pour ça qu’on a des grosses discussions à ce sujet-là puisque moi j’utilise souvent le mot MTP, c’est-à-dire « mesures techniques de protection », ce qui ne veut pas forcément signifier la même chose que « gestion des droits numériques ». On parle là de protection des droits d’auteur, véritablement, avec ces systèmes techniques.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Notamment tu utilises ce terme parce qu’effectivement, depuis la loi droit d’auteur en France en 2006 qui découle directement, avec quelques trucs en plus, de la directive européenne sur le droit d’auteur de 2001, donc celle-là qui est en cours de révision, effectivement le terme consacré c’est « mesures techniques de protection », ce qui montre plus déjà la volonté réelle ; mais en fait, le vrai terme qui devrait être utilisé, que nous on utilise évidemment, qu’on préfère utiliser, c’est « dispositifs de contrôle d’usage » ou « menottes numériques », voire « verrous numériques ».
Donc là on a calé un petit peu une première définition des DRM sans revenir sur tout l’historique parce qu’il faut quand même savoir que tout ça descend de 1996, du traité de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, donc l’OMPI. Imaginez le monde d'Internet, du numérique, en 1996 ; aujourd’hui ça a beaucoup changé. En fait, les lois sur les DRM, donc les mesures techniques, enfin les dispositifs de contrôle d’usage auraient dû aussi évoluer.
Est-ce qu’on peut citer quelques exemples ? Parce qu’évidemment, aujourd’hui on va cibler beaucoup la vidéo avec Jean-Baptiste et Marie, mais est-ce que vous pouvez nous citer quelques autres exemples de DRM dans la vie quotidienne, pour permettre aux gens de comprendre que, finalement, on vit une vraie overdose de DRM ? Jean-Baptiste, Marie ?

Jean-Baptiste Kempf : Les capsules Nespresso. Ils ont essayé d’empêcher d’avoir des capsules compatibles. Aujourd’hui il ne faut pas acheter Nespresso pour d’autres raisons, notamment écologiques, mais c’était vachement pratique, ça c’est vrai. Et ils sont arrivés, ils ont essayé de vous empêcher, empêcher Monoprix et tout ça, de faire des capsules beaucoup moins chères. Et ça c’était juste pour des raisons d’incompatibilité et d’attaques juridiques. Ce n’est pas exactement des DRM mais c’est exactement la même idée. Vous n’avez pas le droit de mettre le café que vous voulez ; vous mettez le café que je vous vends, dont j’ai fait l’approvisionnement et dans lequel j’ai mes marges, etc.

Frédéric Couchet : Marie, vas-y.

Marie Duponchelle : On avait aussi l’exemple dans les imprimantes ; on a eu pendant très longtemps, en fait, des petits systèmes qui vous disaient « si vous ne mettez pas la cartouche imprimante de ma marque, votre imprimante ne marchera plus ! » Au niveau concret c’est à la limite des mesures techniques de protection mais c’est la même problématique et c’est exactement la même logique.

Frédéric Couchet : Étienne, tu as un exemple ?

Étienne Gonnu : Oui, je pensais à un exemple. Moi je suis amateur de jeux vidéos : quand je suis obligé d’être connecté à Internet pour jouer à un jeu qui, pourtant, le jeu lui-même, ne nécessite pas une connexion, mais pour vérifier que je l’utilise comme convenu ou que je n’ai pas une version qui ne serait pas autorisée. Je suis obligé de me connecter ! Je pense que ça relève de cette même logique.

Jean-Baptiste Kempf : Je pense à l’exemple que tu donnais tout à l’heure avec des lunettes qui se brouillent quand tu lis un bouquin ; ça fait rigoler aujourd’hui ; dans 20 ans c’est carrément possible ! Quand on voit l’évolution de la réalité augmentée ou même des Google Glass, aujourd’hui c’est ridicule ; franchement, dans 30 ans, ce n’est pas une blague quoi, c’est tout à fait possible !

Étienne Gonnu : D’avoir accès à une pleine expérience. Si vous avez nos lunettes, vous aurez une expérience supplémentaire.

Jean-Baptiste Kempf : Ce n’est pas déconnant de se dire que dans 15 ans, 20 ans, tout le monde aura des lunettes qui rajouteront des informations, plutôt que d’avoir à sortir son smartphone pour savoir où tu vas ; ça peut être vachement cool pour plein d’utilisations. Donc ce n’est pas débile de se dire que ça va être quelque chose qui va être généralisé. Oui, maintenant vous n’avez pas le droit de passer par là. Donc il y a des possibilités vraiment gênantes !
Moi je n’utilise pas de DRM.

Frédéric Couchet : Tu utilises quoi ?

Jean-Baptiste Kempf : Je ne parle pas de « management » à chaque fois, je ne dis pas « gestion », je dis « limitation » et c’est ce que je dis aussi en anglais, je parle de digital rigths limitations. Parce que le management donne l'impression qu’il y a une gestion, que ça simplifie, alors qu’en fait, pour l’utilisateur, c’est une limitation de ses droits et ça c’est très important.

Frédéric Couchet : D’ailleurs quand tu parles de l’acronyme en anglais, une autre utilisation de l’acronyme en anglais c’est digital restrictions management, donc c’est dans la même logique de restrictions. Marie tu voulais rajouter un exemple ?

Marie Duponchelle : Je pense qu’on a déjà pas mal fait le tour, mais on a aussi, on a eu des gros exemples, ils sont en train de revenir dessus, mais dans les livres numériques. Ça a été vraiment un des secteurs où ils ont utilisé à outrance les DRM ; ils se sont rendu compte de leur bêtise et ils sont en train de faire machine arrière complètement.

Frédéric Couchet : C’est notamment un sujet qu’on abordera. Je précise d’ailleurs que c’est une première émission sur les DRM parce que, comme vous allez le comprendre, c’est un large champ et nous ré-aborderons ce dossier-là notamment sur la partie livres avec notre libraire préférée Magali Garnero qui est à la fois libraire et une activiste du logiciel libre et qui connaît bien. Et on parlera aussi des choses vertueuses comme ceux qui offrent, enfin qui proposent des plateformes, des solutions sans DRM. Mais là on va plutôt parler de la problématique.

Jean-Baptiste, j’aimerais que tu nous expliques un petit peu techniquement, parce que très récemment j’étais chez mes beaux-parents et on a eu une discussion entre DVD et Blu-ray, donc DVD machin et j’ai essayé de leur expliquer la différence, en fait le type de protection. Est-ce que tu pourrais nous expliquer, en essayant d’être le plus simple possible même si ce n’est pas évident, d’expliquer comment un DRM fonctionne techniquement en prenant deux exemples, on va dire ce que j’appelle moi les DRM 1.0, c’est-à-dire le DVD et les nouveaux DRM, type, par exemple, Blu-ray.

Jean-Baptiste Kempf : OK. L’idée du DRM c’est qu’on vous donne un média numérique, quelle que soit la forme, que ce soit de l’audio, de la vidéo, du texte et, en fait, on le chiffre. C’est-à-dire que vraiment c’est comme de la crypto pour du secret, c’est-à-dire qu’on brouille avec une clef et seules les personnes qui ont le droit d’ouvrir la clef du coffre vont pouvoir ouvrir le média et être capables de le lire. Donc c’est comme ça, en fait, qu’on fait quand on envoie des e-mails ou qu’on fait du https ; c’est une utilisation normale. Sauf que là vous êtes dans le cas où on vous donne un média qui est donc chiffré et on vous donne la clef en même temps puisqu’il va bien falloir lire sur votre matériel, et on vous dit « je te donne le média chiffré, je te donne la clef, mais surtout, tu ne regardes pas la clef ! » Et c’est le problème fondamental des DRM. C’est-à-dire que, évidemment, vous allez dire « eh bien attends j’ai la clef, moi j’ai acheté un nouvel ordinateur, je veux lire mon fichier, mon DVD, mon Blu-ray sur mon nouvel ordinateur ; j’ai changé de système d’exploitation que ce soit des systèmes d’exploitation libres ou des systèmes d’exploitation pas libres, mais je veux toujours le lire. » Et là on te dit « ah ouais, mais tu n’as pas le droit de regarder la clef ! » Et toi tu dis « écoute, t’es gentil, j’ai payé mon DVD, je regarde quand même la clef. »
Donc déjà par conception, en fait, c’est quelque chose qui est complètement cassé et même conceptuellement faux et qui ne peut pas fonctionner.

Donc la seule façon pour que les gens qui veulent que vous ne regardiez pas votre clef arrivent à leurs fins, c’est qu’ils vont mettre des choses dans votre ordinateur, que vous ne contrôlez pas.
Donc arrive tout ce qu’on appelle l’informatique déloyale où, en fait, il se passe des choses sur votre ordinateur, que ce soit de l’espionnage, tout ce que vous pouvez faire, et c’est une partie de l’ordinateur qui ne répond pas à vous. C’est maintenant même dans les microprocesseurs et le but principal de ça c’est de gérer les problèmes de DRM.

Ça c’est un glissement qui est gravissime parce que je vais dire un peu en rigolant, là on ne parle que de DRM, ce n’est pas très grave, c’est juste des DVD et des Blu-ray, mais ça veut dire qu’on se met à avoir des parties sur ses ordinateurs qu’on ne contrôle plus. Et après on parle de l’affaire Snowden, on parle des problématiques de liberté fondamentale et on parle de politique. À partir du moment où vous ne contrôlez plus votre ordinateur alors que vous faites tout sur un ordinateur aujourd’hui, on a un glissement qui est très grave.

En fait les industries, parce que c’est bien un problème d’industrie culturelle, entre guillemets « culturelle », poussent, en fait, à avoir de l’informatique que vous ne contrôlez plus et où vous êtes contrôlé par votre machine. Et ça c’est très grave pour plein d’autres raisons.

Pour répondre, en fait les deux générations ce n’est pas vraiment ça.
Le DVD, il y a une clef par disque et dès que vous avez la clef, et dès que vous avez une clef, en fait une clef fondamentale, ça marche pour tout le monde. La partie, ce que j’appelle Blu-ray c’est la version 1.1 quoi, c’est qu'en fait la clef dépend du lecteur et du disque et du logiciel qui est lu.

Mais la version 2 des DRM ce n’est pas celle-là. La version 2 des DRM c’est celle où tout se fait en ligne. C’est-à-dire que dès que vous achetez un film sur Amazon, sur Netflix, etc., en fait vous ne l’achetez pas, vous le louez. Et tout ce système-là n’est fonctionnel qu’au bon vouloir des gens et des plateformes.

Frédéric Couchet : Effectivement, tu as raison de me corriger sur la numérotation des DRM, mais l’idée que j’en retiens et c’est aussi ce que j’expliquais aux gens avec qui j’en discutais, c’est qu’à l’époque des DVD techniquement c’était des DRM qui étaient faciles à comprendre et à contourner et donc ça n’a pas posé de problèmes techniques, notamment à VLC, pour pouvoir lire des DVD sur des systèmes libres parce que ce n’était pas prévu par ces industries culturelles à la base. Mais plus les DRM s’améliorent plus ça devient compliqué même si en fait techniquement, on le sait, tout ce qu’un être humain est capable de mettre en place va être cassé par un autre être humain, mais ça devient quand même de plus en plus compliqué.

Jean-Baptiste Kempf : Ça c’est clair. Le chiffrement au niveau de DVD c’est une blague ; c’est-à-dire que votre téléphone le casse en une seconde. Le chiffrement sur les Blu-ray on parle du chiffrement de qualité militaire des années 2010, quoi ! On parle vraiment de choses très compliquées, très difficiles à casser et, en fait, il faut bien que les gens comprennent : l’important des DRM ce n’est pas d’empêcher la copie. Ça c’est le gros mensonge que les gens ne comprennent pas et que tous les hommes politiques ressortent ; ils pensent que c’est du digital rigths management : c’est vraiment pour contrôler le droit d’auteur. Et en fait ça n’est pas le cas. Pourquoi ?
Si jamais les DRM fonctionnaient on n’aurait pas tout disponible sur les sites de piratage. Or, la moindre chose qui passe à la télé, en à peu près entre 20 minutes-une demi-heure c’est sur The Pirate Bay, sur plein d’autres sites. Tous les contenus sont disponibles, en fait, sur des sites de piratage et donc c’est bien que leur système de protection n’est pas efficace et ne fonctionne pas. Ce qui est marrant c’est que le terme français c’est « mesures techniques de protection » et il y a « efficace » dans la loi. Ce n’est pas efficace ! Oui !

Mais leur but ça n’est pas d’empêcher le piratage ; leur but c’est de contrôler la chaîne de distribution. Et là, même quand on en parle à la plupart des hommes politiques qui votent ces lois, ils ne comprennent pas ça. Le but c’est que votre café vous l’achetiez chez Nespresso qui l’a acheté chez son grossiste, qui l’a acheté dans toute la chaîne sur laquelle il a récupéré de l’argent à tous les niveaux. Vous voyez bien au cinéma ! C’est toujours les mêmes distributeurs ; c’est toujours les mêmes, il y a trois ou quatre majors et l’important c’est que quand vous achetez votre lecteur de Blu-ray vous achetiez à Sony qui a payé sa patent à ses potes de Dolby, qui a payé sa patent à ses potes de Universal. Et le but c’est d’éviter qu’il y ait d’autres canaux de distribution qu’ils ne contrôlent pas, sur lesquels ils pourraient avoir de la concurrence. Parce quand on voit qu’on doit acheter ou louer pour 24 heures un film HD à 17 euros ; c’est une blague. En fait il n’y a aucune concurrence parce qu’ils contrôlent l’ensemble de la chaîne de distribution et ils empêchent qu’il y ait la moindre industrie culturelle qui ne soit pas contrôlée par eux.

Frédéric Couchet : C’est extrêmement clair. Et on a aussi compris, effectivement, que la technique a ses limites malgré tout et donc les promoteurs de ces solutions d’informatique déloyale, outre le fait de pousser les DRM, à un moment se sont dit « oui mais les DRM ont des limites, on va donc mettre une protection juridique interdisant le contournement des DRM. » Là je fais appel à maître Duponchelle qui a suivi ce dossier de près. Est-ce que tu peux nous faire un petit point justement sur cette « protection juridique », et je mets des guillemets évidemment, des DRM.

Marie Duponchelle : C’est très intéressant ce que Jean-Baptiste a exposé puisque c’est vraiment ce qu’il faut comprendre, c’est l’esprit dans lequel a été mis en place le système des DRM et le système juridique des DRM qui l’entoure.
Concrètement on s’est très vite rendu compte, tu l’as dit Fred, le régime juridique c’est 1996, donc il n’y avait pas l’Internet grand public comme on l’a aujourd’hui. On a deux traités internationaux en 1996 au niveau de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, on a une directive en 2001, la directive EUCD, et on a texte en 2006 qui est la loi DADVSI, la loi sur les droits d’auteur et les droits voisins. On s’est très vite rendu compte que, comme dans beaucoup de textes juridiques, la loi est là, mais la performance technique et la performance des geeks est là aussi et dès qu’il y a un DRM, eh bien il y a la technique à côté qui permet de entre guillemets, je mets bien des guillemets, de « craquer » le système des DRM.
Si on n’avait pas mis de protection juridique pour empêcher ces actes techniques, les protections par le biais de ces DRM auraient été totalement inefficaces. C’est vraiment cet enjeu-là et c’est vraiment ça qui a été mis en avant quand on a commencé à discuter d’une protection juridique du DRM. Concrètement ça veut dire quoi ? Ça veut dire : vous n’avez pas le droit toucher aux DRM, même si vous savez le faire.

Frédéric Couchet : Et quel que soit l’usage finalement. Même si c’est un usage légitime ?

Marie Duponchelle : C’est là où il y a eu des grosses discussions c’est qu’on a mis en avant, et ça a été mis en avant dans toutes les discussions à toutes les différentes phases — 1996, 2001 et 2006 — c’est : vous nous mettez des protections techniques, effectivement pour empêcher les violations du droit d’auteur et des droits voisins, mais ces protections techniques peuvent empêcher certains droits légitimes pour les particuliers. Je pense, et ça va parler à tout le monde tout de suite, à ce qu’on appelle le droit à la copie privée. C’est-à-dire qu’aujourd’hui tout le monde a le droit, quand il a un contenu numérique, il a droit à ce qu’on appelle une copie privée, c’est-à-dire qu’il a le droit de garder pour lui, de faire un usage pour lui et de le transférer sur le support de son choix. Sauf que si vous mettez un obstacle technique comme les DRM vous ne pouvez pas faire la copie privée, puisque concrètement il y a un logiciel sur votre film qui vous empêche de faire la copie privée. Donc certains se sont dit : eh bien si on a un obstacle technique je vais le casser et le problème sera réglé. C’est cette problématique-là qu’on a eue et on a décidé d’empêcher le craquage des DRM.

On est en France, on a des militants du logiciel libre qui sont intervenus – alors en 2006 moi je n’ai pas eu l’occasion et en 2001 non plus de connaître la bataille que vous avez eue sur ce sujet-là, mais je sais que ça a été épique et que ce sont des grands souvenirs pour les membres de la communauté du logiciel libre – donc on a eu une forte mobilisation pour qu’on ait une modification des textes, notamment pour favoriser ce qu’on appelle l’interopérabilité. C’est-à-dire qu’on doit permettre de partager les contenus et on doit pouvoir permettre à différents logiciels d’échanger entre eux les données quels que soient les obstacles techniques et quels que soient les DRM qui puissent exister.

Et là on a beaucoup de débats, on a beaucoup de discussions sur l’interopérabilité et on a des logiciels comme VLC qui visent précisément à ça. C’est-à-dire moi je constate qu’il y a plusieurs formats, je constate qu’il y a des DRM ; moi j’ai les moyens techniques pour permettre, en fait, à tout le monde de lire son contenu où il le veut, quand il le veut et comme il le veut ; je veux donner cette possibilité technique à tout le monde mais la loi ne me le permet pas. Et aujourd’hui on a eu une interprétation des textes grâce à l’intervention de l’April, mais je pense qu’on y reviendra peut-être un tout petit peu plus tard sur le Conseil d’État qui est intervenu en 2008.

Frédéric Couchet : On va y revenir assez rapidement parce qu’en fait le temps passe très vite. Donc tu as défini un mot important qui est l’interopérabilité qui est effectivement fondamentale et on aura l’occasion d’y revenir.

Par rapport à ma question tout à l’heure sur les DVD et les Blu-ray, j’avais évidemment en tête aussi la situation juridique en France depuis la loi droit d’auteur de 2006. À l’époque, il y avait une incertitude très importante pour savoir si VLC avait légalement le droit de contourner le DRM des DVD pour pouvoir faire ce qu’il a à faire. L’April a fait un recours au Conseil d’État. La décision du Conseil d’État nous a confortés par rapport à cette procédure et donc VLC peut légalement contourner le DRM des DVD car c’est une mesure technique jugée non efficace. Mais aujourd’hui les mesures techniques deviennent efficaces et je ne sais pas si Jean-Baptiste et Marie vous voulez peut-être revenir sur l’épisode de Blu-ray et votre saisine de la structure qui est censée réguler, en France, les mesures techniques ou simplement expliquer la situation par rapport à l’actualité.

Jean-Baptiste Kempf : Pour faire simple : en fait après cette loi il y a eu une agence, une haute autorité comme on sait les faire en France, qui ne servait à rien, qui s'appelait l'ARMT.

Frédéric Couchet : Autorité de régulation des mesures techniques de protection.

Jean-Baptiste Kempf : Qui ne servait à rien, qui n’a même pas rendu ses rapports ; quand on appelait il n’y avait personne et à un moment, au moment de la loi HADOPI, ils ont mergé ça dans HADOPI, ce qui n’était pas complètement idiot de fusionner ces deux trucs-là. Sauf que nous on avait des questions techniques, en fait comment il faut interpréter la réponse du Conseil d’État qui n’était pas forcément très claire et comment on faisait ? Parce que la partie VLC et DVD c’était en 2001 donc avant DADVSI et là on était après.
En fait ils n’ont rien compris, donc on a passé beaucoup de temps avec Marie. Ils nous ont fait perdre notre temps ; ils ont répondu 40 pages ; on n’a rien compris ; d’ailleurs ils n’ont même pas compris la question ! On a passé deux fois du temps avec Marie là-bas ; moi je suis allé là-bas. En fait ils n’ont absolument rien compris ! C’était un peu une perte de temps, mais ce n’était pas mal parce que ça montrait bien qu’ils ne comprenaient rien à ce qu’ils faisaient et surtout ça a continué à montrer qu’HADOPI c’était vraiment une catastrophe et que ça servait juste à utiliser notre pognon.

Frédéric Couchet : 12 millions d’euros par an je crois, pour rien en fait !

Jean-Baptiste Kempf : Un petit peu moins maintenant !

Frédéric Couchet : Un petit peu moins ?

Jean-Baptiste Kempf : On n’était qu’à neuf, mais c’est neuf millions dépensés dans le vent.

Frédéric Couchet : Vas-y Marie.

Marie Duponchelle : Concrètement la mobilisation qu’il y avait eue sur la loi DADVSI en 2006 avait permis de mettre des petites dispositions dans le texte, dans le cadre de la propriété intellectuelle, qui disaient que vous aviez le droit de mettre des mesures techniques de protection mais que ça ne devait pas porter atteinte à l’interopérabilité ; c’est-à-dire que vous ne deviez pas empêcher l’échange. Et tout ça virgule, parce qu’on met toujours des petites virgules dans les textes, virgule, dans le respect du droit d’auteur. Face à un texte comme ça ils avaient créé à l’époque l’ARMT puis l’HADOPI, une autorité qui était en charge de régler les problèmes. C’est-à-dire que si votre interopérabilité est empêchée par les DRM, on vous met une super autorité qui vous permettra d’échanger, de régler les problèmes entre vous et les consortiums et tout ça ; on interviendra et on vous aidera à régler les problèmes. Donc c’était l’ARMT et après ça a été la HADOPI.
On avait deux possibilités à ce moment-là ; c’était tout nouveau, c’était tout beau et c’était tout gentil ; c’était à l’image des textes c’est-à-dire que c’était flou et que ça n’a pas servi à grand-chose : on avait une procédure contentieuse qui était à notre disposition et on avait une procédure pour avis.
Procédure contentieuse ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous demandez à quelqu’un l’accès aux informations qui vous permettent de contourner légalement les DRM ; si cette personne ne veut pas vous les donner vous faites une procédure pour avoir sa condamnation et les informations. Problème de ce type de procédure c’est qu’il faut déjà faire une mise en demeure. La majorité des acteurs de ce secteur-là est aux États-Unis, autant vous dire qu’une procédure contentieuse en France devant la HADOPI ils s’en fichent complètement et, deuxième élément, c’est qu’on peut vous demander de payer, en fait, concrètement, pour avoir ces informations essentielles.
Donc on avait saisi pour avis, en leur demandant de nous expliquer comment ils interprétaient eux le texte et comment ils pouvaient permettre à un logiciel, VLC, tout à fait légal et qui fait l’interopérabilité tout à fait légalement, de contourner des DRM alors que ce n’est pas possible puisqu’on ne vous donne pas les informations pour le Blu-ray. Et c’est là où on a eu HADOPI dans toute sa splendeur qui est intervenue.

Frédéric Couchet : On va faire une petite pause musicale parce que le temps passe. Ne voyez aucun rapport avec ce qu’on vient de dire par rapport au nom de la chanson qui va arriver, au morceau qui va arriver, c’est Sneaky Snitch, ce qui veut dire le délateur ou la délatrice sournois-sournoise de Kevin MacLeod et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Sneaky Snitch de Kevin MacLeod

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur le site cause-commune.fm partout ailleurs. Nous venons donc d’écouter Sneaky Snitch. Nous étions en train de discuter DRM avec mon collègue Étienne Gonnu, Jean-Baptiste Kempf de Videolan-VLC et Marie Duponchelle, avocate.
Jean-Baptiste, tu me disais pendant la pause que tu avais une petite chose à rajouter marrante sur l’interopérabilité ou sur les DRM ?

Jean-Baptiste Kempf : Oui, sur l’interopérabilité. C’est assez marrant. Vraiment l’idée de l’interopérabilité c’est d’être capable de lire sur tous les supports. En fait, le logiciel libre ce n’est pas mal, c’est que comme le code source est libre, il est là, eh bien on peut se dire de façon assez probable que VLC, dans dix ans, il sera toujours là ; il ne sera peut-être pas aussi utilisé, mais il sera toujours là. Et on a eu une des sociétés des GAFAM, je ne vais pas donner le nom mais ça va vous faire sourire, qui s’est retrouvée avec un DRM d'il y a quelques années. Évidement les DRM, tous les ans ils en font une nouvelle version, ils changent, etc., et ils ont été un petit peu embêtés parce qu’ils n’étaient plus capables de lire leurs propres fichiers et ils nous ont demandé si, par hasard, discrètement, on ne pouvait pas rajouter dans VLC et FFMPEG une façon de déchiffrer les fichiers, c’est-à-dire de casser leurs propres DRM parce qu’ils avaient plein d’utilisateurs qui leur pourrissaient leur supports en disant ça ne marche pas.

Frédéric Couchet : Vous l’avez fait ou pas ? [Rires]

Jean-Baptiste Kempf : Je ne répondrai pas à cette question. Il faut aller regarder le code de VLC. Mais c’est exactement ça. En fait, c’est que toute cette partie de DRM et contre l’interopérabilité c’est juste pour faire des gains à court terme, pour gagner de l’argent à court terme sur les sorties, la musique et sur les abonnements, mais c’est une catastrophe à long terme, à moyen terme, pour la conservation de la culture.

Frédéric Couchet : D’ailleurs, tout à l’heure Marie parlait de la mobilisation en 2006 de la communauté du logiciel libre contre les DRM dans la loi droit d’auteur française. À l’époque, il y a eu aussi des bibliothécaires qui se sont fortement mobilisés pour des questions tout simplement d’archivage ; tu viens de parler des GAFAM, mais il y a des ressources numériques qui sont sous DRM et qui, dans 20 ans, ne seront plus disponibles alors que même que la ressource sera dans le domaine public, eh bien l’archivage est fini.
Il y a aussi les représentants d’associations de personnes handicapées qui se sont mobilisés parce que les DRM posent un certain nombre de problèmes très importants. Voilà ! Ce n’est effectivement pas que le logiciel libre et on n’a pas évoqué — si, tu l’as évoqué un petit peu — les histoires d’espionnage via les DRM. Pour les plus anciens d’entre nous, on se souviendra en 2006 du rootkit de Sony sur, c’était un CD ou un DVD ? Je ne me souviens plus.

Jean-Baptiste Kempf : Un CD.

Frédéric Couchet : Un CD, et qui permettait d’avoir un contrôle à distance de notre ordinateur.

Jean-Baptiste Kempf : Et le plus drôle, c’est que le logiciel dont était dérivé le rootkit en fait était dérivé d’un logiciel VideoLan donc c’était, en plus, une violation de la propriété intellectuelle de VideoLan.

Frédéric Couchet : Voilà ! Une violation du droit d’auteur de VideoLan. Bon ! Franchement ! Marie, nous sommes toujours sur la partie DRM. Tu parlais tout à l’heure de l’exception pour copie privée qui n’est, en fait, qu’une exception, actuellement ce n’est pas un droit ; tu parlais aussi de l’interopérabilité. Est-ce que tu pourrais juste nous faire un petit point sur ta thèse notamment parce que je crois que toi tu milites pour un droit à l’interopérabilité, évidemment au niveau international et au niveau européen ?

Marie Duponchelle : Moi je me suis préoccupée, en fait, d’un acteur qu’on oublie tout le temps quand on parle de technique et quand on parle droit d’auteur, c’est le consommateur, tout simplement. On a la peur des geeks, on a la peur du peer to peer, mais le premier qui ne peut pas utiliser ses contenus à cause des DRM c’est le consommateur, c’est la petite personne lambda qui se retrouve à mettre son DVD — parce qu’il ne reste que eux, en fait, qui achètent leurs Blu-ray, leurs DVD, et qui se retrouvent à ne pas pouvoir les lire sur leur ordinateur, sur leur tablette, sur leur smartphone, sur tous les supports de leur choix.
Actuellement, on est le seul pays en Europe à avoir intégré cette notion d’interopérabilité, c’est-à-dire de ne pas empêcher deux systèmes de pouvoir échanger ensemble ; c’est une super-idée sur le papier parce que, vraiment, ça veut dire qu’on a compris qu’il y avait un enjeu de ce côté-là ; le problème c’est que le régime juridique actuel qu’on a c’est juste qu’on encourage, en fait, l’interopérabilité ; il n’y a aucune sanction ; il n’y a aucune obligation et, qui plus est, il y a en plus des obstacles puisqu’on maintient le régime des mesures de protection qui empêchent précisément cette interopérabilité et on voit les discussions au niveau de la directive EUCD qui ne donneront rien de ce côté-là.

Moi je milite, en fait, pour qu’on modifie les textes, pour obliger l’interopérabilité. Ça veut dire quoi concrètement ? Ça veut dire obliger à l’utilisation de formats ouverts pour que tout le monde puisse utiliser, enfin puisse réutiliser ses documents comme il le souhaite, ses contenus numériques comme il le souhaite, et obliger à une information systématique sous peine de sanctions, pour que tout le monde soit informé de ce qu’il a aujourd’hui sur son ordinateur et des obstacles qu’il peut y avoir, à terme, sur l’utilisation de ses contenus et de ses données.

Frédéric Couchet : Quand tu parles de formats ouverts, ce sont des formats dont les spécifications sont publiques, connues, et dont l’implémentation est libre d’accès, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de restrictions que ce soit lié au droit d’auteur ou au droit des brevets. Vas-y Marie.

Marie Duponchelle : C’est bon ! C’est exactement ça.

Frédéric Couchet : OK ! Il ne nous reste même pas deux minutes pour cette partie DRM, parce qu’après il y a pas mal d’annonces d’évènements libristes. Jean-Baptiste est-ce que tu veux rajouter quelque chose ?

Jean-Baptiste Kempf : Il y a une petite partie, c’est que les industries culturelles se moquent un peu de nous, complètement du consommateur, parce qu’en fait elles essayent de jouer des deux côtés. D’un côté vous achetez le droit à la lecture et le droit à l’œuvre et donc, finalement, c’est la licence sur le film et normalement vous devriez avoir la licence sur l’ensemble des supports, que ce soit un DVD, un MP4, quelque chose qui est chiffré, quelque chose qui est en streaming ; et d’un autre côté elles essayent de vous le vendre plusieurs fois.
En fait, quand ça les arrange vous achetez une licence pour le contenu et quand ça les arrange vous achetez juste une licence pour ce format. Et justement les DRM leur permettent d’avoir ça. Et normalement, ce n’est absolument pas possible de vendre à quelqu’un deux fois la même chose.

Frédéric Couchet : Écoute, c’est une bonne conclusion, alors pas finale. Déjà dans les annonces donc le 18 septembre 2018, nos amis de la Fondation pour le logiciel libre à travers leur site Defective by Design qui peut se traduire en français par « Défectueux par dessein ou par conception », organisent la journée internationale contre les DRM avec un mot d’ordre « Imaginez un monde sans DRM » ; c’est le 18 septembre 2018, il y aura sans doute des évènements organisés ou en tout cas des ressources qui permettent de vivre dans un monde sans DRM. Je pense que l’émission de radio Libre à vous ! de l’April sera peut-être rediffusée sur les airs ce jour-là si c’est évidemment possible.

Côté VLC, eh bien il y a VLC 4.0 qui arrivera quand il sera prêt avec de nouvelles fonctionnalités absolument géniales.
Les personnes qui s’intéressent principalement au développement de VLC, j’annonce quand même les VideoLAN Dev Days du 21 au 23 septembre 2018 à Paris. Jean-Baptiste fera une présentation justement des nouveautés dans VLC 4 ; ce sera en anglais si je ne me trompe pas.

Jean-Baptiste Kempf : Ouais. Quasiment tout ce qu’on fait est en anglais parce qu’on a beaucoup de Français, beaucoup d’Allemands, tout le monde parle mal anglais donc c’est bien !

Frédéric Couchet : Il dit ça, mais Jean-Baptiste parle très bien anglais. En tout cas je te remercie Jean-Baptiste pour cette intervention qui a permis effectivement d’éclairer sur les DRM, sur VLC. Je remercie aussi Marie ; c’était un plaisir de t’avoir au téléphone ; j’espère que la prochaine fois tu pourras venir de Compiègne pour être en studio pour une deuxième émission sur les DRM. Merci Marie.

Marie Duponchelle : Avec plaisir.

Frédéric Couchet : Merci et à bientôt.

Marie Duponchelle : À bientôt.

Frédéric Couchet : Je vais passer aux actualités à venir pour l’April et le monde du logiciel libre. Il y a beaucoup d’actualités, je ne vais pas forcément toutes les faire parce que sinon on va déborder.
Dans les actualités rapides à venir, eh bien jeudi soir, pour les personnes qui habitent en Île-de-France, il y a la Soirée de Contribution au Libre à la FPH dans le 11e.
Vendredi soir au local de l’April, il y a un apéro April, n’hésitez pas à passer. Je ne vous redonne pas les adresses parce que tout est sur le site de l’April donc april.org ou sur le site de l’Agenda du Libre.
Il y a également un apéro April à Montpellier le troisième jeudi du mois ; là je n’ai pas noté, j’ai fait une erreur, j’ai juste noté jeudi mais pas précisément.
La semaine prochaine il y aura le Forum du numérique à Fleury-les-Aubrais dans le Loiret ; le 14 septembre Étienne fera une conférence sur les enjeux du logiciel libre destinée au grand public et nous aurons également un stand.

Étienne Gonnu : À 16 heures 30 si ma mémoire est bonne.

Frédéric Couchet : Donc c’est à 16 heures 30.
Nous serons présents aussi la semaine prochaine, je crois avec Libre à Toi, radio Cause Commune à la Fête de l'Huma, Olivier en régie me confirme, les 14, 15 et 16 septembre à La Courneuve en Seine-Saint-Denis, dans l’espace dédié aux logiciels libres, aux hackers et aux fab labs.
Évidement la Fête des Possibles, nous avons eu une présentation tout à l’heure par Aliette Lacroix du 15 au 30 septembre 2018.
Dans plus longtemps il y a un April Camp à Marseille le week-end des 6 et 7 octobre 2018. Un April Camp c’est on se réunit pendant un week-end entre membres de l’April, personnes qui nous aiment bien ou simplement public intéressé pour discuter, pour échanger et éventuellement aussi pour avancer sur un certain nombre de projets, donc n’hésitez pas à passer ; c’est les 6 et 7 octobre 2018 au Foyer du peuple.
Je répète, tous ces évènements sont annoncés, en tout cas pour les évènements April, sur le site april.org ; évidemment sur le site de l’Agenda du Libre donc agendadulibre tout attaché point org vous avez un certain nombre d’évènements partout en France mais également dans d’autres pays. Donc on espère pouvoir vous rencontrer à ces moments-là, n’hésitez pas ! En tout cas vendredi par exemple, pour les gens qui habitent en Île-de-France, venez à l’apéro, c’est toujours très sympathique, ça parle de sujets divers et variés et pas que de logiciel libre.

Pour finir, l’April est très heureuse de participer à cette belle aventure que représente Cause Commune, mais, comme vous le savez, une radio ne peut pas fonctionner uniquement par la contribution humaine même si c’est la contribution la plus importante. Cause Commune a besoin de soutien financier ne serait-ce que pour payer les frais matériels. Eh bien oui ! Par exemple on a appris le coût des micros tout à l’heure ; il y a le studio, la diffusion sur la bande FM, les serveurs. Donc nous vous encourageons à aider la radio en faisant un don sur le site cause-commune.fm, soit un don ponctuel ou, encore mieux si vous le pouvez, un don récurrent. J’ai parfaitement conscience que les appels à soutien financier sont légions en ce moment, mais je crois franchement que cette aventure mérite d’être soutenue et pas uniquement parce qu’on y participe, parce que c’est vraiment une belle aventure. Donc n’hésitez pas à faire un don ; je répète cause-commune.fm, il y a un petit cœur, vous cliquez dessus, aussi le menu « faire un don », je suppose.

Je remercie les personnes qu’on a invitées aujourd’hui donc Aliette Lacroix pour la Fête des Possibles, Jean-Baptiste Kempf de VideoLan, Marie Duponchelle. Je remercie évidemment en régie Olivier Grieco et Olivier Fraysse dit Olive ; ils ont fait ça à deux aujourd’hui. J’en profite pour d’ailleurs annoncer, comme je vois Olive, que la prochaine Ubuntu Party c’est le premier décembre. Non ! Vas-y, corrige-moi !

Olivier Fraysse : 8-9 décembre.

Frédéric Couchet : 8-9 décembre donc à La Villette, à Paris, Ubuntu Party.

Notre prochaine émission à nous sera diffusée mardi 2 octobre 2018 à 15 heures 30. Nous parlerons à priori de collectivités locales, logiciels libres et données publiques ; notamment il y a un article de la loi dite Lemaire de 2016 qui rentre en application, sur les données publiques, en octobre 2018 ; donc nous parlerons sans doute de ce sujet-là.

Notre émission se termine. Vous retrouverez sur notre site web april.org une page avec toutes les références utiles, ainsi que sur le site évidemment de la radio. Assez rapidement le podcast sera disponible donc vous pourrez réécouter. Marie-Odile et le groupe Transcriptions nous en feront une transcription donc vous pourrez lire.
N’hésitez pas à nous faire des retours ; vous nous indiquez ce qui vous a plu, des points d’amélioration.
N’hésitez pas à nous suggérer des musiques libres parce que, visiblement, les pauses musicales du jour ont été appréciées, mais nous avons besoin de plus de plus de références.
Nous vous souhaitons à toutes et tous de passer une belle journée. On se retrouve le 2 octobre 2018. D’ici là portez-vous bien et nous nous quittons comme d’habitude avec Wesh Tone de Realaze.

Revue de presse de l'April pour la semaine 36 de l'année 2018

Le 10 September 2018 à 12:58:17

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 36

[ZDNet France] De l'open source dans vos projets informatiques? Quelle idée!

Par Leslie Saladin, le samedi 8 septembre 2018. Extrait:
> Les raisons de l'expansion des solutions open source, leurs atouts et leur succès en France: une tribune de Leslie Saladin, de BlueMind.
Lien vers l'article original: https://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/de-l-open-source-dans-vos-projets-informatiques-quelle-idee-39873337.htm

Et aussi:
[ITespresso] Préparer votre stratégie open source en 4 étapes clés

[ouest-france.fr] La Baleine, un lieu alternatif pour créatifs et bricolos

Par Nelly Cloarec, le samedi 8 septembre 2018. Extrait:
> Plutôt que de bosser dans leur salon, une vingtaine d’artistes trouvent refuge à La Baleine, à Quimper. Ils y partagent les mètres carrés, les outils et les idées.
Lien vers l'article original: https://www.ouest-france.fr/bretagne/quimper-29000/quimper-la-baleine-un-lieu-alternatif-pour-creatifs-et-bricolos-5956282

Et aussi:
[EcoRéseau] 2005-2018: histoire d’une révolution du travail en devenir

[L'OBS] La directive sur le droit d'auteur inquiète la fondation Wikimedia

Par Thierry Noisette, le mercredi 5 septembre 2018. Extrait:
> La fondation américaine qui soutient Wikipédia met en garde contre un risque d'atteinte au partage et de réduction du domaine public avec le texte qui sera voté le 12 septembre.
Lien vers l'article original: https://www.nouvelobs.com/economie/20180905.OBS1856/la-directive-sur-le-droit-d-auteur-inquiete-la-fondation-wikimedia.html

Et aussi:
[Le Monde.fr] Ce que propose concrètement la directive européenne «copyright»
[Next INpact] Droit d’auteur: quand Pascal Nègre craint la «censure aveugle, automatique, systématique»
[Developpez.com] Directive Copyright: Mozilla monte encore au créneau
[Le Taurillon] La directive «droit d'auteur»: ou comment (essayer) de réguler la jungle numérique

Voir aussi:
Directive droit d'auteur: le gouvernement français doit soutenir l'exclusion pleine et entière des forges logicielles

[We Demain] Dominique Hubert, conseiller en informatique "éthique"

Par Emmanuelle Vibert, le mercredi 5 septembre 2018. Extrait:
> Deuxième volet de notre série sur les indépendants qui inventent une nouvelle forme de travail... voire de démocratie.
Lien vers l'article original: https://www.wedemain.fr/Dominique-Hubert-conseiller-en-informatique-ethique_a3529.html

[ZDNet France] Linux: Linus Torvalds ne veut plus tout contrôler

Par Louis Adam, le mercredi 5 septembre 2018. Extrait:
> Linus Torvalds est revenu sur son rôle au sein de l’équipe de développement du kernel Linux à l’occasion de l’Open Source Summit. L’occasion pour lui d’expliquer qu’il n’est pas omniscient et que si le développement se poursuit, c’est avant tout grâce à la communauté des mainteneurs.
Lien vers l'article original: https://www.zdnet.fr/actualites/linux-linus-torvalds-ne-veut-plus-tout-controler-39873205.htm

[Contrepoints] Logiciels libres: partage et plaisir

Par Marien Fressinaud, le lundi 3 septembre 2018. Extrait:
> Si certains logiciels libres sont réputés à la fois pour leur efficacité et leur esthétique fonctionnelle (qu’on nommera design, parce que c’est ainsi), il faut reconnaître qu’ils ne font pas la majorité.
Lien vers l'article original: https://www.contrepoints.org/2018/09/03/324110-logiciels-libres-partage-et-plaisir

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

tnitot.png Tristan NITOT

En vrac du lundi

Le 10 September 2018 à 12:01:00

photo de compteur de moto indiquant un voyage de 538,8km

538,8km sur ma vieille moto V-Strom 650 avec un seul plein (réservoir de 22L), merci l’éco-conduite : 4,08 L/100 km !

07 September 2018

april.png Nouvelles April

Il est encore temps d'organiser un rendez-vous dans le cadre de la Fête des Possibles, du 15 au 30 septembre 2018

Le 07 September 2018 à 14:26:55

Image de la Fête des Possibles

La Fête des Possibles approche à grands pas ! Plusieurs centaines de rendez-vous sont prévus du 15 au 30 septembre en France, en Belgique, en Suisse et au Québec pour rendre visibles les initiatives citoyennes locales qui contribuent à construire un avenir plus juste, plus écologique et plus humain.

L’April participe avec plus de 130 réseaux nationaux à la Fête des Possibles, en invitant les structures et associations actives dans la promotion du logiciel libre à organiser à leur tour des rendez-vous destinés au grand public. Les rendez-vous peuvent prendre plusieurs formes : conférence de découverte, install party, atelier d'initiation, exposition de panneaux comme par exemple l'Expolibre, diffusion de vidéos, etc. L’objectif, c’est de montrer que « c’est possible » d’utiliser une informatique loyale et solidaire !

Il est encore temps d’inscrire son rendez-vous sur le site de la Fête des Possibles ! Cette année, il est même possible de proposer un rendez-vous sur une période légèrement étendue : du 6 septembre au 6 octobre inclus. Ainsi, si vous avez déjà prévu une permanence ou un autre événement légèrement avant ou légèrement après la Fête des Possibles, celui-ci pourra tout de même être comptabilisé dans le cadre de cette initiative.

Pour donner un maximum de visibilité à votre rendez-vous, n’oubliez pas de le soumettre également dans le site de l'Agenda du Libre, en ajoutant le mot-clé "fete-des-possibles-2018" (sans l'accent circonflexe). Vous pouvez aussi utiliser ce lien (le mot-clé y figure déjà).

La Fête des Possibles s'adresse à un public curieux et désireux d'adopter des modes de vie plus solidaires : profitez donc de cette belle occasion pour promouvoir le logiciel libre et la culture libre autour de vous !

Une nouvelle vidéo de présentation de la Fête des possibles est désormais disponible (1 minute 44 secondes).


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Mise à jour: Le 21 September 2018 à 02:03:37