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22 August 2017

bsibaud.png Benoît SIBAUD

Nouvelles versions logicielles du projet GNU juin et juillet 2017

Le 22 August 2017 à 18:17:28

Le projet GNU publie tous les mois une liste de versions logicielles publiées. Jetons‐y un coup d’œil pour découvrir de nouveaux logiciels inconnus (de moi), des infâmes bogues disparus ou les promesses de solutions à tous nos besoins : soit des dizaines de nouvelles versions annoncées allant de la corrective mineure à la version attendue depuis des années ; et l’on va donc parler de acct, auctex, automake, binutils, cgicc, dr-geo, freeipmi, gama, gcc, gdb, glpk, gnuastro, gnucash, gnuhealth, gnuhealth-control, gnupg, gnutls, grep, gsl, guile-cv, guile-gnome, libextractor, libffcall, libgcrypt, libidn2, libmicrohttpd, libtasn1, linux-libre, moe, motti, nano, parallel, screen, taler, texinfo, tramp et unifont.

Sommaire

acct-6.6.4 (juillet)

Il s’agit d’une mise à jour mineure de cet outil d’enregistrement des actions sur le système (nom d’utilisateur et processus), pour ajouter --pid sur lastcomm.

auctex-11.91 (juillet)

Ce logiciel extensible permet d'écrire et de formater des fichiers TeX dans GNU Emacs et XEmacs (en gérant de nombreux paquets de macro TeX, dont AMS-TeX, LaTeX, Texinfo, ConTeXt et docTeX (dtx)). Cette version amène un nouveau logo, la gestion de upmendex, l'entrée Glossaries pour générer les glossaires, une amélioration de la fontification des symboles de contrôle, de verbatim et de maths, une nouvelle option TeX-ispell-verb-delimiters, l'ajout et l'analyse de labels, des corrections et des nouveaux paquets LaTeX pris en charge.

automake-1.15.1 (juin)

Cet outil de génération de makefiles portables (utilisables par make pour compiler des programmes) avait vu sa version précédente 1.15 sortir en janvier 2015. La nouvelle version amène des corrections de bugs (suppression d'avertissement avec Perl 5.22+ et d'erreur avec Perl 5.26+, suppression de la variable GZIP) et prise en charge de la version Windows du compilateur C d'Intel (icl).

binutils-2.29 (juillet)

La version 2.28 de cet ensemble d'outils de développement logiciel était parue en mars 2017. La version 2.29 apporte principalement la prise en charge de l'ia16 (x86 16 bits). Une version 2.28.1 est aussi parue, mais le Changelog ne fournit aucune info.

cgicc-3.2.18 et 3.2.19 (juin et juillet)

Ces versions de la bibliothèque C++ pour écrire des applications CGI apportent 4 corrections de bug pour la première et on ne sait pas quoi pour la seconde dont le Changelog n'est pas renseigné.

dr-geo-17.07 (juin)

Cette version du logiciel de géométrie dynamique (souvent évoqué sur LinuxFr.org) corrige six bugs.

freeipmi-1.5.6 (juillet)

Ce logiciel implémente l'interface de gestion intelligente de matériel (ou IPMI, Intelligent Platform Management Interface). La version précédente datait de novembre 2016. Cette version amène des clarifications des messages d'erreur, des corrections de documentation, une correction sur une fuite de mémoire et l'utilisation dans ipmi-locate du microcode DMI sysfs s'il est disponible.

gama-1.19 (juillet)

La version précédente de ce logiciel d'ajustement des réseaux géodésiques était parue en août 2016. Cette version corrige un bug introduit dans la version 1.16.

gcc-6.4.0 (juillet)

Une version de maintenance pour la suite de compilateurs, avec 102 problèmes corrigés, dont la plus importante semble être un changement d'ABI sur ARM pour ne plus avoir de petites énumérations par défaut.

gdb-8.0 (juin)

La nouvelle version du débogueur gdb apporte de nombreuses nouveautés. Les architectures FreeBSD/mips, et Synopsys ARC sont maintenant supportées. À l'inverse, les architectures FreeBSD/Alpha et GNU/kFreeBSD/Alpha ne sont plus supportées. On devrait également avoir une bonne prise en compte des registres PKU (Protection Keys for Userspace). Ces derniers, à travers les instructions RDPKRU / WRPKRU, devraient fournir un mécanisme de protection de la mémoire dans les futurs processeurs Intel.

Concernant les langages C++11 et python, les rvalues sont mieux gérées. En outre, sur Windows, GDB identifie maintenant correctement le nom associé à un thread. De plus, on peut enfin donner des commandes avec plus de 10 arguments. On notera également que cette nouvelle version peut enregistrer et répéter correctement les commandes rdrand et rdseed.

glpk-4.62 et 4.63 (juin et juillet)

Deux versions ont été publiées pour cette bibliothèque de programmation linéaire en nombres entiers ou en nombres mixtes. La 4.62 amène l'ajout de la technique de bound perturbation, la correction d'un bug dans la lecture MPS, l'amélioration de la portabilité 64 bits et le remplacement de fonctions non thread-safe par leur équivalent sûr. La 4.63 apporte une perturbation intelligente des programmes linéaires, l'ajout de la technique long-step, le changement d'échelle de l'objectif interne, une correction sur glp_time sur msys2 et l'ajout de nouveaux modèles d'exemple.

gnuastro-0.3 (juin)

Cet ensemble d'utilitaires pour l'astronomie a publié sa troisième version, qui est une réécriture complète, avec un nouveau conteneur générique pour les données.

gnucash-2.6.17 (juillet)

Cette version du logiciel de comptabilité corrige de nombreux bugs concernant la modification des options de comptes ayant des transactions, les rapports concernant les devises étrangères, les liens dans le README du dépôt, le registre séparé des transactions, la traduction de devises étrangères, le respect du champ NUM pour le tri personnalisé, une correction sur un plantage en ajoutant un prix existant, une correction sur un plantage au lancement de la version 2.6.16, une faute dans une boîte de dialogue, mais aussi de nouvelles traductions (arabe et turc) et d'autres améliorations (espace de nommage, time64 mieux géré pour les dates, nouvelle devise, gestion d'un commentaire supplémentaire non standard sur une transaction).

gnuhealth-3.2.0 et 3.2.1 (juillet)

Plusieurs versions sont parues pour ce progiciel libre dans le domaine de la santé. D'après la 3.2.0 qui amène l'intégration de Tryton 4.2, la migration en Python 3, une prise en charge améliorée de WebDAV et du calendrier, des paquets cryptographiques mis à jour, l'ajout d'un lien entre les commandes du labo et les services de santé, une amélioration de l'internationalisation, une mutualisation des variantes linguistiques, un nouveau test cod39, une nouvelle information personnelle prise en charge, la possibilité d'activer/désactiver les parties Patient / Médicament / Services, de nouveaux modules (gestion des urgences/ambulances, des assurances santé/prix, la base génétique Uniprot, la signature numérique des commandes du labo, l'intégration des commandes labo dans les services). Et surtout l'ajout de la fédération GNU Health avec un réseau de nœuds hétérogènes (le système d'information sur MongoDB, Thalamus le serveur d'authentification et de messagerie, HMIS, les applications mobiles, les centres de recherche, etc.).

La version 3.2.1 corrige uniquement un souci d'affichage dans la partie commandes labo.

On notera aussi la publication de la version 3.0.4 de gnuhealth-control, l'outil principal de gestion de l'environnement GNU Health (les changements dans ce script livré séparément ne sont pas détaillés).

gnupg-2.1.22 (juillet)

GnuPG est un programme en ligne de commande qui permet de signer, chiffrer et déchiffrer les données et les communications. La principale nouveauté de cette version est la détection et l'utilisation automatique de TOR. L'option --no-use-tor permet de désactiver cette fonctionnalité. On notera également une meilleure prise en charge des serveurs en IPV6 et la possibilité d'utiliser TLS lorsque l'on passe par un proxy HTTP.

gnutls-3.5.13 et 3.5.14 (juin et juillet)

Cette bibliothèque pour gérer les protocoles SSL, TLS et DTLS connaît une version 3.5.13 (alerte GnuTLS-SA-2017-4) corrigeant divers bogues (sans changement d’API ou d’ABI), concernant le (dé)chiffrement en place AES-GCM sur aarch64, le champ ResponseID qui n'est plus analysé, la tolérance à l'absence de codage temporel DER strict dans les certificats, la migration vers la libtasn1 4.11 et l'utilisation de certificats multiples avec certool --p7-sign. Puis une version 3.5.14, toujours sans changement d'API/ABI, pour la gestion de matériels de gestion de clés (HSM) demandant une autorisation explicite, avoir un drapeau pour obliger le login via le HSM, éviter les zéros en tête dans les copies d'entiers sur certains HSM ou corriger la découverte OCSP. Ainsi qu'une version [3.3.28] de maintenance sur la précédente version stable.

grep-3.1 (juillet)

Une nouvelle version stable de ce programme en ligne de commande de recherche de chaînes de caractères apporte en amélioration les mêmes performances pour [0-9] et [[:digit:]] avec une locale multioctet et en changement de comportement le fait que le contexte n'exclut plus les lignes omises en raison de -m (grep "^" -m1 -A1' affiche les deux premières lignes). Et sous Windows, une option --binary (-U) vient remplacer l'heuristique parfois incorrecte de gestion d’entrées/sorties binaires, et l'option --unix-byte-offsets (-u) devient sans effet.

gsl-2.4 (juin)

Cette version de la bibliothèque en C fournissant des outils de calculs numériques en mathématiques appliquées migre la documentation vers Sphinx, rajoute de la constance sur les routines gsl_rstat, corrige des bugs, ajoute du calcul d'intégrale avec IQPACK, des polynômes d'Hermite et des exemples, rend obsolète/remplace quelques routines, etc.

guile-cv-0.1.5 (juillet)

La version précédente de cette bibliothèque de vision par ordinateur pour Guile Scheme était la première publique et la première incluse dans le projet GNU. Cette version apporte des changements d'interface (renommage dark/light par black/white) et de nouvelles interfaces (im-delineate, im-delineate-channel, im-distance-map, im-distance-map-channel, im-canny, im-canny-channel, im-xor, f32vector-xor-at-offset).

guile-gnome-2.16.5 (juin)

Cette version de cette bibliothèque donnant accès en langage Guile aux bibliothèques GNOME est une version de maintenance, compatible avec Guile 2.2.

libextractor-1.4 (juin)

Cette version de cette bibliothèque extrayant les métadonnées des fichiers (qui n'avait pas connu de mises à jour depuis 3 ans et demi) amène la gestion d'apparmor, des PDF via pdfinfo, la migration de Subversion à Git, la compilation avec libexiv 0.26 et la suppression de l'utilisation de l'en-tête obsolète libtidy.

libffcall-1.13 (juin)

Cette version de cette collection de quatre bibliothèques d'appel de fonctions externes amène un changement de licence (GPLv2 à GPLv2+), ajoute neuf nouvelles plateformes prises en charge, corrige la gestion d'onze plateformes, a vérifié la bonne gestion de huit autres plateformes et ajoute une fonctionnalité de sécurité pour Linux/FreeBSD en empêchant le pile d'être exécutable.

libgcrypt-1.7.7 et 1.8.0 (juin et juillet)

Le support de la branche 1.6 de cette bibliothèque de cryptographie a expiré à la fin du mois de juin 2017. La branche 1.7 devrait recevoir des mises à jour de sécurité jusqu'à la fin du mois de juin 2019. La version 1.7.7 corrige ainsi 2 bugs, l'un dans la gestion de la mémoire sécurisée, l'autre dans la gestion des clés EdDSA.

La nouvelle version stable de libgcrypt est donc la branche 1.8. Elle présente des API / ABI totalement compatibles avec la branche 1.7. Les principales nouveautés sont l'ajout de la fonction de hachage Blake-2, le chiffrement de type XTS pour les blocs de 16 octets et un meilleur générateur de nombres aléatoires.

libidn2-2.0.3 (juillet)

Cette bibliothèque gère le codage et le décodage des noms de domaine internationalisés suivant les spécifications IDNA 2008 et TR 46 (RFC 5890, 5891, 5892, 5893 et TR 46). Cette version corrige notamment une régression en désactivant par défaut la règle %IDN2_USE_STD3_ASCII_RULES filtrant les caractères non STD3 dans les noms de domaine (comme _443._tcp.example.com) et les IP (comme 1.2.3.4/24), et modernise l'infrastructure de génération gtk-doc.

libmicrohttpd-0.9.55 (juin)

Cette bibliothèque qui évolue visiblement assez vite fournit un micro‐serveur Web en C. Cette version amène diverses corrections, des améliorations sur les connexions reprises, mises à jour upgrade ou sur les Keep-Alive/Close.

libtasn1-4.12 (juin)

La version 4.11 de cette bibliothèque ASN.1 comportait une erreur de version dans le nommage du .so, corrigée en 4.12. Mais les nouveautés viennent donc de la version précédente : un nouveau code d'erreur ASN1_TIME_ENCODING_ERROR, un nouveau flag ASN1_DECODE_FLAG_ALLOW_INCORRECT_TIME pour le mode strict DER, et une vérification de la longueur des noms de variable par le développeur.

linux-libre-4.11.7-gnu et 4.12.3-gnu (juin et juillet)

Le projet vise à publier et maintenir le noyau Linux 100 % libre. Les principaux blocs binaires (blobs) sont présents dans les pilotes graphiques, mais aussi pour l’accélération cryptographique, l’Ethernet ou l’écran tactile, et chaque nouvelle version du noyau amène en général son lot de nouveaux blocs binaires.

moe-1.9 (juillet)

Une nouvelle version pour l'éditeur de texte en console, 16 mois après la précédente : lecture récursive des arborescences par défaut, nouveaux raccourcis clavier, plus de caractères UTF8 décodés, la position du curseur est affichée ajustée pour les tabulations, les commentaires /**/ sont évités dans la recherche de délimitation associée, la recherche inverse a été ajoutée, l'entrée standard n'est lue qu'une fois, la déduplication de lignes est accélérée de 20 %, les noms longs de fichier sont affichés abrégés, la locale C est utilisée dans Cygwin pour les caractères au-dessus de 127 et une correction sur le test de g++ dans le configure.

motti-3.1.1 (juin)

Ce jeu de stratégie simple, multijoueur et en réseau n'avait pas connu de version depuis 3 ans, et le but de celle-ci est de le faire compiler proprement.

nano-2.8.5 et 2.8.6 (juin et juillet)

L’éditeur de texte nano a connu deux versions baptisées Farouche et Kekulé, notamment pour permettre une césure différente entre les mots (via --atblanks), pour éviter des plantages, pour corriger divers bugs, pour harmoniser les fichiers rc et pour renommer l'option cut en cutfromcursor), pour permettre les numéros négatifs de ligne et de colonne en ligne de commande, pour éviter les clignotements à la retaille de la fenêtre, pour ouvrir les fichiers dans l'ordre demandé en ligne de commande et pour mieux gérer le SIGCONT.

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                      :8888:      888  888 "Y888888 888  888  "Y88P" 
                       E888i                                         
                       tW88D             Text Editor Homepage        

parallel-20170622 et 20170722 (juin et juillet)

Cet outil shell permet d’exécuter des tâches en parallèle sur un ou plusieurs ordinateurs. La version 20170622 « Manchester » autorise le \257 / U+02C9 (Macron « ˉ », qui était aussi le nom de la version précédente 20170522) dans la ligne de commande. Rien de nouveau dans la version 20170722 « Grenfell » (nouvelle version stable), seulement des correctifs et des mises à jour de manuel.

Logo

screen-4.6.0 et 4.6.1 (juin et juillet)

Ce logiciel de console virtuelle permet de partager un terminal en plusieurs processus. La version 4.6.0 gère les tables Unicode 9.0, plus de débits série, améliore les espaces de nommage, migre des FIFO aux sockets et débute défilement arrière à la première ligne d'affichage. La version 4.6.1 apporte l'installation parallélisée et corrige des bogues. (le fichier Changelog est renseigné, mais pas le fichier NEWS qui évoque encore les versions 4.0.x).

taler-0.3.0 (juin)

Cette version de ce système de paiement électronique avec anonymat du client est encore au stade alpha :

  • le protocole d'échange complet est implémenté mais sans connexion avec une banque actuelle (uniquement avec leur propre « banque ») ;
  • le portefeuille (pour Chromium/Chrome, Firefox et Opéra) permet le retrait, la dépense et l'actualisation, mais pas le remboursement, la synchronisation ou l'exportation de preuves cryptographiques, et la gestion des erreurs pourrait être insuffisante ;
  • le backend marchand génère des contrats, gère les paiements et leur suivi (implémentations de frontend disponibles en Python et PHP) ;
  • la banque peut gérer les comptes, permet le retrait de fonds par le portefeuille et recevoir des paiements depuis l'échangeur ;
  • l'auditeur peut vérifier les preuves cryptographiques collectées par le fournisseur de la solution de paiement et calculer les montants attendus, mais il ne vérifie pas encore que la banque a fait les mêmes calculs.

GNU Taler

texinfo-6.4 (juin)

Cette nouvelle version du langage de formatage de texte amène des évolutions sur plusieurs outils :

  • texi2any: les noms de section apparaissent avant dans les titres, retour à la numérotation initiale des listes comme dans les versions 4.13 et précédentes, plus rapide, des corrections sur le formatage Perl et le retrait de fonctions ne faisant pas ce qui était annoncé.
  • info : up-line et down-line ne sont plus confinées à un nœud, --all peut être utilisé avec --index-search pour lister les entrées correspondantes, link-style peut être défini pendant l'exécution, une correction sur la désactivation prématurée des couleurs, divers bugs corrigées, une suite de test plus portable, le retrait de la conversion intelligente des fins de ligne « à la Windows » et quelques raccourcis clavier modifiés.
  • texinfo.tex peut à nouveau générer une page unique vide comme les versions 6.0 et précédentes

tramp-2.3.2 (juillet)

Cette version du logiciel gérant les accès à des ressources distantes dans Emacs suit le changement de version de l'éditeur couteau-suisse (de 23 à 24).

unifont-10.0.01 à 10.0.05 (juin et juillet)

Des nombreuses versions de cette police matricielle couvrant toutes les identifications numériques Unicode BMP ont été publiées, pour suivre Unicode 10.0.0, améliorer les glyphes à largeur triple et quadruple, les émoticônes, l'outil hex2sfd (ASCII hexadécimal vers FontForge), ajouter l'option -P (plan) pour unifontpic, le champ x-offset pour le rendu, ajuster divers glyphes, etc.

Conclusion

Dans la dépêche précédente, la question était « y a‐t‐il un intérêt à écrire une telle dépêche ? ». À titre personnel, la réponse était oui, et d'après les commentaires, d'autres personnes étaient intéressées. Merci à mathrack pour ses contributions sur cette dépêche. N'hésitez donc pas à participer à sa rédaction, et aux dépêches à venir.

Lire les commentaires

20 August 2017

vxjumel.png Vincent-Xavier JUMEL

Extraire des commentaires digikam pour les mettre en EXIF

Le 20 August 2017 à 22:00:00

Après avoir passé du temps à saisir des informations sur quelques 800 photos, j’étais assez vexé que ces informations ne soient que dans la base de donnée de Digikam et nn dans les métadonnées EXIF des photos. J’ai donc voulu les extraires. Voici pour cela ce que j’ai fait.

    sqlite3 ~/.local/share/digikam/digikam4.db "SELECT name,comment FROM ImageComments join Images on Images.id = ImageComments.imageid where Images.album=173;" > file

Puis

    IFS=$'\n' ; for i in `cat file` ; do exiftool -UserComment=${i##*|} ${i%%|*}  ; done
    exiftool -delete_original *

La deuxième commande mérite quelques explications :

  • ${i##*|} permet d’éliminer de façon maximale ce qui est avant |
  • ${i%%|*} fait de même en éliminant ce qui est après |
  • IFS=$’\n’ permet de manipuler des éléments avec des espaces.

vbernat.png Vincent BERNAT

Fonctionnement de la table de routage IPv6 sous Linux

Le 20 August 2017 à 16:53:19

En bref: Linux stocke les tables de routage IPv6 à l’aide d’arbres radix. Les performances obtenues (450 ns pour une vue complète d’Internet — 40 000 routes) sont inférieures à IPv4 (50 ns pour une vue complète — 500 000 routes) mais l’utilisation mémoire reste honnête (20 Mio pour la vue complète).


Précédemment, nous avions regardé comment fonctionnait la table de routage IPv4 sous Linux. Qu’en est-il de l’implémentation pour IPv6 ?

Arbre de recherche

Chercher un préfixe dans une table de routage revient à trouver l’entrée la plus spécifique correspondant à la destination souhaitée. Une structure courante pour cette tâche est le trie, un arbre de recherche pour lequel chaque nœud est préfixé par son père.

Pour IPv4, Linux utilise un arbre doublement compressé (appelé LPC-trie), offrant de bonnes performances avec un usage mémoire faible. Pour IPv6, Linux emploie le plus classique arbre radix (encore appelé trie Patricia). Il y a trois raisons pour ne pas avoir recyclé la solution utilisée pour IPv4 :

  • L’implémentation IPv6 (introduite dans Linux 2.1.8, 1996) est antérieure à celle pour IPv4 qui date de Linux 2.6.13 (commit 19baf839ff4a).
  • Les fonctionnalités offertes sont différentes. Notamment, IPv6 intègre la possibilité d’un routage par l’adresse source1 (depuis Linux 2.1.120, 1998).
  • L’espace d’adressage IPv4 est beaucoup plus dense que celui d’IPv6, ce qui rend la compression par niveau du trie particulièrement efficace.

À titre d’exemple, l’illustration ci-dessous montre un arbre radix codant 6 préfixes :

Arbre radix

Pour des explications plus détaillées sur les différents codages possibles d’une table de routage et des éclaircissements sur les arbres radix, jetez un œil sur les explications pour IPv4.

La figure ci-dessous montre la représentation en mémoire de l’arbre radix précédent. Chaque nœud correspond à une structure fib6_node. Quand un nœud a le drapeau RTN_RTINFO, il contient un pointeur vers une structure rt6_info contenant des informations sur le prochain saut.

Représentation mémoire d'une table de routage

La fonction fib6_lookup_1() parcourt l’arbre radix en deux étapes :

  1. parcours descendant pour localiser un candidat potentiel,
  2. vérification de la validité du candidat et recherche en arrière si besoin.

Voici une version légèrement simplifiée (sans routage par la source) :

static struct fib6_node *fib6_lookup_1(struct fib6_node *root,
                                       struct in6_addr  *addr)
{
    struct fib6_node *fn;
    __be32 dir;

    /* Step 1: locate potential candidate */
    fn = root;
    for (;;) {
        struct fib6_node *next;
        dir = addr_bit_set(addr, fn->fn_bit);
        next = dir ? fn->right : fn->left;
        if (next) {
            fn = next;
            continue;
        }
        break;
    }

    /* Step 2: check prefix and backtrack if needed */
    while (fn) {
        if (fn->fn_flags & RTN_RTINFO) {
            struct rt6key *key;
            key = fn->leaf->rt6i_dst;
            if (ipv6_prefix_equal(&key->addr, addr, key->plen)) {
                if (fn->fn_flags & RTN_RTINFO)
                    return fn;
            }
        }

        if (fn->fn_flags & RTN_ROOT)
            break;
        fn = fn->parent;
    }

    return NULL;
}

Mise en cache

Alors qu’IPv4 a perdu son cache dans Linux 3.6 (commit 5e9965c15ba8), IPv6 dispose toujours de ce mécanisme. Toutefois, les entrées sont placées directement dans l’arbre radix avec le drapeau RTF_CACHE et non dans une structure distincte.

Depuis Linux 2.1.30 (1997) et jusqu’à Linux 4.2 (commit 45e4fd26683c), quasiment toutes les recherches aboutissaient à la création d’une entrée dans le cache. Par exemple, un routeur voyant transiter un ping entre 2001:db8:1::1 et 2001:db8:3::1 en crée deux :

$ ip -6 route show cache
2001:db8:1::1 dev r2-r1  metric 0
    cache
2001:db8:3::1 via 2001:db8:2::2 dev r2-r3  metric 0
    cache

La fonction ip6_dst_gc() assure le nettoyage du cache avec les paramètres suivants :

$ sysctl -a | grep -F net.ipv6.route
net.ipv6.route.gc_elasticity = 9
net.ipv6.route.gc_interval = 30
net.ipv6.route.gc_min_interval = 0
net.ipv6.route.gc_min_interval_ms = 500
net.ipv6.route.gc_thresh = 1024
net.ipv6.route.gc_timeout = 60
net.ipv6.route.max_size = 4096
net.ipv6.route.mtu_expires = 600

Le ramasse-miette est activé au plus toutes les 500 ms lorsqu’il y a plus de 1024 entrées dans le cache ou au moins toutes les 30 secondes. Il ne tourne pas plus de 60 secondes, sauf s’il y a plus de 4096 entrées. Lorsqu’il tourne, il va d’abord effacer les entrées vieilles de plus de 30 secondes. Tant que le nombre d’entrées reste supérieur à 4096, il continue d’effacer les entrées de plus en plus récentes (mais pas plus récentes que 512 jiffies qui correspond à la valeur de gc_elasticity) avec une pause de 500 ms entre chaque passage.

Depuis Linux 4.2 (commit 45e4fd26683c), seules les exceptions PMTU provoquent la création d’une entrée dans le cache. Un routeur ne gèrant pas ces exceptions, seuls les hôtes auront (rarement) des entrées dans le cache. Martin KaFai Lau explique:

De toutes les routes IPv6 de type RTF_CACHE qui sont créées, le pourcentage qui a un MTU différent est très faible. Sur l’un de nos serveurs mandataires face à des utilisateurs finaux, seulement 1000 entrées sur 80 000 ont un MTU plus faible. En ce qui concerne le trafic dans notre DC, il n’y a pas d’exception MTU.

Voici à quoi ressemble une entrée dans le cache avec une exception PMTU :

$ ip -6 route show cache
2001:db8:1::50 via 2001:db8:1::13 dev out6  metric 0
    cache  expires 573sec mtu 1400 pref medium

Performance

Trois scénarios différents sont étudiés :

Extrait d’une vue complète d’Internet
Dans ce scénario, Linux se comporte comme un routeur connecté à plusieurs transitaires et disposant d’une vue « complète ». Actuellement, la taille d’une telle table de routage est légèrement supérieure à 40 000 routes.
Préfixes /48 saupoudrés linéairement avec différentes densités
Linux agit comme un routeur au cœur d’un datacentre. Chaque client ou baie obtient un ou plusieurs sous-réseau /48 qu’il convient d’aiguiller. Avec une densité de 1, les /48 sont contigus.
Préfixes /128 répartis aléatoirements dans un /108
Linux se comporte comme un routeur d’accès pour un réseau /64 dans lequel les hôtes obtiennent leur IP par auto-configuration. Si tous les hôtes partagent le même OUI, les 40 premiers bits sont fixes. Dans ce scénario, la table des voisins est convertie en routes par un processus externe et redistribué auprès des autres routeurs servant le même sous-réseau2.

Performance de la recherche

À l’aide d’un module noyau, il est possible de mesurer précisément le temps d’exécution3 de la fonction ip6_route_output_flags():

Profondeur maximale et temps de recherche

Obtenir des résultats satisfaisants s’avère complexe en raison de la taille de l’espace d’adressage. Aucun des scénarios ne dispose d’une route par défaut et les mesures ne sont conservées que lorsque la recherche aboutit à une solution4. Pour le scénario avec la vue complète, seules les adresses de 2400::/16 à 2a06::/16 sont utilisées (cela comprend plus de la moitié des routes). Pour le scénario avec les préfixes /128, l’intégralité du sous-réseau /108 est balayé. Pour le scénario avec les /48, le balayage est effectué depuis le premier /48 jusqu’au dernier. Pour chaque passage, 5000 adresses sont prises semi-aléatoirement. De nouveaux passages sont effectués jusqu’à atteindre 5000 recherches réussies ou 1 million de recherches au total.

La relation entre la profondeur maximale de l’arbre et le temps de recherche est partielle. Il m’est difficile d’expliquer la différence de performance entre les différentes densités du scénario en /48.

On peut toutefois observer deux points importants :

  • Avec une vue complète, le temps de recherche médian est de 450 ns. C’est environ 10 fois le budget pour expédier des paquets à 10 Gbps (environ 50 ns).
  • Avec une table de routage presque vide, le temps de recherche est de 150 ns. C’est encore au-dessus du budget pour une connexion à 10 Gbps.

Avec IPv4, le temps de recherche sur une table presque vide était d’environ 20 ns tandis qu’avec une vue complète (500 000 routes), il est d’environ 50 ns. Comment expliquer une telle différence ? Tout d’abord, la profondeur de l’arbre compressé en IPv4 est très faible (6 pour 500 000 routes) tandis que la profondeur de l’arbre radix avec 40 000 routes est d’environ 40.

Deuxièmement, bien que la fonction fib_lookup() pour IPv4 et la fonction ip6_route_output_flags() pour IPv6 ont des coûts fixes liés à l’évaluation des règles de routage, IPv4 dispose de plusieurs optimisations quand ces règles de routage n’ont pas été modifiées5. Ces optimisations sont retirées au premier changement. Dans ce cas, IPv4 est impacté de 30 ns. Cela laisse encore un désavantage de 100 ns pour IPv6.

Regardons où le temps CPU est dépensé pour chacune des deux fonctions. Voici un graphique de type flame graph pour la fonction IPv4 fib_lookup() :

Graphique flamegraph pour la recherche de routes en IPv4

Seulement la moitié du temps est dépensé dans le parcours d’arbre via la fonction fib_table_lookup(). Il convient de noter que cette fonction est en réalité exécutée deux fois : une fois pour la table local et une fois pour la table main. Le reste du temps consiste à évaluer les règles de routage (environ 30 ns). Le ratio est dépendant du nombre de routes insérées (1000 dans cet exemple).

Voici le graphique équivalent pour la fonction IPV6 ip6_route_output_flags() :

Graphique flamegraph pour la recherche de routes en IPv6

Grossièrement, la répartition du temps est la suivante :

  • 50% est dépensé dans le parcours de l’arbre pour la table main,
  • 15% est dépensé dans les verrous (IPv4 repose sur le mécanisme RCU, plus efficace),
  • 5% est dépensé dans le parcours de l’arbre pour la table local,
  • le reste du temps est dépensé dans l’évaluation des règles de routage (environ 100 ns)6.

Pourquoi l’évaluation des règles de routage est-elle notoirement plus lente en IPv6 ? Encore une fois, je n’ai pas de réponse franche sur ce point.

Historique

Le graphique suivant montre l’évolution des performances de Linux depuis le noyau 2.6.39 :

Progression des performances de recherche de routes pour IPv6

Tous les noyaux sont compilés avec GCC 4.9 (issu de Debian Jessie). Cette version est compatible avec des noyaux antiques ainsi qu’avec les noyaux les plus récents. La configuration du noyau est celle par défaut avec les options CONFIG_SMP, CONFIG_IPV6, CONFIG_IPV6_MULTIPLE_TABLES et CONFIG_IPV6_SUBTREES activées. D’autres options mineures sont activées pour permettre de prendre les mesures.

Il y a trois changements notables :

  • Avec Linux 3.1, Eric Dumazet retarde la copie des métriques pour corriger le partage involontaire entre toutes les entrées du cache (commit 21efcfa0ff27). Chaque route en cache dispose désormais de ces propres métriques, ce qui explique l’impact sur les performances pour les scénarios autres que celui en /128.
  • Avec Linux 3.9, Yoshifuji Hideaki retire l’enchevêtrement entre les entrées de routage et le sous-système des voisins (commit 887c95cc1da5). Cela aurait dû apporter un gain en performance.
  • Avec Linux 4.2, Martin KaFai Lau élimine la création des entrées dans le cache pour la plupart des routes à l’exception des routes dont le PMTU est différent du MTU de l’interface sous-jacente. Les gains proviennent essentiellement du commit 4b32b5ad31a6 et du commit 45e4fd26683c.

Performance des insertions

Une autre métrique intéressante est le temps d’insertion des routes. La mise en place de 40 000 routes se fait en moins de deux secondes. Pour certaines raisons, le temps d’insertion n’est plus linéaire au-delà et grimpe rapidement à 60 secondes pour un demi-million de routes.

Temps d'insertion

Malgré sa logique plus complexe pour insérer des routes, le sous-système IPv4 est capable d’insérer 2 millions de routes en moins de 10 secondes.

Utilisation mémoire

Les nœuds de l’arbre radix (struct fib6_node) et les informations de routage (struct rt6_info) sont allouées via l’allocateur slab7. Il est donc possible d’extraire du fichier /proc/slabinfo la quantité de mémoire utilisée à condition de démarrer le noyau avec l’option slab_nomerge :

# sed -ne 2p -e '/^ip6_dst/p' -e '/^fib6_nodes/p' /proc/slabinfo | cut -f1 -d:
♯  name            <active_objs> <num_objs> <objsize> <objperslab> <pagesperslab>
fib6_nodes         76101  76104     64   63    1
ip6_dst_cache      40090  40090    384   10    1

Dans l’exemple ci-dessus, la mémoire utilisée est de 76104×64+40090×384 octets (environ 20 Mio). Le nombre de struct rt6_info correspond au nombre de routes tandis que le nombre de nœuds est environ le double du nombre de routes :

Nœuds

La quantité de mémoire utilisée est donc simplement prévisible. Elle est également très raisonnable puisque quasiment n’importe quelle plateforme actuelle peut stocker plusieurs vues complètes (20 Mio chacune) :

Utilisation mémoire

L’arbre de recherche utilisé par IPv4 est plus efficace : alors qu’IPv6 nécessite 512 Mio pour un million de routes, IPv4 se contente de 128 Mio. Cela provient principalement de la différence de taille entre la structure rt6_info (336 bytes) pour IPv6 et la structure fib_alias (48 bytes) pour IPv4 qui stocke une bonne partie des informations sur le prochain saut dans des structures fib_info partagées entre les différentes entrées.

Conclusion

Les points à retenir sont :

  • un noyau 4.2 ou plus récent est nécessaire pour éviter la mise en cache excessive,
  • le temps de recherche d’une route est supérieur à IPv4 (d’un ordre de grandeur),
  • l’option CONFIG_IPV6_MULTIPLE_TABLES implique un coût fixe de 100 ns,
  • l’utilisation mémoire reste raisonnable (20 Mio pour 40 000 routes).

Comparé à IPv4, IPv6 dans Linux ne suscite pas le même intérêt, notamment en terme d’optimisations. Heureusement, les choses s’améliorent avec son adoption graduelle et son utilisation à l’échelle.


  1. Pour un préfixe destination, il est possible d’y attacher des préfixes sources :

    ip -6 route add 2001:db8:1::/64 \
      from 2001:db8:3::/64 \
      via fe80::1 \
      dev eth0
    

    La recherche se fait d’abord sur la destination puis sur la source. 

  2. Ce n’est pas le scénario classique où Linux agit comme une simple passerelle. Dans ce cas, la table de routage ne contiendrait que le préfixe /64 et la table des voisins contiendrait les informations sur chaque membre du réseau. 

  3. Les mesures sont faites dans une machine virtuelle disposant d’un seul vCPU. Le CPU hôte est un Intel Core i5-4670K tournant à une fréquence de 3,7 GHz pendant l’expérimentation (le gouverneur CPU est configuré en mode performance). Les mesures sont sérialisées. De nombreuses recherches sont effectuées et la valeur reportée est la médiane. Chaque recherche est chronométrée à l’aide du TSC

  4. Le destin de la plupart des paquets est d’atteindre une destination. Il semble donc plus représentatif de ne conserver que les recherches réussies. Toutefois, cela signifie que le code correspondant à la recherche en arrière n’est jamais exécuté dans les scénarios avec les /128 et /48. Ajouter une route par défaut donne des résultats très différents et rend difficile l’exploration de l’espace d’adressage. 

  5. Les mêmes optimisations seraient appliquables à IPv6 mais personne ne s’est encore penché dessus. 

  6. Retirer le support des règles de routage retire effectivement ces 100 ns. 

  7. Il y a aussi des pointeurs propres à chaque CPU alloués directement (4 octets par entrée et par CPU sur une architecture 64 bits). Nous ignorons ce détail. 

17 August 2017

april.png Nouvelles April

De PIQO à Nivara

Le 17 August 2017 à 13:15:56


Émilien Court - Jérémie Nestel

Titre : Du projet PIQO à l'entreprise Nivara
Intervenants : Émilien Court - Jérémie Nestel
Lieu : Radio Bac FM - Nevers
Date : 22 juin 2017
Durée : 32 min 32
Télécharger le podcast de l'émission du 22 juin 2017
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Jérémie Nestel : Bienvenue sur Bac FM 106.1, Place numérique. Aujourd’hui nous recevons Émilien.

Émilien Court : Bonjour.

Jérémie : Qui a développé une entreprise autour d’un projet qui est de permettre à ce que chacun puisse avoir accès rapidement à un ordinateur

Émilien : C’est bien ça.

Jérémie : La première vous avez certainement entendu, parce que ça a fait le buzz dans la Nièvre, ils ont développé autour de Raspberry Pi un petit ordinateur qui s’appelle PIQO1 et aujourd’hui, eh bien vous allez avoir l’exclusivité, on passe à une autre techno et il y a des nouvelles choses qui se préparent.

Émilien : Oui, c’est ça. On a prévu d’aller un petit peu plus loin ; on a étendu la gamme, du coup, parce que maintenant ça fait deux ans qu’on travaille sur ce projet. Donc la gamme s’est beaucoup étendue vers de l’informatique plus traditionnelle, avec des PC. Au départ on était sur vraiment des tout petits objets, pas chers, assez peu performants — il faut être honnête — pour des usages basiques. Maintenant on a des ordinateurs qui sont beaucoup plus puissants, toujours à base de logiciels libres, puisque l’ADN de PIQO en fait c’est ça, c’est de faire en sorte que n’importe qui puisse acheter un ordinateur, le brancher, sauf qu’au lieu d’avoir des logiciels propriétaires, fermés, il ait des logiciels libres, pré-installés, prêts à l’usage.

Jérémie : On va revenir un peu en arrière. Du coup quelle est ton entreprise ? Qu’on comprenne un peu, dans la Nièvre. Après on reviendra un peu sur la philosophie de votre entreprise et après sur les nouvelles possibilités.

Émilien : L’entreprise s’appelle Nivara2 et donc c’est l’entreprise qui exploite, en fait, la marque PIQO.

Jérémie : D’accord. Du coup vous êtes des entrepreneurs. Au début, c’était un projet avec une volonté associative de favoriser à ce que chacun ait un ordinateur.

Émilien : C’est toujours une association aussi, PIQO.

Jérémie : D’accord.

Émilien : En gros la marque PIQO, on va dire le cahier des charges est mis en place par l’association, dans une démarche associative et ensuite, le côté opérationnel des choses, la mise en œuvre, la production, la commercialisation, est faite par la société.

Jérémie : Donc Nivara, du coup, commercialise des ordinateurs qui sont le plus possible à coût réduit, pour favoriser à ce que toutes les institutions, à ce que tout un chacun, puisse avoir accès au numérique, à un ordinateur. Et un des choix que vous faites c’est le logiciel libre.

Émilien : C’est ça. Oui.

Jérémie : C’est vrai qu’on en a beaucoup parlé dernièrement, mais c’est toujours bien de rappeler qu’un logiciel libre est un logiciel qui est fourni avec le code source, c’est-à-dire le programme avec lequel il est écrit. Et que le fait d’avoir le programme permet, finalement, de pouvoir le copier et de le diffuser librement, mais, en même temps il y a une licence, dans ce logiciel libre, c’est pour ça qu’il est libre, qui donne un certain nombre de règles. Ça veut dire qu'on a le droit de le diffuser, même de le revendre, mais, par contre, on doit garantir que tout le monde puisse avoir accès au code informatique. Donc il y a une démarche de permettre à ce que chacun, finalement, puisse accéder à un logiciel, mais ça va plus loin parce que ça permet aussi à ce que tout un chacun sache ce qui se passe sur son ordinateur ou puisse modifier le programme.

C’est vrai que c’était beaucoup plus utilisé par des informaticiens parce que ça permet, finalement, d’adapter le logiciel à ses besoins, mais, en même temps surtout ça permet, maintenant qu’on voit qu’il y a énormément de problèmes de virus ou de sécurité, d’avoir un contrôle plus optimum sur sa machine, de trouver qu’il y ait des personnes qui puissent s’en occuper. Donc le choix que vous faites qui est le logiciel libre — d’ailleurs on va rappeler que bientôt il y a les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre à Saint-Étienne3 début juillet. Je sais que l’association Nevers Libre4 propose du covoiturage, vous pouvez regarder Nevers libre covoiturage si vous voulez découvrir la culture libre, petite parenthèse.

Et donc, à l’heure d’aujourd’hui, et c’est pour ça du coup qu’on se voit, c’est que les gens connaissaient PIQO. Au début vous vous étiez servis, finalement, d’une carte qui s’appelle Raspberry Pi qui est une carte qui permet de faire énormément de choses, notamment qui est bien connue par les personnes qui font de la domotique, mais que vous, vous avez utilisée pour pouvoir favoriser à ce que des personnes puissent bénéficier des mêmes services qu’un ordinateur. Et là, ce qui est intéressant c’est que vous avez trouvé une autre techno.

Émilien : En fait, on a pas mal de projets dans les cartons. Celui qui est imminent c’est un produit qui s’appelle PIQO One Stick ; ça ressemble à une grosse clef USB tout simplement. C’est là aussi un ordinateur plus puissant. C’est un véritable PC. Je ne vais pas rentrer dans les détails trop techniques sur la techno, mais l’idée c’est d’avoir, là aussi, un ordinateur pas cher, qu’on puisse brancher partout, qui puisse être utilisé pour faire de la bureautique, pour faire du multimédia, pour gérer ses photos, ses mails, enfin voilà, tout ça. L’avantage de ce produit-là c’est vraiment qu’il est encore plus compact et, en termes de prix, on se situe à peu près autour des 100, 120 euros.

Jérémie : D’accord ! Donc c’est une grosse clef USB et ça peut se brancher derrière sa télévision ?

Émilien : Oui. C’est ça. On peut brancher.

Jérémie : Je pars en vacances, j’ai envie d’avoir mon ordi avec moi, je peux le brancher derrière n’importe quelle télévision équipée d’un port USB.

Émilien : Exactement. On peut l’utiliser à son bureau, le brancher derrière son écran. On peut le mettre à la maison derrière sa télé, effectivement, pour aller sur Internet regarder des vidéos, des films, etc. Il n’y a pas de soucis. On peut l’emmener avec soi partout. L’idée c’est vraiment d’avoir son ordinateur dans la poche, en fait.

Jérémie : Et c’est là où votre entreprise est intéressante, parce qu’on sait qu’à une époque la communauté Raspberry Pi avait dit : « Tiens quelle est la plus-value de votre association, de votre entreprise » et, finalement c’est là où, en t’entendant, on la trouve réellement. C’est que tester des technologies, les adapter, regarder comment on peut les utiliser, les optimiser, ça c’est un travail, ça prend du temps, c’est un service et donc du coup, c’est là-dessus qu’est positionnée maintenant votre entreprise.

Émilien : Oui, c’est ça. Si on reprend l’histoire par rapport au Raspberry Pi, effectivement il y avait eu forcément une demande de la communauté technophile, en fait, par rapport à la valeur qu’on pouvait avoir sur nos solutions. Simplement, on ne s’adressait pas à eux, on s’adressait vraiment au grand public. Et l’idée c’était de prendre une technologie qui était finalement un petit peu réservée aux technophiles et aux geeks pour la mettre entre les mains du grand public. Et donc il y avait tout ce travail de construction d’un écosystème logiciel, en particulier, qui soit très facile à utiliser. Ça nous a servi de base pour les solutions ensuite. On a beaucoup appris, en fait, en faisant ça. Et du coup, maintenant, on tend à devenir de plus en plus autonomes sur les technologies qu’on utilise et à essayer de développer de plus en plus nos propres solutions.

Et on a d’autres choses en tête, à venir, et sur lesquelles on espère pouvoir vraiment avancer rapidement avec, au centre de notre motivation, là pour le coup, l’innovation vraiment, en termes d’usage. Après je ne peux pas trop en dire.

Jérémie : Mais si ! On est à la radio, on est sur Bac FM. L’excuse que vous nous foutez ! Non !

Émilien : On travaille beaucoup sur la modularité, en fait, des ordinateurs. Sur la possibilité de moduler son ordinateur sur plusieurs usages, c’est-à-dire en fixe, en portable, en tablette. C’est le gros projet sur lequel on veut travailler aujourd’hui.

Jérémie : On va faire une petite pause musicale.

[Musique]

Jérémie : Bon retour sur l’émission Place numérique, Bac FM 106.1. Vous venez d’entendre un morceau de Rico da Halvarez, musicien qui fait de la musique libre. C’est un peu la spécificité de l’émission Place numérique. C’est vrai qu’on a une tendresse pour le logiciel libre, mais également les musiques libres. Du coup vous avez entendu une musique. Une musique libre c’est quoi ? C’est une musique qui est mise sous une licence et cette musique que vous venez d’entendre vous avez le droit de la mixer, de la copier, de la donner à vos amis, à condition de citer l’auteur. Donc merci Rico da Halvarez, en tout cas de partager, comme ça, ta musique. Sur Place du numérique, nous diffusons de la musique libre.

On revient avec Émilien qui est en train de nous raconter, justement, le projet de son entreprise. Projet intéressant parce qu’au départ il est né d’une association, avec l’objet de favoriser à ce que tout le monde puisse avoir un ordinateur et puis de découvrir la philosophie libre. Ça s’est transformé en entreprise. Et maintenant on est vraiment au cœur du projet. Ça veut dire auditer des technologies, regarder comment on peut les moduler, comment on peut simplifier ces technos pour que tout le monde puisse en bénéficier, particulièrement dans un usage informatique. Et là vous allez aller beaucoup plus loin, vous allez partir sur de l’innovation, donc bientôt on aura de la domotique pour tous ?

Émilien : La domotique ce n’est pas encore un sujet sur lequel on travaille beaucoup. On essaie vraiment de changer les usages, en fait. On a plusieurs problématiques en tête et une des problématiques qu’on a c’est l’écologie. On est assez attachés à ça. Et l’idée c’était de se dire est-ce que plutôt que d’acheter trois ordinateurs ou quatre ordinateurs, on ne peut pas acheter un ordinateur qu’on va pouvoir utiliser dans toutes les configurations possibles ? C’est-à-dire, en fait — alors je vais essayer là aussi de ne pas être trop technique — mais de séparer le traitement, l’unité de calcul, de stockage et le terminal. Voilà.

Sans être trop technique et sans rentrer trop dans les détails du produit, l’idée c’est vraiment ça, c’est d’avoir une sorte de petite cartouche ou une petite clef, qu’on peut clipser à la fois sur un terminal type PC portable, sur un terminal type station d’accueil pour en faire un PC de bureau, qu’on peut emmener avec soi quand on part du travail et qu’on peut rebrancher chez soi, à la maison, et d’avoir comme ça son ordinateur qui nous suit partout et dans toutes les configurations possibles, en tablette aussi. Voilà ! Ça c’est le projet sur lequel, maintenant, on veut commencer vraiment à travailler.

Jérémie : C’est intéressant. Moi, ce qui me passionne un peu dans votre entreprise, c’est aussi le côté de tester. Vous avez bien testé Raspberry Pi. Comment ça s’appelle l’autre techno ? Parce que j’ai oublié son nom, je ne la connaissais pas.

Émilien : Sur le Stick ?

Jérémie : Donc le Stick, c’est comme ça que ça s’appelle, et donc du coup vous testez combien de technos. Il y a d’autres choses que Stick ou Raspberry Pi sur lesquelles vous êtes en train d’avancer dans le laboratoire de votre entreprise ?

Émilien : Oui. Enfin après on utilise des technologies.

Jérémie : Nous n’avons pas le droit de le dire !

Émilien : Non je ne peux pas citer de noms de marques normalement, donc voilà. En général, on procède d’une façon simple. On commence à tester, à essayer de définir ce que va être le produit, ce qu’on veut qu’il fasse. On a une phase de tests et ensuite on le commercialise. Sur le Stick, aujourd’hui, le produit est prêt, en fait. Donc voilà.

Sur les produits qui vont venir plus tard, c’est encore trop tôt, on n’a pas encore complètement défini quelles seront les technologies qui seront utilisées.

Jérémie : En tout cas c’est intéressant. Du coup, dans votre entreprise vous êtes combien ?

Émilien : Là, aujourd’hui, on est cinq à travailler dans l’entreprise. Après ça varie. On fait appel aussi à beaucoup de prestataires extérieurs, parce que c’est quand même très pratique. Ça peut être au niveau technique, mais ça peut aussi être au niveau marketing, au niveau commercial.

Jérémie : Vous voyez qu’une idée généreuse, finalement, peut permettre à cinq personnes de développer un projet. Du coup, si on veut découvrir le Stick, on va sur votre site web ? Comment on fait ? Il y a des démos ? On sait que vous avez une entreprise à… ?

Émilien : On était localisés à Fourchambault jusqu’à maintenant. Là, on déménage en centre-ville à Nevers. On est train de s’installer gentiment place Chaméane.

Jérémie : Ça c’est une très bonne nouvelle !

Émilien : On pourra bientôt venir nous voir directement.

Jérémie : Ça veut dire qu’en juillet on peut taper à la porte, on peut chercher.

Émilien : Après il ne faut pas hésiter à nous contacter sur notre site, sur piqo.fr. Oui, on est tout à fait disposés à faire des démos, à expliquer nos produits, à les montrer.

Jérémie : Pour tester le Stick ?

Émilien : Bien sûr.

Jérémie : Revenons un peu sur l’objet pour donner, justement, envie aux auditeurs de passer la porte de PIQO ou d’aller sur le site piqo.fr. Le Stick. J’ai une grand-mère qui n’a pas beaucoup d’argent pour s’acheter un ordinateur, mais j’aimerais pouvoir communiquer avec elle, c’est adapté ? Dis-nous un peu.

Émilien : Oui ! Par exemple j’ai une grand-mère qui a une télé LCD classique, qui n’a pas d’ordinateur, qui a peut-être un peu peur aussi de s’y mettre, évidemment. C’est un produit qui sera adapté parce qu’il suffira de le brancher derrière sa télé, de mettre un clavier, souris sans fil éventuellement, et puis une connexion internet et elle aura accès à Internet, elle pourra aller — alors on ne va citer de noms de marques de services, encore moins propriétaires — mais sur des services pour passer des appels par exemple, y compris des appels visio.

Jérémie : Elle pourra faire ses petites lettres administratives. Si elle a besoin, ou je pourrai l’aider.

Émilien : Elle pourra faire ses petites lettres. LibreOffice est évidemment pré-installé avec le traitement de texte, le tableur, enfin tous les logiciels nécessaires.

Jérémie : Donc une suite bureautique intégrale qui est pré-installée.

Émilien : C’est ça. Elle pourra, évidemment, regarder les photos de ses petits-enfants ou les vidéos de ses petits-enfants envoyées par la famille. Elle pourra aller sur des services de vidéos à la demande aussi, sur Internet. Voilà !

Jérémie : Donc ça c’est avec le nouveau produit, le PIQO Stick. Et ça peut aussi servir pour des familles qui ont des adolescents ou des enfants, qui n’ont peut-être pas acheté un ordi pour tous, mais du coup on peut acheter trois/quatre Sticks.

Émilien : Par exemple.

Jérémie : Du coup on ne va pas avoir quinze écrans dans sa chambre.

Émilien : Et un seul écran.

Jérémie : On peut avoir deux écrans. À ce moment-là chacun prend sa clef, fait son temps, peut accéder à Internet et au moins pouvoir faire ses devoirs. C’est vrai qu’à l’heure d’aujourd’hui, moi j’ai découvert que dans tous les collèges de la Nièvre, les enfants qui n’avaient pas accès à Internet n’avaient plus accès à leurs devoirs, parce que tout est maintenant sur Liberscol5. Donc c’est vrai que nous ça nous a posé un souci. On n’avait pas forcément prévu, justement, que les ordinateurs soient en accès libre pour les enfants. C’est vrai que d’avoir Stick, parce qu’en même temps Stick on peut aussi peut-être plus brider et peut-être voir avec vous en disant « voilà moi je n’ai pas envie qu’il y ait telle application de jeux ; je n’ai pas envie que l’ordinateur puisse… » Et donc du coup, on peut aussi vous voir en tant qu’entreprise : moi je veux qu’il y ait une suite bureautique parce qu’il y a les devoirs à faire, accéder à Internet, mais je ne veux pas qu’on installe de jeux parce que ça distrait son attention. C’est ça qui est intéressant. C’est un ordinateur, on peut voir avec vous pour l’adapter un peu aussi à la demande.

Émilien : Bien sûr. On a des demandes régulièrement pour des usages un peu spécifiques et oui, on n’hésite pas à l’adapter. Ça a été abordé sur Bac FM, par exemple pour le handicap, où on avait des demandes assez spécifiques et du coup, maintenant, on essaie aussi de développer des solutions spécifiques pour le handicap. Mais dans tous les cas, on peut étudier avec le client quels seront les logiciels qui pourront être installés, pas installés. On est sur des systèmes type Linux, avec un niveau de sécurité aussi qui est quand même extrêmement important. Concrètement ça veut dire qu’il faut un compte administrateur sur l’ordinateur pour pouvoir faire des modifications, et il suffit que les parents aient le code administrateur mais que les enfants ne l’aient pas pour que, de toutes façons, ils ne puissent pas faire tout ce qu’ils veulent avec l’ordinateur. C’est sécurisant pour les parents. On peut mettre aussi un contrôle parental. Enfin voilà, il y a tout un tas de solutions.

Jérémie : Je ne sais pas si vous imaginez la chance sur Bac FM, vous avez trois exclusivités : vous avez d’une part que PIQO s’installe bientôt place Chaméane, donc pour vous les Neversois, ça sera libre. Et deuxième info, du coup, un nouveau produit, Stick, qui peut marcher de la mamie aux enfants, voire tout le monde parce que c’est quand même assez agréable quand on part en vacances, ne pas forcément prendre son ordinateur et pouvoir dire eh bien voilà, si j’ai besoin je me connecte sur n’importe quelle télé. Et donc du coup, une troisième information, c’est que vous devenez acteur de l’innovation et que ce travail que vous avez commencé d’Internet pour tous, vous continuez à tester un peu toutes les technos et à promouvoir et inventer les nouveaux usages. Ça c’est super !

Émilien : Oui. Et puis on a une vraie volonté maintenant d’essayer de changer la façon d’utiliser l’ordinateur. Ça fait très prétentieux comme ça, il y a en a d’autres qui l’ont dit avant. Mais en tout cas, dans la forme de l’ordinateur et la façon dont on l’utilise, on a envie d’explorer de nouvelles choses. Oui !

Jérémie : Eh bien on va refaire une petite pause musicale, avec toujours notre ami Rico da Halvarez. Donc musique libre, Rico, un artiste libriste, geek, et qui partage sa musique. On vous invite à le découvrir et sachez que toute sa musique, si vous l’aimez, est en téléchargement libre sur Internet. Petite pause musicale.

[Musique]

Jérémie : De retour sur Bac FM 106.1, Place numérique. Vous venez d’entendre un morceau de Rico da Halvarez qui s’appelle Prépuce Cul. On va continuer notre émission et on va parler sur quelque chose qui me tient à cœur et je trouve ça très intéressant : c’est une entreprise qui s’est montée à partir d’un projet associatif et de parler que finalement, dans cette volonté d’entreprendre, il y a aussi cette envie de valeurs et de développer un projet de société. Donc vous avez vu un peu les projets technos, Raspberry, Stick. J’espère que vous avez compris que là vous avez une super innovation pour avoir un ordinateur que vous pouvez librement partager dans votre famille et adapter aux besoins de tout un chacun. Et là, maintenant, on va parler un peu des valeurs de ton entreprise.

Émilien : Oui.

Jérémie : Déjà rappelle le nom , parce qu’on connaît PIQO, du coup l’association, l’entreprise on la connaît un peu moins.

Émilien : L’entreprise s’appelle Nivara et elle produit et elle distribue la marque PIQO. PIQO ce sont des ordinateurs qui s’appuient sur du logiciel libre. On a déjà expliqué ce qu’était un logiciel libre. Effectivement, derrière il y a tout un système de valeurs.

Jérémie : Est-ce que Nivara ça veut dire quelque chose ? Est-ce que ça a été pensé du coup ? Votre philosophie ? Comment vous avez trouvé ce nom ?

Émilien : Comme ce n’était pas un nom qu’on était forcément amenés à beaucoup mettre en avant, en fait, c’est un nom assez générique qui fait quand même référence à la Nièvre et à Nevers. On avait quand même cet ancrage local qui était important pour nous.

Jérémie : Ça c’est déjà de la philosophie.

Émilien : C’est déjà une philosophie.

Jérémie : Ça veut dire que vous tenez à votre territoire.

Émilien : Oui ! Clairement on voulait que ce soit, dans le nom en tout cas, ancré dans le territoire. Après, sur les autres aspects de notre philosophie, il y a cette idée du partage. Tu expliquais tout à l’heure que le logiciel libre ce n’était finalement pas que du logiciel en fait, que ça pouvait toucher tous les aspects de la connaissance. Et donc, plus globalement, notre démarche c’est ça, c’est fournir des outils pour accéder à la connaissance et de la façon la plus ouverte et la plus libre possibles. Au sens large, notre démarche c’est ça.

Si en plus, là-dedans, on peut intégrer la prise en compte des préoccupations environnementales, c’est-à-dire qu’est-ce qu’on génère comme déchets avec un produit électronique ? Quelle est la quantité de plastique qu’il y a dedans ? Quels sont les produits toxiques, éventuellement, qu’il peut y avoir dans un ordinateur ? Quelle est sa consommation électrique ? Ça aussi c’est extrêmement important pour nous, c’est le deuxième aspect de notre démarche.

Donc faire des produits qui soient à la fois porteurs de sens en termes de valeurs à défendre et beaucoup axés sur le partage, forcément, et des produits qui, en plus, prennent en considération les problématiques environnementales, voilà, on a bien résumé le sens de notre travail.

Jérémie : C’est vrai qu’il y a quelque chose qui est intéressant c’est qu’on est un peu sur un concours au smartphone, à l’heure d’aujourd’hui, où chaque année on va jeter notre smartphone pour, finalement, peu de nouveaux usages, hormis des usages marketing. On s’aperçoit bien, également, que de plus en plus d’objets de consommation technologique sont conçus pour se casser assez rapidement.

Émilien : Oui.

Jérémie : Et c’est vrai qu’on est un peu prisonniers, finalement, de ce monde-là. Et d’avoir une entreprise qui propose un autre choix, qui est de dire eh bien voilà, on ne vous propose peut-être pas le dernier bijou technologique mais un ordinateur sur lequel réfléchissez aux besoins réels de ce que vous faites avec votre ordinateur. Vous allez voir que, finalement, vous l’utilisez surtout pour faire de l’Internet et du traitement de texte, à 90 % des cas. Et essayer de réfléchir à comment la technologie finalement peut aussi s’installer, c’est ça un peu le projet, dans un projet de société.

Émilien : Oui. Complètement. Et puis, de toutes façons, la technologie n’a jamais été autant prégnante dans la société et le numérique n’a jamais été aussi important dans nos vies, en fait. Donc il est temps, aussi, de se poser ces questions-là. Qu’est-ce que ça veut dire un logiciel propriétaire en 2017 ? Ce n’est pas la même chose qu’en 1995 ou en 2002. Qu’est-ce que ça veut dire un produit qui tombe en panne aujourd’hui ? Ce n’était pas la même chose il y a 20 ans. Et puis un ordinateur, il y a 20 ans, il pouvait fonctionner trois/quatre ans sans problème.

Jérémie : Et c’est vrai qu’on est de plus en plus prisonniers des objets technologiques ; on n’a plus accès aux batteries ; comprendre comment réparer un matériel, même simple, ça devient très compliqué.

Émilien : C’est ça. Et puis les produits sont conçus, de toutes façons, pour ne pas durer longtemps. Clairement, l’objectif d’un fabriquant de smartphones, c’est de vous revendre un smartphone dans les 18 mois qui suivent l’achat de votre téléphone. Le téléphone portable c’est vraiment devenu un consommable. Nous, on est vraiment sur une démarche inverse : on ne veut pas faire du consommable. On veut faire des produits qu’on puisse quand même, à un moment, au moins ouvrir et regarder ce qui se passe dedans. Oui, bien sûr !

Jérémie : Avec donc, du coup, cet aspect finalement qui est le logiciel libre, mais aussi que le matériel soit accessible.

Émilien : Oui. C’est ça.

Jérémie : Donc vous regardez, vous ouvrez un peu le Stick. Vous regardez comment c’est fait. C’est vrai que Raspberry, finalement, c’est très simple.

Émilien : Ça avait cet avantage-là.

Jérémie : C’était un matériel mis à nu. Il y avait même, je crois, un Raspberry qui était entièrement libre ou peut-être que je dis une bêtise, parce qu’il y a des discussions sur les Raspberry Pi.

Émilien : Il y a plusieurs versions.

Jérémie : Et ça, c’est vrai que c’est une belle démarche ! Et je pense que, en tout cas bientôt place Chaméane, j’invite vraiment les auditeurs de Bac FM à pousser la porte et surtout à guetter quand est-ce que vous aller arriver, parce que moi je vais militer pour qu’on puisse tester les technos avec vous. En tout cas, c’est mon vœu pieu. Et en même temps aller sur le site piqo.fr. C’est vrai qu’à l’heure d’aujourd’hui on est sur cette dynamique des startups où on va mettre un milliard. C’est vrai qu’on peut aussi se demander à quoi ça sert, finalement, de mettre des milliards. Est-ce que le vivre ensemble, le savoir-être, le partage, ce ne sont pas des choses qui peuvent revenir ?

On n’a pas forcément besoin d’avoir une agriculture où on consomme à tout-va. On peut être sur une agriculture du partage. Je salue, je ne sais pas s’ils nous écoutent, Bac FM, en tout cas je pense aux amis des Colibris et d’ailleurs moi ça me fait plaisir que place Chaméane, il y a Gilles qui est artisan du monde, qui n’est pas très loin, où vous pouvez acheter le pain de Gilles qui s’est reconverti en pain bio sur cette démarche-là. On montre aussi d’autres entreprises qui ont un peu cette philosophie-là. On voit qu’on peut être dans le partage sur le pain, sur les produits, mais aussi sur les technologies. Et c’est vrai que le logiciel libre et la philosophie derrière, sous-tendue finalement, où la connaissance c’est quelque chose qui doit se partager, c’est essentiel parce qu'un monde qui devient sans partage, où on est enfermés, comme il peut y avoir des tentations dans un monde en réalité virtuelle, eh bien c’est assez triste au final !

Émilien : Oui. Exactement. On a besoin de comprendre les choses. Après c’est un projet de société aussi, et puis, fondamentalement, notre idée c’était de proposer une alternative, en tout cas au modèle qui était imposé. Et on continue de se battre pour ça.

Jérémie : Donc si vous avez envie de soutenir une entreprise qui essaye de défendre la Nièvre, avec une volonté forte associative, n’hésitez pas à taper PIQO sur votre moteur de recherche et à aller voir le site. Les rencontrer place Chaméane et voir comment on peut soutenir. Parce que, d’une part ça fait de l’emploi local et en même temps, ça amène peut-être une autre façon de voir la technique et les technos.

Émilien : C’est ça.

Jérémie : Est-ce qu’il y a d’autres choses à ajouter ? On arrive à la fin.

Émilien : Non. Je pense qu’on a été très clairs.

Jérémie : On va remercier nos auditeurs. On va continuer. Aujourd’hui on est modo Rico da Halvarez, donc musique libre. C’était une émission qui était un peu plus spécifique au partage. Merci de nous avoir écoutés. Place numérique, Bac FM, on rend l’antenne. À très bientôt.

Émilien : Au revoir.

Carl CHENET

Debian a 24 ans !

Le 17 August 2017 à 09:01:40

Le projet Debian a atteint le vénérable âge (pour un projet logiciel) de 24 ans, comme annoncé hier sur le blog officiel de Debian. La distribution GNU/Linux est l’une des plus anciennes disponibles et représente le socle sur lequel repose la majorité des distributions GNU/Linux aujourd’hui disponibles.

Cette année a vu la publication de Debian Stretch, nouvelle version stable du projet, ainsi que l’élection au poste de Debian Project Leader de Chris Lamb par la communauté des développeurs Debian.

 

On souhaite encore de très nombreuses années d’activité au projet Debian !

16 August 2017

Isabelle DUTAILLY

Une chouette barre d'outils Styles !

Le 16 August 2017 à 18:08:59

De l'art de faire une barre d'outils enluminée et ultra-personnalisée dans LibreOffice 5.4.

- Traitement de texte / , ,

15 August 2017

april.png Nouvelles April

Droits d'auteur, biens communs et ressources éducatives - Hervé Le Crosnier

Le 15 August 2017 à 13:24:26


Hervé Le Crosnier

Titre : Droits d'auteur, biens communs et ressources éducatives
Intervenant : Hervé Le Crosnier, maître de conférences en informatique
Lieu : CRDP76 - Caen
Date : Décembre 2013
Durées : Première partie 55 min 40 - Seconde partie 19 min 37
Visionner les deux parties de la conférence
Diaporama support de la conférence : format PDF
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription de la première partie

On va commencer le spectacle.

Oui effectivement, j’essaye depuis toujours, en fait, de mêler des positions sur la société, donc activisme, militantisme, des positions sur l’entreprise, de bien penser que quand il y a une économie ce n’est pas uniquement d’avoir des belles paroles et c’est pour ça, peut-être, que j’essaye de confronter mes belles paroles aux réalités, en faisant des formations professionnelles — j’ai lancé des DESS — des choses comme ça. C’était l’idée de ne pas raconter des choses impossibles. Donc, à un moment donné, se confronter, au travers d’une maison d’éditions, même si elle est petite et marginale, mais qui publie d’excellents livres dont un sur les communs qui, jusqu’à présent, est le seul livre en français sur les communs de la connaissance [Libres savoirs - Les biens communs de la connaissance]. Mais ça va changer puisque David Bollier, qui est donc la personne qui m’a permis de rentrer dans ce domaine des communs à la fin des années 90, va publier, en janvier prochain, un excellent petit livre d’introduction aux communs [La renaissance des communs : pour une société de coopération et de partage] que je ne saurais que vous conseiller d’avance, je ne sais pas encore le titre, mais vous ne le manquerez pas. Voila. Et puis j’essaye de penser tout ça, donc d’écrire des articles, je ne sais pas si c’est de la recherche ou si c’est de la pensée d’intellectuel. Je pense qu’aujourd’hui nous avons un vrai problème à l’université, qui est cette confusion entre la recherche qui devient de plus en plus quelque chose d’hyper spécialisé, on dit de taylorisé, c’est-à-dire chacun s’occupe d’un tout petit segment de connaissance et le creuse ou le cultive avec les mêmes graines tous les ans. Et à côté de ça, on perd la vision générale qui est celle qu’on réserve aux intellectuels et donc vous savez qu’on repère partout le fait qu’il y a manque, en fait, d’intellectuels, c’est-à-dire de gens qui ont une vision plus globale.

J’ai été intéressé par le fait qu’aujourd’hui on nous demande de parler des communs, des biens communs, enfin bon, de ces termes qui pénètrent de plus en plus dans le vocabulaire politique et donc d'essayer de commencer par essayer de distinguer, en fait, tous ces termes qui appartiennent au même champ sémantique mais qui, en même temps, ont chacun des spécificités. On a parlé longtemps des biens communs, vous avez vu le livre qu’on a publié s’appelait Les biens communs de la connaissance. En fait il y a une histoire, j’y reviendrai un peu tout à l’heure, l’histoire de la recherche sur les communs, mais c’est l’idée qu’on part de ressources partagées. Biens communs, en anglais ce sont les common-pool resources, des ressources partagées sur lesquelles plusieurs personnes peuvent puiser. Bien évidemment, quand on partage des ressources, il faut se fixer des règles et on s’aperçoit de plus en plus que la question du bien lui-même, qui est partagé, devient secondaire par rapport à l’organisation sociale, aux forces internes, aux gens qui veulent partager ces communs. Donc le terme bien disparaît, en fait, de plus en plus du vocabulaire et on arrive, comme en anglais, les Anglais disent commons, bon eh bien on dit en français, maintenant de plus en plus, les communs.

Alain Rey le linguiste dans le livre Libres Savoirs, à la fin, fait une histoire de ce mot et il nous rappelle que communs est un terme qui est toujours dévalorisé ; c’est quelque chose d’assez étonnant. Vous le savez bien, les communs c’est ce dont personne ne s’occupe ; c’est la rue où on jette nos papiers ; personne ne veut nettoyer les communs ; surtout que les communs, vous savez bien, dans les fermes c’étaient les toilettes. Donc on a cette logique de dévalorisation du terme des communs et on va arriver au sens inverse, c’est-à-dire ce qui a été dévalorisé va devenir une valeur énorme pour représenter un futur quand les éléments qui ont été valorisés, la richesse, l’exception, l’excellence, le « en pointe », le « au top », tous ces éléments-là, on voit bien qu’ils ne construisent pas société, qu’ils ne font pas société. D’ailleurs, dans l’introduction, j’ai entendu « prendre soin », le care, l’idée qu’en fait il nous faut travailler ensemble, prendre soin de la société dans laquelle on vit. C’est peut-être ça la logique fondamentale des communs.

Bien évidemment, il y a le terme « le bien commun ». Le bien commun qui est un terme théologique, qui vient d’Aristote ; souvent, le bien commun, nous sommes censés en avoir tous une idée ; c’est comme l’intérêt général, mais à côté de ça nous ne savons jamais comment concrètement comment ça va se mettre en œuvre.

Les communs, au sens moderne, au sens qui est donné dans la théorie actuelle, ce sont, au contraire, des choses très pragmatiques, très pratiques. Comment on organise le vivre ensemble autour de ressources, autour de partage, autour de notions, qui nous sont nécessaires pour la société ?

En complément, on a tout ce qui est de l’ordre du bien public. Le bien public est un terme en économie qui a été utilisé depuis la fin des années 50, qui signifie, en fait, un bien dont on ne peut pas exclure l’usage et, par ailleurs, l’usage par l’un n’empêche pas l’usage par l’autre. Typiquement la lumière d’un phare : quand il éclaire, on ne peut pas empêcher les gens de ne pas se jeter sur les rochers parce qu’ils ont vu le phare et, en même temps, l’usage par un bateau n’empêche pas l’usage par l’autre. Donc ce sont des biens publics et on s’aperçoit que l’information a un comportement de bien public. C’est-à-dire quand une connaissance est là il est très difficile, en fait, d’empêcher les gens de s’en servir et l’usage par l’un n’empêche pas l’usage par l’autre. Donc comment on va, dans le domaine qui nous intéresse aujourd’hui, c’est-à-dire les communs de la connaissance, comment on va jouer avec cet aspect économique de bien public de l’information et en même temps son autre aspect qui est la propriété intellectuelle ? Je vais y revenir tout à l’heure.

Les communs se rapprochent aussi de la notion de service public. Je disais le care, prendre soin, organiser. Organiser le partage c’est organiser, en fait, une certaine conception de la société ; l’éducation, typiquement, est un commun. Elle est là pour partager, ou plutôt elle était, ou plutôt elle devrait être. On a obtenu hier les résultats de l’étude PISA et ces résultats nous montrent que justement l’éducation est en train de faire faillite non pas sur la qualité éducative, mais sur l’inégalité, c’est-à-dire sur la notion de partage. On a une éducation qui, de facto, favorise ceux qui sont favorisés et qui renvoie, qui rejette de plus en plus, ceux qui ont des difficultés. C’est une analyse objective de notre situation qui montre bien qu’entre communs et service public il y a quelque chose à faire. Il ne suffit d’être un service public, il faut aussi l’être concrètement, pragmatiquement, et c’est cela que les communs vont nous apporter, c’est-à-dire l’éclairage des gens qui participent au système.

Enfin le domaine public, alors je vais revenir tout à l’heure sur le domaine public de la connaissance, sur le domaine public du savoir, mais le domaine public n’est pas exactement les communs puisqu’il s’agit, en fait, de ressources ouvertes à tous, sans règles. La pêche dans la mer. Vous avez la haute mer, vous faites de la pêche, il n’y a pas de règles et, malheureusement, c’est en train de détruire la ressource marine à cause du fait qu’il y a des chaluts dérivants. Enfin vous connaissez un peu tous ces problèmes de la pêche aujourd’hui, la pêche en eaux profondes, la destruction des fonds et tout ça. Et donc aujourd’hui, on se pose la question justement : est-il possible d’avoir un domaine public qui soit uniquement ouvert, comme ça, à tous les usages sans qu’il n’y ait de règles qui soient mises en œuvre ? Les communs a contrario, c’est toujours quand il y a de la gouvernance.

Enfin cette notion d’intérêt général qui organise le tout.

Alors ce récit, ces éléments autour des communs, sont un récit absolument nécessaire, nécessaire parce que nous faisons face à ce qu’on appelle des crises. Excusez-moi, depuis 73 on dit que nous sommes en crise, je finis donc par croire que nous ne sommes pas en crise mais que c’est le fonctionnement absolument normal du système qui a été mis en place, le système qui nous dirige. Ce n’est pas une crise, c’est son fonctionnement, et donc il va falloir qu’on se pose d’autres problèmes sur l’organisation de la société si on veut obtenir ce que j’appelais tout à l’heure le partage ou l’intérêt général.

Nous sommes face aussi à une limite de la démocratie représentative. Je ne sais pas si vous avez remarqué, dans les dix dernières années, la majeure partie des grandes élections a été contestée parce que les gens estimaient qu’ils n’avaient pas 50 % mais qu’en fait il y avait un trucage ; y compris les élections aux États-Unis qui est quand même censé être un des grands pays de la démocratie représentative. Donc on voit bien qu’il y a là une crise parce que des gens sont élus et qu’on ne tient plus compte du reste de l'avis [du reste de la vie, Note de l'orateur] de la société. Or, le reste de l'avis [la vie, Note de l'orateur] de la société c’est ce qui fait vivre le monde.

Enfin, nous avons une prise de conscience écologique, c’est-à-dire les limites du monde. Nous avons vu la Terre d’en haut, nous avons des photos de la Terre, ce merveilleux Blue Marble de la NASA, qui est en perpétuel remis à jour, enfin cette photo magique de la Terre vue de l’espace. Donc de facto nous savons que nous sommes confrontés à des questions communes qui sont posées et non plus à des logiques d’intérêts personnels, individuels, d’entreprises, de pays ou de choses comme ça. Le changement climatique en est le symptôme le plus clair.

Donc ce récit est nécessaire parce qu’il permet d’ouvrir des fenêtres, de voir des solutions, en fait, à cette triple situation. Ensuite, dans notre cas, dans le cas des documentalistes, des gens de la formation, on nous parle sans arrêt d’une société de la connaissance, voyons bien qu’est-ce que la connaissance, comment elle s’organise, comment elle se diffuse, comment elle se partage et à quoi peut-elle servir au fond ? Est-ce qu’elle va servir à renforcer des inégalités, inégalités entre pays ou inégalités entre personnes ? Ou est-ce qu’au contraire cette connaissance va servir à un meilleur partage pour faire face, en fait, aux trois crises dont j’ai parlé précédemment ?

Alors si les communs sont une réponse, une prise de position, c’est qu’en fait ils existent depuis toujours et partout. Si on réfléchit bien, si on a une vision des communs comme étant une manière d’organiser des groupes sociaux pour partager des ressources, ça s’est toujours fait. C’est comme ça que les gens vivent au mieux, à commencer par le commun qui est le foyer familial où effectivement il faut, ce qu’on nous apprend tout petits, partager entre frères et sœurs ; obtenir tout ce qu’on peut, faire au mieux avec ce qui nous est donné. C’est pour ça que les communs sont souvent des modes de gestion utilisés dans des conditions difficiles, les communs de subsistance. Or, ce dont nous nous apercevons au fur et à mesure des études sur les communs, c’est que ça va au-delà des communs de subsistance. Mais il nous importe de prendre leçon de ceux qui sont confrontés à des situations difficiles : le livre de David Bollier parle de femmes dans des États indiens, ce qui concerne l'Andhra Pradesh, qui ont conservé des semences traditionnelles et qui continuent à les planter et à les échanger entre elles, et qui n’ont pas succombé à la révolution verte qui a lieu dans les années soixante, c’est-à-dire aux semences industrielles et qui aujourd’hui se retrouvent à pouvoir nourrir leur village grâce à ces pratiques-là, quand la révolution verte sert avant tout à faire du riz d’exportation ou des produits qui se transforment en argent et non pas en nourriture. Donc comment, en fait, cette richesse commune a continué à être maintenue par des tas de communautés partout dans le monde pour organiser le partage ?

En même temps, dans nos pays développés, on s’aperçoit que les communs servent au plaisir. Ce qui se partage c’est aussi du plaisir. C’est le partage des livres, ce qui nous intéresse. Vous savez quand même que la majeure partie de nos lectures vient de livres qu’on nous a prêtés, qu’on nous a conseillés, qui sont chez nos amis, etc. Cette idée qu’on va lire un livre et le garder pour soi est peut-être un mythe pour les grands éditeurs qui y voient surtout les espèces sonnantes et trébuchantes, mais ça n’a jamais, jamais, été le cas des lecteurs eux-mêmes.

Enfin les communs, c’est une manière de, justement, à partir du moment où on met en place la communauté, c’est-à-dire l’idée de groupee de gens qui se fixent de règles pour fonctionner ensemble, c’est l’existence de mouvements sociaux, c’est-à-dire de moyens de vivre ensemble quelles que soient les conditions extérieures qui forment le cadre général.

Alors, dans cette logique ancienne des communs — ça vient de loin — arrive le numérique. Arrive le numérique qui lui a des qualités particulières. Il a des qualités comme biens, les biens numériques sont des biens qu’on peut facilement transmettre, qui ont un coût marginal, c’est-à-dire un coût de reproduction qui tend vers zéro. Et donc on se retrouve avec une toute autre situation. L’ère industrielle produit des biens qui sont vendus sur un marché — des automobiles, des frigidaires, que sais-je encore — ces biens sont vendus sur un marché parce que chaque bien coûte quelque chose de plus à fabriquer. Or aujourd’hui, ce qui coûte c’est de fabriquer des prototypes et après, la reproduction ne coûte plus rien. Et là, nous avons un basculement radical de modèle économique. Comment on va faire en sorte que toute cette opportunité qui nous est offerte par le numérique soit réellement partagée, partagée entre tous ?

En plus, le numérique ajoute un autre élément qui va nous faire renaître cette idée de communs, c’est qu’on peut coopérer pour produire des biens numériques. L’exemple dont on parlait tout à l’heure, de biblio-fr1, c’est-à-dire d’une liste de diffusion, est typiquement un bien collectif. En fait il y a quelqu’un, d’accord, qui le crée, qui lance l’initiative, qui impulse, tout ça, mais ce n’est rien parce que le contenu lui-même est produit par les gens qui le lisent. Et donc, on a un vrai système collectif de production d’un outil de savoir, d’un outil de réflexion, d’un outil de connaissance. Et ça, c’est entièrement permis par le numérique sur plein de domaines, y compris on verra tout à l’heure, sur le domaine de fabrication d’objets matériels avec les fab labs ou les imprimantes 3D.

Ensuite, le numérique est né avec des utopies. C’est-à-dire ça n’a pas été, si on regarde l’histoire de l’Internet, c’est loin d’être uniquement une succession ou de la micro-informatique, c’est loin d’être une succession de prouesses techniques. Ce sont aussi des histoires qui ont été racontées, des mythes, tous ces mythes de construction de communautés virtuelles, d’un monde horizontal face au système vertical de l’industrie, etc. Donc toute une série d’utopies qui ont été mises en œuvre et qui ont changé pas mal les mentalités jusqu’à créer, parmi les ingénieurs de l’Internet, l’idée d’une démocratie technique, certes réservée au corps des ingénieurs. Tout le monde ne peut s’exprimer sur les normes de l’Internet et n’en a pas forcément les compétences.

Enfin, l’autre aspect du numérique, c’est qu’il nous rend sensible la mondialisation des échanges. Notamment, comme on peut faire circuler ces biens dont le coût de reproduction ne coûte rien, comment nous allons faire partager les connaissances qui sont produites dans les grands centres de connaissance et comment on va les faire diffuser à l’échelle du monde ? Tout ce qui est les relations, open access, santé publique, etc.

Alors, dans cette situation nouvelle, ouverte par le numérique, on retrouve une vieille question qui est celle de la propriété intellectuelle et on s’aperçoit qu’en fait, dans les vingt dernières années — non maintenant, je ne vois pas le temps passer, trente dernières années — dans les trente dernières années, nous avons un changement très radical de la conception même de la propriété intellectuelle. La propriété intellectuelle a toujours été conçue comme une manière de protéger des auteurs, c’est-à-dire soit dans l’esprit anglo-saxon du Statut d’Anne qui est ici en image. C’est l’idée qu’on va encourager les gens, encourager les personnes éclairées à écrire des livres utiles pour la société. Dans le modèle français c’est devoir quelque chose à la propriété la plus sacrée qui est celle de la production de l’esprit comme le dit la loi Le Chapelier. Donc on est dans l’idée qu’on va protéger des auteurs.

Or aujourd’hui, on s’aperçoit que la propriété intellectuelle sert principalement à limiter la circulation du savoir et des connaissances. Et ça c’est un changement très radical. On a oublié que cette protection des auteurs était l’enjeu d’un équilibre : en même temps qu’on a décidé de protéger les auteurs, c’est-à-dire de leur donner un monopole sur leurs œuvres, on a créé le domaine le public. Or cette logique-là est perdue. Vous entendez les gens dire « j’ai créé », comme si les gens n’avaient pas déjà hérité du savoir du passé, hérité de ce qu’ont donné leurs professeurs, hérité de grilles ou de connaissances anciennes, enfin, etc., pour créer quelque chose de nouveau. Donc c’est le premier basculement.

On a un deuxième basculement qui est si l’équilibre sert à valoriser la création, qu’en est-il 70 après la mort d’un auteur ? Peut-il encore créer ? Alors on a beau dire qu’on généralise : les auteurs morts qui ont du succès permettent de faire rentrer l’argent qui va payer les auteurs vivants qui n’en ont pas. Enfin ce n’est pas très vrai ça ! Ce sont des histoires qu’on raconte ! La réalité c’est qu’au bout d’un certain temps les gens ne peuvent plus écrire des œuvres, ils sont décédés et qu’à partir de ce moment-là toute extension de leur propriété se fait, en fait, au détriment de quelque chose, c’est-à-dire au détriment du domaine public.

Enfin, l’autre évolution importante des trente dernières années, c’est le basculement du fait qu’on avait deux droits. On avait un droit qui portait sur la création, la propriété littéraire et artistique, ou le copyright, et un droit qui portait sur l’invention, l’innovation, qui était le droit des brevets. Or ces deux droits ont fusionné, alors qu’objectivement, il n’y a aucune raison qu’ils fusionnent, à part la volonté commune de trois industries, c’est-à-dire l’industrie du logiciel, l’industrie de la pharmacie — les Big Pharma — et l’industrie de l’entertainment — Hollywood — qui se sont rendu compte, un jour, qu’en fait leur vrai métier c’était de gérer des droits qui devaient se poursuivre après la création d’objets ; après la parution du film il faut gérer les droits, du disque, du médicament ou du logiciel. Donc cette idée qu’il fallait qu’elles renforcent, pour devenir les industries puissantes qu’elles étaient, le rester et devenir encore plus puissantes comme on le voit maintenant avec vraiment ces trois types d’entreprises qui sont majeures dans notre société, il fallait qu’elles renforcent ces lois qui leur donnaient les moyens d’agir dans le futur à partir de leurs créations. D’où l’existence du terme de propriété intellectuelle qui était très peu utilisé auparavant.

Parallèlement à ce basculement de la propriété intellectuelle, on assiste à quelque de chose de merveilleux qui est que les moyens de créer sont rentrés dans les mains de tout le monde. Tout le monde a aujourd’hui les moyens non seulement de faire de la création, mais de l’organiser, de l’éditer, de la publier, de la diffuser, de toucher d’autres personnes. Tout le monde a, y compris dans les mains, les moyens de recevoir de l’information, de la connaissance, de la culture et de devenir un re-diffuseur : on rajoute dans son blog, on fait suivre dans un courrier. Enfin il y a toute une série de moyens qui transforment, en fait, ce qui était auparavant l’apanage d’une industrie, l’industrie de l’édition, l’industrie de la production de cinéma, etc., en une pratique faite par des milliards individus sur la planète à deux milliards d’internautes.

Donc on est là dans une situation qui est radicalement nouvelle et puis on s’aperçoit aussi que l’on passe de l’idée de l’autorité, auteur/autorité, vous voyez, c’est la même logique, l’idée de l’autorité venant de gens qui pondent des travaux, des œuvres, de la connaissance, du savoir et qui le diffusent à des gens qui sont là juste pour le capter, des élèves par exemple.

Or aujourd’hui, on s’aperçoit que le mode de fonctionnement c’est la conversation. Cette conversation a toujours existé. Ce qu’on appelle la République des Lettres, avant les revues scientifiques, c’était la manière dont les savants, les sachants de l’époque, échangeaient des lettres entre eux, des lettres manuscrites qu’ils copiaient, qu’ils recopiaient, qu’ils faisaient circuler, pour organiser cette conversation autour de leurs idées, de leurs savoirs, de leurs découvertes. Cette conversation, maintenant, est l’apanage de tout le monde. Elle passe par des modes des fois simples, le « j’aime » de Facebook, le retweet sur Twitter, qui sont toute une série de signes qu’on participe à une conversation. Elle passe aussi par des choses plus complexes comme la réécriture de pages dans Wikipédia. Le fait de dire mais là il y a un débat donc on exprime les termes du débat, etc. Elle passe aussi dans les publications scientifiques où, de plus en plus, elles sont associées à des conversations entre chercheurs autour d’idées ou de théories, avec, on le voit, une nécessité de revenir sur les choses publiées qui ne font plus vérité.

Très clairement, on a toute une série de phénomènes où des textes publiés sont retirés, sont mis en doute, où on refait des études pour savoir si ce qui a été publié est bien crédible, pas crédible, répétable, etc. Donc cette conversation devient un élément organisateur du savoir et il est rendu possible par l’existence du réseau.

Enfin, nous avons cette mondialisation dont j’ai parlé. C’est-à-dire il est quand même dramatique de trouver dans certains pays développés le moyen de résoudre des maladies, par exemple des épidémies comme celle du sida, et de ne pas partager cette connaissance avec les pays qui en ont le plus besoin, mais qui n’ont pas les moyens de se le payer. Donc cette mondialisation des échanges est un élément très important. Non seulement nous voyons la Terre depuis le ciel, nous savons que nous avons un monde fini, mais nous savons que dans ce monde fini les humains peuvent s’interconnecter, s’échanger les choses.

On a donc un changement de la propriété intellectuelle. On a un changement des conditions effectives dans lesquelles le savoir, la connaissance, se met en place et puis nous avons un autre changement qui est la conception de ce qui est l’ajustement à un domaine public, c’est-à-dire des connaissances qui sont exploitables par tous.

Parce que, à la différence de la mer dont j’ai parlé tout à l’heure où il fallait gérer quand même la ressource marine, la connaissance est additive, c’est-à-dire la seule chose qu’on peut faire c’est en produire plus. On ne peut jamais arriver à moins. D’accord ! Donc de ce point de vue-là, l’existence du domaine public est la garantie que tout le monde va pouvoir puiser dans ce domaine public, pour enrichir la connaissance ; ça ne peut pas faire autre chose que de l’enrichir. Donc il faut bien que la société définisse l’espace majeur de ce domaine public, qui est né, je vous le rappelle, en même temps que la notion de droit d’auteur. C’est l’espèce de penchant inverse. Or il n’y a, on s’en aperçoit, aucune définition positive du domaine public dans la loi française. Le domaine public serait comme défini par défaut. D’ailleurs on dit qu’on « tombe » dans le domaine public. Cette expression bien connue, en fait, a un sens très précis. La seule chose qui tombe c’est le revenu des avocats !

Alors qu’est-ce que c’est que ce domaine public et en quoi il est important ? Il est important parce que c’est la matière première avec laquelle on va pouvoir réinventer des choses. On va pouvoir faire circuler des connaissances. Et puis il est aussi le socle sur lequel on peut avoir des pensées nouvelles, des idées nouvelles, des relectures, des réécritures. Alors pensez à la littérature, avec le roman de l’âge classique du roman le 19e siècle, combien il nous sert, aujourd’hui, à continuer à écrire des romans. Tous ces gens qui écrivent des romans d’aujourd’hui, s’ils ne s’étaient pas appuyés sur leurs connaissances du roman classique du 19e siècle, jamais ils n’auraient pu, y compris le subvertir, inventer des nouvelles formes narratives, etc.

C’est une matière disponible, ouverte à tous, y compris pour le vendre. Là aussi, une chose qui doit être nécessaire, c’est si c’est ouvert à tous, c’est ouvert à tout usage. Et je dis tant mieux ! Heureusement qu’il y a des gens qui continuent à publier, à faire des livres, à vendre Victor Hugo, Flaubert, Balzac. Nous ne les aurions plus ! Ils seraient perdus. D'accord ! A contrario, si des gens peuvent les vendre, d’autres peuvent le donner. C’est le travail magnifique de gens comme le projet Gutenberg2 qui ont retapé à la main des milliers d’œuvres du domaine public pour les faire circuler gratuitement. C’est un travail partagé, typiquement en commun, c’est-à-dire des gens font un travail pour quelque chose qui les dépasse de manière à ce que le domaine public circule gratuitement. Donc on a une concurrence entre quelque chose qui est gratuit, quelque chose qui est payant. Il faut donc que ce qui est payant ait un plus, ait quelque chose de plus agréable et ce plus agréable ça sera les notes, l’édition, le fait qu’il n’y a pas de fautes d’orthographe. Excusez-moi, il y a des éditeurs dans la salle ? Pas de fautes d’orthographe c’est devenu rare dans les livres ! Le fait qu’il y a une préface, enfin bref, qu’on produise du nouveau savoir à partir du savoir qui appartient au domaine public.

Alors comment on accède à ce domaine public ? Là aussi, il y a une tendance qui consiste à ne considérer que le domaine public dit structurel, 70 ans actuellement après la mort d’un auteur. C’est-à-dire le fait que ce patrimoine, qui est un travail intellectuel partageable avec la société, se transmet de génération en génération : 70 ans, en général, ce sont les petits-enfants qui continuent à en profiter. Souvent, quand il n’ont pas de petits-enfants, c’est donc leur éditeur. Merci pour lui ! Donc ce n’est qu’une des manières de voir le domaine public.

Il y a aussi une autre manière qui est ce qui ne peut pas rentrer dans le domaine de la propriété intellectuelle, par exemple les théorèmes de mathématique. Or justement, nous voyons une double bagarre sur ces deux éléments-là. Le premier c’est la bataille à prolonger la durée de propriété face au domaine public. On est à 70 ans depuis maintenant une vingtaine d’années, mais on parle déjà de 90 ans ! Donc cette prolongation permanente du domaine public ! Et, l'autre manière c’est de dire « ces choses qui n’étaient pas susceptibles de rentrer dans le cadre de la propriété intellectuelle vont le devenir. » Par exemple, les théorèmes mathématiques, aujourd’hui, se développent de plus en plus sous la forme d’algorithmes, c’est-à-dire sous la forme de systèmes informatiques, eh bien on fait des brevets sur les logiciels. Et donc on fait rentrer dans le domaine de la propriété intellectuelle des connaissances qui n’auraient jamais dû y être.

L’autre aspect pour construire le domaine public, y accéder, c’est tout ce qu’on peut appeler le domaine public consenti ou volontaire, c’est-à-dire quand les gens disent : « Ce que j’ai fait, OK c’est une œuvre, mais je vais permettre qu’on l’utilise comme si c’était du domaine public », ce qu’on appelle les licences Creative Commons, des licences d’usage. Et puis, et je crois qu’il ne faut jamais l’oublier, entre dans le domaine public ce que sont des usages légitimes, notamment la copie privée.

La copie privée fait qu’une œuvre sous droit, quand elle est dans un cercle privé, se comporte comme une œuvre du domaine public. Et ça c’est excessivement important. Les bibliothèques sont une manière de gérer. Souvent dans le discours, dans la vulgate, on confond domaine public et gratuité. Je vous ai montré tout à l’heure que ce n’était pas obligatoire, que heureusement qu’on vendait encore Victor Hugo. Mais en sens inverse, gratuité ne veut pas dire que les œuvres sont dans le domaine public. Ça veut dire qu’il y a une structure sociale qui gère l’accès à cette connaissance de manière gratuite : ce sont les bibliothèques, ce sont tous les centres de documentation. C’est aussi toute l’existence de limitations, d’exceptions à ces règles de monopole qui forment la propriété intellectuelle.

Ces deux aspects-là, à la différence de ce qui était précédemment, c’est-à-dire le domaine public structurel, c’est géré quelque part par la loi qui va dans le mauvais sens — on peut la faire changer dans l’autre sens, j’espère, c’est le travail de citoyens — mais ceux-là sont gérés directement par l’activité des gens. Comment les gens organisent des choses pour que la connaissance, la culture, se comporte comme si elle était dans le domaine public, au maximum même pour les œuvres les plus récentes ? Donc activité des gens qui mettent des licences Creative Commons, ou activité des organismes sociaux, collectifs, qui rendent l’accès possible.

Cette nouvelle problématique est complètement adaptée au fait que nous avons de plus en plus de gens qui sont des producteurs. Les amateurs écrivent, produisent des blogs, produisent des idées et les diffusent très largement. Donc comment est-ce qu’on peut changer. en fait. des règles faites pour des industries, faible nombre, les médias ou l’édition, vers ce qui va concerner des milliards d’individus.

On voit aussi que se multiplient les œuvres dérivées, ce qu’on appelle les remix, les mashup, enfin tout ce qui permet d’avoir une créativité nouvelle en utilisant les appareils d’aujourd’hui et en considérant le matériau déjà publié, le matériau culturel déjà publié, comme la source de nouveaux matériaux. Ça a commencé avec le cut-up de Burroughs et compagnie, ou les collages des peintres cubistes.

Et enfin on a les inventions de second niveau, c’est-à-dire voir que ce qu’on dit aujourd’hui sur le droit d’auteur se retrouve aussi sur la question du droit des brevets.

L’autre élément c’est qu’on a tous entre nos mains un outil de duplication. Un ordinateur c’est fait pour faire du copier-coller. Et puis que nous avons conscience qu’il y a des relations mondiales, c’est-à-dire que tout ce qui est pensé sur la propriété intellectuelle a des effets à l’échelle du monde. On le voit sur les médicaments, c’est la chose la plus simple, dont j’ai parlé tout à l’heure, mais c’est la même chose sur quelles règles on va adapter pour les semences ? Qu’est-ce qui va se passer avec le réchauffement climatique ? Il va falloir forcément changer le type de semences que l’on met en œuvre avec les changements climatiques et cela va être différencié selon les pays, c’est-à-dire selon les événements climatiques qui vont se passer. Est-ce que ça va être l’occasion d’une nouvelle mainmise de l’industrie semencière ? Ou est-ce que, au contraire, ça va être une nouvelle adaptation permanente, qui est celle que vont mener les paysans par échanges de semences dans leurs conditions concrètes d’existence ? Voila une vraie question, cette deuxième relevant de ce qu’on appelle les communs.

Les Creative Commons sont un symptôme de cela au sens où c’est l’auteur qui décide d’ouvrir des usages, c’est-à-dire d’ouvrir son œuvre en partage, et il le fait parce qu’il va peut-être y gagner quelque chose. Il va y gagner de la reconnaissance, il va y gagner le fait que ses idées sont mieux partagées, il va y gagner aussi quelque chose. Là aussi, on voit apparaître un élément qui est que le gain ne se mesure pas uniquement par le PIB, c’est-à-dire il ne se mesure pas uniquement par la quantité de richesses qui peuvent être amenées à l’instant t sur une personne, un groupe, un pays, une industrie, etc.

Bien sûr, il y a la limite à franchir, c’est-à-dire quelle est la différence entre la citation et le plagiat ? Entre le fait que nous avons un outil de copier-coller, et penser que l’ordinateur ne servira pas à copier-coller, penser que le réseau ne servira pas à rediffuser, enfin bon ! C’est être en dehors du monde je veux dire, quoi ! Il n’y a que des gens qui ne se servent pas d’ordinateurs et d’Internet qui peuvent penser des choses pareilles. Dès qu’on a là, on voit très bien que ça servira à faire du copier-coller et à diffuser des œuvres.

Donc comment on va mettre ça en œuvre et comment on va mettre des limites ? La limite essentielle pour nous pédagogues, c’est celle du plagiat. Est-ce que je cite les gens auxquels je prends des œuvres ? Est-ce que je les respecte ? C’est quand même plus intéressant d’utiliser ce terme de respect plutôt que d’utiliser le terme d’interdiction. D’accord ? Donc comment est-ce qu’on va basculer pour mener une lutte radicale contre le plagiat ? Parce que le plagiat est destructif. Il détruit les communautés. Par contre la citation elle, au contraire, enrichit la circulation du savoir. Il y a une loi qui est intéressante qui est train d’être discutée en Irlande qui est une loi sur le remix qui va rendre légal le fait de faire un remix, de prendre des morceaux de sons ou des morceaux de vidéos et de les mettre bout à bout, à condition que l’on cite la liste des extraits que l’on a utilisés.

[Quelle heure est-il ? J’ai l’impression d’être très long.]

Maintenant on va passer au côté obscur de la force, à ce qu’on appelle les enclosures. C’est-à-dire s’il y a des choses qui peuvent être partagées, à côté de ça elles peuvent donc être reprises, encloses. Le terme d’enclosure a une histoire. L’enclosure c’est le mouvement de privatisation des terres communales, des terres utilisées en commun, en Angleterre, qui s’est traduit : donc les landlords ont commencé à mettre des barrières, des enclos autour des champs, et ça s’est traduit par l’expulsion des pauvres qui ne pouvaient plus y trouver les moyens de subsistance, qui n’avaient plus le droit d’aller ramasser le bois mort pour se chauffer, les champignons ou le miel pour manger, ou de mettre des animaux dans les pâtures. Dès lors ils ont été migré, ils ont migré de l’endroit où ils pouvaient vivre vers l’endroit qui les appelait, c’est-à-dire les villes, l’industrie, et surtout la marine, avec ses conditions extrêmement difficiles, ses chances de survie très faibles au bout d’un voyage à cette époque-là. Donc ce mouvement des enclosures est, en fait, un mouvement qui, en détruisant ce qui est commun, favorise une grande différentiation entre celui qui va devenir riche, les landlords, et ceux qui vont être expulsés et qui vont aller grossir les bidonvilles parce que ce mouvement continue aujourd’hui.

Donc aujourd’hui, on s’aperçoit qu’on a une extension, en fait, à la fois de la sphère marchande mais aussi de la sphère étatique, qui souvent est un marchepied sur la mise en place de la sphère marchande, je vais en parler dans le transparent suivant.

Sur ce qui est collectif, c’est-à-dire sur la manière dont les activités communautaires sont gérées par les gens qui en font partie. Vous savez tous que dans nos services publics nous sommes censés avoir des comités d’usagers. Mais enfin, bon ! Ils ont une parole, qui, ma foi ! On va leur expliquer pourquoi on ne fait pas comme ils nous disent. Si vous participez à des réunions de parents d’élèves ou des réunions comme ça, vous voyez de quoi je veux parler !

Les formes d’enclosures sont très générales, subtiles souvent. Souvent c’est très subtil, mais il y a en a une qui est principale, c’est la privatisation. C’est-à-dire je prends quelque chose qui est commun et je dis maintenant c’est à moi. Cas typique c’est l’industrie semencière ou, pire encore, l’industrie des organismes génétiquement modifiés, qui va, sous prétexte qu’elle a rajouté quelques gènes à une plante, dire, eh bien maintenant cette plante qui a été sélectionnée pendant des millénaires par les paysans, c’est la mienne et j’ai un droit de propriété dessus. C’est le brevetage des méthodes. Aujourd’hui, les méthodes commerciales on peut, aux États-Unis, déposer des brevets dessus. En Europe c’est plus compliqué, ce n’est pas encore totalement autorisé, mais il y a une loi récente qui fait qu'un petit alinéa pourrait le permettre, malheureusement. Donc on se retrouve dans une situation où des choses qui sont de la méthode, du savoir partagé peut être mis en privé.

Enfin c’est la privatisation de l’eau qui est un excellent exemple. C’est-à-dire au lieu de gérer en commun l’eau pour s’assurer que cette ressource ne disparaisse pas – l’enjeu de l’eau c’est faire en sorte que l’eau potable continue d’arriver chez nous et qu’elle ne disparaisse. Or malheureusement, on s’aperçoit qu’elle est en voie de disparition à cause de la pollution des sources d’eau potable, et qu’en échange on nous dit : « Il va falloir aller acheter maintenant en supermarché », dans des bouteilles en plastique dont on s’aperçoit, par ailleurs, qu’elles ont des défauts qui consistent à faire passer des perturbateurs endocriniens dans le liquide. On va aller acheter cette eau parce qu’on a détruit, en fait, les responsabilités collectives autour de la gestion de l’eau.

L’autre aspect c’est la marchandisation, c’est-à-dire l’idée que toute une série de biens ou de services qui n’entraient pas ou qui ne devraient pas entrer dans le régime du marché, c’est-à-dire de quelque chose qui va avoir une valeur qui s’échange sur un marché, sont aujourd’hui en train de devenir des éléments de marché. Le premier c’est la terre. C’est une idée étrange de penser que la terre soit un bien qu’on puisse acheter et qu’on puisse vendre quand l’immense majorité des gens sur cette Terre, encore aujourd’hui, ne sont pas sur cette logique-là. Ils sont sur une logique d’usage, ce qui se partage, ce qui se gère, c’est l’usage, l’usage de la terre qui appartient à la collectivité.

Je lisais récemment l’exemple de ce qu’on appelle l’accaparement des terres, c’est-à-dire le fait que des terres qui ont toujours été gérées de manière commune par les gens en Afrique, ont été, par exemple au Mali, au moment de la révolution malienne, ont été nationalisées. Elles ont été nationalisées et les gens ont été tout à fait d’accord parce qu’ils pensaient que cet État qui sortait du colonialisme allait être leur État. Et puis, très récemment, on s’aperçoit que cet État, ou des structures locales, des communes, vendent ces terres à des pays étrangers et que, dès lors, les règles de partage et d’usage de ces terres – mais derrière les terres ce sont aussi les réseaux d’irrigation, l’accès à l’eau, etc. – deviennent, en fait, des propriétés privées desquelles les gens qui y vivaient sont expulsés.

Ça, ça renvoie à cette idée qui a été développée par John Locke, au 18e siècle, et qui est le fondement, en fait, de toute l’économie, c’est que la terre n’appartient à personne, res nullius. C’était très intéressant, ça permettait d’aller en Amérique et de dire cette terre n’appartient à personne, il n’y a pas d’Indiens, il n’y a pas de choses comme ça, tout ça n’existe pas, donc je la prends et je m’installe. C’était une idée comme ça, alors que dans la réalité, c’est un res communis, c’est-à-dire quelque chose qui est géré en commun, par des gens, pour avoir une gestion responsable. Parce que si on prend l’exemple d’un réseau d’irrigation, tous ces paysans savent très bien que si le premier prend toute l’eau, les autres n’en ont pas. Dans ce cas-là il faut bien trouver des règles pour partager cette eau, des règles ! Ce n’est pas res nullius, ce n’est pas quelque chose qu’on peut prendre et utiliser parce qu’en réalité, on s’aperçoit que le res nullius, c’est, en fait, toujours la loi du plus fort. C’est le plus fort qui dit : « Ceci est à moi maintenant ou ceci je peux le vendre. »

L’autre chose qui ne devrait jamais être une marchandise c’est le travail. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Franklin Delano Roosevelt, vous savez, un gauchiste bien connu – enfin vous me direz, à l’heure actuelle, c’est sûr que ça serait un sacré gauchiste – dans la "Déclaration de Philadelphie", un texte rédigé en 1944 lors d'une conférence de l'Organisation internationale du travail tenue sous sa présidence, et qui dit : « Il ne faut pas que le travail soit une marchandise. » Le travail, c’est quand même les humains derrière qui le portent. Et donc, quelles relations sociales, qu’est-ce qu’on met en œuvre comme moyen social de vivre qui n’est pas l’obligation de vendre son travail, sa force de travail ?

Enfin la question de la connaissance. Est-ce que ça peut réellement être une marchandise ? Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas gagner de l’argent avec la connaissance. Mais c’est est-ce que ce gain d’argent est une reconnaissance de la société ? Par exemple, tout ce qui est les bourses, les systèmes aujourd’hui qui sont discutés à l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, sur des modes de financement de la recherche sur les médicaments, ante, c’est-à-dire on va payer des gens, on va trouver des formes de grant, de bourses, des choses comme ça, pour payer des gens à faire des recherches sur les médicaments et non pas post, c’est-à-dire non pas sur la vente de ce médicament sur un marché.

Parmi tout ça, ce qui est intéressant dans notre situation, c’est de parler de l’enclosure des communs universitaires. Typiquement, dans la sociologie des sciences des années 40/50, il y avait l’idée que la science devait être absolument partagée. Il y avait un communalisme des scientifiques qui visait, en fait, à partager l’ensemble de leurs connaissances, tout ce qu’ils découvraient, d’assurer la répétabilité. On répète les expériences de manière à voir si elles sont falsifiables, c’est-à-dire est-ce qu’on peut montrer que la théorie était un peu vaseuse, etc., donc tout l’enjeu de la communauté ou des communautés scientifiques de ce partage de la connaissance. Or ça, ça a été rompu. Ça a été rompu par une loi aux États-Unis, de 80, qui s’appelle le Bayh-Dole Act, qui permet aux universités de déposer des brevets et qui voit donc les chercheurs astreints au silence. Ils ne se parlent plus à l’intérieur des communautés de chercheurs puisqu’ils sont dans l’attente de déposer de brevets sous l’égide des services de propriété intellectuelle de leur université. Et on voit là une forme d’enclosure très intéressante, c’est la désagrégation de la communauté. On voit bien que ce qui est détruit ce n’est pas le bien, ce n’est pas la connaissance, il s’en produit toujours plus, c’est la communauté capable d’organiser, de converser, d’améliorer cette connaissance qui est produite.

C’est aussi l’idée qu’une recherche, aujourd’hui, ne vaut que si elle est en partenariat avec des entreprises. Ce ne sont plus des recherches avec des sciences participatives où on fait participer les usagers. Aujourd’hui, il y a encore des recherches en sciences participatives, par exemple dans les sciences naturelles, et ça, ça peut intéresser justement nos lycéens, nos collégiens, qui est de faire des observations partagées de manière à établir des cartes, à établir des connaissances sur la faune et la flore ; le Muséum d’histoire naturelle organise toute une série de recherches en sciences participatives comme ça, qui font entrer le savoir des gens, leurs connaissances propres dans le cadre de la recherche.

Quand ça se passe avec l’entreprise ce n’est pas tout à fait ça. C’est l’entreprise qui a transformé l’université en bureau d’études collectif. L’entreprise paye pour qu’il y ait des recherches qui soient faites dans le bureau d’études qui est l’université et les résultats sont déposés sous la forme de brevets et donc ne sont plus accessibles à l’ensemble des gens. Il y a des délais, il y a de plus en plus des thèses qu’on ne peut pas communiquer, etc. Ça, ça se traduit par une diminution des échanges entre universitaires, ce que d’aucuns appellent l’excellence. L’excellence c’est, en fait, promouvoir la compétition sur la coopération. C’est transformer l’idée que l’objectif commun est de créer des connaissances adaptées au monde dans lequel nous vivons et qui vont servir à ce monde, en un moyen de compétitions internes y compris dans le domaine de la connaissance.

Une des infrastructures qui est la plus en danger aujourd’hui d’enclosure, c’est l’Internet lui-même. Ce qui est intéressant avec l’Internet, c’est que son existence a fait renaître la question des communs. C’est parce que cette infrastructure a été conçue, enfin comme disent les informaticiens, c’est un dumb network ; c’est un réseau idiot ; c’est un réseau qui a une infrastructure pour faire des choses avec lui. Or justement, ça c’est en train de basculer ; c’est en train de basculer parce qu’on remet en cause la neutralité de l’Internet : on va avoir des prix différenciés, des bandes passantes différenciées, selon que l’on a à faire à quelqu’un qui est capable de payer comme YouTube ou à quelqu’un qui a moins de moyens comme, je ne sais pas, une association.

C’est le cloud computing, c’est-à-dire l’idée que l’on change les relations horizontales que permet le réseau avec le fait qu’il faut passer par un nuage qui appartient à quelqu’un ; ce nuage il va appartenir au GAFA, c’est-à-dire Google, Amazon, Facebook, Apple et Twitter. Ces nuages vont appartenir à des grands groupes et on sera dépendants, on va avoir un Internet en silos.

C’est la mise en place de DRM, c’est-à-dire de verrous sur la diffusion de vidéos via le Web.

Et enfin, c’est la mise en place de médias sociaux qui captent, à leur seul profit, l’énergie de tous leurs membres. Si on réfléchit bien, Facebook c’est un milliard deux cent mille personnes. Dans toute autre situation, quand on a la responsabilité d’un milliard deux cent mille personnes, on n’est pas soumis à ses propres intérêts. On est soit un élu dans un État démocratique, soit on peut trouver des tas d’autres formes comme ça de réseaux collectifs, mais on a là une entreprise qui a cette responsabilité, qui se trouve acteur de la responsabilité non pas de chaperonner 200 000 personnes, d’être juste la plate-forme qui organise, dont la seule richesse vaut de l’activité de ces un milliard deux cent mille êtres humains. Donc on a là un problème de responsabilité qui est essentiel.

Je vais terminer par cette citation de Woodie Guthrie, qui commence à être connu, donc Woodie Guthrie, grand chanteur de folk, qui lui assume avoir puisé dans tout le folklore américain et qui dit : « Oui c’est sous copyright, mais je n’en veux pas de votre copyright, au contraire ! Devenez mon ami en reprenant mes chansons. » Une logique bien antérieure à Creative Commons puisqu’elle date d’il y a maintenant 70 ans.

Alors tout ça pour dire que dans cette situation où existent des enclosures, existent aussi des résistances et, qu’en fait, il y a des formes nouvelles de cet affrontement entre les dominants et les dominés que Karl Marx a appelé la lutte de classes. Les formes changent.

Aujourd’hui on a des mouvements sociaux du numérique. Le premier d’entre eux ça a été le logiciel libre. Ce qui est intéressant, on voit trois points pour étudier le logiciel libre : la ressource ; c’est un logiciel, donc il bénéficie de toutes les capacités dont j’ai parlé tout à l’heure : le numérique se reproduit et se diffuse pour un coût qui tend vers zéro. Mais aussi, c’est un outil d’enregistrement de la connaissance. On enregistre des tas de savoirs dans le logiciel, de plus en plus, et donc ça ne peut pas être fermé, pour l’intérêt de la connaissance, ça doit être partagé.

Il faut que les membres de la communauté, c’est le deuxième point, c’est la communauté en question, c’est celle de développeurs, il faut qu’ils sachent ce que fait le logiciel du voisin, pour apprendre, pour comprendre, pour améliorer, pour adapter. Alors pour toutes les raisons qui font qu’un logiciel va être utile, il faut qu’ils puissent le savoir. Donc on est obligé, dans ce cadre-là, de trouver un deal entre le plagiat – je pourrais te prendre tout ce que tu as fait et dire maintenant c’est moi qui l’ai fait, et je vous ai dit tout à l’heure que résister au plagiat est une chose essentielle. Eh bien en l’occurrence, ce qui a été trouvé, c’est un règle juridique, c’est-à-dire comment on trouve des règles de fonctionnement à cette communauté de développeurs qui empêchent qu’un développeur puisse prendre tout et s’en servir pour lui ; c’est ce qu’on appelle la General Public License dont l’auteur est Eben Moglen. Je sais qu’on met toujours des informaticiens, Richard Stallman, etc. ; j’ai choisi de mettre un juriste, pour montrer que ce mouvement des logiciels libres n’a pas été uniquement un mouvement porté par des développeurs informaticiens, mais aussi c’est un commun, c’est-à-dire c’est une forme d’organisation sociale, dans laquelle des gens interviennent pour produire une espèce de garantie collective que leur ressource restera partagée et évolutive. Donc c’est une règle juridique. Et ça je pense que c’est quelque chose de relativement nouveau.

Si vous réfléchissez aux mouvements sociaux auparavant, leur idée c’est « il faut renverser le pouvoir, il faut prendre le palais d’Hiver et après tout ira mieux. » Or là on s’aperçoit que, étant donné la complexité des systèmes, étant donné la mondialisation, c’est au contraire d’imposer des règles juridiques. C’est un vrai un changement, maintenant c’est vieux, la GPL date de 87/89, donc maintenant c’est devenu quelque chose d’assez acquis dans les mouvements sociaux, de penser en termes de droit qui sont écrits pour protéger, en fait, l’existence de ressources partagées ou l’existence de communautés.

Ce mouvement des logiciels libres a donné naissance à un autre mouvement, j’utilise le terme mouvement pour montrer le terme de dynamique, c’est-à-dire bien plus intéressant que le fait d’avoir des biens produits qui un jour sont rendus disponibles sous Creative Commons, c’est l’idée qu’il y a des gens qui disent :« Moi comme auteur, je veux faire circuler mes œuvres ». Donc cette logique de dynamique, favoriser le partage, s’opposer à all rights reserved‎ par some rights reserved, c’est-à-dire qui n’empêche pas non plus qu’on demande la reconnaissance, le respect dont je parlais tout à l’heure. Dans toutes les licences Creative Commons, il y a besoin de citer l’auteur.

Autres mouvements sociaux du numérique, la question du libre accès aux publications scientifiques. En fait il y a un objectif, donc d’assurer le partage des savoirs avec une logique à la fois très intéressée, bien comprendre que tout ça ce n’est pas forcément de l’altruisme mais c’est un mélange entre une dynamique altruiste et une dynamique intéressée. Pour le chercheur, en favorisant la circulation de ses articles, il favorise la circulation de ses idées, donc quelque part sa renommée, sa capacité à être cité et, pour lui, c’est bien évidemment excessivement important. Quand on fait de la recherche, c’est une bataille d’ego aussi, donc être reconnu c’est quelque chose de très important. Mais c’est aussi refuser que les travaux scientifiques soient enclos et puissent être partagés à l’échelle du monde. Je pense toujours à ce chercheur qui a découvert la structure du SRAS, je ne sais pas si vous vous en rappelez, un de ces virus, qui a eu lieu il y a une dizaine d’années, en 2005/2006, et qui a refusé de déposer un brevet, en disant : « Mais non ! Ça, ça appartient à la nature et je ne veux surtout pas déposer de brevet. Il faut qu’on se serve de tout mon travail pour, collectivement, trouver les moyens de résister à ce nouveau type de virus. » Aujourd’hui il y a des tas de chercheurs qui déposent, j’y reviendrai, leurs articles en accès ouvert, en accès libre.

Enfin il y a un dernier mouvement dont je voudrais parler c’est celui des ressources éducatives libres. Alors là c’est compliqué, on y reviendra, je pense, dans le débat, c’est l’idée que des pédagogues donc, peuvent partager leurs ressources. Partager ça veut dire quoi ? Ça veut dire non seulement les rendre ouvertes, non seulement permettre aux gens d’accéder à leurs notes de cours, à leurs expériences, à tout ce qu’ils font faire à leurs élèves, aux exercices.

Transcription de la seconde partie

Wikipédia

Quelque part, ça existait déjà avec les livres dont on avait une forme socialisée d’existence vu que ce sont souvent les conseils généraux qui achètent les livres, ou les conseils régionaux maintenant, pour les mettre à disposition des élèves. Mais c’est plutôt le fait que ces ressources, elles-mêmes, peuvent être réutilisées, au même sens que les logiciels, c’est-à-dire on peut les améliorer, on peut ne se servir que d’une partie, on peut rajouter ses propres exercices, et faire circuler à nouveau le travail pédagogique en ressources éducatives libres. Donc c’est en fait, comment on organise les échanges entre enseignants — et vous savez combien, dans l’enseignement, on est souvent tellement seul devant sa classe, tellement seul devant sa préparation — que d’organiser cet échange devient quelque chose de création d’une communauté enseignante qui, malheureusement, n’a plus tellement court.

Ah si, il y a quand même un autre bien commun de la connaissance, central, c’est Wikipédia. Pas besoin de dire plus de mots que de montrer le logo. Vous savez très bien, aujourd’hui, qu’on ne peut plus avoir aucune conversation dans un restaurant sans que quelqu’un, un jour ou l’autre, à un moment donné, ne sorte son appareil pour aller vérifier sur Wikipédia. Donc on a là quelque chose qui a été construit en commun par des gens, par les propres utilisateurs de Wikipédia, qui améliorent, modifient, et en même temps qui ont des règles internes, des règles de la communauté des wikipédiens, qui permettent d’assurer la maintenance, en fait, de ce bien commun et de garantir aussi qu’il ne sera pas approprié, puisqu’il y est en licence Creative Commons BY-SA : c’est-à-dire que tout ce qui est mis dans Wikipédia restera disponible à tout le monde, pour toujours, par la licence elle-même.

Il y en a des choses dans les communs, des mouvements qui montrent, en fait, quand on construit des communs, c’est qu'on commence à voir apparaître y compris de la production de biens matériels en peer to peer, c’est-à-dire en réseaux collaboratifs, en commons-based peer production comme dit Yochai Benkler.

C’est l’idée, qu’en fait, on va pouvoir partager le design. Vous savez que dans la production de produits il y a une place très importante au design et au plan, au patron, tout ça. Donc comment est-ce qu’on va pouvoir partager ça ? Et ça c’est rendu possible par l’infrastructure qu'est le numérique et l’Internet, la capacité de collaboration. Et puis, comment après, on va pouvoir, y compris aller jusqu’à la fabrication avec les imprimantes 3D et le début des fab labs ; les fab labs qui commencent à s’implanter souvent maintenant dans des lycées, au moins dans des universités. C’est l’idée qu’on va mettre en commun des outils pour fabriquer des objets, à une condition, c’est que ce qui a été travaillé dans le fab lab en commun, donc travaillé en commun, restera en commun ; c’est-à-dire que le plan lui-même, le design, pourra être réutilisé par tous les autres membres des communautés de fab labs. Donc ça ce sont des éléments très importants. Et enfin, on voit apparaître aussi une share economy, c’est privilégier, en fait, le partage face à la possession ; c’est-à-dire trouver les moyens d’avoir un usage plutôt que devoir posséder quelque chose ; cas typique, c’est le covoiturage par exemple.

On a vu qu’il y a dans les communs la question des enclosures, donc des volontés de privatiser, de marchandiser, de transformer ce qui est organisé en commun. On a vu qu’il y a des mouvements de résistance qui, au contraire, développent l’idée de produire en commun, de partager les ressources. Après, il y a du travail, parce que tout ça c’est une dynamique. Qui dit dynamique dit : « Il faut faire de la recherche pour essayer de comprendre ce que sont les communs. » Or, quand on veut étudier les communs, j’aime beaucoup cette phrase d’Elinor Ostrom qui est là en portrait : « Chaque commun est un cas particulier ».

Elinor Ostrom est la première femme à avoir eu le prix Nobel d’économie, en 2009, justement pour son travail sur les communs. Ce qui était très étonnant, c’est dans la presse française, le jour où elle a eu son prix Nobel, elle l’a eu conjointement avec Williamson, qui lui travaille sur les logiques de partage internes à la firme, donc les structures internes des firmes ; ça, ils savaient très bien décrire, les journalistes économiques ; sur le travail d’Elinor Ostron ils ne savaient rien dire, si ce n’est qu’elle a travaillé sur les colocataires ! Ce qui est quand même très faible par rapport à son apport ! Alors depuis, ça s’est développé, mais c’est bien de vous dire aussi que ce que je disais au début, c’est-à-dire on est dans une période où le terme des communs était très peu connu en 2009, la preuve en est faite : vous regardez les journaux du jour du prix Nobel d’Elinor Ostrom, et maintenant, aujourd’hui, où c’est quand même devenu quelque chose de plus répandu.

Quand on étudie les communs, si chaque commun est un cas particulier, comment on va s’en sortir ? En fait il faut, à mon avis, étudier quatre points.

Le premier c’est la nature de la ressource partagée. Quelle est sa nature ? Est-ce qu’elle est additive ou soustractive ?

Le deuxième c’est le bundle of rights. Là aussi, on a tendance à dire il y a deux cas : c’est public ou c’est privé. En réalité, ça ne marche pas comme ça. Il y a toute une série d’exemples, y compris en Europe, qui viennent des traditions, qui font qu’on a des choses partagées : les bassins versants, l’affouage de l’eau, enfin il y a toute une série de choses qui restent du passé et qui font qu’il y a des droits collectifs. Il y a des règles d’usage, des Creative Commons créent des règles d’usage. C’est parce que je suis propriétaire, au sens de la déclaration de Bern, de l’œuvre que j’ai créée que je peux mettre un droit d’usage qui est différent, par exemple le droit de recopier, de faire circuler, etc. Donc on a, en fait, un faisceau de droits et pas uniquement des droits de propriété.

Le troisième point, troisième pilier, c’est quel est le processus de gouvernance ? En fait quelles sont les règles ? Les communs c’est avant tout une structure sociale. C’est comment les gens se sont mis ensemble, se sont fixés des règles et comment, d’ailleurs, ces règles sont acceptées par le reste de la société. C’est-à-dire comment, par exemple, la General Public License, depuis, a fait la preuve de sa validité devant les tribunaux. Donc on voit bien qu’il y a une relation de force entre les règles internes que se produisent une communauté et leur acceptation par l’ensemble de la société.

Enfin, le quatrième point à étudier, c’est quel est le type spécifique de risque d’enclosure qui porte sur ce commun particulier ? On peut distinguer, de ce point de vue-là, les communs universels des communs locaux. Les communs universels nous font toucher quelque chose de très compliqué. Qui va protéger la communauté, faire que la ressource marine reste partageable ? Qui va faire en sorte que l’Antarctique ne devienne pas une ressource minière et qu’on protège l’Antarctique ? Pour l’instant, il y a un traité international de l’Antarctique, mais enfin c’est un traité qui est sans arrêt remis en cause. Qui va faire en sorte que l’air que nous respirons ne soit pas en permanence enclos, c’est-à-dire pollué, en fait, empêchant notre respiration pour les profits des vendeurs de machines Diesel ? D’accord ? Quelles sont les formes de communauté qui sont adaptées à ces communs universels ? Là, c’est très compliqué. Soit on pense que ça va être les États ; on le voit avec les questions justement de pollution ou de réchauffement climatique, que les États ne sont pas la meilleure solution aujourd’hui parce que chacun pèse d’un côté bien sa responsabilité face aux communs universels – dans les grandes déclarations, c'est toujours présent – mais, en même temps, pèse ses formes de développement, ses intérêts particuliers, etc., et donc c’est toujours ceux-là qui l’emportent, je ne sais pas pourquoi !

Donc on a un problème, en fait, de comment on fait que ces biens communs universels soient réellement pris en charge par la société, c’est-à-dire par les gens qui vont avoir la volonté de les défendre, notamment parce qu’ils appartiennent aussi à leur culture. Ces communs universels sont des sources et des ressources, la nature elle-même, d’éléments culturels, ce qui fait dire à certains qu’il faut avoir des Rights of Mother Earth, c’est-à-dire des droits de la Terre- Mère qui, elle-même, la nature, aurait elle-même des droits et pourrait être, quelque part, une personne capable d’ester en justice.

Ce n’est pas simple ça parce qu’on ne sait pas forcément quels sont les gardiens de ces communs universels. On le sait pour les forêts, on sait par exemple que ce sont les peuples des forêts ; pour la haute montagne, on sait que ce sont les peuples qui vivent en haute montagne. Mais il y en a plein d’autres où on ne sait pas et donc c’est là que l’on voit qu’il y a une liaison très forte entre l’engagement citoyen et cette question des communs.

À côté de ces communs universels, donc qui préexistent, en fait, il y a tous les communs construits. Comment, à chaque fois qu’on construit quelque chose, on organise des règles de partage internes. Communs ce sont des règles, ce n’est pas un phalanstère comme dit Benjamin Coriat. Et là on voit des choses différentes quand on produit des jardins partagés. On m’a dit qu’ici, dans cette université, une présidente a ouvert des jardins aux étudiants qu'ils cultivent, entre eux, et qui le font en essayant d’avoir des semences et des plants qui viennent de partout et qui partagent ensuite, dans des grandes fêtes le produit de ce qu’ils ont pu ramasser dans leurs potagers. On voit de plus en plus des potagers collectifs, comme ça, s’installer dans les villes, où on voit bien que cette question culturelle de ne pas être entourés de béton mais d’avoir bien des moyens de rester proches de la nature, sont des éléments importants dans la volonté de construire des communs. La question est de savoir avec qui on veut partager ces communs ? Là, encore une fois, si ce sont des communs, ce ne sont pas des ressources res nullius, dans lesquelles tout le monde pourrait puiser et dire : « Oh le beau jardin, tiens je prends le potimarron. » Mais c’est bien d’avoir des règles internes de partage entre les gens qui ont donné quelque chose. C’est vraiment ce qui distingue le domaine public des communs.

L’autre élément sur la nature, sur la nature des communs, c’est qu’en fait il y a ceux qui sont additifs et ceux qui sont soustractifs. Là aussi on est dans une difficulté, parce que le renouveau de la théorie des communs vient des gens qui viennent des communs additifs, c’est-à-dire les communs de la connaissance, l’informatique, le logiciel, tout ça on ne peut pas le détruire. Une fois qu’une connaissance est là elle ne disparaîtra jamais ; une fois que quelque chose a été numérisé, il circulera, ça vous pouvez en être certain ! Donc la seule chose qu’on peut faire c’est faire un commun additif. Et là, tout ce qui empêche l’usage, est une barrière, est une enclosure. Donc comment la communauté favorise l’usage puisqu’on ne peut qu’ajouter ? Ce qui ne veut pas dire, par ailleurs, que c’est un domaine public.

On comprend très bien qu’un chanteur, il a fait une chanson, et il a besoin d’en vivre. Pour arriver à faire ses chansons il a fallu qu’il travaille, il a fallu qu’il y passe du temps, de l’énergie, etc. Donc il va bien falloir trouver des modèles économiques, mais, de facto, ce modèle économique doit tenir compte du fait qu’on est dans un commun additif, c’est le commun de la culture. Et ça, aujourd’hui, on peut se poser toute une série de modèles qui existent, il y a les licences globales, il y a la contribution créative, il y a plein de modèles qui cherchent à penser comment on peut à la fois maintenir cette idée que la culture est une cause commune et comment on peut rémunérer les gens qui participent à la production de cette culture.

Les communs nous font revenir, en fait, sur la question de la notion même de propriété, en rappelant que dans les révolutions du lac atlantique, c’est-à-dire Angleterre, États-Unis, France, la propriété a été le symbole de la résistance à l’arbitraire royal, le symbole de la résistance au féodalisme. Donc il y a deux piliers de tout le droit issu de ces révolutions du lac atlantique : c’est la propriété et l’individualisation des droits, contre, en fait, les droits collectifs, contre les droits des communs, contre la propriété ou l’absence de propriété ; plutôt l’idée qu’il y a une res communis, c’est-à-dire c’est quelque chose qui est géré en commun sans que ça ait forcément besoin d’avoir la propriété.

Aujourd’hui on a des exemples : en France, il y a une association qui s’appelle Terre de Liens dont l’objectif est d’acheter des biens, puisque malheureusement la terre est devenue un marché, mais dont l’usage va être ouvert à des paysans contre toute une série de respects d’une charte, notamment une charte de partage, écologique, etc. Vous voyez, c’est comment est-ce qu’on va trouver des questions qui nous permettent de remettre en cause la logique de la propriété – propriété étant « c’est chez moi donc je fais ce que je veux avec », y compris je pollue mes voisins – à comment est-ce qu’on a une gestion collective et responsable des éléments qui sont autour de nous.

Il n’y a pas de propriété sur Wikipédia, ce que les bibliothécaires appellent « anonyme par excès d’auteurs ».

Alors en fait, on s’aperçoit dans toute la recherche sur les communs que, de plus en plus, les communs sont une manière de repenser les droits fondamentaux, peut-être même une manière d’arriver à obtenir les droits fondamentaux. L’exemple que je citais tout à l’heure du climat est un élément absolument essentiel. C’est-à-dire comme il va falloir nous adapter au réchauffement climatique, la question de la production alimentaire, donc du type de ressources alimentaires qu’on va pouvoir trouver qui sera cultivé, adapté à ça, va dépendre principalement – et je sais qu’il y a le mythe de la techno-science, qu'il y a BASF [groupe chimique allemand] qui dépose des tas de brevets ; il y a Monsanto qui dépose des tas de brevets sur les plantes à l’adaptation climatique. La réalité c’est que pour nourrir les neuf milliards d’êtres humains qu’il y aura à cette époque-là, ça reviendra sur les paysans. C’est d’ailleurs ce que disent les rapports de l’ONU, etc., c’est-à-dire favoriser l’échange, les communautés paysannes, les petits champs, face à cette logique uniformisante qui ne sera pas capable de résister, en fait, à tout ce qui est imprévu et imprévisible lié au réchauffement climatique.

Donc comment ces droits fondamentaux, le droit à l’alimentation, le droit à l’eau, le droit à l’éducation, sont favorisés par la re conception de ce travail-là, non plus comme étant de nouvelles industries mais bien comme des biens communs ?

Et l’éducation, si on y pense bien, ce droit fondamental à l’éducation, est-ce qu’on va revenir vers un travail en bien commun de l’éducation ? Ou est-ce qu’au contraire on va accentuer une marchandisation de l’éducation ? Ce qui est une des tendances qui existent à l’heure actuelle dans ce qu’on appelle les MOOCs et des choses comme ça ?

Donc voila. Je termine, je crois que c’est le dernier transparent. C’est l’idée qu’en fait, derrière la question des communs, il y a l’idée de remettre le partage comme une des valeurs fondamentales, une des valeurs structurantes de l’activité des humains, c’est-à-dire d’en finir avec ce mythe de l’Homo œconomicus, celui qui ne serait intéressé que par son gain personnel et que ça serait l’activité brownienne, en fait, de ces gens intéressés uniquement par leurs gains personnels qui formerait l’optimisation la meilleure, c’est-à-dire celle du marché. On voit bien que le marché marche très bien ! Vous n’avez qu’à regarder autour de nous, ça crée forcément des sociétés stables, équitables, tout ça !

Donc il faut en finir, en fait, avec cette logique-là et ce qui est intéressant des communs c’est quelle nous montre qu’il y a dans l’individu, certes les individus sont intéressés, ils recherchent leur propre intérêt, mais les individus sont aussi prêts à partager et on le voit notamment dans les situations difficiles où il y a des gens qui se sacrifient, parce que la logique, c’est la logique du partage. Il faut reconnaître, en fait, cette capacité des individus et puis il faut reconnaître aussi le fait qu’il y a des choses qui sont supérieures aux individus. Je sais que Margareth Thatcher disait : « There is no such thing as society », une société ça n’existe pas, ce ne sont que des individus séparés. Non ! En fait on s’aperçoit très, très bien, il suffit d’ouvrir les yeux autour de nous, pour savoir que si ça ne va pas plus mal c’est parce que les gens font société et qu’il y a des valeurs sociales qui sont supérieures à cette logique de l’Homo œconomicus. Et ce qui est intéressant avec les communs c’est qu’ils le mettent en pratique, cas particulier par cas particulier, activité pragmatique par activité pragmatique, secteur par secteur, ressource par ressource, etc. Et donc ils sont capables de nous montrer qu’on peut renouveler, en fait, les conceptions générales telles qu’elles dominent à l’heure actuelle.

C’est ce que dans le logiciel libre on appelle la liberté de coopérer. C'est très beau comme terme, d’habitude on a un droit ou des choses comme ça, là c’est une liberté d’être enfin à faire des choses ensemble.

Ça implique, bien évidemment, une activité citoyenne et c’est ça qui est intéressant des communs, c’est qu’ils impliquent les gens. Nous ne sommes plus seulement des consommateurs, mais nous sommes des gens impliqués dans la création, la culture, mais aussi la défense des communs universels, etc. Et une des choses les plus importantes c’est, en fait, d’avoir la garantie que tout ce travail collectif qu’on va faire ne soit pas accaparé demain. C’est-à-dire comment on va mettre en place des formes sociales, des formes d’activité, des mouvements, des lois, qui permettent la logique du don et du contre-don telle qu’elle a été mise en œuvre, découverte, en fait, par l’étude des sociétés, par Marcel Mauss ? C’est l’idée que si on fait un don qui va devenir le capital de quelqu’un d’autre alors on ne le fera pas. Donc ce qu’il faut c’est résoudre cette question-là : comment existe dans nos sociétés une logique de don et de contre-don, qui est fondatrice de nos sociétés, dans tous les domaines ? Mais comment on fait en sorte que ce travail collectif qu’on va faire ne deviendra pas, demain, le capital de quelqu’un d’autre qui s’en servira contre ceux-là mêmes qui ont produit cette activité collective ?

J’espère avoir essayé de brosser toute cette question des communs et je vous remercie de m'avoir écouté.

[Applaudissements]

13 August 2017

april.png Nouvelles April

Accessibilité numérique - C dans l'air brasse du vent - Radio Campus - RMLL2013

Le 13 August 2017 à 16:36:26


Radio Campus - Bruxelles

Titre : Accessibilité numérique puis C dans l'air brasse du vent
Intervenants : Jean-Philippe Mengual - François Revol - François Pellegrini, professeur des universités - Patrice Bertrand, Smile, CNLL - Anne Nicolas, Mageia - Jeanne Tadeusz, April - François Revol, Haïku - Luc Fievet - Gilles Gouget, Divergence Numérique
Lieu : Bruxelles - Radio Campus
Date : Juillet 2013
Durée : 55 min 50
Écouter l'enregistrement
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Retour sur les propos tenus dans l’émission C dans l’air du 2 juillet sur la surveillance par les services secrets des États-Unis. Eric Filiol, expert en sécurité, y dit qu’il n’y pas d’alternative facile à trouver aux éditeurs propriétaires américains. Alex Türk (ex pdt de la CNIL et sénateur) déclare qu’il n’existe pas d’alternative aux logiciels propriétaires.

En préambule de l’émission, la diffusion d’une interview de Jean-Philippe Mengual qui fait un rapide tour d’horizon de l’accessibilité des gestionnaires de bureaux sous GNU/Linux et l’évolution générale du contexte législatif.

Transcription

Gilles Gouget : Radio RMLL, c’est sur les ondes du nonante-deux point un de Radio Campus ici, à l’Université libre de Bruxelles, pour cette dernière journée des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre. On va retrouver dans un petit instant François Pellegrini, Patrice Bertrand, Anne Nicolas qui va nous rejoindre d’une façon ou d’une autre, Jeanne Tadeusz, René Revol et puis Luc qui est toujours là et qui m’accompagne.

Luc Fievet : François Revol.

François Revol : Ce n'est pas grave !

Gilles Gouget : Oui. C’est une faute de Languedocien ça, évidemment, puisque nous avons un René Revol dans le Languedoc figurez-vous, enfin ça c’est une autre histoire qu’on ne va pas aborder tout de suite. On parlait accessibilité, justement, eh bien Jean-Philippe avait un petit coup de gueule à dire ; on va écouter ça et après on attaquera notre plateau, on va dire bilan sociétal 2012, disons ça comme ça et puis actualité et contradictions et turpitudes autour du logiciel libre.

Entretien avec Jean-Philippe Mengual

Gilles Gouget : On est avec Jean-Philippe, bonjour.

Jean-Philippe Mengual : Bonjour.

Gilles Gouget : On n’a pas pu faire notre plateau accessibilité aujourd’hui en studio alors, comme on passe par là et qu’on y pense quand même, tu avais quelques trucs à dire par rapport à cette question de l’accessibilité qui est un des thèmes récurrents ; je ne sais pas si c’était là dès le départ aux RMLL. En ces temps où on parle beaucoup d’ergonomie et puis des distributions Linux qui commencent à être adoptées par beaucoup de gens, tu avais un coup de gueule, en quelque sorte, à pousser ?

Jean-Philippe Mengual : Oui. J’avais déjà plus ou moins commencé l’année dernière. J’avais expliqué qu’il y avait de forts risques que les mises à jour des interfaces graphiques et des différentes distributions majeures comme Debian ou Ubuntu soient inaccessibles, à partir du moment où elles interviendraient courant 2013 et fin 2012. Et c’est, grosso modo, ce qui s’est passé modulo quelques bonnes nouvelles. Typiquement, Ubuntu a quand même trouvé des interfaces à peu près accessibles, encore que si je me base sur les tests que j’ai récemment faits, Unity n’est pas capable, je n’ai pas trouvé comment éteindre le système avec l’interface graphique qu’il nous propose, donc je ne sais pas trop comment ça fonctionne.

On est dans la situation un petit peu que je craignais, encore un modulo parce qu’aujourd’hui, quand même, des choses se font. Gnome, qui est l’interface graphique qui était de base la seule mais la vraie accessible, évolue, ça se met à jour. Certes il y a encore beaucoup de travail et des bugs majeurs qui font que, auprès du grand public, c’est extrêmement difficile de faire passer le message. Pour autant, c’est vrai que ça progresse quelque peu et puis, ce qui personnellement me motive particulièrement ces derniers temps, c’est, d’une part, l’émergence d’environnements alternatifs, comme par exemple LXDE qui, aujourd’hui, fait un vrai effort pour devenir accessible et puis, d’autre part, quelques projets qui étaient un peu en berne, qui s’améliorent. Je pense en particulier à OpenOffice.org ou à LibreOffice, lesquels sont en train de devenir accessibles sous Windows, ce qui était une vraie limite jusqu’ici.

Gilles Gouget : Au niveau juridique, légal, etc., l’accessibilité, un point de vue, un bilan à faire depuis l’année dernière ?

Jean-Philippe Mengual : Le bilan c’est que la loi initialement disait que l’accessibilité numérique devait être un objectif atteint en 2012 et, finalement, ça ne l’a pas été. Résultat des courses, la prochaine échéance c’est 2015, d’abord parce que c’est l’échéance de la loi d’accessibilité en général qui a été votée en 2005 et ensuite, parce qu’au niveau de l’Union européenne des règles sont en train d’entrer en vigueur de sorte qu’aujourd’hui l’accessibilité numérique est l’objectif à atteindre par tous les sites internet et par tous les environnements numériques d’ici 2015.

Donc on peut dire encore une fois que 2012 a été un semi-échec, mais que la prochaine date c’est 2015 et que ça nous permet encore de parler légitimement d’accessibilité, en faisant réagir la corde sensible qui s’appelle la règle juridique et qui s’appelle la norme.

Gilles Gouget : J’aborde cette question-là parce qu’il y a un trait d’union entre l’accessibilité aussi et le logiciel libre, ce sont les cartoparties OpenStreetMap1, etc. À Montpellier, où auront lieu les RMLL en 2014, depuis quelques années déjà, une paire d’années, le LUG [Linux User Group] local organise, avec la ville, des cartoparties, des saisie-parties, sur le thème de l’accessibilité, pour voir si tel commerce ou telle institution est accessible, s’il ne manque pas un bateau à tel endroit ou, etc. Alors que, si je me souviens bien, c’était en 2005 que, en France, on avait dit que tous les bâtiments publics, que tous les lieux devaient être accessibles aux gens en fauteuil, etc. Comme quoi, depuis 2005 ça n’a pas bougé sur ce terrain-là non plus puisque, quand ils font leurs cartoparties, ils se rendent bien compte qu’il y a des endroits qui ont été oubliés par l’urbanisme.

Jean-Philippe Mengual : C’est probablement le secteur où c’est le plus difficile. Parce que le logiciel bon, c’est une chose, mais l’infrastructure, c’est-à-dire les bâtiments, les enceintes, c’est probablement le plus complexe au niveau des communes parce que c’est ce qui génère le plus de coûts et c’est ce qui génère le plus de besoins de rénovation. Si on prend un bâtiment, autant quand on construit un bâtiment neuf on peut intégrer d’emblée les normes d’accessibilité, en revanche, quand il s’agit de mettre aux normes un bâtiment déjà existant, c’est parfois extrêmement compliqué.

Typiquement le métro, par exemple, n’est pas forcément facile à mettre en accessibilité quand on a réseau qui date de plusieurs décennies et qui n’avait pas du tout été conçu pour ça. Donc c’est forcément ce qu’il y a aujourd’hui de plus difficile. Maintenant, des sites comme OpenStreetMap sont extrêmement importants puisqu’ils permettent, justement, de recenser les points à la fois de facilité, d’accessibilité et les autres qui sont des points de difficulté d’accessibilité. Si bien que, du coup, pour une personne, notamment les personnes à mobilité réduite, elles peuvent préparer leurs trajets via des GPS ou via la base de données OpenStreetMap en sachant, d’emblée et par avance, à quoi elles doivent s’en tenir. Donc c’est plutôt déjà un progrès. Le libre a, en ce sens, apporté énormément, je trouve, en termes d’outils à la disposition des handicapés pour qu’ils puissent avancer.

Gilles Gouget : Écoute, merci beaucoup pour ce bilan 2012, on va dire ça comme ça, et puis au plaisir de parler plus longuement d’accessibilité dans le cadre des Rencontres Mondiales 2014 à Montpellier.

Jean-Philippe Mengual : Merci à vous pour votre intérêt sur la question.

[Fin de l'entretien avec Jean-Philippe Mengual]

[Musique]

C dans l’air brasse du vent

Gilles Gouget : Sur Radio RMLL on accueille à présent Luc qui est avec nous. Bonjour Luc !

Luc Fievet : Bonjour !

Gilles Gouget : On n’est plus là pour parler accessibilité, mais on va parler télévision. Mon Dieu ! On va parler télévision à la radio, c’est vraiment n’importe quoi ! Mais des fois, il se passe des trucs à la télévision qui sont tout à fait intéressants. Alors autour de la table il y a François Revol et donc pas René. Bonjour François !

François Revol : Bonjour !

Gilles Gouget : Il y a un autre François, c’est François Pellegrini que tout le monde connaît comme universitaire, mais surtout défenseur des logiciels libres et ennemi farouche du brevet logiciel en Europe. On a le président du Conseil National du Logiciel Libre, Patrice Bertrand, patron de Smile2 qui est une des plus grosses sociétés de logiciels libres en France. Bonjour.

Patrice Bertrand : Bonjour !

Gilles Gouget : C’est la première fois que je vous ai au micro. Et puis Jeanne Tadeusz qu’on a au téléphone très régulièrement et grâce aux RMLL on peut la voir en chair et en os. Bonjour Jeanne !

Jeanne Tadeusz : Bonjour !

Gilles Gouget : Alors qu’est-ce qui nous a amenés là ? Je crois que c’était dans une émission de télé assez connue et plutôt assez bien foutue d’habitude.

Luc Fievet : C’est l’émission C dans l’air qui est une émission sur France 5, donc une émission française. Et il y avait une émission, un thème d’émission, sur la surveillance, PRISM3 et ce genre de choses, avec des experts, plutôt centrés sur la question de sécurité. l’objet n’était pas vraiment le logiciel libre, mais, évidemment, ça touchait aux questions de surveillance au travers de l’informatique. Et il y a eu quelques phrases qui sont parties sur des sujets qui sont proches de ceux du logiciel libre et qui ont provoqué quelques réactions épidermiques auprès de certains libristes. On va écouter la première. Elle est dite par Éric Filiol. Il était au sein d’une interview, il n’était pas présent dans l’émission donc peut-être que ça a été monté, probablement. Éric Filiol, on le connaît, il était aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre en 2011, c’est un spécialiste en sécurité informatique et on va écouter ce qu’il a à dire.

[Début de l’extrait de l’émission C dans l’air]

Éric Filiol : Essayez de trouver un système d’exploitation qui ne soit pas américain ? Vous avez le choix entre Apple et Microsoft. Bref ! Essayez de trouver un service de réseaux sociaux ou un service internet, maintenant, qui n’est pas concentré entre les mains de quelques acteurs américains ? On s’aperçoit que, finalement, quelle que soit la partie du monde numérique avec laquelle nous souhaitons travailler, de toutes façons on est obligés de travailler avec le diktat technologique et commercial des États-Unis.

[Fin de l’extrait]

Luc Fievet : Donc voila, c’était Éric Filiol. Effectivement, il dit qu’on ne peut pas trouver facilement d’ordinateurs qui ne soient pas soit Mac soit Windows et ce n’est pas complètement faux, mais cette absence d’alternative n’est pas tout à fait convaincante. Je ne sais pas quelles sont les réactions. Je vais peut-être me tourner vers Patrice Bertrand.

Patrice Bertrand : Sur la domination américaine dans l’industrie du logiciel, il n’y a aucun doute, c’est factuel, on ne va pas dire le contraire. Par contre, sur le fait qu’on n’ait pas le choix, là je pense que, je ne sais pas si ce qu’il voulait dire c’était exactement soit qu’il n’existe pas de choix ou qu’il était difficile, pour un particulier, typiquement, de trouver des alternatives. Voila, c’est à peu près la réalité, hélas, avec la domination des quelques géants dont il a parlé — elle est manifeste — néanmoins des alternatives, il y a en a ; malheureusement, il n’est pas facile pour un particulier, d’y accéder, en particulier lorsqu’il est en train d’acheter un ordinateur dans une grande surface.

Luc Fievet : La fameuse vente liée !

Patrice Bertrand : C’est la fameuse vente liée. Après, une fois qu’il aura acheté son ordinateur, qu’il l’aura amené chez lui, il aura encore beaucoup de choix qui se présentent à lui. Il va y installer des quantités de logiciels et là il y a, à peu près sur tous les sujets, des alternatives en logiciels libres. On pourra évoquer, tout à l’heure, la supériorité qu’ils peuvent promettre en termes de sécurité et de vie privée.

François Revol : Et d’indépendance !

Gilles Gouget : Oui. François.

François Pellegrini : Oui. Alors, il y a plusieurs points à considérer, effectivement. Quand on parle en termes de sécurité, il existe énormément de systèmes d’exploitation libres. Le fait est qu’être libre n’est pas un gage de sécurité. Il y a eu des exemples qui ont été documentés de personnes qui ont été payées par des services gouvernementaux pour introduire des bugs dans des systèmes d’exploitation libres, et ces bugs ont prospéré pendant plusieurs années sans jamais avoir été découverts. Donc l’ouverture du code source n’est clairement pas un avantage décisif sur la sécurité intrinsèque du logiciel. En revanche, le fait est que, quand une faille de sécurité existe et est détectée, on peut la corriger rapidement. Donc ce qui est important c’est la capacité d’audit du code qui permet de le réaliser.

Force est de constater que personne n’imaginait qu’un Bull ou un Siemens puisse se dresser contre Microsoft pour faire un système d’exploitation qui puisse être un concurrent sérieux. Or, aujourd’hui, et les chiffres sur le marché mobile le montrent, les descendants du noyau Linux sont là et bien là et dominent le marché. Alors maintenant, ça a été rebrandé à travers Google et les autres, ça s’appelle Android, mais quand on regarde, effectivement les systèmes d’exploitation libres dominent en nombre le marché sur les tablettes et les applications. Et des processeurs non Intel dominent également sur ce marché, ce sont les processeurs de la famille ARM qui montrent que la domination qu’on pensait éternelle du duo Intel/Windows, c’est-à-dire Wintel, il n’a pas fallu quelques années pour qu’elle soit, effectivement, mise en danger.

Luc Fievet : On le constate, on a régulièrement des retournements. IBM en a fait les frais avant l’avènement de Microsoft. Dans le domaine informatique, on a régulièrement des retournements spectaculaires.

François Pellegrini : Tout à fait, parce que la volubilité du marché est très grande. Maintenant, vouloir faire de la sécurité, ce n’est plus un problème de système d’exploitation, ça ne sert à rien d’avoir le système d’exploitation le plus audité possible, si les processeurs sont eux-mêmes buggés et, de ce point de vue, l’Europe a un déficit en fonderie et en capacité d’être son propre maître sur les processeurs qui a toujours été et reste extrêmement préoccupant. Donc, pour revenir sur l’aspect des logiciels qui nous concerne, je vais être rapide, clairement, l’investissement économique considérable qui était nécessaire pour réaliser un système d’exploitation concurrent des systèmes d’exploitation étasuniens a été fait. C’est un investissement international autour, donc, des logiciels libres, qui montre qu’ils constituent une alternative économique très crédible parce qu’ils agrègent énormément de valeur, très rapidement.

Maintenant, les utiliser dans un contexte gouvernemental, ça suscite de mettre en place des politiques volontaristes d’audit du code ; c’est-à-dire que quand on veut utiliser un logiciel libre dans un contexte sensible, on fait un audit du code pour essayer de détecter ses bugs qui auraient pu être introduits par l’ensemble des États qui auraient subverti un ou deux programmeurs pour rentrer ces bugs. Donc ça demande une démarche d’analyse qui peut être considérée comme un peu onéreuse mais qui est, en tout cas, bien moins coûteuse que de redéfinir à partir de zéro un système d’exploitation purement national et certifié par tel ou tel gouvernement.

Luc Fievet : En termes d’alternatives, on a vu, elles existent : GNU/Linux en termes de systèmes d’exploitation ; il y a une foule de logiciels pour les particuliers et les professionnels qui existent en logiciels libres. Ça n’est pas une garantie, mais ça permet au moins de voir ce qu’il y a dedans. Aujourd’hui qu’est-ce qui existe ? Parce que quand on parle logiciels libres et, notamment sur le site de l’émission C dans l’air, on a des réactions au niveau des commentaires ; évidemment, certaines personnes citent les logiciels libres et la réaction est de dire : « Mais les logiciels libres ce sont des trucs pour spécialistes, c’est trop compliqué et ça n’est pas adapté au monde professionnel. » Alors qu’est-ce qui existe, rien qu’en termes de systèmes d’exploitation, aujourd’hui, dans le monde professionnel ?

Patrice Bertrand : Linux évidemment. Après, des suites bureautiques, LibreOffice qui est un équivalent parfait, tout ce qu’il y a de plus complet, à la suite Microsoft. Et puis en matière de messagerie et de groupware il y a quantité d’alternatives, de produits, je ne vais pas citer tous les noms ici, mais il y a tout ce qu’il faut pour trouver son bonheur.

Je pense qu’en premier lieu il faut distinguer, en tout cas, le sujet de tout ce qui est cloud, c’est-à-dire tout ce qui est accéder par l’Internet depuis chez soi. Et là, on pourrait dire, le danger, effectivement, est très grand, il est manifeste, quand bien même on aurait plus ou moins l'assurance que c’est du logiciel libre qui tourne quelque part sur le serveur, ça n’apporterait pas tellement de garanties supplémentaires. Donc il y a le cloud d’un côté où là, les menaces sur la vie privée et la sécurité sont réellement très importantes et puis il y a les logiciels qu’on installe sur ses ordinateurs, chez soi, et là c’est un tout autre sujet. Comme François le disait, la garantie n’est peut-être pas absolue, totale, mais elle est quand même bien plus grande si on utilise des logiciels libres.

Peut-être un tout dernier mot. Ce qu’on a dit parfois, et parfois ça sort comme un argument contre la croyance dans le risque de backdoor dans ces logiciels, par exemple des logiciels Microsoft. On entend parfois : « Ce n’est certainement pas le cas parce que, vous comprenez, ce serait tellement dommageable pour leur réputation si on s’en apercevait un jour, que certainement ça n’est pas le cas ! » Mais cet argument ne vaut vraiment rien puisqu’on aurait pu appliquer exactement le même aux messageries et à tous ces grands acteurs qui se sont fait prendre, justement à propos du programme PRISM. C’est-à-dire qu’on aurait pu dire la même chose il y a trois mois : « C’est impensable parce que, vous comprenez, ce serait tellement dommageable pour leur réputation qu’ils n’auraient jamais accepté ça ! » Mais le fait est qu’ils l’ont accepté !

Luc Fievet : Et l’État français, d’ailleurs, n’en est pas convaincu puisque dans l’affaire de l’accord « Open Bar » entre le ministère de la Défense et Microsoft, il y a une analyse interne faite par le gouvernement français qui pointait ces risques de backdoor et de surveillance. François tu avais quelque chose à rajouter ?

François Revol : On a vu avec cette histoire de PRISM, grâce à Snowden, qu’effectivement on n’avait quand même pas forcément raison de les croire. On peut citer le site prism-break.org4 donc p, r, i, s, m, tiret, b, r, e, a, k, point org, je crois, qui justement fait une liste des types de logiciels et des services, avec d’un côté les habituels Google, Amazon, etc., Windows, et puis de l’autre les équivalents un peu plus éthiques dont les logiciels libres, donc ça peut être une référence pour la suite.

Luc Fievet : Alors peut-être que Anne, qui nous a rejoints, pourrait réagir à ça. Donc le contexte c’est « il n’existe pas d’alternative ». Toi tu t’occupes de Mageia5 qui est une distribution Linux. Qu’est-ce que ça t’inspire ce genre de commentaires ?

Anne Nicolas : Je suis un peu étonnée parce que je dirais que la communication sur les logiciels libres, aujourd’hui, c’est quelque chose qui est devenu pas banal mais, en tout cas, relativement courant. Pour avoir travaillé chez un éditeur de distributions auparavant, qui n’était certes pas le premier sur le marché, mais on se rendait compte que les gens étaient sensibilisés à l’existence de ce système d’exploitation qu’est Linux. Donc c’est très étonnant d’entendre ce genre de choses, d’autant plus qu’aujourd’hui, même dans les secteurs je dirais extrêmement sensibles de l’État français, on a du Linux en système d’exploitation sur les serveurs. Nous on a appris tout à fait par hasard, au dernier salon Solutions Linux par exemple, qu’il y avait effectivement une partie de la Défense qui utilisait Mandriva sur ses théâtres d’opérations, sur un serveur et qui est passée tout naturellement pour pouvoir avoir une suite en termes de maintenance sur le serveur, qui est passée sur du Mageia, pour des portails captifs.

Donc ça me semble un exemple relativement concret de ce qu’on peut faire avec du Linux et effectivement, pourquoi ils ont opté pour ce type de système d’exploitation ? Parce que c’est ouvert, parce qu’on peut en contrôler le contenu et parce qu’on a la main, effectivement, sur ce qui va être développé au-dessus de cette pile, au-dessus de cette base de système. Donc ça me semble relativement concret.

Luc Fievet : Jeanne.

Jeanne Tadeusz : Juste pour compléter rapidement ce qui disait Anne. Effectivement, l’utilisation du logiciel libre est de plus en plus vaste, notamment parmi les acteurs publics. Un autre exemple qu’on pourrait donner c’est le ministère des Affaires Étrangères qui a récemment expliqué que les ordinateurs portables utilisés dans le cadre des missions en déplacement ou autres, utilisaient un système d’exploitation libre, basé sur Ubuntu, justement pour des raisons de sécurité. Donc de dire que ça ne répond pas à des exigences professionnelles ou de dire qu’en termes de sécurité ce n’est pas cohérent d’utiliser du logiciel libre, c’est, dans le meilleur des cas, mal connaître le secteur de la sécurité ou du moins ce que font aujourd’hui les acteurs dans la sécurité, parce qu’on pense que le ministère des Affaires Étrangères, la diplomatie, a priori tout ce qui est notamment déplacements, en ordinateurs portables, ils font quand même relativement attention à ce genre de choses. Alors qu’en plus on a des acteurs qui ne sont pas des techniciens ou des spécialistes, donc avec quelque chose qui doit être relativement utilisable assez facilement et compréhensible pour des acteurs qui ne sont pas des techniciens informatiques. Et donc là, on a un vrai usage concret du logiciel libre par des non-spécialistes pour répondre, au contraire, à des exigences de sécurité. Donc là on est dans le contre-exemple parfait.

Luc Fievet : On a la gendarmerie aussi ! Alors si GNU/Linux est vraiment un système d’exploitation pour spécialistes et pour geeks, c’est une bonne nouvelle : ça veut dire que l’ensemble des gendarmes français sont extrêmement pointus en la matière et ça fait plaisir de voir ça. François.

François Pellegrini : Juste une chose. Effectivement, on sait que de toutes manières il y a eu une étude Gartner qui montrait que la majorité des entreprises utilisait au moins une brique libre, si pas plusieurs ; qu’effectivement beaucoup de ministères ; on télé-déclare nos déclarations d’impôts sur aussi des serveurs qui sont en logiciel libre. Donc considérer que ce n’est pas professionnel, je pense que c’est une déclaration qui n’est pas professionnelle, c’est-à-dire que c’est quelqu’un qui, clairement, ne connaît pas le marché !

Luc Fievet : Alors là, il faut quand même lui rendre grâce, il dit que c’est difficile à trouver, ce qui n’est pas faux.

François Pellegrini : En tout cas les gendarmes et le service des impôts les ont trouvés !

Luc Fievet : Il y a une chose qui est certaine c'est que, au moins dans le montage, C dans l’air a choisi, c’est le minimum en tout cas dont on peut être sûr, c’est que dans le montage ils ont décidé d’effacer ce truc-là.

François Pellegrini : Tout à fait ! Mais dernier point sur la question des silos de données, c’est-à-dire des réseaux sociaux, il y a eu des entreprises, là aussi collaboratives, de création de réseaux sociaux qui ne soient pas centralisés, on peut penser à Identi.ca, on peut penser à d’autres, avec l’objectif que ce ne soit pas l’acteur privé qui concentre l’information et que les personnes restent maîtres de leurs données. Donc il y a des outils qui peuvent être développés de façon alternative. Malheureusement, l’effet de réseau joue totalement en faveur des acteurs en place qui sont capables de faire de la publicité sur leurs services.

Luc Fievet : Très bien. On va écouter le deuxième extrait. Là c’est Alex Türk, l’ancien président de la CNIL. Donc pour vous resituer le truc, la CNIL c’est la commission qui s’occupe des libertés informatiques en France et, aujourd’hui, je crois qu’il est sénateur, si je ne me trompe pas. On va voir ce qu’il a à dire et en fait, ça se déchaîne, c’est la fin de l’émission et ça déchaîne des réactions qui sont assez intéressantes.

[Début de l’extrait]

Journaliste C dans l’air : Question intéressante. Les entreprises françaises doivent-elles cesser d’utiliser des logiciels américains susceptibles de les espionner ?

Alex Türk : Comment faire ? Comment elles pourraient ?

Journaliste : On est bien d’accord. Il n’y a pas le produit de substitution.

Alex Türk : Techniquement parlant, il n’y a pas de produits de substitution pour le moment à ce que je sache.

Journaliste : J’ai le pendant de votre réponse. Les Européens doivent-ils développer leur propre système d’exploitation, moteur de recherche, etc., pour se protéger ?

Alex Türk : C’est de tout ça dont on rêve, mais enfin. Les Européens oui, mais si vous voulez, c’est qui les Européens ? S’il faut que ce soit les Allemands, les Français ; il y a différents groupes.

Journaliste : On a fait Airbus non ! Mais excusez-moi, on a fait Airbus !

Alex Türk : C’est vrai, c’est vrai !

Journaliste : Ah bon, très bien !

[Fin de l’extrait]

François Revol : Lol.

Luc Fievet : On aurait effectivement pu rajouter des rires enregistrés derrière ; ça fait sourire des gens dans le studio. Alors une réaction ? François Pellegrini.

François Pellegrini : Je crois qu’en fait ça traduit une vision industrielle du millénaire précédent. C’est-à-dire qu’effectivement il y a beaucoup d’argent qui est investi pour faire des machins européens qui copient les machins étasuniens. On peut penser à tout ce qui a été investi dans les moteurs de recherche autour de Quæro6 et autres, d’essayer de contrer Google avec un résultat qui est une atteinte massive au domaine public. Donc chaque fois qu’on a imaginé, j’allais dire, avoir une politique colbertiste sur ce type de ce sujets, on se plante et on gaspille l’argent public parce qu’on confie à des acteurs du millénaire précédent, qui ont des stratégies industrielles qui sont celles du monde matériel, l’argent qui devrait permettre, au contraire, qui devrait être utilisé pour des stratégies agiles. Comme on l’a montré en première partie d’interview, ce n’est pas Bull, ce n’est pas Siemens qui ont fait le système d’exploitation qui a pu contrer les systèmes d’exploitation des entreprises étasuniennes, c’est la collectivité ! Donc clairement, il faut travailler en réseau, il faut travailler en bottom-up. Et avoir une politique industrielle de type top-down en disant on injecte l’argent sur les gros acteurs en pensant que ce sont eux qui vont trouver la solution, c’est clairement une erreur stratégique manifeste.

Luc Fievet : Patrice Bertrand, quand j’entends ce truc-là, j’ai l’impression que vous n’existez pas !

Patrice Bertrand : C’est vrai que c’est n’importe quoi et c’est bien triste venant de quelqu’un qui, au titre de ses fonctions dans la CNIL, devrait connaître un petit peu le paysage informatique. Le système d’exploitation, je pense qu’il ne faut pas se focaliser uniquement sur le système d’exploitation ; c’est un composant fondamental.

Luc Fievet : Sur cet extrait, on est sur les outils, donc on dépasse. Autant dans le premier on parle d’OS, effectivement, sur celui-là, on parle vraiment de logiciels au sens large.

Patrice Bertrand : Je comprenais que dans son initiative européenne souhaitée il mettait le focus sur le système d’exploitation. En tout cas, il y a un système d’exploitation qui s’appelle Linux, qui est porté par une fondation qui est basée aux États-Unis, mais qui ne lui donne pas une spécificité américaine le moins du monde. Il y a des contributeurs du noyau Linux qui sont dans tous les pays du monde. Il y en a en France, des gens comme ST Micro.

Luc Fievet : Cette question d’opposition nationale n’a pas grand sens !

Patrice Bertrand : Il y en a en Allemagne, Samsung est contributeur de Linux, pas mal d’acteurs japonais sont contributeurs de Linux. Donc c’est un effort, une sorte de gigantesque R & D mutualisée à l’échelle planétaire qui a véritablement des avantages extraordinaires en termes de maîtrise et donc de liberté. Donc ça c’est un fait.

Au-dessus de ça les outils, on l’a dit tout à l’heure, ne manquent pas. Et c’est vrai que le grand drame, parce que le cœur du sujet, pour beaucoup de gens, c’est la suite bureautique. On peut parler de plein d’outils, mais en réalité, les gens, chez eux, ce qu’ils veulent sur l’ordinateur, c’est une suite bureautique. Et la suite bureautique, effectivement, à 95 %, ça doit être celle de Microsoft et c’est vraiment dramatique comme monopole parce que c’est un monopole qui a pour principale raison les habitudes. Et les habitudes, bien sûr, tout est fait pour qu’elles soient prises par les nouvelles générations dès le plus jeune âge, de telle sorte qu’elles trouvent un peu pénible, que ce soit à 18 ans ou à 30, de se faire de nouvelles habitudes. Mais sinon, en termes de fonctionnalités, tout le monde en convient, c’est rigoureusement identique. On a la même chose en version à la fois libre et gratuite, et, par ailleurs, mieux sécurisée. La même chose est là, mais il faut changer d’habitudes et tout le monde joue là-dessus, à commencer, bien sûr, par ceux dont c’est l’intérêt économique.

Luc Fievet : Alors il y a quand même des choses qui sont mises en place et je pense au milieu professionnel. Je discutais cette semaine avec quelqu’un, une collectivité du côté de Nantes, en France, qui veut passer à LibreOffice. Il disait que là où ils péchaient, où ils avaient du mal, c’était pour migrer et notamment ils avaient des macros, et ils avaient du mal à trouver un prestataire qui puisse assurer la migration de leurs macros. Et ça, autant quand on est un particulier on change assez facilement, dans une entreprise il y a souvent des tas de choses qui sont mises en place. Ce n’est pas facile ! C’est un vrai projet quoi !

Patrice Bertrand : Oui ! C’est vrai, des prestataires il y en a. Je ne saurais pas les aiguiller, directement, sur le bon prestataire, mais je suis sûr qu’en cherchant un peu on en trouve ; il y a quand même un certain nombre d’entreprises, justement. Ça me donne l’occasion de dire un mot sur le CNLL qui est une sorte de fédération, au niveau national, en France, des grandes associations d’entreprises. Donc dans pratiquement toutes les régions en France, les entreprises du logiciel libre se sont réunies pour former des associations, pour agir ensemble au niveau local, agir en réseau, parfois faire du business ensemble aussi. Et ces associations, depuis 2010, se sont réunies au niveau national pour former le Conseil National du Logiciel Libre.

Luc Fievet : Jeanne.

Jeanne Tadeusz : Juste pour compléter sur un point, sur effectivement les habitudes donc à la fois des entreprises mais aussi des utilisateurs. Donc c’est évident que c’est une difficulté, mais c’est aussi la logique de quand on est à l’école on apprend souvent sur du tout Microsoft, qui fait que simplement, arrivé dans une vie professionnelle, c’est parfois difficile de passer au logiciel libre. C’est clair. C’est regrettable, d’ailleurs, parce que, finalement, des élèves on ne fait que des consommateurs de numérique, on ne fait pas du tout des acteurs, on ne leur apprend pas à utiliser un tableur ou un traitement de texte ; on leur apprend à utiliser des outils donnés, sans même leur montrer une diversité d’outils qui leur permettrait d’évoluer.

Mais bon, parce qu’il faut quand même donner de bonnes nouvelles de temps en temps, on peut aussi saluer la décision de l’Assemblée nationale et du Sénat français qui, cette semaine, ont décidé de donner la priorité aux logiciels libres dans le service public de l’enseignement supérieur. D’accord, c’est un petit service public, mais on est quand même sur un bon signe et un bon début et on peut espérer que, justement sur ces questions-là, on voit une évolution bientôt, au moins ne plus avoir les blocages utilisateurs qu’on peut connaître aujourd’hui.

François Revol : Même si j’ai bien compris, cette même priorité au logiciel libre a été mise de côté sur un autre projet de loi sur l’éducation, mais dans les niveaux inférieurs. Donc il y a quand même un petit souci de cohérence à ce niveau-là. Quand on dit, effectivement, qu’on est devenus consommateurs, en tout cas pour les enfants, c’est vrai que dans les années 80, il y avait des ordinateurs au fond des classes, mais c’était des choses qu’on pouvait programmer ! Moi j’ai appris avec le Basic, il y en a qui utilisaient le Logo, mais on pouvait faire des programmes. Ça commence à revenir à la mode, enfin à la mode, ça revient sur l’avant de la scène, on fait même des Coding Goûters, donc c’est quelque chose qui revient, mais c’est un peu dommage qu’on ait justement perdu ça. Il y a eu un obscurantisme ces vingt dernières années, en fait.

Gilles Gouget : Je rebondis par rapport à cette loi sur la modernisation de l’école. Tu viens de dire : « C’est un petit ministère l’Enseignement supérieur et la Recherche ». Est-ce que c’est là la clef de l’explication de la marche arrière du gouvernement sur le marché de l’Éducation nationale qui, peut-être, est plus gros et alimente aujourd’hui beaucoup plus d’acteurs ?

Jeanne Tadeusz : Je ne connais pas les explications. Je ne suis pas dans le secret du gouvernement. Par contre, ce qu’on peut voir, c’est qu’effectivement, quand on parle du projet de loi qu’il y a sur l’Enseignement et la Recherche où, cette fois-ci, la priorité au logiciel libre est passée, on a sans doute plusieurs facteurs. Le fait que l'Enseignement supérieur effectivement utilise déjà, sans doute, plus de logiciels libres que d’autres acteurs, que d’autres services publics. Donc on a sans doute un avantage à ce niveau-là. On a aussi le fait que, au contraire, au niveau de l’Éducation nationale, on a un lobbying très fort de la part de Microsoft. Il suffit de voir le fait que des licences Microsoft, pour les écoles comme pour les professeurs, sont gratuites ou quasi gratuites ; qu’il y a énormément d’actions, à grand renfort de publicité, qui sont faites par Microsoft dans les écoles, dans les rectorats, dans les académies ; sur le fait qu’on a même, parfois, les différents acteurs des différentes académies qui sont convoqués par le ministère chez Microsoft. Donc on voit un ensemble de choses qui font qu’ils sont extrêmement présents et sans doute très puissants au sein de ce ministère ; ce qui est peut-être, en tout cas on peut l’espérer, moins le cas dans l’Enseignement supérieur et qui peut l’expliquer.

Maintenant, aujourd’hui, le ministre Vincent Peillon, donc le ministre de l’Éducation nationale, a dit qu’il ne mettait pas la priorité au logiciel libre pour des raisons de problématique juridique. On a des doutes sur la validité d’un tel raisonnement. On attend encore de voir quels sont les problèmes précisément, mais en attendant on l’appelle à, s’il ne souhaite pas le voir dans la loi — ce qu’on peut dans une certaine mesure au moins entendre — à faire au niveau réglementaire de vraies actions, techniques, concrètes, en direction des académies, en faveur du logiciel libre dans l’usage quotidien. Et là-dessus, l’argument d’une problématique juridique n’existe simplement pas puisque c’est à lui de mettre en place ce type de choix, y compris les choix techniques qui ont lieu dans les différentes académies. Et donc là, aujourd’hui, vraiment on l’appelle à faire ça pour permettre aussi du logiciel libre dans les écoles, dans les collèges, dans les lycées.

Luc Fievet : Il y a un sujet qui est plus lié au système d’exploitation qui est justement ce lien entre le hardware, le matériel, et le logiciel. François Pellegrini, tout à l’heure, disait que le seul logiciel ne compte pas. Si, effectivement, le matériel a des failles, volontaires ou non, on est un peu foutus. Et pour les deux personnes ici qui travaillent sur des systèmes d’exploitation, cette question des spécifications matérielles est-ce que c’est quelque chose qui vous impacte directement ? Une amélioration dans ce domaine est-ce que ça vous faciliterait la vie pour pouvoir faire des systèmes d’exploitation, ou même des logiciels, qui tirent parti du matériel plus efficacement ? Aujourd’hui c’est compliqué de, par exemple, faire certains drivers ou des choses comme ça.

Anne Nicolas : On a encore, effectivement, quelques difficultés sur le sujet. Ça s’est quand même énormément amélioré. Moi je travaille sur les distributions depuis huit ans maintenant ; l’évolution est quand même majeure, c’est-à-dire on va vers un plus grand support de l’ensemble du matériel. On voit que certains constructeurs, en tout cas, s’impliquent vraiment et fournissent des drivers, ouverts ou non, mais en tout cas qui supportent le matériel. C’est vrai que c’est moins satisfaisant quand le driver est fermé, mais en tout cas on a le support du matériel. Après, on a les évolutions technologiques qui font qu’on traverse de grosses difficultés, par exemple comme le boot EFI récemment. Ça, ça a été un gros problème. Moi je trouve, en tout cas, que l’ensemble des distributions, les développeurs, ont fait un travail monumental sur le sujet et fournissent aujourd’hui des solutions qui ne sont certes pas parfaites, mais qui permettent de travailler sur ce fameux hardware. Je pense qu’il n’y a pas de solution miracle. La clef, aussi, se situe probablement au niveau de l’OEM, c’est-à-dire la vente de machines pré-installées.

Aujourd’hui il y a très peu de machines pré-installées sous Linux ou même sans système d’exploitation et aujourd’hui, la clef de diffusion d’un système d’exploitation c’est probablement l’OEM, c’est-à-dire la vente de machines pré-installées avec un système d’exploitation puisque, aujourd’hui, l’utilisateur ne devrait même plus avoir à mettre la main sur l’installation d’un système d’exploitation. C’est là toute la facilité quand on récupère une machine sous Windows. Nous, ce qu’on montre aujourd’hui, c’est qu’installer une distribution Linux sur une machine c’est quelque chose d’extrêmement simple et rapide. Moi j’ai fait les frais, récemment, d’une installation de Windows sur une machine parce qu’effectivement dans mon entourage tout le monde n’est pas sous Linux. Ça m’a pris trois heures contre une demi-heure d’une distribution Linux sur la même machine. Il y a un défaut de communication à ce niveau-là. C’est clair.

François Revol : Alors je ne suis pas totalement d’accord sur tous les points. Mais sur l’installation de Windows, effectivement déjà, il faut rentrer les quinze chiffres du code produit !

Luc Fievet : C’est une épreuve !

François Revol : Oui ! Oui ! Et puis je me rappelle aussi d’une anecdote au moment où Vista est sorti. Quelqu’un que je connais, qui bosse dans une petite boutique informatique, qui a voulu, comme il a l’habitude, après l’installation de Vista ; déjà il a fallu modifier dans le BIOS, c’était au tout début, le contrôleur SATA, bon ! Après il a voulu installer les pilotes de la carte mère. Alors le premier c’était « ce pilote nécessite Windows XP ou supérieur » et puis le deuxième c’est « ce pilote a détecté que le système d’exploitation n’était pas Windows », ce qui est quand même assez drôle !

Après, sur les spécifications, j’ai une position un petit peu différente étant donné le fait que je suis aussi développeur de système d’exploitation, mais qui est un petit peu plus obscur et qui déjà n’est pas une distribution de GNU/Linux, mais qui est un autre système d’exploitation, encore moins bien connu, et donc vu qu’on n’utilise pas Linux comme noyau, nous on est obligés d’écrire nos propres pilotes. Alors linuxiens, chers linuxiens, considérez-vous heureux d’avoir des pilotes binaires Nvidia ! Je ne sais pas si c’est une bénédiction ou une malédiction, mais les pilotes binaires Nvidia ils ne marcheront pas sur le système auquel je contribue qui s’appelle Haiku7.

Donc moi, en tant que développeur et en tant aussi qu’utilisateur qui voudrait faire un choix avec une concurrence libre et non faussée, pour reprendre les termes de certains, pour l’instant je n’ai pas ce choix-là. Et en fait, tout vient justement de la vente liée parce que tout le monde, quasiment, achète un PC sous Windows. Donc les fabricants, effectivement, même si ça s’améliore — il y en a qui, effectivement, publient les spécifications, publient des pilotes libres, même si ce n’est que pour Linux, mais au moins on peut étudier le code source ; il y en d’autres qui, effectivement, disent qu’ils sont pour Linux, qu’ils sont membres de la Linux Foundation et puis qui se contentent de donner le code source d’une glu qui sert à coller le gros bloc binaire au noyau Linux. Et donc, à cause de ça, on n’a pas les spécifications des composants de la machine et on ne peut pas écrire de pilotes libres pour ces machines, ou alors on fait du reverse engineering, on perd du temps, on n’est pas sûr que ce soit correct. Moi, en tant que développeur, je ne peux pas certifier qu’un pilote que j’écris en faisant du reverse engineering du pilote Windows, je ne peux pas certifier qu’il ne va pas faire exploser la machine. Je ne peux pas !

Donc forcément après, quand madame Michu, la pauvre madame Michu, quand on arrive à la convaincre déjà d’essayer un système libre, elle l’installe sur sa machine et puis elle voit que ça ne marche pas, elle va finir par retourner à Windows et là c'est un cercle vicieux, en fait. Donc tant qu’on n’arrivera pas à casser ça, alors soit effectivement par une masse critique, peut-être avec des pré-installations, mais cette histoire de pré-installations ça date d’il y a très longtemps. Il y a quinze ans il y avait BeOS qui lui, par exemple, était un système d’exploitation propriétaire, mais alternatif, ils avaient décroché un, un seul contrat OEM que Microsoft est arrivé à faire tomber parce que le BeOS en question était installé sur le disque dur, mais il n’était pas visible dans le gestionnaire de boot, en fait. Donc on ne pouvait pas le booter directement, ce qui revenait à ne pas le pré-installer du tout quoi !

Anne Nicolas : C’est vrai qu’effectivement le problème demeure, ça je ne le nie pas, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Simplement l’image qu’on se fait aujourd’hui d’une installation Linux est celle d’il y a dix ou douze ans et c’est fort dommageable justement, sans parler d’OEM, c’est fort dommageable, effectivement, la facilité d’accès au système d’exploitation.

François Pellegrini : C’est vrai. En plus, le fait est que quand on installe une distribution, on n’a pas seulement l’OS qui arrive, on a tous les logiciels applicatifs qui sont installés d’un seul coup et en termes de temps gagné, on a une machine clef en mains en une vingtaine de minutes alors que, dans le même temps, on n’a qu’un morceau de l’installation de l’OS chez les concurrents du logiciel privatif.

Clairement, la question du matériel ramène, je pense, à l’essentiel. L’essentiel ce sont ces effets de réseau, ces effets de rente, qui dépendent de la vente liée. La vente liée c’est quand, par exemple, on achète un « iTruc » et qu’on est obligé d’aller se fournir chez le « iStore », etc. En fait les gens se trompent, parlent de neutralité du Net en disant ce n’est pas normal qu’Apple puisse virer des applications de son magasin ; mais n’importe quel tenant de magasin a le droit de choisir le style de son magasin. Je ne vais pas aller dans une librairie religieuse intégriste et demander le dernier magazine de fesses à la mode ! Je m’attends à ce que, dans ce magasin-là, il n’y ait pas ce type de produit. Le seul embêtement, c’est qu’il n’y a qu’un seul magasin. Clairement, ce n’est pas un problème de neutralité, c’est vraiment un problème de vente liée, donc de manque d’interopérabilité qui apparaît au niveau des bibliothèques, des composants logiciels et des matériels.

Lors du débat qui a eu lieu au Parlement européen où on était invités mardi après-midi, j’ai pris la parole en expliquant qu’il y a avait deux choses, effectivement, qui me hérissaient parce qu’elles portent atteinte aux mêmes libertés fondamentales, parce que, finalement, l’interopérabilité c’est l’équivalent de la liberté d’association dans le monde numérique : quand on a travaillé sur les droits humains pendant les grandes révolutions, on a posé comme principe la liberté d’association. Tous ces verrous, que ce soit les DRM, les brevets logiciels à un niveau le plus haut ou ce secret qui porte atteinte à la libre utilisation des matériels, ce sont des atteintes à la liberté d’association des humains et des matériels dans le monde numérique.

Donc clairement on est face à un principe de rang constitutionnel et il faut pousser pour qu’au sein de l’Union européenne on ait une grande directive générale sur l’interopérabilité en tant que principe juridique de rang constitutionnel, fondateur, qui impose que quand on achète un matériel, on ait les specs de ce matériel ; quand on a accès à un service logiciel on ait les specs d’accès à ce service logiciel pour, effectivement, pouvoir créer, éventuellement, des produits qui puissent inter-opérer de la façon la plus large possible.

Gilles Gouget : Ça pose quand même une question, parce que la vente liée, le problème il est soulevé depuis la vie des rats. Si ça se trouve ça existait avant même l’invention de l’informatique.

François Revol : Quinze ans, au moins quinze ans.

Gilles Gouget : On en parle beaucoup. Manifestement la loi elle existe. Elle n’est tout simplement pas appliquée. Celle-là, en tout cas, on ne la fait pas respecter. Les pratiques commerciales agressives de Microsoft sont parfois borderline au niveau légal aussi. Je ne vois pas ce que peut faire un système d’exploitation Microsoft dans une école, à moins que l’école n’ait un contrat avec Microsoft. Non on ne devrait pas ! S’il y a une alternative libre, il devrait être exclu d’avoir des éditeurs commerciaux dans les écoles ! Bon, les bouquins sont déjà le fruit d’éditeurs commerciaux.

François Pellegrini : Libre et commercial ça va ensemble !

Gilles Gouget : D’accord !

François Pellegrini : Privatif !

François Revol : Ce n’est pas mutuellement exclusif.

Gilles Gouget : Mais bon ! Le fait est qu’on se rend bien compte que, finalement, c’est celui qui est le plus agressif qui emporte souvent le morceau. Est-ce qu’en France le gouvernement, là-dessus, préfère ne pas se battre et laisser faire ? Est-ce que l’échelle ou l’échelon européen permettrait, justement, d’aller plus vite ?

François Pellegrini : Alors oui et non ! On attaque une théorie générale des organisations et un principe de lobbying qui a été posé, je n’ai plus la source en tête, mais dès les années 1880 où quelqu’un disait : « Quand vous allez faire une loi qui retire un franc — parce qu’à l’époque c’était des francs, mais c’était des francs-or, c’était vachement plus cool — quand vous faites une loi qui retire un franc à 1000 personnes et qui donne ces 1000 francs à une personne, vous pouvez être assez sûr que la loi passera parce que le type qui va avoir les 1000 francs il va se battre comme un lion pour que la loi passe et les types qui perdent un franc, vont se dire pour un franc je ne vais pas y aller ! »

Il faut des emmerdeurs comme nous pour pouvoir aller au combat et même parmi nous il y a pas mal de gens qui disent : « Bon ! J’ai déjà mon combat celui-là je ne vais pas le prendre. » Donc on est face à un principe général qui est que quand il y a une captation de richesse et une loi qui favorise un intérêt particulier, si, j’allais dire, la ponction individuelle est suffisamment faible, ce qu’au Mexique on appelle la la mordida, la petite corruption qui fait qu’on ne va pas dénoncer le flic parce que c’est juste tant de pesos, eh bien on aura du mal à trouver un combat structuré pour reposer les règles. En revanche, plus on remonte au niveau, j’allais dire structurel haut, et plus ces petites sommes deviennent des grosses sommes.

Quand on voit que le ministère de la Défense signe un contrat « Open Bar » avec Microsoft Irlande, je me permets aussi de rajouter que ça a été signé avec Microsoft Irlande, c’est-à-dire que notre cher ministère de la Défense nationale français rentre dans un jeu d’évasion fiscale, de façon parfaitement avérée. C’est-à-dire qu’au lieu de signer avec Microsoft France qui leur dit : « Ah ben oui, mais c’est plus cher parce qu’il y a des impôts à payer ! Eh bien allez avec Microsoft Irlande qui a des accords de partenariat et de non-imposition fiscale avec les États-Unis, l’argent ira directement aux US et ça ne fera de mal à personne ! » Eh bien si, ça fait du mal au contribuable français parce qu’effectivement, il y a des emplois qui ne sont pas créés en France et le contribuable paye deux fois, même il paye trois fois. Il a payé une fois pour former des gens, une deuxième fois pour repayer pour les produits qui sont faits par ces gens une fois qu’ils sont allés s’expatrier aux États-Unis et une troisième fois parce qu’il n’y a pas les taxes sur la vente et l’achat de ces produits.

Clairement, on a intérêt à frapper le plus haut possible parce que là les montants ne sont plus négligeables et qu’on voit à quel point, j’allais dire c’est une honte ; ça fait un peu émotion rapide, mais en tout cas, c’est un désastre fiscal et financier pour la collectivité !

François Revol : « Enfin, mais écoutez ! C’est de la merde ; c’est une honte ! » [en imitant la voix de Jean-Pierre Coffe]. Oui, la vente liée ce n’est pas nouveau du tout. Effectivement, c’est ce que je disais, ça a quinze ans. Il y a un article très amusant qui s’appelle He Who Controls the Bootloader8, par Scot Hacker qui date de 98, qui explique exactement ça, ce que j’ai dit tout à l’heure, eh bien on retrouve la même chose avec Secure Boot. C’est exactement ça, on prend les mêmes et on recommence !

Patrice Bertrand : J’allais ajouter. D’ailleurs ce débat récent autour de la priorité au logiciel libre dans tel ou tel service de l’État a donné lieu à un exercice de lobbying qui était véritablement un cas d’école. On a vu, justement, les acteurs dont le gâteau était en jeu, mettre en avant, comme il est d’usage dans ces cas-là, des organisations professionnelles, l’AFDEL [Association française des éditeurs de logiciels et solutions internet], bien entendu, mais aussi, et on s’est un peu demandé pourquoi, Syntec Numérique [Syndicat des professionnels du numérique] qui normalement, à notre sens, ne devrait pas prendre parti contre une priorité au logiciel libre, mais qui dans ce cas-là s’est fait le porte-voix de ces acteurs. Et on a vu même jusqu’à l’INRIA, un institut de recherche informatique, qui véritablement ne devrait pas se mêler de ces choses-là, par la voix de son président, cosigner une lettre. Et ils y sont allés, tous ces gens, de mails généralisés à tous les députés et sénateurs, de courriers aux ministres, de coups de téléphone aux conseillers. Enfin vraiment, un exercice de style de lobbying.

Il se trouve que dans, le premier cas de figure, il a abouti, puisque le gouvernement a demandé lui-même un amendement annulant la priorité qui avait été votée par les sénateurs et, dans le deuxième cas, le lobbying n’a pas eu gain de cause, mais je pense que ce n’est qu’un petit combat, le début d’une longue bataille.

François Revol : Syntec qui, il y a juste quelques mois il me semble, a financé un colloque sur l’open source justement. Alors on ne va pas dire qu’ils essaient de nous endormir, mais ce n’est pas quand même pas très cohérent.

Patrice Bertrand : C’est à se demander si ce n’était pas pour avoir davantage d’armes, le moment venu, pour le grand combat qui était celui-là.

Gilles Gouget : Le Syntec Numérique qui, si je ne m’abuse, prétend représenter à la fois les SS2I [Société de Services en Ingénierie Informatique.] et les SS2L [Société de Services en Logiciels Libres] et dont le chargé de mission pour les SS2L n’est autre que le patron de Linagora qui n’a même pas été consulté sur la décision du Syntec Numérique. Donc ça pose peut-être un problème de représentativité de cet organisme.

François Pellegrini : Là aussi, si on revient sur la théorie des organisations, et l’exemple que je vous avais donné, de celui qui gagne le plus aura toujours tendance à gueuler le plus fort. Clairement, dans toutes ces organisations, on peut penser au Syntec mais aussi également au Medef. Le Medef est censé représenter toutes les entreprises de France. Or, en fait, on voit que les positions du Medef qui sont contrôlées par les gens qui ont les moyens d’être présents en permanence au Medef, c’est-à-dire les représentants des grandes entreprises, font, au nom du Medef, des actions de lobbying en faveur des entreprises du CAC 40.

Si on a une pensée raisonnable du point de vue des entreprises françaises, à la lumière de tout ce qui est montré en termes d’indicateurs économiques, on a envie d’avoir un niveau de taxation qui augmente avec la taille des entreprises. Bizarrement, le Medef a toujours prôné l’inverse. Ça montre qu’effectivement, c’est ce qu’on appelle l’astroturfing : on voit des loups qui sont déguisés en agneaux et qui prétendent bêler avec les agneaux alors qu’en fait, ils sont juste là pour faire des lois qui sont favorables aux loups.

Le Syntec Numérique n’échappe pas, effectivement, à cette règle. Il est contrôlé par, finalement, les mêmes que ceux qui sont derrière l’AFDEL et ce ne sont pas deux associations : quand on compte les forces en présence, c’est une seule avec quelques grands d’un côté, effectivement ceux qui ont tout à perdre du fait que l’Éducation nationale donne la priorité au logiciel libre et, en face, évidemment, on a les acteurs du Libre.

Mais j’allais dire que, justement c’est ça qui est intéressant, le Libre c’est la vraie compétition. C’est-à-dire que quand vous avez sur un marché public un appel d’offres, ce ne sont pas les SSLL qui le gagnent. Au contraire, on voit les sociétés de service classiques et traditionnelles, membres du Syntec Numérique, remporter éventuellement des appels d’offres pour la maintenance de logiciels libres, face à des SSLL. Ce qui montre qu’effectivement il ne s’agit pas du tout, du point de vue des sociétés de services en logiciel libre, d’une action partisane pour privilégier leur business, comme c’est le cas par ailleurs, mais au contraire de garantir l’ouverture et le bon usage des deniers publics.

François Revol : La fameuse concurrence libre et non faussée !

François Pellegrini : Celle-là même.

Jeanne Tadeusz : Absolument. Juste pour compléter aussi, effectivement c’est un tout petit service public, c’est le service public de l’Enseignement supérieur, donc on reste quelque chose d’assez limité. En même temps, quand on voit le déchaînement de lobbying qui a eu lieu, toutes les entreprises du logiciel privateur ne s’y sont pas trompées et je pense que nous non plus on ne doit pas s’y tromper. Le fait même de marquer « priorité au logiciel libre » dans une loi, aujourd’hui, c’est une révolution !

Luc Fievet : Je crois que le contre-argument était de dire que c’est problème légal. Dès lors que ça a été voté, si le problème légal ne se pose pas, c’est la démonstration que cet argument faux.

Jeanne Tadeusz : Voila ! Ils annoncent un problème légal en oubliant de dire que c’est du droit européen ; que la Cour constitutionnelle italienne a déjà eu l’occasion de se prononcer sur le sujet en 2010. La décision n’est pas tout à fait récente, donc on a quand même eu le temps de la consulter, qui a dit qu’il n’y avait aucun problème vu que le logiciel libre ce n’est pas une question technique mais c’est une question de droit fourni aux utilisateurs et, en l’occurrence, à l’administration, donc on n’a pas de problème particulier à ce niveau-là. Déjà la question juridique a été clairement tranchée ; je ne prétends pas être nécessairement une des plus grandes expertes sur le sujet. Après, on peut considérer quand même qu’une Cour constitutionnelle dans un grand pays comme l’Italie, a priori cette loi parle en termes de droit de la concurrence et donc, à partir de ce moment-là, on a quand même quelque chose de clair.

Et juste pour terminer aussi, un rappel, c’est que le Syntec, l’AFDEL, se plaint dans ses différents courriers, dans ses différents efforts de lobbying, que le gouvernement favoriserait par ce type de disposition un business modèle par rapport à un autre, pourtant ce n’est pas quelque chose qu’il n’a pas le droit de faire. Si le gouvernement décide qu’il préfère louer des bâtiments plutôt que de les acheter, ce n’est parce qu’il va à l’encontre des vendeurs de bâtiments, que c’est contraire au droit de la concurrence. Le gouvernement a parfaitement le droit de choisir le logiciel libre même si ce n’est pas uniquement, comme on disait effectivement, des entreprises de logiciel libre, il a particulièrement le droit d’opter pour le fait d’avoir le droit de faire un certain nombre de choses.

François Pellegrini : Et je rappelle en France qu’il y a une jurisprudence qui est celle du Conseil d’État qui est aussi, dans l’ordre juridique français, situé à un niveau très haut.

Gilles Gouget : On arrive au terme de cette émission, il nous reste à peu près deux minutes et quelques secondes. On va devoir se quitter là, à moins que quelqu’un ait un scoop à nous lâcher comme ça sur radio RMLL.

François Pellegrini : Pas un scoop, rapidement…

Gilles Gouget : Un livre qui va sortir.

François Pellegrini : Par rapport au droit du logiciel, avec mon complice Sébastien Canevet qui est enseignant universitaire juriste et moi-même qui suis enseignant universitaire, mais en informatique, on s’est mis à quatre mains et un seul cerveau, parce que c’est étonnant comme on fonctionne, pour pondre un bouquin Droit des logiciels, justement pour éviter qu’il y ait beaucoup d’âneries qui soient racontées par la suite. Et ça, ça devrait sortir avant la fin de cette année, chez un très bon éditeur, Les Presses universitaires de France pour ne pas les citer. Donc on est très contents !

Patrice Bertrand : Et moi, si je peux ajouter, j’aimerais pré-annoncer un autre grand événement du logiciel libre et de l’open source qui se tiendra à Paris, c’est l’Open World Forum qui se tient à Paris début octobre, comme chaque année depuis six ans maintenant.

François Revol : Et adoptez un député !

Gilles Gouget : Ils sont gentils et ils sont doux à caresser.

François Revol : Ils nécessitent pas mal d’apprentissage, mais après ils se débrouillent !

Jeanne Tadeusz : Mais ils apprennent ! Mais ils apprennent ! Et ne pas hésiter aussi sur les différents projets de loi qu’on a vus, que ce soit refondation de l’école, l’enseignement supérieur et d’autres, que les députés sont réceptifs : régulièrement, même quand on leur envoie des courriels, quand on les appelle, parce que ce sont souvent des problématiques simplement qu’ils ne connaissent pas. Donc pour revenir quand même au point départ, quand on entend des gens dire qu’il n’existe pas autre chose que Windows ou Mac, c’est parfois simplement parce qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de tester autre chose, donc allez parler à vos responsables, aux députés, pour leur montrer l’existence du logiciel libre et son importance de plus en plus réelle aujourd’hui.

François Revol : Offrez-leur un CD de distributions, une Framakey9, enfin tout ce que vous avez sous la main !

Gilles Gouget : Oui ! Vingt secondes !

François Pellegrini : c’est que l’Assemblée nationale, ils utilisent le logiciel libre !

Jeanne Tadeusz : Ils utilisent en partie. Ils utilisaient complètement il y a quelque temps encore. Il y a eu un lobbying là aussi très fort de la part d’un certain nombre d’éditeurs propriétaires ; aussi un certain nombre de problématiques techniques, ce qui fait qu’ils sont partiellement revenus, mais ils utilisent encore beaucoup de logiciels libres aujourd’hui, notamment en termes de traitement de texte ou de lecteur multimédia.

Gilles Gouget : Nous remercions Jeanne Tadeusz, Anne Nicolas, Patrice Bertrand, Vincent Pellegrini [François Pellegrini ; ni Vincent ni Gilles, NdT]10, François Revol de nous avoir accompagnés jusqu’à présent. On remercie Nat à la technique. On se retrouve tout à l’heure à 17 heures jusqu’à 18 heures 15 pour la toute dernière. Ce sera avec l’orga, tout ça, pour faire un petit débriefing avant le vrai débriefing de ces rencontres Mondiales du Logiciel Libre. Bonsoir à tous ! Bonsoir à toutes ! Et restez libres !

svieille.png Simon VIEILLE

Monitordisplay : gérer ses dispositions d'écrans

Le 13 August 2017 à 13:41:00

Je branche très souvent des écrans externes à mon laptop et je suis un peu lassé de bidouiller xrandr. En effet, ses instructions sont simples mais assez longues et pénibles à écrire.

Ainsi, j'ai décidé de me faire un outil pour pouvoir configurer des modes d'affichage, pouvoir ajouter plusieurs dispositions et les activer rapidement.

Comme à mon habitude, c'est un outil en ligne de commande. J'ai décidé d'utiliser PHP pour une question pratique pour moi.

Installation de monitordisplay

Il faut installer l'interpréteur PHP (5 ou 7) :

Maintenant que PHP est installé, il faut récupérer le projet :

Configuration

monitordisplay va essayer de charger 3 fichiers. Chaque fichier peut surcharger la configuration du précédent. Voici la liste :

  • /etc/monitordisplay/config.ini
  • $HOME/.config/monitordisplay/config.ini
  • $HOME/.monitordisplay

Je suis le seul utilisateur du laptop donc je vais juste créer le dernier.

Le fichier de configuration copié contient 2 écrans :

laptop et hdmi sont les identifiants "humains" sur lesquels je vais m'appuyer pour réaliser les dispositions. Le paramètre name contient l'identifiant technique passé à xrand. resolutionX et resolutionY indiquent la résolution de l'écran.

Il est possible de configurer plusieurs fois le même écran. Il suffit de modifier l'identifiant humain. Vous pouvez ainsi prévoir plusieurs résolutions.

Maintenant, il reste à renseigner des modes d'affichage. En voici trois exemples :

Tout comme un écran, le mode d'affichage porte un identifiant. Il possède également une liste de dispositions (config[]) et un indicateur (optionnel) d'écran principal (primary). L'ordre des identifiants définie la position, de gauche à droite, des écrans.

Utilisation

Pour activer un mode d'affichage (exemple : work), il suffit de lancer cette ligne de commande :

Le mode work contient deux dispositions. Pour passer à la seconde disposition, il suffit de lancer :

-t permet donc de passer successivement d'une disposition à une autre.

Quand monitordisplay charge un mode ou change de disposition, par défaut, il désactive les écrans non pris en charge. Si vous souhaitez outre-passer ce comportement, il suffit de passer l'argument -s. C'est assez pratique quand vous souhaitez initialiser une résolution sur un écran sans désactiver les autres.

Le code source est disponible sur gitnet et c'est open bar ;)

11 August 2017

april.png Nouvelles April

Réalisation de photos libres pour Wikipédia - Lionel Allorge - PSES2017

Le 11 August 2017 à 14:00:34


Lionel Allorge

Titre : Réalisation de photos libres pour Wikipédia
Intervenant : Lionel Allorge
Lieu : Pas Sage en Seine
Date : Juillet 2017
Durée : 45 min 27
Visionner la vidéo
Diaporama support de la conférence : format PDF
Sous-titres : fichier format srt
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Bonjour. Merci d’être là. C’est sympa d’être venus. Moi je viens d’arriver parce que je me suis retrouvé coincé dans les embouteillages parisiens, ce qui explique un petit peu le retard, le léger retard. J’avais pris beaucoup de marge et ce n’était pas suffisant.

Je vais vous parler un peu de photographie ce qu’on appelle libre et puis je vais, bien sûr, vous expliquer ce que c’est ce qu’on appelle une photographie libre.

Donc je me présente. Je m’appelle Lionel Allorge, je suis membre du conseil d’administration de l’April1 qui est une association qui fait la promotion et la défense du logiciel libre, je vous en reparlerai un peu plus tard ; et puis membre de Wikimédia France2 qui est l‘association qui représente en France la fondation Wikimedia qui est une fondation américaine et qui chapeaute, notamment, Wikipédia qui est un projet que, je pense, la plupart d’entre vous ont déjà vu si vous allez sur Internet.

La photo libre. La photographie libre

L’idée c’est, dans le prolongement des logiciels libres, de faire un partage de connaissance qui soit le moins restrictif possible pour que les gens puissent se l’approprier et le réutiliser. Ça, ce sont les grandes lignes théoriques. Ça veut dire que, notamment si vous allez sur Wikipédia, c’est une encyclopédie qui contient des textes et ces textes vous pouvez, vous avez le droit, de les copier-coller, contrairement à la logique du droit d’auteur qui est que quand vous avez un texte qui a été écrit par un auteur, si vous voulez en faire quoi que ce soit, c’est-à-dire le publier, le copier sur votre blog, le transférer à vos amis, vous êtes obligé de demander, à chaque fois, l’autorisation à l’auteur. Donc évidemment, ça rend très difficile le partage de la connaissance.

L’idée de Wikipédia, l’idée des logiciels libres, c’est d’inverser la logique de ça et de dire plutôt que de devoir demander une autorisation à chaque fois à l’auteur — ce qui peut s’avérer très compliqué parce que l’auteur peut être très difficile à joindre, on peut ne pas savoir le joindre — c’est, pour un certain nombre d’auteurs qui sont d’accord, de faire l’inverse ; c’est-à-dire de donner une autorisation générale, à tout le monde, de réutiliser leur travail, sous réserve qu’ils respectent quelques petites conditions que je vais vous détailler ; il y en a essentiellement deux pour ce qui nous occupe.

Par exemple, cette photo-là est une photo libre, c’est-à-dire que la personne qui l’a faite a décidé, sciemment, de la partager avec tout le monde.

Pour faire ça, le photographe, une fois qu’il a pris la photo, il doit tout simplement déclarer qu’il la publie sous une licence libre – je détaillerai aussi les licences libres — c’est-à-dire qu’en fait, il passe une sorte de contrat avec vous en disant vous pouvez faire ce que vous voulez avec ma photo à condition de respecter, encore une fois, quelques petits points, qui ne sont pas totalement négligeables, mais je les détaillerai.

C'est quoi une photo libre ?

Cette photo je l’ai récupérée sur Wikimédia Commons3. C’est un site dont je vais vous reparler aussi. L’idée de Wikimédia Commons c’est que c’est une sorte de médiathèque, un petit peu comme ici, numérique, qui permet de déposer toutes sortes de documents qui ne sont, en gros, pas des textes. C’est-à-dire des dessins, des schémas, des diagrammes, des photos, des vidéos et bientôt, dès que la fonction sera mise en place, des objets en 3D. Et l’idée c’est que tout le monde doit pouvoir utiliser ces objets, encore une fois avec le moins de restrictions possibles.

Si on va sur ce site, on peut donc voir la photo. Il y a un lien. [Alors est-ce que j’ai un petit système qui me permette de faire un pointeur avec ça ? Oui, super]. Ici vous avez marqué fichier d’origine parce que là vous avez une version, on va dire une vignette, c’est une version qui a été réduite en taille, et en cliquant sur « fichier d’origine » ici en bas, [je vous en prie madame], vous pouvez récupérer le fichier d’origine du photographe avec la définition maximum.

Et, en dessous, il y a un petit texte qui vous précise pourquoi cette photo est libre. Et donc ça vous dit que ce fichier est disponible sous les termes d’une licence, ça va être Creative Commons4, c’est donc ce contrat dont je vous parlais. Je reviendrai un petit peu en détail sur ce que c’est que les Creative Commons, mais déjà l’idée c’est essentiellement que ça vous autorise à réutiliser ce fichier comme vous voulez.

[Je vous en prie, entrez.]

Pour faciliter encore les choses, quand vous êtes sur cette médiathèque libre, donc Wikimédia Commons, vous allez trouver un certain nombre de liens, ici, qui vont essayer de vous faciliter la tâche. Parce qu’encore une fois, l’idée c’est d’encourager les gens à réutiliser ces fichiers. Donc on vous propose de pouvoir les télécharger dans différentes tailles d’image et de faciliter l’utilisation sur Internet, sur un wiki ou pour pouvoir envoyer ce lien, ce fichier, dans un mail. Et là, automatiquement, ça vous permet, par exemple, de récupérer cette petite phrase qui est la petite phrase que la licence vous demande de coller à côté de l’image, pas loin de l’image.

Alors si vous avez déjà lu des livres ou plutôt même des journaux, des choses comme ça, vous avez peut-être déjà vu que, à côté de l’image, souvent en bas, mais ça peut être sur le côté, vous avez le nom de l’auteur de l’image, en fait. Et là, on vous demande donc, une des choses qu’on vous demande, c’est de mettre le nom de l’auteur, donc ici Pierre Dalous, et CC BY-SA 3 ; c’est le nom de la licence dont je vais vous reparler un petit peu plus tard. Donc en gros, pour utiliser cette image sur votre blog, sur Twitter, sur un certain nombre de sites participatifs, mais aussi dans un livre, par exemple dans une revue, dans un journal, vous pouvez juste prendre l’image, mettre la phrase, et l’utiliser ensuite comme vous voulez.

Wikipédia

L’idée de base de cette médiathèque est née dans Wikipédia. Donc déjà, est-ce qu’il y a des gens qui ne connaissent pas Wikipédia ? Non ? C’est cool ! C’est un petit peu compliqué à expliquer comme projet parce que c’est devenu assez grand. Mais en gros, l’idée vraiment c’est de faire une encyclopédie libre. Donc encyclopédie, vous savez je pense ce que c’est, c’est-à-dire une espèce de répertoire du savoir humain aussi large que possible. Et puis libre, toujours pareil, parce que Wikipédia est publiée sous une licence qui vous autorise à copier. Ce qui, parait-il, gêne un certain nombre de professeurs, parce que d’habitude, en général à l’école, on vous dit : « Surtout ne copiez pas ! ». Et là, nous on leur dit : « Faites exactement l’inverse, copiez ! » À partir du moment où vous dites que vous avez copié, c’est-à-dire où vous dites : « Ce n’est pas moi qui ai écrit ce texte », vous ne vous l’appropriez pas, mais vous dites « je l’ai trouvé à tel endroit, écrit par telle et telle personne. »

Dans Wikipédia, quand le projet a démarré, il y avait essentiellement du texte. On était au début, pas au début de l’Internet, mais l‘Internet était encore relativement lent, donc les gens mettaient essentiellement du texte et puis, au fur et à mesure que l’Internet s’est développé, que les vitesses ont augmenté, on a commencé à vouloir enrichir l’encyclopédie avec des images d’abord, et, comme je vous disais, des schémas, des dessins techniques, par exemple quand il y a des articles techniques et puis même des vidéos. Il y a un certain nombre de choses qu’il est difficile d’expliquer autrement que par une animation. Et donc on s’est retrouvés à devoir, enfin à vouloir mettre un certain nombre de fichiers multimédias dans Wikipédia.

Les Wikipédia, en fait il y en a, je ne sais plus combien aujourd’hui, plus de 200 je crois, puisqu’il y en a une pour chaque une langue. Pour chaque langue où on trouve des gens qui veuillent bien ajouter des articles. Et donc, chaque Wikipédia dans son coin commençait à rajouter des photos dans son coin. Donc rapidement les gens se sont dit ça serait intéressant de rassembler toutes ces photos, tous ces fichiers en un seul endroit, pour qu’on n’ait pas à les dupliquer en x exemplaires. Et donc est né ce projet de Wikimédia Commons qui est, comme je disais, une médiathèque libre, qui, au départ, est faite pour servir à Wikipédia, mais qui, en fait, est vraiment là pour servir à tous les usages que vous pouvez imaginer avec ces fichiers.

Creative Commons BY SA

La licence principale qui est utilisée dans Wikipédia, et donc qui est aussi pas mal utilisée sur Commons, c’est cette licence qui s’appelle Creative Commons BY SA. Alors c’est de l’anglais. BY ça veut dire que vous avez l’obligation, si vous utilisez ces images, de faire ce qu’on appelle une attribution, c’est-à-dire de ne pas vous approprier l’image en disant c’est moi qui l’ai faite, comme dans la pub, mais de dire elle a été faite par monsieur ou madame Untel.

Et la deuxième obligation que vous avez, c’est le partage dans les mêmes conditions. C’est-à-dire que si vous utilisez cette image et que, par exemple, vous la modifiez, admettons que vous l’utilisiez sur votre blog et que vous vouliez rajouter quelque chose dessus, ça crée une nouvelle version de l’image, cette nouvelle version va être, elle-aussi, sous la même licence. C’est-à-dire qu’en gros, vous ne pouvez pas dire je rajoute un petit truc dans un coin et l’image, d’un coup, elle m’appartient, je suis le seul à pouvoir l’utiliser. La licence se transmet dans toutes les variantes de l’image, les variantes successives.

[Ça ne devrait pas s’afficher comme ça ! Bon ! Ah, ça c’est mieux !]

Il y a une autre licence libre dont je vous parle rapidement, qui fait, en gros, à peu près la même chose, c’est-à-dire vous pouvez réutiliser les fichiers comme vous voulez, mais vous devez donner le nom de l’auteur et vous devez publier sous la même licence d’éventuelles variantes que vous ferez, c'est la licence Art Libre5. Elle a un gros avantage sur la précédente, c’est qu’elle est écrite en français. C’est-à-dire l’original est en français, est fait par des Français, donc c’est un peu plus facile, peut-être, à comprendre, tandis que l’autre est faite par des avocats américains et donc, si on veut lire vraiment le texte de la licence, elle est très jargonneuse, elle est un peu difficile à suivre pour qui n’est pas spécialiste.

Copyleft

Ces deux licences contiennent ce qu’on appelle la notion de copyleft. Le copyleft, c’est le symbole du copyright inversé. Donc c’est un jeu de mots qui n’est pas vraiment traduisible en français. C’est-à-dire que copyright, en anglais, veut dire les droits de copie, les droits de copier une œuvre et right veut dire aussi à droite. Et donc, en inversant le terme, on fait copyleft ce qui veut dire à la fois le droit de copier à gauche, mais aussi left, ça veut dire en anglais laisser quelque chose. Donc c’est l’idée qu’on laisse aux autres le droit de réutiliser l’œuvre.

Cette notion de copyleft existe maintenant dans de nombreux domaines. Elle existe, au départ, essentiellement dans les logiciels, des logiciels que vous connaissez peut-être comme Firefox, par exemple, ou LibreOffice, ce sont des logiciels publiés sous licence libre. Mais après, cette idée s’est propagée donc à Wikipédia, elle s’est propagée à d’autres notions comme OpenStreetMap6. Vous connaissez peut-être, c’est un site qui vous permet d’avoir une cartographie de toute la planète et qui est, elle aussi, sous licence libre, c’est-à-dire que vous pouvez récupérer les données et les réutiliser comme vous voulez. Vous avez maintenant de plus en plus de choses. Vous avez même des gens qui font dans les fab labs, qui fabriquent des objets qui sont sous licence libre, enfin ce genre de choses. Donc ça essaime au fur et à mesure cette idée d’inverser le droit d’auteur en disant plutôt que de vous interdire tous les usages, sauf ceux que je vous donnerai personne par personne, c’est de faire l’inverse, c’est de dire vous avez le droit de réutiliser comme vous voulez.

Wikimédia Commons

Donc le site Wikimédia Commons, dont je vous ai parlé au début, c’est ce site qui est une médiathèque libre, qui est faite essentiellement par des bénévoles. Pas que ! C’est fait par tous les gens qui veulent participer à ce projet, mais il y a un certain nombre de gens qui sont rémunérés. C’est un cas un peu particulier. La plupart des gens qui participent à ça sont bénévoles. Ce sont des gens qui participent gratuitement, on va dire. Mais il y en a certains qui sont payés et l’exemple type ce sont les fonctionnaires américains. Les fonctionnaires américains, quand ils produisent une œuvre, sont obligés, par la loi américaine, de la mettre dans ce qu’on appelle le domaine public. C’est-à-dire, en gros, ils abandonnent tous leurs droits sur l’œuvre. Et c’est comme ça que, par exemple, si un militaire américain fait une photo aujourd’hui en Irak de soldats américains et qu’il la publie, il va la mettre dans le domaine public. Cette photo peut être récupérée par tout le monde et réutilisée par tout le monde.

L’autre exemple un peu moins guerrier, c’est la NASA. Toutes les photos que fait la NASA sur les étoiles, les planètes, la station spatiale internationale, peuvent être récupérées et réutilisées par tout le monde, sans même avoir à respecter les deux points dont je vous parlais tout à l’heure. Il n’y a même pas besoin de redire que ce sont des photos de la NASA, par exemple.

Donc ça, Commons, c’est un projet qui aujourd’hui en est à, j‘ai le chiffre-là : il y a quelques jours, quand j’ai fini la présentation, on en était à plus de 40 millions de fichiers, ce qui est à la fois énorme parce que, du coup, il y a foison de photos notamment, ce sont essentiellement des photos, mais, vous allez voir un peu plus loin, tous les sujets ne sont pas traités, loin de là. Par exemple, ici on est à Choisy-le-Roi, il y a plein de choses de Choisy-le-Roi qui ne sont pas en photo sur cette base de données, qui pourraient mériter de l’être. Donc il y a pléthore de choses encore à faire si vous êtes intéressés.

Quoi photographier

Je vais essayer de vous dire un petit peu ce qu’on peut mettre sur Wikimédia Commons et donc sur Wikipédia, parce que tout n’y est pas autorisé et l’idée, essentiellement, c’est : il faut que les images, les dessins, etc., les vidéos, aient un intérêt éducatif. Ça c’est la grande idée de Wikipédia, c’est-à-dire qu’on est là pour partager du savoir et que donc le selfie de vous avec votre tantine, on s’en fout un peu, en fait, à vrai dire. Non seulement on s’en fout, mais surtout on ne veut pas que ça encombre les serveurs donc, si vous la mettez, ça sera effacé. Pour ça, il y a tout un tas de sites qui vous permettront de mettre vos photos de vous et de votre tantine sans difficulté.

Là, par exemple, je ne sais pas si on voit très bien, mais on a un monsieur qui a son bébé dans les bras. C’est à Paris durant la fête chinoise du nouvel an et, en fait, il est en train de prendre un selfie de lui avec derrière la fête. Alors ça, c’est une photo qui n’a pas sa place dans Wikipédia a priori, puisque la photo de ce monsieur, qui est a priori inconnu et de son bébé, tout aussi inconnu, ne nous intéressent pas. Je sais, c’est dur !

Par contre, si jamais vous faites un selfie avec Leonardo DiCaprio, ça peut potentiellement nous intéresser parce qu’on vous virera, vous, et on recoupera pour avoir juste Leonardo DiCaprio. Oui, puisque la licence nous autorise à recouper dans les photos, puisqu’on peut les manipuler. Donc on vous virera vous, si vous êtes un inconnu comme moi, ou peut-être la plupart d’entre vous, et on gardera Leonardo DiCaprio.

Il y a des photos qui nous seront toujours impossibles à faire, je pense. À moins de s’appeler Thomas Pesquet, c’est-à-dire des photos comme celle-là, des photos prises dans la station spatiale internationale. Ça, évidemment, c’est hors de portée du commun des mortels, on va dire, et ce n’est pas ça qu’on attend, en fait, des gens qui vont participer à Wikipédia. Ce qu’on attend d’eux, c’est de faire des photos qui sont évidemment réalisables, humainement parlant, sans nécessiter des moyens extraordinaires. Donc les photos dans l’espace, a priori, on compte plutôt sur les agences, évidemment, spatiales internationales pour nous les fournir.

Un autre exemple, c’est la photo que j’avais mise en entête ici, c’est une photo d’explosion d’une ampoule à incandescence, la pauvre ; la pauvre parce qu’il n’y en a plus beaucoup, c’est en voie de disparition. Et pour faire ce genre de photo, évidemment, il faut un studio photo, il faut du matériel spécialisé pour faire une photo très rapide et, en plus, cette photo est truquée parce que, évidemment, pour la faire, ça il faut que ça soit connecté à l’électricité à un moment ou à un autre. Donc en fait, évidemment, tout ça c’est faux et ça a été remis. Donc en plus, c’est une photo qui est vraiment travaillée, truquée, etc. Donc j’imagine que le commun des photographes ne peut pas faire ça. Mais par contre, ça peut être le cas dans le cadre, comment dire, d’un groupe de photographes qui se réunissent. Ça peut être un club photo par exemple. Ça peut être des choses que je vous montrerai après qu’on fait au sein de Wikimédia France, si on peut se réunir à plusieurs et, à ce moment-là, avoir assez d’argent pour acheter, éventuellement, du matériel spécialisé, des flashs très rapides, des choses comme ça, et on peut s’amuser à essayer de faire ce genre de photos.

Les photos les plus courantes que les gens vont faire, ce sont essentiellement des photos de l’environnement où ils vivent c’est-à-dire des photos — là j’ai pris une photo de Paris — ça peut être ici, comme je disais, à Choisy-le-Roi, ça peut être un peu n’importe où. Les vacances d’été s’approchent ; pour ceux qui auront la chance d’aller se balader à droite à gauche, ça peut être le moment d’aller prendre une photo d’un village perdu au milieu de la France profonde et qui, peut-être, n’a pas de photo sur Wikipédia. On a, dans Wikipédia, les fiches des 36 000 communes de France mais beaucoup n’ont aucune photo, parce qu’aucun photographe intéressé n’y est jamais allé, tout simplement. Donc ça peut être l’occasion, au cours des vacances, de dire je prends quelques photos des points reconnaissables du village, ça peut être la mairie, ça peut être la rue principale, ce genre de choses.

Par exemple, il n’y a pas très longtemps, ça s’est un peu amélioré, il y a quelque chose qui était assez simple, c’est le raisin italia. Je ne sais pas si vous voyez, en septembre, en général, chez un peu tous les vendeurs de fruits et légumes, vous avez ce raisin jaune dit italia. Il n’y en avait, il y a peu, que deux photos, et pas des photos particulièrement réussies. Donc ça veut dire que même sur des choses du quotidien, même en allant faire vos courses, en fait, vous pouvez avoir l’opportunité d’aller acheter un fruit, un légume un peu rare, et puis de le prendre en photo et ça, ça améliore Wikipédia, parce qu’après ça peut illustrer la fiche de l’article en question.

Il y a des choses aussi assez simples que, des fois, on ne soupçonne pas. Ici, en région parisienne, vous allez peut être reconnaître, ça c’est ce qu’on appelle un édicule Guimard. Je suis désolé pour le nom, édicule. Ce sont ces petites bouches de métro qui ont été faites au début du siècle par un architecte qui s’appelait Hector Guimard. Vous les reconnaissez sans doute, il y en a encore beaucoup qui existent. Et, comme on a considéré qu’elles étaient représentatives de Paris, elles sont toutes protégées par ce qu’on appelle une loi sur les monuments historiques. C’est-à-dire qu’il est interdit, notamment de les détruire par exemple, ou de les abîmer. Ça, ces édicules, on peut aller les photographier et les mettre dans Commons. Et on ne peut le faire que depuis très peu de temps, parce que ce monsieur Hector Guimard — tant mieux pour lui — a eu une vie vraiment très longue ; il est mort vraiment très vieux. Et donc, bien qu’il ait fait ça dans les années 1900, il y a encore quelques années, je parle quatre/cinq ans, je ne sais plus quelle date, on ne pouvait pas, en fait, faire des photos de ce qu’il avait fait et les mettre sur Wikipédia, parce que Wikipédia demande à ce que ce qu’on met en photo ne soit plus soumis au droit d’auteur, puisqu’on essaye de respecter le droit d’auteur. Et donc, ce monsieur avait un droit d’auteur en tant qu’architecte, sur ce qu’il avait fait et donc, on considérait qu’il n’était pas assez mort, en fait. C’est un peu dommage comme expression, mais c’est que la loi française protège les œuvres des auteurs pendant tout leur vivant et 70 ans après leur mort.

Alors il y a quelques subtilités pour les gens qui ont été faire la guerre, etc. ; les subtilités sont expliquées dans Wikipédia pour ceux que ça intéresse, mais globalement, ce n’était pas le cas de M. Guimard, donc lui c’était 70 ans. Alors c’était sa mort plus 70 ans et ensuite, il fallait attendre le premier janvier de l’année suivante. Chaque premier janvier, vous avez comme ça tout un tas d’auteurs qui passent dans ce qu’on appelle le domaine public et donc, à partir de ce moment-là, on peut photographier ou reproduire leurs œuvres. Si ce sont des auteurs de romans, par exemple, eh bien on peut mettre leurs romans dans Wikipédia, ce genre de choses. Ce monsieur Guimard, donc, il a fallu attendre pas mal de temps pour avoir la possibilité de photographier ses œuvres, mais aujourd’hui c’est possible.

Wiki Loves Monuments

Et donc l’association Wikimédia France a organisé un concours, du coup, un concours qui permet d’inciter les gens à aller photographier ces fameux monuments historiques. Et ce concours, qui est international, qui est organisé par, je ne sais pas, 15 ou 20 pays, s’appelle Wiki Loves Monuments7, c’est-à-dire la contraction de Wikipédia aime les monuments historiques. Et c’est comme ça que beaucoup de gens ont pu être amenés à aller dans des endroits relativement peu visités pour aller photographier, par exemple, un vieux château-fort, une ancienne église, ce genre de choses, qui sont des monuments historiques mais qui ne sont pas forcément très connus, et de pouvoir mettre les photos sur Commons, sur Wikimédia Commons. Ça, ça se passe tout le mois de septembre, c’est chaque année tout le mois de septembre et, à la fin, il y a un jury qui se réunit et qui donne des prix aux gens qui ont fait les meilleures photos. Donc chaque année, il y a des prix qui sont remis. Le prix n’a rien d’extraordinaire, mais c’est plus symbolique, c’est plus pour remercier les gens de leurs efforts à avoir contribué.

Wiki Loves Earth

L’autre concours qui s’est passé, c’était au cours du mois d’avril si je me souviens bien, c’est pareil ça s’appelle Wiki Loves Earth8, donc c’est Wikipédia aime la Terre. Je suis désolé c’est toujours en anglais, parce que ce sont généralement des concours internationaux, mais toute la documentation est traduite en français, et là, l’idée c’est d’aller photographier des endroits qui sont des parcs naturels, des endroits qui sont répertoriés comme étant à préserver. Et là aussi, on encourage les gens à aller prendre des photos, éventuellement des vidéos, mais le concours c’est plus la photo, et les publier de manière à faire connaître un peu ces endroits.

Donc là, par exemple, c’est un petit pont sur une petite rivière, pas très loin de chez moi, et c’est dans un de ces parcs naturels régionaux qui est, disons, préservé des constructions autant que possible.

Pour l’aspect un peu plus technique, si jamais vous êtes intéressé à faire ça et à participer, vous pouvez aller donc sur ce site Wikimédia Commons et vous pouvez ajouter des photos, encore une fois juste en vous assurant d’abord qu’elles sont dans le cadre du projet, c’est-à-dire qu’elles ont un aspect éducatif au sens très large du terme ; encore une fois ce n’est pas réservé aux écoles. C’est qu’est-ce qui peut me permettre de transmettre un savoir à d’autres personnes. Et surtout, que vous avez bien compris l’idée de la licence. C’est-à-dire qu’une fois que vous publiez la photo sur le site avec une des licences dont j’ai parlé, tout le monde va pouvoir reprendre votre photo et la réutiliser. Il y a des photographes que ça gêne. Il y a des gens qui bloquent un peu sur cette idée, donc on essaye de leur expliquer qu’ils ne sont déjà pas obligés de mettre toutes leurs photos et que, au contraire, les photos leur permettent, éventuellement, de se faire connaître. Mais voilà ! Il faut que vous soyez bien conscient qu’à partir de ce moment-là, en gros, la photo ne vous appartient plus puisque chacun peut aller la récupérer.

Assistant d'import

Et donc, vous avez une petite interface qui est très simple, qui vous permet d’aller choisir les photos que vous voulez sur votre disque dur, de les importer et surtout, de mettre des légendes parce que le problème c’est qu’un certain nombre de gens mettent des photos, des fois, sans préciser ce que c’est parce que pour eux c’est évident. Et ça arrive souvent, par exemple, d’avoir des photos de gens et il n’y a pas d’explication sur qui est cette personne ; donc on ne sait pas si c’est tantine ou si c’est quelqu’un qui a un intérêt, on va dire, à être sur Wikipédia.

Commonist

Il y a un autre outil pour ceux d’entre vous qui seraient super motivés et qui voudraient en faire plein, des photos, c’est que l’interface web, on peut mettre quelques photos mais au bout de cinq/six photos, ça commence à devenir fastidieux. Donc je vous le cite, pour ceux qui seraient intéressés, il y a un outil qui s’appelle Commonist9, qui est un jeu de mots sur communiste bien sûr, et qui est un outil que vous mettez sur votre ordinateur personnel et vous allez pouvoir lui dire télécharge-moi cinquante photos. Par exemple vous faites tout le tour de Choisy-le-Roi, vous prenez les photos d’un peu tous des bâtiments représentatifs, les rues, etc., vous ne voulez pas appuyer sur chaque bouton cinquante fois pour refaire le chargement, donc vous pouvez dire à ce logiciel de charger les cinquante photos en même temps. Il faut faire attention à ce qu’on fait parce que, évidemment, une fois que c’est parti c’est un peu difficile à aller corriger.

Ça, ça permet aux gens qui participent le plus et qui n’ont pas, par exemple c’est mon cas, qui n’ai pas une ligne internet à très haut débit, de pouvoir lancer un traitement pendant la nuit, pendant que je n’utilise pas Internet, contrairement à d’autres, et à ce moment-là je reviens le lendemain et normalement toutes les photos sont téléversées comme on dit, c’est l’inverse de téléchargées.

[Bon j’ai toujours mon affichage qui…, mais ce n’est pas très grave, il va finir par venir. Oui, Non ! Si.]

WikiCheese10

Pour essayer d’améliorer les articles sur Wikipédia, dans l’association Wikimédia France on s’était posé la question de qu'est-ce qu’on peut faire qui soit un petit peu représentatif du savoir-faire français. Bon ! Alors évidemment sont sortis le vin et le fromage. C’est bizarre !

Le vin, le problème, c’est que les bouteilles de vin on ne peut pas les photographier la plupart du temps. On peut les photographier, mais on ne peut pas les mettre sur Wikipédia parce qu’il y a les étiquettes sur les bouteilles, et que les étiquettes, dès qu’elles sont petit peu sophistiquées, dès qu’il y a des dessins dessus, des choses comme ça, elles passent sous le droit d’auteur. Et on ne peut pas enfreindre, nous, ce droit d’auteur, donc on n’a pas le droit de prendre des photos des bouteilles, en fait. Et si on s’amusait à enlever les étiquettes, du coup on se retrouve avec des bouteilles de vin sans étiquette et pour différencier un vin rouge d’un autre vin rouge, ça n’a plus aucun intérêt. Donc on s’est dit le truc qu’on peut photographier, qui n’est pas sous droit d’auteur, c’est le fromage.

Donc on a organisé une sorte de happening en disant on va acheter des fromages et on va les photographier.

Il fallait les acheter parce que c’est difficile d’aller voir un fromager, de lui dire prête-moi cinquante fromages, je les prend en photos et je te les rend. Il ne va probablement pas apprécier, donc il fallait qu’on les achète. Et comme ça coûte assez cher parce que, du coup, on s’est dit on ne va pas prendre tous les fromages industriels, genre Caprice des Dieux, on va prendre les AOC, c’est-à-dire les appellations d’origine contrôlée, des fromages qui sont censés être les plus représentatifs, mais ceux-là coûtent un petit peu cher. En fait, il y a eu un financement participatif qui a été lancé sur un site qui s’appelle KissKissBankBank, en disant donnez-nous de l’argent et on va manger des fromages à votre place. Et curieusement les gens ont dit : « OK ». Donc ils ont récupéré, les gens qui ont organisé ça, ont récupéré plus de 5000 euros, je crois, pour pouvoir acheter des fromages. C’est cool quand même, c’est sympa !

Donc en fait on faisait des séances de photographie, ça donne ça, et voilà. Ça c’est l’environnement dans lequel on fait la photo. C’est-à-dire qu’il y a une espèce de fond, si vous voulez, blanc, très éclairé, et puis on photographie le fromage posé sur une jolie petite plaque d’ardoise. Et, comme une fois qu’on avait acheté les fromages et qu’ils étaient photographiés, on n’allait pas jeter à la poubelle des fromages AOC quand même, donc du coup on invitait les gens à venir dans le local de l’association et puis on les mangeait avec du vin et du pain que les gens amenaient. Donc c’était cool. C’est le genre de truc sympa à faire. Donc on a fait, je ne sais pas, une dizaine de séances en tout, jusqu’à épuisement de l’argent qu’on avait.

[Alors la photo ne devrait pas s’appeler WikiCheese, mais ça va finir, ah ça a changé.]

WikiGrenier11

C’est un petit peu la même idée. Le grenier c’est l’idée que vous avez probablement peut-être chez vous, chez vos parents ou grands-parents, un certain nombre de choses qui peuvent être intéressantes à photographier pour Wikipédia. Et donc, de temps en temps, on fait des réunions le soir et puis, pendant deux heures, on photographie des choses que les gens ont amenées. Ça peut être des objets, ça peut être une théière avec une forme un peu originale. Ce que vous voyez là, ce sont des vieux périodiques, des vieux journaux, illustrés, dont on avait bien vérifié qu’ils étaient passés dans le domaine public, comme je disais, il n’y a plus de droits d’auteur dessus. Et donc là, on a un petit peu de matériel avec des trépieds, des éclairages, ce qui permet de faire des photos aussi propres que possible. On ne prétend pas être professionnels, comme je vous disais, mais on peut faire des photos très propres et après alimenter Wikipédia avec ça.

[Le titre devrait changer aussi, mais ce n’est pas grave, ça va finir par marcher, voilà.]

Description

La photo d’avant donc, celle-là, c’est le pont de tout à l’heure dont je vous parlais. Quand on la met sur Commons, on essaye de faire une petite description qui est ici. C’est très simple. C’est qu’est-ce que c’est, qu’est-ce qu’il y a sur la photo. Donc ça c’est une vue d’un aqueduc dans une commune qui s’appelle Le Perray-en-Yvelines. Si possible, on met le lieu de prise de vue. Ça c’est utile pour toutes les photos qui ont un intérêt géographique. Si vous photographiez quelqu’un, il n’y a pas forcément besoin de préciser où c’était. Les fromages, il n’y a pas besoin de préciser où ils ont été photographiés, on s’en fout un peu. Mais par contre un lieu, c’est intéressant de savoir où c’était, pour juste pouvoir le retrouver en fait.

Et puis en dessous, donc, on indique que ça, ça a fait partie d’un concours. Donc on met la référence du concours. On met que ça a été téléchargé avec le fameux logiciel Commonist dont je vous parlais et on met la date et le nom de l’auteur.

Sur Commons comme sur Wikipédia, vous n’êtes pas obligé d’apparaître avec votre vrai nom. Vous pouvez créer un alias. Moi j’ai choisi d’apparaître avec mon vrai nom, mais c’est vraiment un choix personnel ; il y a beaucoup de gens qui préfèrent mettre un alias.

Ici on va voir en détail la description, en fait, comme tout ça c’est ce qu’on appelle des wikis, donc ce sont des systèmes de texte que vous pouvez modifier. Pour ceux qui aiment un peu la technique et qui veulent rentrer un petit peu dans la tambouille, si je puis dire, vous pouvez aller voir et ça donne des petits codes comme ça. Sur l’image c’est vraiment illisible. En fait vous avez, en gros, des crochets ouvrants/des crochets fermants, des accolades ouvrantes/des accolades fermantes, et ça, ça permet de lancer un certain nombre de systèmes automatiques, par exemple de créer des liens vers d’autres fichiers sur Wikipédia, des choses comme ça.

Et puis on n’est pas obligé de tout savoir. Donc vous avez des pages qui sont réservées à chercher de l’aide pour identifier des choses que vous avez photographiées. Vous allez me dire pourquoi on photographie un truc qu’on ne sait pas identifier ? L’idée c’est que, par exemple, vous êtes dans la rue, vous voyez un camion, une voiture, un objet qui a une forme particulière, qui vous semble un peu sortant de l’ordinaire, vous dites peut-être que ça c’est intéressant, je n’en sais rien, sauf si c’est un truc extrêmement banal, mais quand même. Vous pouvez prendre la photo et vous pouvez la mettre là dans des catégories qu’on appelle, alors c’est toujours de l’anglais je suis désolé, c’est Unidentified trucks in France. C’est-à-dire ce sont les camions qui ont été photographiés en France et qui ne sont pas identifiés. C’est-à-dire vous ne connaissez pas le modèle du camion, la marque, tout ça. Les camions, personnellement, ça ne m’intéresse pas. Donc quand je fais des photos de camions je les mets là et j’attends que des passionnés de camions, parce qu’il y en a — si si, ça existe — aillent retrouver quel modèle, quelle marque, des fois même quelle année ça été produit, enfin ce genre de choses.

Il y a tout un tas de passionnés, ça peut être des trains, ça peut être des voitures, ça peut être toutes sortes de choses où il y a vraiment des gens qui sont spécialisés là-dedans. Alors autant laisser faire les spécialistes et qui, en plus, aiment ça !

Le Bistro

Si vraiment vous êtes un petit peu coincé et que vous ne savez pas trop comment rédiger la description de la photo, ou vous vous posez des questions, vous avez un endroit très sympa qui s’appelle le Bistro12. Malheureusement c’est un bistrot virtuel, c’est-à-dire qu’on n’y boit rien du tout, mais c’est une page qui est accessible. Dès que vous arrivez sur Commons, en fait, elle est mise là-haut, elle est vraiment dans les premiers liens. En fait, c’est un endroit où juste vous posez poser une question. Et il y a des gens qui sont là en permanence et qui sont, disons, plutôt bienveillants. C’est-à-dire qu’en général, même si vous avez fait une erreur, on vous expliquera comment corriger l’erreur plutôt qu’évidemment aller vous taper dessus. Et ça permet, souvent, d’apprendre beaucoup de choses. C’est-à-dire si le processus vous intéresse de participer à ça, ça permet de comprendre un certain nombre de subtilités, comme par exemple les gens pas assez morts. C’est vrai qu’au début beaucoup de gens proposent des photos de bâtiments. Par exemple, on pourrait faire une photo de cette médiathèque, mais elle sera effacée, parce qu’on va considérer que c’est un bâtiment qui a une forme un peu originale, donc il y a un droit d’auteur dessus, il y a un architecte qui n’est probablement pas assez mort, tant mieux pour lui, donc du coup on ne peut pas mettre cette photo de médiathèque sur Commons. Donc on vous expliquera pourquoi on ne peut pas la laisser.

Je vais vous parler rapidement des deux associations dont je suis membre.

Association April

L’association April. Donc c’est une association francophone qui fait de la promotion et défense du logiciel libre. Alors vous allez me dire quel rapport avec la photo libre ? C’est que tous les logiciels que j’ai évoqués là sont des logiciels libres. Donc le logiciel qui fait fonctionner Wikipédia, qui s’appelle MediaWiki, le logiciel Commonist, tous ces logiciels sont des logiciels libres. C’est-à-dire que contrairement aux logiciels classiques que vous pouvez trouver dans le commerce, vous avez le droit de les copier. Vous avez le droit et non seulement vous avez le droit mais on vous incite à les copier. C’est-à-dire que si vous avez un ami qui fait de la photo, vous pouvez lui donner une copie, par exemple du logiciel Commonist, pour qu’il puisse téléverser ses photos. Et en fait, vous êtes encouragé à faire l’inverse de ce qui est habituellement interdit par le droit d’auteur.

Donc ça c’est important, parce que ces logiciels, ce n’est pas le but de Wikipédia, mais c’est important que Wikipédia repose sur des logiciels libres pour pouvoir, à tout moment, continuer à maîtriser son informatique. Je pense qu’ici il y a probablement aujourd’hui, enfin dans ce cycle de conférences, un certain nombre de choses sur les problématiques de savoir qu’est-ce qui se passe dans son ordinateur, et les logiciels libres sont une réponse, une des réponses à cette question-là de savoir exactement ce que font les logiciels quand ils sont dans votre ordinateur.

Association Wikimédia France

La deuxième association c’est Wikimédia France. Je vous en ai parlé un tout petit peu au début. C’est une association loi de 1901, française, mais qui est la représentante officielle en France de la fondation Wikimedia américaine.

Alors Wikipédia, Wikimédia, les gens souvent ont tendance à mélanger parce que les noms sont très proches. Wikipédia c’est l’encyclopédie et Wikimedia c’est une fondation américaine qui gère l’encyclopédie Wikipédia, mais aussi d’autres projets. Il y a une série de projets sous licence libre qui sont gérés par cette fondation. Wikimédia France est le représentant en France de cette fondation. Donc ils reçoivent de l’argent de la fondation et ça leur permet de financer, notamment, les opérations dont je vous ai parlé tout à l’heure, le WikiCheese, d’avoir un local dans Paris, d’avoir du matériel photo un peu, je ne vais pas dire haut de gamme, mais enfin de bonne qualité, des choses comme ça. Tout ça peut être emprunté par les membres pour pouvoir faire, par exemple, des photos ou des vidéos

Très récemment, ils ont acquis un petit appareil photo compact, qui ne paye pas de mine, mais il a la particularité de faire des vidéos au ralenti. C’est-à-dire il permet de filmer à, je ne voudrais pas dire d’ânerie, mais je crois que c’est mille images par seconde. Donc mille images par seconde, ça veut dire que quand vous avez, par exemple, un œuf qui tombe et qui éclate, au lieu de faire spluc, il fait spluuuuuuuc, comme ça, au ralenti. L’œuf en lui-même ça n’a pas beaucoup d’intérêt, mais ça veut dire qu’on peut faire des vidéos de phénomènes qui vont très vite. On est en train de préparer, par exemple, des photos de sportifs dans les actions qui vont tellement vite qu’on a du mal à les voir à la vitesse normale, par exemple.

Donc ça, c’est l’intérêt de ce genre d’association, c’est de pouvoir avoir accès à du matériel qui est un peu hors de portée de la plupart d’entre nous.

Dans la même logique que tout ce que je viens de vous dire, cette présentation est aussi publiée sous licence libre. C’est-à-dire que si jamais vous vouliez refaire une présentation, vous pouvez récupérer la mienne et la réadapter à vos besoins. Et je crois qu’on est arrivés au bout. Oui, voilà c’est ça. Écoutez j’ai fini. Est-ce que vous avez des questions ou des remarques sur ce qu’on vient de voir ? Oui. Attendez je crois qu’il faut que je vous donne… Ah non ! Tu as un second micro. Super. Merci.

Organisateur : Tu les répètes.

Lionel : Il faut que je les répète pour le truc ? Oui, c’est ça.

Questions du public

Public : Pardon, j'ai été surprise par l'écho. En dehors de Wikipédia, Wiki Loves Monuments ou Wiki Loves Earth, est-ce qu’il y a d’autres pages qui peuvent m’inciter à aller prendre des photos sur des sujets particuliers dont Wikipédia aurait plus besoin ?

Lionel : Donc votre question, si j’ai bien compris, c’est est-ce qu’il y a d’autres pages que celles qu’on a vues comme Wiki Loves Monuments ou Wiki Loves Earth qui peuvent inciter les gens à aller prendre des photos pour Wikipédia ?

Public : Donner des indices, des sujets.

Lionel : Trouver des sujets à photographier. Alors il y a différents concours, parce que les concours c’est une manière un petit peu de créer un petit événement ; ça permet de cristalliser un petit peu la chose, de faire un petit peu de, comment dire, médiatisation, on va dire. Mais il y a aussi beaucoup de domaines qui ne sont pas couverts par des concours, bien sûr, donc il y a plein de choses. Le problème c’est qu’en fait, comme c’est très vaste, c’est assez difficile de vous donner une piste. Il y a des choses, par exemple, qu’on peut conseiller aux gens, c’est de se rendre dans les endroits où il y a un événement quelconque. Ça veut dire, par exemple, que ça peut-être dans quelques semaines, le 14 juillet ici à Choisy ou dans la commune où vous habitez ; ça peut être l’occasion de faire des photos non seulement du feu d’artifice par exemple, mais des fois il y a des parades, il peut y avoir la préparation du feu d’artifice qui peut être intéressante à aller photographier. En fait, chaque fois qu’il se passe quelque chose d’un peu hors du commun, on va dire, dans votre région, dans votre commune, ça peut être intéressant à faire.

Et puis après, si vous manquez d’idées, j’aurais tendance à dire le Bistro, dont je vous ai parlé, est un très bon endroit pour dire je vais avoir, je ne sais pas, quelques jours de libres pendant mes vacances, qu’est-ce qui pourrait être intéressant d’aller photographier, en fonction de l’endroit où vous serez par exemple. Comme je vous disais la période de l’été est une période propice à aller se balader un peu partout pour faire des photos. Je vous en prie.

Public : Juste pour savoir, quel est le regard des photographes professionnels sur cette démarche ?

Lionel : Alors quel est le regard des photographes professionnels sur cette démarche ? Ça c’est intéressant. Alors il y en a un certain nombre qui ne sont pas contents. C’est ce que je disais au départ, c’est-à-dire qu’il y a des gens qui à la fois refusent de publier leurs œuvres sous licence libre, ce qui peut se concevoir parce qu’ils essayent d’abord et avant tout de les vendre à des médias et aussi, ils peuvent considérer, pour certains, que c’est une forme de concurrence déloyale que d’avoir des bénévoles, des particuliers, qui vont mettre photos sous licence libre, qu’ensuite les médias peuvent réutiliser. C’est-à-dire que plutôt que de payer un photographe pour aller faire le tour de Choisy-le-Roi, on peut avoir intérêt à, évidemment, prendre des photos qui sont déjà disponibles, gratuitement, sur le site de Wikimédia Commons.

Il y a l’inverse, c’est-à-dire qu’il y a aussi des photographes professionnels qui considèrent qu’au contraire c’est une très bonne opportunité de se faire connaître. Et les deux/trois photos que je vous ai montrées au début, notamment celle de l’ampoule qui explose, ce sont typiquement des studios de photographes professionnels qui font ces images et qui sont, bien sûr payés ; enfin ils font ça, ils ne sont pas bénévoles ; ce sont des gens qui sont payés. Mais ils considèrent que, une fois de temps en temps, il y a une image qui représente bien leur travail et qu’ils vont mettre sur Wikipédia, par exemple.

Donc il y a une ambivalence. C’est-à-dire qu’il y a des photographes qui vraiment ne veulent pas de ça et n’apprécient pas, et il y en a d’autres qui trouvent que, au contraire, c’est un bon moyen de faire connaître leur travail. Je vous en prie. Est-ce qu’il y a d’autres questions ? Non, personne ? Bon, ça vous a paru clair ? Bon OK ! Super.

Il y avait mon nom qui s’affichait tout à l’heure. Je peux peut-être le récupérer si je reviens en arrière. Ah oui.

Moi je m’appelle Lionel Allorge. Mon mail c’est lallorge@april.org. Donc je suis à votre disposition aussi pour répondre à des questions, c’est-à-dire si vous avez des questions qui reviennent après. Il y a souvent des gens, les questions qui les intéressaient arrivent après coup, plus tard. Donc n’hésitez pas à me contacter, j’essaierai de répondre autant que possible.

Je vais m’arrêter là donc. Je vous remercie d’être venus et puis je vous souhaite une bonne continuation à Pas Sage en Seine.

[Applaudissements]

10 August 2017

april.png Nouvelles April

Loi de programmation militaire et neutralité du réseau - ThinkerView 2014

Le 10 August 2017 à 16:17:05


Epelboin - Rozan - Leandri

Titre : Loi de programmation militaire et neutralité du réseau
Intervenants : Fabrice Epelboin - Jean-Manuel Rozan - Éric Leandri - Journaliste
Lieu : ThinkerView
Date : Janvier 2014
Durée : 37 min 39
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Journaliste : Fabrice Epelboin, bonjour.

Fabrice Epelboin : Bonjour.

Journaliste : Je vous interviewe aujourd'hui pour un site internet qui s'appelle ThinkerView. Qui êtes-vous ? Présentez-vous.

Fabrice Epelboin : Je suis journaliste, je suis entrepreneur dans les nouvelles technologies et je suis aussi enseignant à Science-Po où j'enseigne l'impact de la surveillance sur la gouvernance.

Journaliste : On a vu récemment la loi de programmation militaire1 débarquer sur les réseaux. Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous pouvez nous résumer, de votre point, de vue ce que c'est ?

Fabrice Epelboin : De mon point de vue c'est le Patriot Act version française, avec dix ans de retard. Donc c'est finalement assez cohérent avec le retard chronique français sur les nouvelles technologies. Je pense qu'on a enfin rattrapé notre retard sur les Américains et puis on va pouvoir montrer à la NSA qu'on sait faire, nous aussi. Et on sait faire, on est bons, on est super bons en matière de surveillance. Après, le souci, c'est pour la démocratie ! Mais bon ! Tant pis !

Journaliste : Quel souci ?

Fabrice Epelboin : C'est qu'on peut difficilement être en démocratie et éliminer la vie privée des citoyens. Parce que, grosso modo, cette loi de programmation militaire, l'article 202 pour être précis, ça élimine la possibilité pour les citoyens français d'avoir une vie privée au regard de l’État, ni plus ni moins. Donc, à partir du moment où les citoyens n'ont plus de secrets pour l’État, alors c'est sûr que pour lutter contre les vilains terroristes ça va être plus facile, mais, en même temps, on va sacrifier la démocratie. C'est un peu dommage ! Le pacte de base, pour ceux qui l’auraient oublié, dans la démocratie et plus précisément dans la République, le pacte de base c'est que votre vote est anonyme. L'anonymat, la confidentialité absolue, tout un tas de choses, pas juste le vote, mais tout un tas de choses des citoyens vis-à-vis de leur État, c'est vraiment le pacte de base de la démocratie ; et là, on l'a clairement éliminé.

Journaliste : Jean-Manuel Rozan, bonjour.

Jean-Manuel Rozan : Bonjour.

Journaliste : Qui êtes-vous ?

Jean-Manuel Rozan : Je suis le cofondateur et président de Qwant3. Et avant cela, j'ai travaillé pendant trente ans dans la finance. J'ai arrêté il y a trois ans lorsqu'on a décidé de créer Qwant avec Éric Leandri.

Journaliste : Pourquoi vous avez créé Qwant ?

Jean-Manuel Rozan : L’époque où on a commencé à réfléchir à Qwant est une époque assez datée où on s'est aperçu que, finalement, qu'il était définitivement acté que la direction initiale de l'Internet qui était d’être un instrument de pouvoir et de savoir, égalitaire, neutre et honnête pour tous, était totalement terminée avec la direction à la fois prise par les États, comme Fabrice vient de dire, d'utiliser la technologie pour envahir la vie privée des gens, sans suffisamment de gardes-fous, et aussi, pour les sociétés commerciales présentes dans l'Internet, pour que les contenus soient exclusifs, pour que ce que les gens font et disent sur Internet soit vendu, manipulé de tout un tas de façons, et pour que, au fond, l'intention initiale soit totalement oubliée. Et donc nous, nous pensons qu'il y a besoin de rafraîchir un peu tout ça, de rétablir une liberté de naviguer, de rétablir l'absence de filtres, de rétablir tout un tas de choses qui sont celles auxquelles nous croyons. Donc nous avons fait Qwant, en gros, contre un état de fait et pour une rénovation de la façon dont les gens se servent d’Internet.

Journaliste : Éric qui êtes-vous ?

Éric Leandri : Bonjour. Je suis cofondateur de Qwant avec Jean-Manuel. Je suis responsable de la technique chez Qwant et l’idée générale, pour reprendre ce que disait Jean-Manuel, c'est, à l'époque où on a démarré Qwant, il se passait déjà quelque chose d'assez étonnant.

Journaliste : Vous avez démarré Qwant depuis combien de temps déjà ?

Éric Leandri : Il y a trois ans, oui, ça va faire trois ans et demi maintenant.

Journaliste : D’accord !

Éric Leandri : Ça fait bien trois ans et demi qu'on discute puisque, quelques mois avant, on s'était déjà rencontrés avec Jean-Manuel pour un autre projet qui était un site social.

Journaliste : Comment vous voyez l’accélération des lois de l'encadrement de metadata, métadonnées, tout ce charabia, vous, en tant que développeur, qu'est-ce que vous en pensez ?

Éric Leandri : Plusieurs choses. Premièrement, en tant qu’utilisateur de plusieurs services sur Internet, je me rappelle d'une époque qui n’était pas si lointaine, elle a moins de dix ans, dans laquelle il n'y avait pas besoin d’être traqué sur absolument tout ce que je faisais, où que j'aille, quoi que je fasse, quoi que j'utilise, mon téléphone, Internet ou la télé, pour me donner une réponse de quel est le dernier site où j'ai quelque chose à récupérer, que ce soit pour du search, que ce soit simplement pour aller acheter quelque chose sur Internet. Jusqu'à preuve du contraire, je suis relativement capable de savoir à peu près où j'ai envie d'aller, de savoir à peu près ce que je cherche. J'essaye, en tout cas, de revenir à cette époque et elle n’était vraiment pas très lointaine, et surtout dans cette époque-là on gagnait déjà beaucoup d'argent sans avoir à vous traquer tous les jours.

Journaliste : Donc en fait, vous voulez plaquer sur la vision de Qwant ce que nous on appelle sur les réseaux l'Internet all's cool, c'est-à-dire où il y avait un peu plus de liberté et des choses comme ça. C'est ça ?

Éric Leandri : Il y avait plus qu'un peu plus de liberté, en fait. Le principe c’était : on créait le Web, on créait les choses à mettre dans le Web, on rajoutait l'Internet avec le W3C des autres, avec comme idée permettre de partager, permettre de connecter. Internet ça veut dire interconnecter des networks donc, à partir de là, le principe c’était ça, et de faire que tout se lie, que tout puisse se partager et s’ouvrir.

Journaliste : Vous êtes pour la neutralité des réseaux ?

Éric Leandri : On est pour la neutralité des réseaux, ça c'est plus que sûr ! Est-ce que seuls on peut y arriver ? Ça m'étonnerait, ça c'est encore autre chose.

Journaliste : Vous avez décidé de sortir du bois, de prendre position par rapport à la vie privée des gens. Qu’est-ce que vous êtes prêts à faire pour ça ? Est-ce que vous êtes prêts à un choc frontal avec les politiques ? Est-ce que vous êtes prêts à vous expatrier ?

Éric Leandri : Déjà, on va commencer par le début. On a été prêts à un choc frontal avec des investisseurs financiers qui ont accepté de mettre de l'argent dans une idée qui consiste à retourner à la base, ramener un service aux gens, et utiliser ce service afin que les gens puissent, au travers de ce service, chercher, trouver, et gagner un peu d'argent grâce à ce type de service, mais le gagner sans avoir besoin de traquer les gens.

Journaliste : Faire un business responsable.

Éric Leandri : Exactement. Essayer de faire un business responsable, le plus éthique possible. Et franchement, ça a très bien réussi à d'énormes firmes à travers la planète, pendant des années. Donc après tout, peut-être que c'est moins bien aujourd’hui parce qu'on veut gagner encore plus, encore plus, encore plus, mais j'ai l'impression que ça marchait très bien avant, déjà.

Journaliste : Fabrice j'ai une question pour vous. On a entendu un point de vue d'entrepreneur, chef d'entreprise, moi j'ai une question pour vous sur le big data, sur le fait que plein de moteurs de recherche — je ne vais pas les citer, mais on les connaît tous — plein de logiciels, plein de services sur Internet, proposent d'accumuler vos propres données. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur l’utilisation de ces données ? Qu'est-ce qu'on peut en faire ? Jusqu'où on peut aller avec vos données ?

Fabrice Epelboin : Absolument n'importe où. Je pense que la réponse un peu criante c'est de s’intéresser à une boîte qui s'appelle Palantir4 et qui est probablement la boîte qui fait les choses les plus bluffantes avec de la big data.

Journaliste : Concrètement ?

Fabrice Epelboin : Concrètement, vous pouvez prendre toutes les données de la Sécurité sociale, les recouper avec des données bancaires, des données sur la délinquance que vous allez choper chez nos amis les policiers, mélanger tout ça et lutter contre la fraude à la sécu. C'est assez facile, Palantir est prévu pour ça.

Journaliste : C'est positif !

Fabrice Epelboin : Oui ! Oui, ça peut être très positif. Vous pouvez, par exemple, prendre tout un tas de données et repérer qui fait partie de l'opposition politique, par exemple, dans un pays comme l'Ukraine ou en France, peu importe. En France, on a des manifestations diverses et variées, assez mal identifiées, jours de colère, les Bonnets rouges, les machins, tout ça ce sont des choses que l’État ne comprend pas bien — il n'y pas que l’État d'ailleurs — mais c’est une nouvelle forme de contestation politique. On ne sait pas d'où ça vient, on ne sait pas comment ça s'organise, ça n'a rien à voir avec les modèles classiques de protestation politique qui étaient un jeu de connivence droite gauche, avec une alternance dans l'opposition et dans la majorité. Aujourd’hui, on a besoin de comprendre ce qui se passe et donc il est indispensable pour les services de l’État, même si ce n'est pas très éthique, d'aller espionner tous ces gens et de comprendre comment ils communiquent, comment ils transmettent des messages, comment ils s'organisent. Ça, ça passe de la big data sur ces populations-là et sur les populations dans leur ensemble, vu que, grosso modo, ce qu'on voit là en France, j'insiste sur le terme français parce que ça nous parle à tous ce qu'on voit en France, qui est une espèce de renouvellement complet des mouvements qui protestent, très concrètement, il va vraiment falloir qu'on le comprenne. Et, d'autre part, ça entraîne visiblement une très large partie des Français, à différents niveaux. Entre le monsieur qui n’est pas content de payer des impôts et qui gueule sur Facebook et celui qui brûle une préfecture, il y a toute une marge. Mais malgré tout, tout ça fait partie d'une nébuleuse qu'il va falloir comprendre.

Journaliste : Est-ce que vous craignez pour le secret médical, le secret de l'instruction ?

Fabrice Epelboin : Ça n’existe plus. Prenons-les dans l'ordre. Prenons le secret de l'instruction. Prenons un secret qui n'existe plus. Au regard de la loi de programmation militaire, ça n'existe plus. Le secret des sources, le secret de l'instruction n’existent plus.

Journaliste : Le secret des sources pour les journalistes ?

Fabrice Epelboin : Ça n'existe plus ! Ça a été éliminé par l'article 20. À partir du moment où vous êtes journaliste, vous faites une investigation sur une affaire qui concerne l’État, l’État peut, de façon parfaitement discrétionnaire, sans aucune autorité de contrôle ni de surveillance, décider de vous mettre sous surveillance et, dans ce cas-là, toutes vos données numériques sont aspirées par l’État et confiées au Premier ministre ou à tout un tas d'administrations. Donc ça n'existe plus ! Il n'y a plus de secret des sources en France. Ça n’existe plus ! Il faut être très clair là-dessus. C'est dommage que les journalistes ne s'en aperçoivent pas maintenant. Mais c'est comme le temps des fadettes, ils vont mettre quelques années avant de s’apercevoir que, en fait, les bases du métier ont disparu, mais le secret des sources ça n'est accessible exclusivement qu'aux journalistes qui maîtrisent la technologie. À personne d'autre. Personne d'autre !

Journaliste : D'accord. Jean-Manuel Rozan, quand vous entendez Fabrice nous dire que le secret de l'instruction, le secret de la correspondance, le secret médical, a disparu. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Jean-Manuel Rozan : C'est exact. Il est indéniable ; l'histoire du monde est remplie d'exemples qui prouvent la chose suivante : si un abus est possible, il est commis. La question c'est combien de temps ça va prendre et par qui. L'argument de dire, quand on fait une loi, nous ne commettrons pas un abus, n'est hélas pas bon parce que, à partir du moment où la loi existe, il y aura peut-être, vraisemblablement, voire sûrement un jour, des pouvoirs qui commettront l'abus. Il est évident que plus les technologies existent plus les abus sont possibles. Et ce monde, je dis une fois de plus, privé comme public, utilise la technologie avec, si je puis dire, un temps d'avance sur les citoyens. Et on est dans une forme de course où on essaye de rattraper les choses et les citoyens essayent de rattraper ce qu'ils ont abandonné, souvent sans même s'en rendre compte, Il y a un temps de prise de conscience et après, on espère, une phase de rattrapage.

Journaliste : Éric, en tant que chef d'entreprise, qu'est-ce que font les entreprises pour rattraper leur retard face à ça ?

Éric Leandri : En fait, il y a énormément de choses à faire face à ça parce que c'est plus complexe qu'on ne l'imagine, à tous les étages. Par exemple, on va prendre la nôtre, comme ça on parle de choses que l'on connaît, ce que nous on essaye de faire, on essaye de faire c'est de faire trois choses, premièrement sortir l'ensemble des trackers qu'on a mis, alors des fois par mégarde.

Journaliste : C'est quoi un tracker ?

Éric Leandri : Un tracker ça peut être un cookie, mais ça peut être autre chose. Ça peut être côté serveur, c'est-à-dire qu'en fait, vous ne verrez pas de cookie installé et puis, côté serveur, on va essayer de vous repérer, et une fois qu'on vous a repéré, on va passer cette information d'ordinateur en ordinateur pour vous retrouver au fur et à mesure de votre balade.

Journaliste : Ça, ça se fait chez Qwant ou vous ne le faites pas ?

Éric Leandri : Nous, on ne le fait pas. Maintenant, par exemple, on a utilisé dès aujourd’hui des produits comme Google Analytics et c'est le genre de produit que je vais couper définitivement, à la fin du mois, début du mois prochain, afin d'éviter que d'autres utilisent notre site et des liens qu'on a mis pour prouver à Google, en fait, au départ, qu'on était plutôt un site très sympa et qu’il y avait beaucoup de monde, pour ensuite les retrouver ailleurs. Donc, ce sont des choses, il faut les couper définitivement, il faut totalement les éliminer et c'est très difficile de les éliminer partout. Un exemple très concret : aujourd'hui on s'aperçoit que même au ministère des Finances ou ailleurs pour les impôts, les data peuvent être aussi traquées avec des Google Analytics ou des Xiti Analytics, ce qui est dommage, mais ce n'est pas forcément fait dans cette optique-là par la personne qui l'a installé. À la base, quand elle l'a installé, elle l'a installé pour obtenir un résultat, pour savoir combien de personnes venaient sur son site, pour savoir d'où elles venaient, et avoir les plus jolies statistiques. Ça se transforme en autre chose.

Journaliste : D'accord. Ça se transforme en tracker au sens pur du terme. J'aurais une question encore pour vous. Qu'est-ce que vous êtes prêt à faire, à aller jusqu'où vraiment, pour préserver vos utilisateurs ?

Éric Leandri : Déjà on commencera par enlever l'ensemble des trackers que l'on a mis par erreur, si on en a mis par erreur. Deuxième chose, on utilise déjà énormément de choses comme des proxys et tout un tas de systèmes pour camoufler nos utilisateurs. Troisième chose, on ne retient pas les recherches de nos utilisateurs, on ne fait pas de lien entre ce qu'ils font chez nous et leur vie privée. Donc déjà on ne fait pas de liens chez nous.

Donc déjà, on a commencé par le début, on n'a pas besoin de prendre des data qui ne nous servent à rien. Donc, première chose, on ne le fait pas. Deuxième chose, sur les parties où on pourrait faire des erreurs, rajouter les cookies des autres ou les traçabilités des autres, eh bien là aussi, on va couper et on n'aura plus de problèmes de ce côté-là. Troisième problématique, maintenant on revient à Fabrice tout à l'heure : un État décide de prendre l'ensemble des data à tout moment quand il le veut. Aujourd'hui, sur Qwant, l’État peut prendre l'ensemble des datas du Web, aucun problème. L’ensemble des data de nos index, aucun problème. Maintenant sur nos utilisateurs, nos quelques dizaines de milliers, centaines de milliers d'utilisateurs quotidiens, ce qu'on veut simplement c’est que, s'ils viennent s’inscrire chez nous, la partie qui concerne leur nom et inscription, qui est la seule chose qu'on va garder puisqu'ils nous ont donné l'autorisation de la garder, cette partie-là, on va la mettre tranquillement à l'abri, dans une optique qui est très européenne, parce qu’aujourd’hui l'Europe défend, les CNIL(s) défendent, et la CNIL, même française l'a déclaré, veulent défendre la tranquillité de l'internaute. Eh bien nous également. Donc on va suivre ce que veut la CNIL, on va suivre ce que veut l'Europe, et ce n'est pas forcément, malheureusement, ce que veut la dernière loi de programmation militaire.

Journaliste : Et si l'Europe se rapproche, grâce aux accords transatlantiques, de législations beaucoup plus intrusives ou beaucoup plus prédatrices, vous êtes prêt ?

Éric Leandri : Quand je dis qu'on va suivre la CNIL et qu'on va suivre l'Europe, malheureusement aujourd'hui on est obligé de la suivre en dehors de l'Europe, pour pouvoir la suivre. Si nous devons arriver à ça, et nous allons arriver à ça, puisque, aujourd'hui, c'est là où on en est : déplacer les noms de nos utilisateurs ne nous pose aucun problème, dans des endroits totalement respectables ; il n'y a pas besoin de partir au fin fond des Balkans, ni au milieu de la Russie, parce que là on aurait d'autres problèmes, le but ce n'est pas de sortir de Charybde pour tomber en Scylla. Il y a des endroits du monde qui ont compris que protéger la data des administrés, des gens, était une façon merveilleuse de récupérer des milliers et des milliers de sociétés qui vont venir placer des serveurs pour protéger, tout simplement, l'anonymat, la vie privée de leurs utilisateurs. Donc ces endroits-là vont cartonner.

Journaliste : D'accord. OK. Vous avez déjà prévu dans vos stratégies, d'accord !

Éric Leandri : Plus que ça, en fait. On a déjà carrément posé une partie des serveurs qui vont nous servir à finaliser ; mais tant que ce n’est pas finalisé je préfère tranquillement faire mon métier.

Journaliste : On reviendra vous voir, vous interviewer s'il le faut.

Jean-Manuel Rozan : D'un mot, je dirais d'un point de vue business, la France devrait se positionner exactement comme cela. La France devrait être le pays pour la création d’emplois, pour faire venir des investisseurs — et la France fait beaucoup d'efforts d'ailleurs pour essayer de faire ça — donc déjà si elle prenait ce positionnement, c'est-à-dire d’être l'endroit au monde où le droit des citoyens, la protection des données, tout ça, est organisé d'une façon légale et systématique, ce serait très positif pour notre pays.

Fabrice Epelboin : Ce ne serait pas super cohérent avec l'historique technologique du pays.

Jean-Manuel Rozan : Ce serait un changement radical, je t’arrête, un changement radical de politique, mais on en a vus récemment, qui ont été annoncés. Donc c'est possible. C'est possible.

Journaliste : Pourquoi cette légère petite boutade par rapport à la politique ?

Fabrice Epelboin : Parce que la France est ce qui se fait de pire en la matière. Si on prend l'histoire de l’informatique en France, et elle se résume très bien à une entreprise, iconique, qui est l'un des pionniers de l'informatique mondiale, qui s'appelle Bull. Bull, qui a commencé son histoire avant l'informatique moderne qu'on connaît, c'est-à-dire l'ordinateur électronique, celui qui a été inventé en 44, à Bletchley Park pour décrypter Enigma5. Avant il y avait la mécanographie, et il y avait deux leaders mondiaux de la mécanographie qui étaient IBM et Bull. Il se trouve que la France est, depuis le depuis début du 20ème, le leader mondial de l'informatique avec Bull et que Bull a fait des choses minables.

Journaliste : Le leader mondial de l'informatique sur quelle sorte ?

Fabrice Epelboin : Sur de la grosse informatique. Et Bull a fait des choses qui sont très significatives de la vision que la France a de l'informatique. En 1941, ils ont fait le fichier juif, qui heureusement a été saboté par un haut fonctionnaire.

Journaliste : Un Snowden de l'époque ?

Fabrice Epelboin : Pas un Snowden, un type qui était en charge de la statistique, qui était un expert de la mécanographie de l'époque, qui s’appelle René Carmille, et qui a saboté complètement le projet de fichier juif.

Journaliste : Vous pensez qu'à l'heure actuelle, Bull ?

Fabrice Epelboin : Et Bull est derrière la surveillance au Moyen-Orient, la surveillance en Afrique du Nord, la surveillance en Afrique de l'Ouest.

Éric Leandri : Juste quelque chose, sans trahir aucun secret, j'ai quand même parlé avec des gens de Bull. Alors l'époque 1941, on ne va peut-être pas retourner aujourd'hui, en tout cas ils n'en sont pas du tout responsables, les nouveaux. Maintenant, la seule chose que je pourrais dire…

Fabrice Epelboin : Pas du tout. Mais contrairement à d'autres entreprises ils n'ont pas fait amende honorable non plus.

Éric Leandri : Non, mais cela malheureusement, je ne suis pas sur le coup, mais j'espère qu'eux non plus ne sont pas sur le coup ; je suis même sûr que les nouveaux ne sont pas sur le coup.

Fabrice Epelboin : Non, non, ils ne sont pas sur le coup.

Éric Leandri : Maintenant la société en elle-même, ça je veux bien y revenir quand tu veux. La seule chose que j'ai à dire aujourd'hui c'est qu'ils font des super calculateurs, c'est là-dessus qu'ils sont fantastiques.

Fabrice Epelboin : Ah oui.

Éric Leandri : Ils déclarent avoir abandonné l'idée de gérer tout ce qui est surveillance.

Fabrice Epelboin : Ça c'est du pipeau ! C'est un montage financier.

Éric Leandri : Je te raconte une histoire, tranquillement, mais tu vas voir laisse-moi juste finir.

Journaliste : Pas trop longue l'histoire.

Éric Leandri : Non, non, mais elle va être rapide en fait. Ils le déclarent en tout cas. Maintenant, il y a juste un truc, ce n'est pas parce qu'on fait des armes qu'on a la guerre dans son pays. Ça veut dire qu'aujourd'hui, si on parle d'armes, parce là en fait on est en train de parler d'armes, de surveillance, d'armes de tir, d’armes et compagnie, je pense que la France et les États-Unis sont les deux plus grands pourvoyeurs d'armes sur la planète

Fabrice Epelboin : Sur le numérique, sans doute.

Éric Leandri : C'est une partie d'armes, c'est une partie des armes, j'imagine, qu'ils peuvent vendre. Ça ne veut absolument pas dire qu'on ne doit pas s'occuper des gens dans son pays et on n'a pas à les traiter de la même façon.

Fabrice Epelboin : Là-dessus, il faut quand même bien voir de quel type de conflit on parle. On parle de conflit avec la population civile. On ne parle pas d'une guerre conventionnelle qui oppose deux nations ou deux forces armées. On parle, dans ce cas, des armes électroniques, qu'on évoque, clairement, de conflit entre des gouvernances et la population civile. Ce qui se passe en Ukraine, par exemple. On est sur un conflit entre une gouvernance et une population civile. Ce qui se passe, à peu près partout, si ce n'est que le conflit est la plupart du temps larvé et soft. Et pour l’instant, en France, on est dans un conflit larvé et soft. On est très très loin de la situation ukrainienne, mais ce n'est pas impossible qu'on arrive à la situation ukrainienne. Et dans cette optique-là, très concrètement, qu'est-ce qu'il s'est passé hier en Ukraine ? Tous les manifestants qui avaient été géolocalisés par les services de l’État, dans une des manifestations, ont reçu un SMS leur expliquant qu'ils étaient sous le coup d'une inculpation pour participation à une émeute. Ça, la loi de programmation militaire permet parfaitement de faire ça !

Éric Leandri : Juste un truc Fabrice, que tu comprennes, j'ai juste défendu Bull dans ce qu'il fait aujourd'hui.

Fabrice Epelboin : Oui, oui !

Éric Leandri : Maintenant, juste que tu comprennes exactement mon point.

Journaliste : Qu’on vous comprenne.

Éric Leandri : Exactement, mais le principe c'est le suivant selon moi, ce n'est pas parce qu'on a fusil à la maison qu'on va tirer sur son voisin. On peut tirer sur un lapin. Là où tu as entièrement raison, c'est qu'aujourd'hui, malheureusement, on utilise des fusils pour tirer sur des voisins, et en l’occurrence l’histoire du SMS de tous les gens géolocalisés dans une zone qui reçoivent ça, c'est comment utiliser la big data à l'encontre de tout ce que ça pourrait faire de positif.

Fabrice Epelboin : Attends, attends. On ne va pas se mentir ! Tu sais bien que dans un parcours de manifestation, aujourd'hui on raconte à la populace que la préfecture dit qu'il y a 7000 manifestants, les organisateurs disent qu'il y en a 100 000 ; la réalité c'est que les services, peut-être pas de la préfecture mais d'autres services, savent qu'il y a très exactement 8 993 manifestants et ils ont le nom et l'adresse de chacun des manifestants, leur horaire d’arrivée à la manifestation et de leur sortie. Et on le sait ça. On le sait très bien ! C'est très facile.

Jean-Manuel Rozan : Je crois que le point fondamental, c'est celui qu'on évoquait plus tôt, c’est : la possibilité de l'abus entraîne la certitude que l'abus sera commis, sauf à l'encadrer par des lois.

Fabrice Epelboin : Et elle n'est pas encadrée du tout !

Jean-Manuel Rozan : Et donc, quand on commence dans une situation où l'abus possible, il faut que la société civile, les citoyens, imposent un changement et des lois. Donc, je comprends très bien ce que dit Fabrice. On est d'accord, la situation d'aujourd'hui en France est telle que la possibilité d'abus existe. On va nous dire qu'il n'est pas commis, on est d'accord.

Fabrice Epelboin : Ou pas.

Jean-Manuel Rozan : Mais en tout cas, ça ne prouve pas que l'ensemble de la société française soit totalement de connivence puisqu’il y a énormément de gens qui ne comprennent pas, ne savent pas, ne font pas, et il y en aussi qui ne sont pas d’accord.

Journaliste : Moi je vais mettre mon grain de sel dans tout ça. Jean-Manuel, qu'est-ce que vous pensez que le Conseil d’État ait fait passer la loi de programmation militaire très rapidement ?

Fabrice Epelboin : C'est le Conseil d’État ? Non. C'est le Conseil constitutionnel qui n'a pas été saisi.

Journaliste : Le Conseil constitutionnel.

Fabrice Epelboin : Non, non. Il y a une procédure, quand il y a une loi qui semble non constitutionnelle, qui consiste à saisir le Conseil constitutionnel ; pour ça, il faut un certain nombre de députés, de mémoire soixante, et ils n'ont pas été foutus d'en réunir soixante pour saisir le Conseil constitutionnel ; ce qui jette un très fort soupçon de complicité de l'opposition, enfin de « l’opposition » [mime les guillemets, NdT], qui n'a pas été foutue de rassembler soixante députés pour contester la constitutionnalité de cette loi. C'est cette espèce de jeu de dupes où on a tous les députés socialistes, y compris ceux qui ont défendu les libertés numériques, qui ont voté pour la loi de programmation militaire, et de l'autre côté, on a une opposition fantoche, qui fait semblant de s'opposer, mais en fait, dès qu'il s'agit vraiment de s'opposer, de saisir le Conseil constitutionnel n'est pas foutue de le faire. Là, pour le coup, on tombe un masque. On tombe un masque qui est que cette loi est voulue par la droite comme par la gauche. Et mon interprétation de ça, c'est que la droite comme la gauche s’apprêtent à vivre un moment de confrontation assez musclée avec les populations civiles.

Journaliste : Moi, je vais poser une question à Jean-Manuel. En tant que chef d'entreprise, de businessman, vous m'avez parlé de business éthique. Est-ce que vous pensez que la force étatique, c'est-à-dire ceux qui se revendiquent de la violence légitime, sont tout à fait conscients du type de technologies qu'ils imposent, en ce moment, à la société civile ?

Jean-Manuel Rozan : Je pense vraiment que le degré de conscience est extrêmement variable. Je vais vous donner un exemple. Dans les grandes entreprises qui manipulent l'Internet pour, on va dire, leurs axes commerciaux, on sait très bien qu'il y a des équipes à New-York qui sont très compétentes, des équipes à Paris qui sont moyennement compétentes, et puis cinq cents mètres plus loin, dans la même société, d'autres équipes qui sont complètement nulles et qui absolument ne comprennent rien à la façon dont ça fonctionne. Et quand on essaie de leur vendre des services, on est confronté à ce problème. Je pense que dans la société politique, dans le gouvernement, parmi les ministres, parmi tous les gens concernés par ce sujet, c'est exactement la même chose. Il y a des gens qui sont, comme le dit Fabrice, totalement de connivence qui ont tout compris et qui sont pour ; il y a des gens qui n'ont absolument rien compris et qui n'ont pas vu le coup passer. Je crois qu'on en est là.

Fabrice Epelboin : Et il y a des gens qui n'ont rien compris qui sont contre aussi.

Jean-Manuel Rozan : Il y a des gens qui sont contre. Donc on est dans un processus qui est, à mon sens, moi je suis optimiste et peut-être que Fabrice est pessimiste, je pense moi qu'on est dans un processus mondial de prise de conscience qui va créer des alternatives. Et après, on sera dans un monde dans lequel il y aura des alternatives dont certains vont se saisir, et d'autres ne vont pas voir qu'ils sont totalement happés dans cette nébuleuse, et donc en seront potentiellement les victimes.

Éric Leandri : Si je peux compléter ce que je disais tout à l’heure pour qu'on se comprenne, en fait, la dernière chose que je voulais dire c'est, si ce n'était pas Bull, on achèterait à mon avis les produits américains et on doublerait le problème. On va dire, juste tu vas comprendre ce que je veux dire, on va dire que Bull fait vraiment ce qu'il dit, c'est-à-dire ne le ferait plus. Bon. Le problème, et là je vous rejoins, mais tous, le problème c'est : on ne peut pas faire des choses où il n'y a pas de gardes-fous. Comme vous venez de l'expliquer, des gens sont au courant, des gens ne le sont pas ; des gens sont contre, des gens sont pour ; il n'y a qu'un seul truc qui est sûr : le seul à qui on n'a rien demandé, c'est l'ensemble des citoyens de ce monde, qu'on est en train de traquer dans tous les sens, sans même le savoir, et encore plus joliment, maintenant ce sont même des États ou des chefs de gouvernement qui sont traqués, sans même le savoir. À la fin, si on n'arrive même pas à protéger nos présidents, je ne vois pas comment on arriverait à se protéger. Donc, le seul moyen de se protéger, c'est de refaire un petit retour en arrière, de quelques années, de revenir au début, qui consistait à dire il n'y a pas besoin de tout savoir sur quelqu’un pour lui vendre un voyage en Corée.

Fabrice Epelboin : Sauf si c'est la Corée du Nord !

Éric Leandri : On peut tranquillement vendre un voyage en Corée à une personne qui demande simplement des informations sur la Thaïlande. Les gens ne sont pas ni idiots ni complètement stupides ; on peut faire des choses propres sur eux et surtout, il ne faut pas mélanger contrôle des gens et sécurisation des gens. Voilà. Et tout ce que je veux dire c'est tout ce qui a l'air d’être fait, semble être fait pour sécuriser les gens, à la fin ça donne le contrôle de tout, le contrôle de ce que vous faites, de qui vous êtes, de ce que vous aimez, de ce que vous n'aimez pas, et puis à tel point que, quand on crée des bulles dans les réponses, par exemple, parce ça donne ça. On va les donner.

Journaliste : Qu'est-ce que vous entendez par bulles ?

Éric Leandri : Une bulle c'est le fait que, dans un moteur de recherche par exemple, vous ayez été catalogué comme aimant, je ne sais pas moi, des choses un peu subversives.

Journaliste : C'est quoi des choses un peu subversives ?

Éric Leandri : Un peu subversives ce n'est pas très compliqué. Vous préférez le Rap au Rock. Pour certains c'est subversif. Pour certains ça l'est, ça suffit. Et puis, après tout, vous préférez le Rap au Rock donc, à partir de demain matin, vous ne verrez plus que des rappeurs dans les résultats de recherche. Ça vous intéresse, vous trouvez ça marrant, vous voyez ce n’est pas très loin la subversion, ça peut s’arrêter très vite, en fait. On commence par le début ; après, allons un peu plus loin. Vous êtes ThinkerView, vous avez tendance à interviewer des gens un peu étonnants à travers la planète. Eh bien alors, pourquoi demain matin vous auriez des réponses sur des gens un peu moins étonnants qui diraient des choses qui vous intéressent ? Non. On va vous orienter vers des réponses qui semblent vous convenir. Donc on va vous mettre dans une bulle basée sur ce qu'on croit savoir de vous.

Journaliste : Donc on va vous conforter dans votre propre opinion, sans vous donner de diversification au-delà des sources ?

Éric Leandri : Et c'est encore plus malin que ça ! C'est-à-dire qu'aujourd'hui certaines personnes, quand elles cherchent, ont l'impression que la réponse qui arrive devant elles est la même pour tout le monde. Donc la réponse qui arrive c'est forcément la vérité, c'est donc leur vérité, donc c'est génial.

Journaliste : Comment est-ce que ça se passe sur Qwant ?

Éric Leandri : C'est tout l'inverse puisqu'on ne vous traque pas, donc on ne sait pas qui vous êtes quand vous arrivez, donc votre réponse est forcément neutre. Après, on fait des choix de sites qu'on met devant et de sites qu'on met derrière, de gens qu'on monte et de gens qu'on descend. Ce sont des choix basés sur des mathématiques, sur un ranking à nous, mais, une fois que ça je l'ai dit, ce choix-là j'essaye de le rendre le plus impartial possible, le plus partial pour moi, parce que je l'ai basé sur le fait que ce soit sur ce que pensent les gens et donc le social en général. Donc on l'a basé sur la pensée maxi des gens, en essayant de faire des analyses de tout ça, mais, à partir de là, ce n'est pas en vous analysant, juste vous, que je vais vous donner une réponse à vous.

Jean-Manuel Rozan : Je voudrais faire un parallèle, parce qu'il est, à mon sens, totalement pertinent avec toute cette discussion, qui va vous étonner, entre la finance et entre Internet. On va prendre trente ans, et moi je pense que ça va prendre trente ans pour Internet aussi ; ça fait quinze ans que ça a démarré. En 1982/83, j'ai commencé ma carrière de trader à New-York et ça va va vous surprendre, mais être trader à New-York en 1982/83, c’était avoir une mission, ce n'était pas essayer de gagner du fric. On avait des bonus, et les bonus c’était juste la preuve qu'on avait réussi notre mission. Et la mission c’était quoi ? En tout cas on le croyait, en tout cas presque tout le monde le croyait, c'était de créer des outils qui permettaient, par la finance, à l'ensemble des entreprises de grandir plus vite, de hedger leurs risques, de pouvoir échanger des devises, de pouvoir se protéger sur les taux d’intérêt, de pouvoir grandir. Et ça a été fantastiquement efficace ! À un moment donné, des petits malins ont compris qu'ils pouvaient gagner plus de fric. Le mécanisme est très précis. J'ai écrit un livre, en 1989, en anglais, qui décrivait ce phénomène, qui a été traduit en français, qui s'appelle Le fric ; c'est très bien expliqué. Pardonnez-moi de faire de la publicité pour Le fric, que je ne vends pas, mais qui est libre sur Internet, en tout cas en français. Les gens se sont aperçus qu'ils pouvaient toucher des bonus. Donc les Indiens touchaient des bonus, les chefs ont voulu des bonus, et les chefs des chefs ont voulu des bonus aussi.

Journaliste : Donc ce dévoiement de la finance, vous faites un parallèle entre le dévoiement de la finance et le dévoiement d'Internet ?

Jean-Manuel Rozan : Absolument. Donc ce phénomène, ce mécanisme.

Journaliste : Vous savez que c'est lourd ce que vous dites !

Jean-Manuel Rozan : Non, c'est précis, au contraire. Vous allez voir que c'est précis.

Journaliste : Les mécanismes de la finance dévoyée, on voit où ça nous a emmenés.

Jean-Manuel Rozan : Ça nous a emmenés, mais on voit où, c'est maintenant. Vous allez voir la fin du film. Donc on commence par quelque chose qui est efficace et positif, la croissance des années 80 est directement liée aux instruments financiers qui ont été créés dans le début années 80, que des gens comme moi ont appris.

Journaliste : Directement liée pour vous ?

Jean-Manuel Rozan : Non, directement liée tout court. Et puis il y a des abus, il y a des petits malins qui s’aperçoivent qu'on peut truffer, on va dire de dériver des produits qui ne sont pas censés en avoir et que ça rapporte beaucoup, même si il y a des conséquences qui sont terribles, on a la crise des subprimes, on a 2007, 2008, 2009, et attendez laissez-moi terminer, et maintenant c’est très très largement encadré. Je ne vous dis pas que la crise des subprimes est impossible, je vous dis qu'elle est extrêmement improbable. Il peut y avoir une crise financière pour d'autres raisons, mais l'abus des techniques mises dans des produits financiers par des petits malins, et que personne ne comprend, avec à la sortie une grenade, une explosion, c'est vraiment dans une très grande partie derrière nous. Et alors, laissez-moi terminer pour Internet. Et alors, pour Internet on en est exactement pareil. On commence par quelque chose qui est net, on arrive à quelque chose dans lequel il y a la possibilité d’abus et à la fin, parce que je suis optimiste, je pense qu'on va encadrer tout ça et qu'on aura des services alternatifs, des produits alternatifs et que ce sera réglé. Voilà ce que j'en pense.

Journaliste : J'ai une dernière question pour Jean-Manuel qui a beaucoup parlé. Comment ça se passe chez vous au niveau des actionnaires ? Est-ce qu'il y a des actionnaires qui peuvent faire pression sur votre politique ? Est-ce que vous êtes totalement indépendants au niveau de votre financement ?

Jean-Manuel Rozan : Il faut diviser la réponse. Les trois actionnaires fondateurs de Qwant à savoir Eric Laeandri, notre associé la société Pertimm et moi contrôlons 75 % du capital et 80 % des droits de vote ; les actionnaires minoritaires, qui ont participé avec nous au financement de l’affaire, ont chacun 0,5 % et je crois que celui qui en a le plus doit en avoir 1,5 ou 2 %, donc pour l'instant il n'y a aucune possibilité d'influence de qui que ce soit. Nonobstant ce commentaire, pour croître, il va falloir lever des capitaux et ces capitaux vont être levés par des gens qui vont y mettre des conditions, on va dire, de contrôle financier de la société et on verra où on arrive. Mais enfin, pour l'instant on est bien partis pour pouvoir maintenir notre indépendance et c'est notre but.

Journaliste : À l'heure actuelle combien pèse Qwant ?

Jean-Manuel Rozan : C'est-à-dire ? Combien ça vaut ?

Journaliste : Combien ça vaut ?

Jean-Manuel Rozan : La dernière somme qu’on a levée, on a levé sur une estimation de valeur de vingt millions d'euros pre-money, comme on dit, ça veut dire avant l'argent.

Journaliste : Très bien. Fabrice, je vais vous laisser le mot de la fin.

Fabrice Epelboin : Le mot de la fin ! Je vais revenir sur ce que disait Éric, sur la bulle des résultats. C'est un truc assez amusant qu'on pourrait rapprocher aux mythiques neutralités des moteurs de recherche, qui est à la base un argument de lobbyiste destiné à plomber la neutralité du Net. Mais c'est vrai qu’aujourd’hui Google a dérivé de la recherche du résultat le plus pertinent, pour l’utilisateur, à la recherche du résultat qui fait le plus plaisir à l'utilisateur. Et que le résultat qui arrive en tête et dans le classement de Google correspond à un ensemble de résultats qui certes sont pertinents, mais qui sont aussi là pour flatter la personne qui les consomme. Et donc, on va faire du consumérisme informationnel du côté de Google, ce qui fait que, typiquement, eh bien mes résultats ne vont pas être les mêmes que les tiens. Et si on prend un sujet qui est très clivant, typiquement, je ne sais pas, une région du monde où toi tu es super intéressé, tu passes ta vie à faire des recherches et à fouiller de l'information et un pays que moi, au contraire, je ne connais même pas, on ne va pas avoir les mêmes résultats donnés chez Google. Et c’est un énorme problème, c'est un énorme problème parce que si on met ça en parallèle avec la façon dont l'information est utilisée aujourd'hui, tu vas trouver par exemple que les médias, tout comme les politiques, dans une société comme la France, ont perdu toute crédibilité, mais toute ! On est entre 70 et 80 % des gens qui pensent que ce sont des pourris et qu'ils mentent. Ce qui est un vrai gros problème.

Journaliste : Ce sont des pourris ? Oui ?

Fabrice Epelboin : Peu importe, c'est juste un constat, je ne prends pas parti. Je ne prends vraiment pas parti, je dis juste que quand le CEVIPOF [Centre de recherches politiques de Sciences Po], qui est quand même un labo de Sciences Po extrêmement sérieux, fait des études d'opinion, il montre que les Français n'y croient plus du tout, n'ont plus du tout confiance, ni dans la politique, ni dans les médias, et qu'ils les placent clairement dans le même panier. Le résultat c'est que le Français, face à une information, ne sait pas si c'est du lard ou du cochon : si c'est quelque chose que l’État a bien voulu mettre en avant de façon à provoquer quelque chose dans l'opinion publique, si c'est du bidon qui est rapporté par le média pour déstabiliser ; il n'en sait rien, donc il va avoir tendance à vérifier. Ça, c'est vérifié dans une autre étude, alors celle-là certes beaucoup moins sérieuse parce qu’elle sort d'Opinionway, mais qui a été présentée au Reputation War la semaine dernière : le Français doute face à l'information qui lui est fournie sur Internet et sur les autres médias, et le Français a tendance à aller vérifier, chez Google ; désolé, et il va vérifier chez Google !

Éric Leandri : Ce n'est pas sur Internet ?

Journaliste : Mais en très large, de mémoire de l'ordre des trois quarts des Français qui sont confrontés à une information sur le Net vont aller la vérifier chez Google, et là, ils vont tomber dans cette bulle. C'est-à-dire qu'on va leur fournir du résultat qui leur fait plaisir. Donc le Français qui est fan de la théorie conspirationniste va tomber sur des sites conspirationnistes ; le Français qui est fan des grands, ces médias d'opinion, va tomber sur ses médias d'opinion favoris ; le Français qui est un fan de la presse anglo-saxonne va tomber dessus. Donc concrètement, ça ne va pas apporter, par exemple, un démenti à une rumeur. Ça va permettre aux gens de s’enfoncer dans des croyances informationnelles. Et ça, c'est directement lié à cette stratégie commerciale de Google qui est de faire du consumérisme informationnel plutôt que de faire un moteur de recherche. Et c'est une évolution de Google qui est à la fois très plaisante, parce que ça donne effectivement des résultats qui font plaisir, mais c'est extrêmement pernicieux, quoi ! C'est de l’ordre de : je fous du sel et du sucre partout dans la bouffe et je suis dans l'agroalimentaire ; c'est vrai que c'est agréable au goût, mais ça dénature finalement et que, il y a un moment, il faut revenir à la cuisine traditionnelle parce que c'est dangereux pour les dents, pour la santé.

Journaliste : Si vous aviez à laisser une bouteille à la mer, un conseil à faire sur les réseaux pour les jeunes générations qui nous écoutent, quel conseil, rapidement, Jean-Manuel vous laisseriez aux jeunes internautes ?

Jean-Manuel Rozan : Être le plus compétent possible.

Journaliste : Compétent ? Spécialisé ?

Jean-Manuel Rozan :Comprendre comment ça marche. Faire l’effort. Et il y a beaucoup de gens qui en sont très loin. En tirer toutes les conclusions. Tout faire pour protéger leur vie privée et rester optimistes.

Journaliste : Éric ?

Éric Leandri : Alors, pour les jeunes et pour les moins jeunes, enfin pour tout le monde, aujourd'hui ce que j'aimerais, ce qui serait vraiment génial de la part de tout le monde, c'est commençons à créer des outils et des produits alternatifs qui permettent de conserver la neutralité des réseaux et la neutralité du Net, au cas où les autres se fermeraient et où l’optimisme de Jean-Manuel ne se vérifierait pas.

Journaliste : Merci. Et Fabrice ?

Fabrice Epelboin : Alors moi j'aurais tendance à ajouter à l'intention des jeunes, mon message traditionnel ça serait quelque chose qui sort d'un vieux, pour le coup, qui nous a quittés, qui serait « Indignez-vous ! ». Je pense que, pour les jeunes, ils sont dans un monde où finalement, il y a un petit pamphlet américain très bien écrit qui dit Code or be coded!. Donc concrètement, l'analphabétisme aujourd'hui c'est le code. Si vous ne savez pas coder vous êtes un analphabète, au même titre qu'il y a plein d'analphabètes au 18ème siècle en France.

Journaliste : Un « analphaweb » !

Fabrice Epelboin : Analphabète, vraiment analphabète. C'est-à-dire vous ne savez pas coder, c'est à peu près aussi handicapant pour le monde qui arrive devant vous que de ne pas savoir lire au 18ème siècle. Ce n’était pas un drame au 18ème siècle, on pouvait s'en sortir sans savoir lire, mais il y avait peu de chances qu'on termine dans l'élite. C'est la même chose aujourd'hui.

Journaliste : Tu parles d'un monde d’utilisateurs ? Un monde de consommateurs ?

Fabrice Epelboin : Non, non ! On parle d'un monde d'utilisateurs, de consommateurs, avec une petite micro-élite qui sont les gens qui savent coder et au sommet de cette micro-élite les hackers et on devrait arriver à une masse qui sait coder. C'est comme ça qu'on va s'en sortir. Si on a une masse qui sait coder au même titre qu'on a une masse qui, aujourd'hui, sait parler anglais, et qui sait, on a aussi une écrasante masse qui sait lire et écrire, eh bien si on arrive à une masse qui sait coder, on a des espoirs. Mais il faut en passer par là.

Journaliste : Merci beaucoup.

Luc DIDRY

Migra­tion d’une version majeure de Post­greSQL à une autre (pour Debian Stretch)

Le 10 August 2017 à 08:40:32

Aver­tis­se­ment Ceci est une réac­tua­li­sa­tion d’un précé­dent article. J’en avais marre de devoir chan­ger les numé­ros de version dans mes copier/coller (quoi, vous ne croyez quand même pas que je me souviens de ces commandes par cœur ?), donc je réac­tua­lise l’ar­ticle, ce sera plus confor­table pour tout le monde.

Avec la sortie de Stretch, c’est Post­greSQL 9.6 qui est proposé. Mais comment faire pour migrer les bases de données du clus­ter 9.4 (qui ne rece­vra plus trop d’up­dates) vers le 9.6 ? Ce n’est pas très compliqué.

On stoppe les clus­ters Post­greSQL

service postgresql stop

On vire le clus­ter de la nouvelle version (norma­le­ment vide si on vient juste de l’ins­tal­ler : faire gaffe à ne pas lais­ser passer de temps entre l’ins­tal­la­tion de la nouvelle version et la migra­tion des données, pour que personne n’uti­lise le nouveau clus­ter)

pg_dropcluster --stop 9.6 main

On migre les données

pg_upgradecluster -m upgrade 9.4 main

On restoppe l’an­cien clus­ter (il a démarré tout seul pour la migra­tion)

service postgresql stop 9.4

On teste les applis qui utilisent Post­greSQL Si ça fonc­tionne, on vire les anciennes données

pg_dropcluster 9.4 main

On vire l’an­cienne version de Post­greSQL

apt-get autoremove --purge postgresql-9.4

C’est plutôt simple, n’est-ce pas ?

Source

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09 August 2017

Luc DIDRY

Merci à mes tipeurs :-)

Le 09 August 2017 à 15:14:22

Le 14 juillet 2016, j’ai lancé mes pages Tipeee et Libe­ra­pay.

La récom­pense de base est l’ap­pa­ri­tion sur une page mensuelle de remer­cie­ments… voici celle de juillet ! En retard, comme souvent, mais j’ai la meilleure des excuses : j’étais en vacances en Écosse sans mon PC 😁

Merci à :

Profi­tons un peu de cet article pour faire un petit résumé de mon acti­vité libriste du mois de juillet. Le grand gagnant de ce mois-ci est Lufi !

  • Pour Lufi, je tiens tout d’abord à remer­cier Ilker Kulgu qui s’est démené pour que Lufi soit utili­sable aussi pour les utili­sa­teurs d’In­ter­net Explo­rer et Edge. Merci à lui ! Lufi béné­fi­cie de deux nouveaux langages : le cata­lan et le néer­lan­dais 🙂. Mais tout ça, ce n’est pas moi qui l’ai codé. J’ai ajouté une page de statis­tiques sur l’ins­tan­ce… et surtout le support de Post­greSQL, ainsi qu’une couche d’abs­trac­tion permet­tant à tout un chacun d’ajou­ter le code idoine pour faire fonc­tion­ner Lufi avec la base de données de son choix !
  • J’ai aussi (et enfin !) terminé mon inter­face pour Lufi en ligne de commande : Lufi-cli. Déve­lop­pée en NodeJS (beurk), je l’avais commen­cée il y a plusieurs mois avant de malen­con­treu­se­ment effa­cer le code permet­tant l’en­voi des fichiers 🙁. Je n’avais pas réussi à la recréer par la suite et j’avais laissé repo­ser ce projet. Le voici enfin utili­sable 🙂
  • Encore un peu de travail sur Lstu : ajout d’op­tions pour l’an­tis­pam et ajout d’une page de statis­tiques à propos de l’ins­tance
  • Vous vous souve­nez de mon projet Last présenté le mois dernier ? J’ai enfin pris le temps de lui faire une page expliquant comment s’en servir pour les non-tech­ni­ciens : http://luc.frama.io/last­man/fr.html (spéciale dédi­cace à la reine des elfes à qui je l’avais promis)

Bref, encore une fois, je n’ai pas chômé 😁… mais le mois d’août risque d’être beau­coup plus calme : je suis rentré de vacances le 7 août et je reprends des vacances pour deux semaines (mais avec le PC cette fois) le 13.

Bonjour Duni­ter !

Disclai­mer : je vais peut-être dire des sottises parce que j’ai pas tout compris mais je m’en fous, j’aime bien l’idée

Duni­ter est un projet de crypto-monnaie mais contrai­re­ment au bitcoin où c’est la course à la puis­sance de calcul pour géné­rer la monnaie et deve­nir riche, le but est de créer une monnaie libre (le Ğ1, prononcé comme june en anglais), basée sur une toile de confiance (il faut rece­voir 5 certi­fi­ca­tions pour être membre) et où chacun des membres reçoit tous les jours un divi­dende univer­sel. Je dois dire que je suis assez curieux de ce qu’on peut faire avec un système ressem­blant forte­ment au salaire à vie 🙂

C’est pourquoi j’ai créé mon compte et ait fait ce qu’il fallait pour rece­voir mes certi­fi­ca­tions (rencon­trer des gens, tous­sa…). Ma clé publique est :

 2t6NP6Fvvuok2iRWA188C6pGokWAB5Kpf1S1iGtkN9tg

Et comme un projet n’est utile que si on s’en sert, je vous propose de me soute­nir en Ğ1 tout en béné­fi­ciant des mêmes récom­penses que celles présentes sur ma page Tipeee (j’ai arbi­trai­re­ment choisi une parité euro/Ğ1 car je n’ai pas vrai­ment trouvé de page expliquant comment évaluer le cours du Ğ1 en euros, et au final, est-ce vrai­ment néces­saire ? À nous de choi­sir quelle valeur a cette nouvelle monnaie 🙂. Et puis ça me simpli­fie la vie).

Voici donc les diffé­rentes contre­par­ties et leur prix (chaque contre­par­tie comprend celles de tarif infé­rieur) :

  • 1 Ğ1 : vous appa­raî­trez sur la page mensuelle des remer­cie­ments
  • 2 Ğ1 : vous rece­vrez une photo dédi­ca­cée de mon chat
  • 3 Ğ1 : vous rece­vrez 3 stickers repre­nant les logos de Lstu, Lutim et Lufi. De quoi déco­rer son ordi et se la péter en société 😁
  • 5 Ğ1 : un commit vous sera dédié chaque mois (si je déve­loppe suffi­sam­ment pour le nombre de personnes à ce niveau)
  • 15 Ğ1 : vous pouvez me deman­der de bosser en prio­rité sur un bug ou une demande de fonc­tion­na­lité d’un de mes logi­ciels (dans la mesure du faisable, hein).
  • 100 Ğ1 : quand j’au­rais un nouveau projet, vous pour­rez en choi­sir le nom et le logo

EDIT pour en savoir plus sur Duni­ter et Ğ1, je vous propose d’al­ler voir cet article de cgeek : https://blog.cgeek.fr/de-linte­ret-dune-monnaie-libre.html ainsi que la théo­rie rela­tive de la monnaie pour les enfants.

PS : j’ai aussi une adresse bitcoin si vous souhai­tez me soute­nir par ce biais

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bsibaud.png Benoît SIBAUD

LinuxFr.org : seconde quinzaine de juillet 2017

Le 09 August 2017 à 12:32:24

Septante-septième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Statistiques

  • 1475 commentaires publiés (dont 14 masqués depuis) ;
  • 235 tags posés ;
  • 95 comptes ouverts (dont 6 fermés depuis) ;
  • 44 entrées de forums publiées (dont 1 masquée depuis) ;
  • 18 dépêches publiées ;
  • 25 journaux publiés ;
  • 8 entrées dans le système de suivi ;
  • 1 sondage publié ;
  • 1 page wiki publiée.

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

  • R.A.S.

Liste meta@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste moderateurs@ - [restreint]

  • [Modérateurs] Purge de mon compte
  • [Modérateurs] Obligations légales (Re: Purge de mon compte)
  • [Modérateurs] Publication dépêche

Liste prizes@ - [restreint]

  • [Prizes] LinuxFr prizes recap du lundi 3 juillet 2017, 09:32:03 (UTC+0200)
  • [Prizes] Choix livre offert
  • [Prizes] LIVRE EYROLLES

Liste redacteurs@ - [public]

  • [Rédacteurs] New live-dvd gnu-linux radioamateur : Hambrew

Liste team@ - [restreint]

  • [team linuxfr] Anonymisation/suppression d'un contenu LinuxFr.org

Liste webmaster@ — [restreint]

  • R.A.S.

Canal IRC adminsys (résumé)

  • plein de mises à jour de sécurité
  • mise à jour du serveur bak, de Debian Jessie à Stretch

Tribune de rédaction (résumé)

Tribune de modération (résumé)

  • on a passé le 99000e contenu publié
  • du spam
  • quelques contenus/commentaires alambiqués
  • une purge de compte traitée

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

  • New icon for the mozilla section

Divers

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07 August 2017

april.png Nouvelles April

Logiciels libres, Internet Libre : perspectives et enjeux - Frédéric Couchet

Le 07 August 2017 à 12:15:15


Frédéric Couchet

Titre : Logiciels libres, Internet Libre : perspectives et enjeux
Intervenant : Frédéric Couchet
Lieu : JM2L - Journées Méditerranéennes du Logiciel Libre
Date : Novembre 2011
Durée : 1 h 12 min 50
Visionner la vidéo
Diaporama de la conférence : format Open Document et format PDF
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Le Logiciel Libre est enfin reconnu par les pouvoirs publics et les décideurs politiques comme un enjeu stratégique. Pourtant le combat est loin d’être gagné et il reste un immense travail de sensibilisation à accomplir. A quelques mois d’échéances électorales essentielles pour le pays, Frédéric Couchet fera un point sur les dossiers en cours et présentera différents modes d’action pour agir auprès des responsables politiques.

Transcription

Christophe Desclaux : Donc, c'est une conférence de Monsieur Frédéric Couchet. Alors Frédéric Couchet, c'est vraiment quelqu'un d'important dans le logiciel libre en France. Il est délégué général de l'April. L'April1, c'est une association qui fait la promotion du logiciel libre. Ils ont 5000 membres en France, et c'est vraiment hyper représentatif ; et si vous êtes là demain, ils vous offriront aussi l'apéritif, demain midi, donc vous pouvez venir boire un petit coup avec eux et discuter logiciel libre. Donc Frédéric Couchet est délégué général de l'April, il s'y connaît beaucoup sur les aspects juridiques du logiciel libre, et vous n'allez pas tarder à avoir des cours sur le droit ; je ne sais pas si vous avez commencé. Non ! Alors, c'est l'an prochain. Donc l'an prochain, on va vraiment vous parler copyright, comment protéger vos logiciels, et lui va vous apprendre l'inverse, comment libérer votre logiciel. Et on l'a vraiment fait venir pour ça, pour qu'il vous avance un peu dans le sujet du Libre et que l'an prochain, vous ayez un bon service aussi sur le sujet.

Donc, il va vous présenter le logiciel libre, l'attractive en jeu, il va vous parler de droit ; ça ne va pas être chiant, ne vous inquiétez pas ! Il va surtout vous dire qu'est-ce que c'est qu'un logiciel libre, comment protéger son logiciel même s'il est libre, et il va aussi dire ce que c'est un logiciel libre.

Frédéric Couchet : Le but c'est de vous parler des grandes batailles autour du logiciel libre, donc je vais faire un présupposé, c'est que vous savez ce que c'est le logiciel libre. Si vous ne savez pas, tant pis pour vous, il fallait arriver avant, c'est le principe ! Comme je suis quelqu'un de très sympa, vous avez le diaporama qui est déjà en ligne, parce qu'il y a quand même beaucoup de choses sur le diaporama. Et notamment, il y a beaucoup d'adresses, soit de sites, soit de documents qui vont vous permettre, sur les sujets qui vous intéressent, d'aller plus loin. Mon but n'est pas de passer en détail tous les points, mais plutôt de passer en revue l'ensemble des points. Et sur les sujets qui vous intéressent, à chaque fois, il y a un document, une vidéo ou autre chose, pour aller plus loin. C'est pour ça que je vous ai mis l'URL2, comme ça vous n'avez pas à noter, à chaque fois, les URL de l'ensemble des documents : vous ne tapez que celui-là et, si besoin, je vous le remettrai à la fin.

Donc, moi, je suis délégué général de l'April ; on existe depuis maintenant quinze ans. Et on a deux activités : promouvoir et défendre le logiciel libre.

Donc promouvoir, c'est se faire connaître ; ça c'est facile, entre guillemets, auprès de tout public : des étudiants, des journalistes, des collectivités, des entreprises.

Et puis on a une deuxième activité qui est de défendre le logiciel libre et ses acteurs. Et c'est plutôt de ça dont je vais vous parler maintenant, celle des activités qui nous occupe quand même une bonne partie de notre temps, malheureusement : c'est défendre le libre.

C'est là où je demande justement qui utilise des ordinateurs ? Donc, je vois qu'il y a à peu près tout le monde qui utilise des ordinateurs. Bon, qui sait ce qu'est le logiciel libre, levez la main… Il y en a qui ne savent pas, sérieusement, ou pas ? Très bien, il n'y a pas de problème.

Public : Bouh !

Frédéric Couchet : Qui a fait bouh ?

[Rires]

Le logiciel libre

Frédéric Couchet : Alors, quelles sont les quatre libertés du logiciel libre ? Donc je vais résumer pour les personnes qui ne savent pas ce qu'est un logiciel libre, très rapidement. Le Libre, c'est quatre libertés essentielles.

  • La première, c'est la liberté d'utiliser le programme, quels que soient les besoins. Donc, que vous ayez téléchargé le logiciel libre, que vous l'ayez acheté dans le commerce quelque part, que vous en ayez fait une copie, la liberté d'utilisation est totale. Sur un poste, par exemple sur mon portable ; sur tous les postes, par exemple de la Fac, de l'entreprise, de la collectivité. Donc liberté d'utilisation totale. Dans le cas du logiciel propriétaire, qui s'oppose au logiciel libre, cette liberté vous l'avez, mais elle est très encadrée car, généralement, c'est sur un poste, et pas plus. Là, liberté totale d'utilisation.
  • Deuxième liberté, c'est la liberté d'étudier le fonctionnement du programme. Parce que le logiciel libre vient avec son code source, c'est-à-dire sa recette de cuisine, la façon selon laquelle l'informaticien a travaillé. Ça permet, évidemment, de voir comment le logiciel fonctionne, ce qu'il fait, en termes pédagogiques c'est intéressant, sécurité, etc. Ça, c'est la deuxième liberté : étudier son fonctionnement.
  • La troisième liberté c'est, eh bien une fois qu'on a étudié, on aimerait bien savoir le modifier. Et on veut pouvoir modifier le logiciel pour, en gros, deux raisons. La première, c'est rajouter des fonctionnalités. C'est-à-dire un logiciel, ça répond à des besoins à l'instant t, mais deux jours plus tard, il y a des nouvelles fonctionnalités qui apparaissent, des nouveaux besoins, et on veut pouvoir les rajouter. Et puis il y a des bugs dans les logiciels. Même dans les logiciels libres, il y a des bugs. Eh bien, il faut pouvoir corriger ces bugs. Ça, ça veut dire modifier le logiciel, soit pour rajouter des fonctionnalités, soit pour corriger des bugs.
  • Donc, ces trois premières libertés — utilisation, étude, modification — ça concerne les gens qui ont récupéré le logiciel. Et plus généralement, il n'y a pas la communauté, il n'y a pas le monde entier, on va dire. C'est la quatrième liberté qui crée, finalement, la communauté, la ligne de partage, c'est la liberté de faire des redistributions, des copies, à la fois de la version originale du logiciel, la version que l'on a récupérée, donc la version exécutable, mais également des versions modifiées, la version sur laquelle on a rajouté des fonctionnalités, où l'on a corrigé un bug. Ce n'est pas une obligation de redistribuer, mais c'est une liberté.

Donc on voit, en fai,t que le logiciel libre, quelque part, c'est un pot commun dans lequel il y a des logiciels, des briques libres ; les gens se servent, les utilisent, éventuellement les font évoluer, rajoutent des fonctionnalités, et peuvent remettre au pot commun. Et en gros, la différence entre libre et propriétaire, elle n'est pas tellement sur ces aspects, enfin, elle est principalement sur le fait de qui contrôle l'évolution du logiciel. Dans un cas, c'est l'éditeur ou le propriétaire qui décide de la correction de bugs et des rajouts de fonctionnalités, et donc principalement par rapport à une démarche purement économique de marché. Dans le cas du logiciel libre, n'importe qui a cette liberté de faire évoluer le logiciel, donc ça répond à la fois à une dynamique potentielle de marché, mais surtout à une dynamique de besoins.

Donc le logiciel libre c'est utilisation, étude, modification, redistribution.

Et pour ceux qui veulent en savoir plus, sur le stand de l'April, il y a des petits flyers où on explique les va-et-vient entre développeurs et utilisateurs, des petits flyers en couleur, assez sympas, qui expliquent un petit peu la dynamique.

Je continue les questions. Maintenant qu'à peu près tout le monde sait ce qu'est un logiciel libre, qui utilise un ordinateur pour télécharger de la musique, regarder des films ? Ça c'est marrant, il n'y en a pas beaucoup. OK. Qui connaît le terme DRM ? Ou a entendu parler du terme DRM ? Ouais ! DADVSI ? Ah, vous êtes jeunes, c'est pour ça ! C'est là qu'on voit qu'on vieillit. Brevets logiciels ? ACTA ? Bon, il y en a un qui répond tout le temps, mais c'est… OK ! Eh bien c'est très bien parce que, au moins, je vais vous apprendre des termes, et vous allez apprendre à les détester ces termes. Malheureusement, ça vous concerne.

Ah tiens, je n'avais même mis mon diaporama sur le logiciel libre, quand même ! Bon, je ne vais pas vous le refaire, mais en gros, on voit le petit gnou qui donne au manchot le gâteau au chocolat ; il lui donne, en plus, la recette. Dans le logiciel libre, au lieu de donner un gâteau au chocolat et la recette, on donne le code exécutable et le code source, avec les libertés donc de l'utiliser, d'en faire des copies, de le modifier, donc, les quatre libertés. En fait, j'avais vraiment mis ces slides, utilisation, étude, modification et redistribution.

Un point essentiel que j'ai dit tout à l'heure, c'est que le Libre, pour beaucoup de gens et en tout cas pour moi, c'est avant tout une question d'éthique, de philosophie, de partage de la connaissance. Richard Stallman, qui est l'une des personnes qui est à l'origine du mouvement du Libre, est un américain, quand il vient en France, il utilise : Liberté, Égalité, Fraternité. Liberté parce qu'il y a les quatre libertés. Égalité parce que tout le monde a les mêmes droits dans le logiciel libre, quel que soit son statut, qu'on soit étudiant, informaticien, grande entreprise, politique, on a tous le même statut. Et Fraternité parce que le but, c'est de construire du partage, de la coopération. Il dit d'ailleurs que c'est l'incarnation informatique de la devise républicaine française.

Donc, création d'un fonds commun informationnel.

Alors, je vais passer vite fait ça, juste pour vous dire, en fait, je l'ai expliqué un peu tout à l'heure quand même, que 98 marque une rupture. Le logiciel libre, en gros, est formalisé dans les années 80, même s'il a existé avant dans les pratiques. Il est formalisé dans les années 80. Il commence à monter en puissance, principalement grâce aux administrateurs système, jusqu'en 98 où là il y a une rupture, c'est-à-dire que tout d'un coup, la presse s'empare du phénomène, pour parler souvent de logiciels gratuits, mais peu importe ; les entreprises commencent à s'y intéresser. Donc on a l'expansion qui commence vraiment à arriver à partir de 98. Ça, c'est le côté positif. C'est le côté, tout d'un coup le Libre est pris en compte et se développe. Mais en même temps, on va assister, en fait, à une explosion des dangers autour du logiciel libre.

Je passe certains slides parce qu'en fait ce n'est pas forcément le plus intéressant. Ça, c'est juste pour lire et expliquer qu'un certain nombre de logiciels libres qui sont aujourd'hui utilisés, la plupart n'existaient pas il y a quelques années. En 98, la plupart n'existaient pas. Donc il y a une vraie accélération, ces dernières années, sur les logiciels libres développés, et principalement sur les logiciels libres grand public. Au départ, ce sont les infrastructures qui ont commencé à être équipées en logiciels libres, de la même façon que, quand on fait une maison, on commence par les fondations et, à la fin, on rajoute les trucs inutiles comme la télé, le frigidaire, le micro-ondes, etc. Ça, je vous parle de ces logiciels qui n'existaient pas il y a quelques années.

Un point essentiel dans cette dynamique, c'est le rôle d'Internet. En fait, il joue deux rôles Internet. Il a joué un rôle de diffusion des logiciels libres et, à la fois, en fait, il est basé sur des logiciels libres. Dans un premier temps, simplement, sachez qu'à partir du moment où vous naviguez sur Internet, vous utilisez des logiciels libres. Il y a des serveurs qui utilisent des logiciels libres pour permettre de se promener sur les sites. Les serveurs eeb sont principalement des logiciels libres. Donc, même sans le savoir, vous utilisez des logiciels libres. L'architecture logicielle d'Internet, c'est en grande partie du logiciel libre et sans logiciel libre, Internet n'aurait jamais pu se développer comme il s'est développé.

Mais inversement, Internet a favorisé le développement de logiciels libres. Moi, quand j'ai commencé à m’intéresser au logiciel libre il y a très longtemps, au début des années 90, dans la fac où j'étais, en première année, il n'y avait pas accès à Internet. Je ne sais pas si vous pouvez imaginer qu'en première année de fac, il n'y avait pas d'accès à Internet ; bon, c'étaient les années 90, mais quand même. On a eu accès à Internet quelques années après. Simplement, il y avait quand même des gens qui nous disaient : « Eh bien, si vous voulez », comme on travaillait déjà sous Unix à l'époque, « vous pouvez récupérer des logiciels sur un serveur du MIT. Pour cela, vous allez vous rendre au laboratoire d'Intelligence Artificielle de la fac, et vous demandez gentiment aux gens qui sont en DEA [Bac +5, NdT] ». Donc, comme les gens en DEA étaient très sympa, ils allaient récupérer le logiciel, le transféraient sur le réseau local. Vous imaginez la difficulté d'aller récupérer du logiciel libre ! Imaginez, non seulement la difficulté, si on voulait renvoyer un patch, une correction, il fallait retourner au laboratoire d'IA, c'était un enfer quoi !

À partir des années 90, il y a eu la démocratisation d'Internet. De plus en plus de gens ont eu accès à Internet. Donc ça a favorisé, d'abord, la diffusion des logiciels libres. On peut directement aller sur un site, récupérer un logiciel libre, qu'on soit étudiant, qu'on soit à la maison, qu'on soit dans des entreprises. Et aujourd'hui, on récupère des distributions de logiciels libres, c'est-à-dire plusieurs mégaoctets voire des gigaoctets, via l'ADSL, très rapidement. Mais en même temps, cela met en relation de plus en plus de gens qui voulaient faire du logiciel libre. Beaucoup de gens pensent qu'Internet c'est un réseau de machines interconnectées ou un réseau de réseaux interconnectés. Techniquement c'est vrai, mais socialement c'est totalement faux. Socialement, Internet c'est un réseau de personnes qui ont envie de partager des choses. Et à partir du moment où une chose peut être dématérialisée, elle sera partagée. Et la première des choses qui est dématérialisée, par définition, évidemment c'est le logiciel.

Donc le fait qu'Internet se démocratise a facilité la mise en relation de gens qui voulaient tout simplement produire du logiciel, et donc du logiciel libre. Et ce n'est pas pour rien qu'en fait 98/99, ça marque une rupture. C'est à peu près à cette période, où, là aussi, Internet s'est démocratisé. Alors vous étiez peut-être jeunes à l'époque, vous ne vous en souvenez pas, mais vraiment, dans cette fin des années 90, plein de gens ont commencé, effectivement, à s'équiper d'Internet à la maison, à en parler, etc. Donc Internet joue un rôle à la fois de diffusion et de mise en relation des gens. Et ça rend aussi la diffusion du logiciel libre, et de toute, on va dire, information partageable, inéluctable. Parce que, tout simplement, il y aura toujours de plus en plus de gens qui seront connectés, qui auront envie de partager, et donc le modèle propriétaire qui est basé sur le fait que c'est une petite équipe qui travaille dans son coin, pour sortir des produits, quels qu'ils soient, ne peut pas perdurer.

L'exemple parfait n'est pas dans le domaine du logiciel. L'exemple parfait est dans le domaine des encyclopédies, de projets d'encyclopédies. S'il y a dix ans, parce qu'une encyclopédie célèbre en ligne fête ses dix ans aujourd'hui, s'il y a dix ans, au lancement de Wikipédia, on avait demandé à des sociologues, à des économistes, des experts en tous genres, qui allait gagner entre ce projet d'encyclopédie libre Wikipédia et les projets propriétaires, type Encarta et autres, les gens auraient dit : « Eh bien, c'est normal, il n'y a que le modèle classique de top-down d'une entreprise, avec de gros moyens qui va gagner ». Dix ans plus tard, c'est Wikipédia qui a gagné. Et c'est normal parce qu'il y a de plus en plus de gens qui ont commencé à l'utiliser et c'est exponentiel. C'est inarrêtable. Sauf si, évidemment, on demandait à des gens de nous arrêter, juridiquement par exemple, ou techniquement d'ailleurs. C'est de ça qu'on va parler tout à l'heure. Parce que, évidemment, cette mise en relation de gens qui se partagent des ressources numériques, pose à d'autres un certain nombre de problèmes, évidemment par rapport à leurs modèles économiques.

Alors, depuis 98, il y a un très fort développement du logiciel libre, mais depuis la même période, il y a de plus en plus de menaces sur le logiciel libre. Alors c'est là qu'on va les passer en revue. Je sais que je vais passer relativement rapidement parce que, sur chaque sujet, on pourrait passer deux heures. Il y en a certains dont je ne vais pas parler parce que demain il y a une conférence sur le sujet, notamment sur tout ce qui concerne Internet. Mais là, vous verrez à chaque fois des liens vers des documents de 4/5 pages ou des vidéos de quelques minutes, qui vous permettront d'aller plus dans le détail.

Alors, on attaque. Je sors ça pour voir l'heure quand même. Je suppose que vous reconnaissez cette espèce d'objet et le logo qui se trouve dessus. Alors pourquoi cet objet ? Parce que, évidemment, la première menace fantôme, elle vient de Microsoft et elle date de Halloween 98, d'où la citrouille. En 98, un hacker américain révèle qu'on a des mémos internes, de Microsoft. Donc Microsoft, en interne évidemment, analyse le développement du logiciel libre, le prend en compte déjà, constate que le logiciel libre ce n'est pas un acteur comme un autre. Ce n'est pas un acteur que, économiquement, on peut combattre de la même façon que les autres, parce que ce n'est pas une entreprise, une entreprise qu'on peut racheter, donc c'est un acteur différent.

Il n'y a pas un monsieur ou madame Logiciel Libre. Donc ils pensaient que c'est un acteur différent. Par contre, ils constatent que, visiblement, ça commence à monter en puissance ; qu'il faudrait peut-être s'y intéresser parce que, à terme, c'est un modèle de développement qui est à l'opposé du modèle de Microsoft, qui est un modèle typiquement propriétaire, classique, en tout cas chez Microsoft. Et donc, dans ce document, après l'analyse de leur problème, ils passent, évidemment, aux solutions potentielles. Donc, comme ils constatent qu'économiquement, il n'y a pas les armes habituelles de rachat ou autre, eh bien ils vont utiliser deux types d'armes. Ils décident d'utiliser les armes de propagande qu'on appelle le FUD pour « peur, incertitude et doute ». En gros, c'est de faire courir des bruits, complètement fous, absurdes, sur le logiciel libre, sur l'adversaire entre guillemets. Un exemple : à l’époque, Microsoft associait très fortement logiciel libre à communisme aux États-Unis, ce qui marchait très bien. En France, ça ne marche pas du tout, parce que bon, il n'y a pas ce genre de problèmes. Mais aux États-Unis, ça marchait très bien. Steve Ballmer, par exemple, a comparé les licences de logiciels libres, notamment la première d'entre elles, la GPL [General Public License], à un cancer qui ronge le droit d'auteur des entreprises. Ça, ce sont des termes de propagande : essayer de diffuser de la fausse information pour faire peur et, quelque part, lever des craintes chez les utilisateurs potentiels. Ça, ça n'a pas mal marché pendant quelques années ; aujourd'hui, on n'entend plus trop ça. Il y avait aussi un autre terme, par exemple, qui est beaucoup moins violent que ceux que j'ai employés, le terme de « logiciel professionnel ». Eux, ils ne veulent pas employer le terme de « logiciel propriétaire », ils disent : « Nous, on fait du logiciel professionnel ». Sous-entendu, c'est le logiciel libre qui n'est pas professionnel. Vous voyez, tous ces termes de propagande. Mais aujourd'hui, ça c'est à peu près calmé.

Par contre, il y a la deuxième partie, qui est l'idée d'utiliser des mécanismes juridiques, ou politiques, pour limiter le logiciel libre. Si économiquement on ne peut pas y arriver par les méthodes classiques, essayons par les méthodes juridiques. Et donc ils vont essayer, notamment, les brevets logiciels dont je parlerai tout à l'heure et les formats de documents fermés. En tout cas, ces mémos marquent une rupture importante dans les communautés du Libre. C'est le moment où on se rend compte que, finalement, on n'est pas que là pour faire du Libre ou le promouvoir, mais on va devoir le défendre. Et les gens ne sont pas forcément prêts à ça à l'époque, mais en tout cas ils vont s'y mettre.

Et là, en même temps, il y a une autre convergence. Tout à l'heure, je vous ai parlé d'Internet, ce réseau d'êtres humains qui partagent des choses, pour le bien de tous. Mais évidemment, ça remet en cause des modèles économiques du passé, basés sur la rente, sur le fait qu'on vend du support physique et donc pas autre chose. Et donc, le camp d'en face, les gens se disent : « On va avoir un vrai problème avec Internet », mais en même temps, ça peut être pour eux une opportunité. Ils se disent : « Est-ce qu'Internet, est-ce que le numérique, ne permettrait pas de mettre en œuvre des dispositifs de contrôle qu'on ne pouvait pas avant dans le monde numérique ? ». Je vais détailler, bien entendu !

Et ils édictent une règle, qui est dans un des rapports, je crois que ça date de 2000, ou quelque chose comme ça, qui est que celui qui a développé ou rassemblé l'information devrait avoir le contrôle total sur la façon dont vous l'utilisez. Il y a donc deux choses qui sont intéressantes dans cette phrase. C'est que, d'abord, on ne parle pas des auteurs, des artistes, etc. On parle plutôt des producteurs, ceux qui, en fait, rassemblent l'information et essaient de vous la transmettre. Et le deuxième point, c'est qu'ils estiment qu'ils peuvent avoir un contrôle total sur la façon dont on utilise ces contenus, culturels ou autres. Ce qui est un renversement complet, vous allez le voir, en fait, du mode de fonctionnement passé, et encore aujourd'hui pour beaucoup de personnes, qui considèrent que les usages privés, c'est quelque chose qu'on ne peut pas, qu'on ne doit pas contrôler. Et donc, quand je vous parlais tout à l'heure de DRM, de DADVSI, d'ACTA et compagnie, eh bien ça rentre là-dedans. Et je vais un petit peu les détailler.

Vous voyez, l'idée c'est d'avoir en tête qu'il y a un adversaire, entre guillemets, « naturel », quelque part, qui veut limiter le développement du logiciel libre, c'est Microsoft et toute entreprise de logiciel propriétaire, ça, à la limite, ce n'est pas très surprenant. Et à côté de ça, il y a des gens qui ont d'autres problématiques. Le Libre, à la limite, ils s'en foutent un peu, mais pour autant il va y avoir un impact sur nos activités, soit directement, soit indirectement. Alors je vais les détailler un peu.

Là, c'est quatre dangers qui sont sur certains t-shirts de l'April, pas celui que j'ai, mais d'autres. DRM, Trusted Computing, c'est-à-dire informatique de confiance, brevets logiciels et vente liée, et je parlerai aussi de l'ACTA, un petit peu. Alors on va essayer de détailler.

Les DRM

Alors, DRM. Comme je vous ai dit tout à l'heure, vous avez là une synthèse sur les DRM3 qui est disponible. Pas la peine de noter l'URL qui est très longue, il suffit de noter l'URL du diaporama.

Alors, le DRM c'est quoi ? Qui a déjà entendu parler de DRM ici ? Ouais ! Qui, sans lire ce qui est marqué là, peut me dire ce que c'est qu'un DRM ? Dire à peu près, quand même ? Ce n'est pas une question piège, si c'est faux, ce n'est pas grave. Toi, tu as levé la main tout le temps, c'est quoi un DRM ?

Public : C'est un verrou numérique dans le but d'empêcher l'utilisation d'un fichier…

Frédéric Couchet : OK. On va voir le terme « verrou numérique » qui empêche l'utilisation. À la base, DRM ça veut dire Digital Rights Management, « gestion des droits numériques ». Et c'est vrai que dans les DRM, dans la gestion des droits numériques, il y a deux aspects : l'information sur les droits, pour dire aux gens ce qu'ils ont le droit de faire. Dans le monde du logiciel libre, il y a cette information, les 4 libertés, etc. Et la deuxième partie, c'est le contrôle, c'est-à-dire comment contrôler que l'utilisateur reste dans les limites permises par les droits. Et de facto, c'est vrai, le DRM est devenu un dispositif qui n'a qu'un seul objectif, c'est de contrôler l'usage du numérique.

Alors là, j'ai pris des exemples. Quand j'ai dit tout à l'heure que le numérique pouvait permettre, éventuellement, de mettre en place des contrôles impossibles dans le domaine matériel tel qu'on le connaît, eh bien prenez l'exemple d'un livre. Si vous achetez un livre, OK, vous avez un livre. Si vous avez un livre, vous pouvez le lire comme bon vous semble. C'est-à-dire que vous pouvez commencer par la première page, aller jusqu'à la dernière ; mais vous pouvez commencer au milieu ; vous pouvez même commencer par la fin. Il y a des livres, par exemple, les gens vont commencer par la fin pour savoir qui était mort. Je ne vous donnerai pas lequel, parce que la dernière fois que j'ai posé la question, personne n'avait fait ça. C'était sur Harry Potter, le dernier Harry Potter. J'étais désespéré parce qu'en fait… Qui a lu le dernier Harry Potter, il y a longtemps ? Qui a commencé par la fin ? C'est désespérant. Parce que moi, je connais des gens qui ont lu Harry Potter et qui m'ont dit : « Moi, j'ai commencé par la fin ! » C'est normal, ils voulaient savoir qui mourait, parce que tout le monde savait qu'il y avait un mort. Bon. Mais l'essentiel, c'est qu'ils peuvent le faire, ils ont le droit de le faire. Personne ne va leur dire qu'ils sont obligés de commencer par le premier paragraphe et d'aller jusqu'au bout. De même, pour les gens, il y en a quelques-uns ici qui portent des lunettes, on ne vous impose pas, quand vous achetez un livre, une paire de lunettes avec, avec un prix en plus. On ne vous dit pas : « Vos lunettes que vous avez là, c'est une marque qu'on ne connaît pas, vous ne pouvez pas les utiliser pour lire ce livre, vous devez utiliser mes marques de lunettes à moi ».

On peut se dire deux choses. Soit ce sont des choses qu'on ne peut pas contrôler, ce sont des pratiques qu'on ne peut pas contrôler. Parce que sinon, pour contrôler ces pratiques, ce serait effectivement Big Brother, c'est-à-dire que vous auriez un ayant-droit ou un agent assermenté de l'éditeur qui serait là et qui vous dirait : « Non là, tu ne commences pas par le dernier chapitre, tu commences par le début, tu te tapes les 700/800 pages avant de savoir qui est mort ». Et puis, de la même façon, si tu veux relire une deuxième fois le livre, tu repasses à la caisse. Et pareil, si vous avez des lunettes, eh bien là, vous ne prenez pas vos lunettes habituelles, vous prenez les lunettes qu'on vous a vendues avec. C'est Big Brother.

Ça, c'est la première façon de voir les choses, c'est de se dire on ne peut pas contrôler ça, donc on ne le fait pas. Effectivement, c'est attentatoire aux libertés individuelles.

La deuxième chose, c'est que c'est de l'usage privé, on fait ce qu'on veut chez soi. Le deuxième point de vue, c'est justement de dire on fait ce qu'on veut chez soi, donc personne n'a à contrôler ces usages. À partir du moment où je me suis procuré ces objets, que ce soit un livre ou autre, j'en fais ce que je veux. Si je veux le prêter à quelqu'un, je le prête à quelqu'un. Si je veux le lire vingt-cinq fois, je le lis vingt-cinq fois.

Ce sont deux façons de voir les choses. C'est-à-dire, d'un côté c'est le respect des usages privés et de l'autre ce sont des usages qu'on ne peut pas contrôler. Il est essentiel de se positionner. Nous, je pense comme beaucoup de gens ici, voire la quasi-totalité, on estime que ce sont des usages privés qu'il ne faut pas contrôler. Eh bien, ceux qui produisent ces livres, ceux qui assemblent cette information, considèrent qu'à partir du moment où, techniquement, on peut contrôler ces usages, eh bien, on va le faire. Sauf qu'effectivement, dans la partie matérielle, dans l'ancien monde, on ne pouvait pas avoir un agent assermenté, chez soi, à demeure, qui vous contrôle vos usages. Mais est-ce que le numérique ne le permet pas ?

Prenez un DVD. Sur un DVD, vous avez des plages que vous êtes obligé de lire. Ça peut être des plages de publicité, ça peut être une plage où on vous dit que si vous faites une copie illégale de ce DVD, l'artiste ou le créateur va mourir dans d'atroces souffrances, etc. Enfin, ce sont des plages que vous ne pouvez pas zapper. Vous ne pouvez pas le faire techniquement, et même si vous pouviez le faire techniquement, juridiquement, ça vous est interdit.

De la même façon, on parlait des lunettes. Imaginez des gens qui téléchargent, qui achètent de la musique sur le site d'un célèbre opérateur américain qui commence par un « I ». Techniquement et légalement, vous ne pouvez pas convertir cette musique dans un lecteur de musique normal, de base. Vous êtes obligé de le lire avec l'outil fourni par ce même opérateur, qui commence également par un « I ». Vous ne pouvez pas techniquement convertir et légalement, c'est interdit.

Et c'est ça, le principe d'un DRM. Le principe d'un DRM, c'est un outil technique qui contrôle un usage privé. Pourquoi, quand vous achetez un DVD, que vous avez un DVD, vous seriez obligé, absolument, de vous taper une page de pub, une page de propagande des industries culturelles ? Non !

Ce contrôle d'usage s'appelle DRM. Mais comme c'est de la technique, comme c'est du logiciel, etc., c'est potentiellement contournable. Eh bien, ces gens-là ont eu la grande idée de faire la protection juridique contre le contournement de ce qu'on appelle des « menottes numériques », de ces DRM. L'idée étant voilà, les DRM sont là pour empêcher un certain nombre d'usages. Eux vous disent, en face, que c'est pour absolument respecter le droit d'auteur, etc., mais en fait c'est pour contrôler les usages. Mais comme techniquement on peut les contourner, on va, juridiquement, interdire leur contournement.

Et dans les combats qu'on a menés, qu'on mène, ce combat-là ça fait très longtemps, et on l'a pris très en retard. Quand je vous parlerai d'ACTA tout à l'heure, vous verrez que ACTA on l'a pris très en amont, et ça change radicalement les choses. Je vais vous faire l'historique très rapide du truc, pour dire que ça ne date pas que de quelques années.

Première chose, un DRM, si quelqu'un vous parle de DRM une prochaine fois, vous pouvez lui dire que c'est un dispositif de contrôle de l'usage. Le but d'un DRM, c'est de contrôler des usages privés, de manière à ce que demain, n'importe quelle action d'un utilisateur soit contrôlée et passe éventuellement à la caisse. Ce n'est en rien quelque chose pour sauver le droit d'auteur et les artistes. Non ! C'est pour créer une nouvelle rente. Donc, DRM égal « contrôle d'usage » pour le « numérique » de « verrou numérique ». Ça vient de 1996, OMPI.

Est-ce que quelqu'un sait ce que veut dire OMPI ? En France, on en a parlé tout à l’heure, il y a l'INPI [Institut national de la propriété industrielle]. Eh bien, c'est quasiment la même chose, l'OMPI c'est l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Et en 96, ces gens-là ont leur traité, le traité de l'OMPI dans lequel, dans l'article 6, de mémoire, un petit article dit, texto, que les États membres signataires de ce traité doivent prendre des mesures juridiques pour interdire le contournement des DRM. C'est un petit article, c'est en 96. En 96, moi j'étais encore étudiant, je n'avais même pas encore créé l'April, donc OMPI ! Jamais entendu parlé ! En 98, les Américains transposent ce traité, c'est le DMCA, Digital Millenium Copyright Act. Et déjà à l'époque, il y a des gens qui disent : « Attention, si on interdit le contournement des DRM quel que soit l'usage, on va au-devant de gros problèmes. » Par exemple, il peut y avoir des bibliothèques qui ont besoin de contourner des DRM. Une fois qu'un contenu est dans le domaine public, il n'y a plus de raison qu'on ne puisse pas y avoir accès. Il peut y avoir, par exemple, des personnes aveugles qui peuvent avoir besoin d'outils spécifiques qui contournent les DRM. Il y a un certain nombre de soucis mais pourtant, le truc est voté en 98 aux États-Unis via le DMCA [Digital Millennium Copyright Act].

Les Européens font la directive un petit peu après les Américains pour avoir, en 2001, la version européenne, qui s'appelle European Union Copyright Directive, l'EUCD, qui est votée en 2001. Et nous, à l'époque, pareil, toujours pas entendu parler de ce truc-là parce qu'on est sur un autre sujet, parce qu'on a d'autres choses à suivre. Et en fait, ce sujet va revenir vraiment dans le rétroviseur des gens, en tout cas dans l'actualité, fin 2002, avec la publication de l'avant-projet de loi de ce qui deviendra DADVSI, Droit d'Auteur et Droits Voisins dans la Société de l'Information. Enfin le projet de loi qui sera voté finalement en 2006, qui sera le premier projet de loi de la longue série des lois en I en France, DADVSI, HADOPI, LOPPSI, machin… Et ça c'est de 2002 à 2006. Et cette loi qui est au départ un objectif, entre guillemets, « DRM » se révèle, par justement, notamment, cette interdiction du contournement des DRM, hautement technologique et hautement nocive pour la technologie.

Je vais prendre juste un exemple pour vous montrer l'absurdité du truc. Un des DRM qui existe c'est celui qui est sur les DVD. Sur un DVD, il y a un DRM qui s'appelle CSS, Content Scrambling System. En gros, les informations sont pas vraiment… Bon, ce n'est pas un DRM très subtil. Et donc, vous avez des éditeurs qui fournissent des solutions propriétaires pour lire leurs DVD, et qui donc intègrent un mécanisme pour lire les DVD et donc décoder, en fait, ce DRM. Et dans le cadre du logiciel libre, il n'y en avait pas. Et il y a plusieurs personnes qui ont écrit un petit logiciel qui s'appelle DeCSS4, qui fait quelques lignes, qui vise à contourner le DRM CSS [Content Scramble System] pour permettre aux gens du logiciel libre de pouvoir lire légalement, enfin, bon allez, tranquillement, un DVD qu'ils se sont procuré. Avant la loi DADVSI, pas de souci, le contournement des DRM n'était pas interdit. Avec DADVSI, tout d'un coup, on pose la question au ministère de la Culture, à d'autres ministères, aux députés : « Est-ce qu'un utilisateur d'un logiciel libre comme VLC, comme Videolan, pourra lire un film sans être éventuellement poursuivi ? Est-ce qu'un éditeur d'une distribution de logiciels libres comme, par exemple, Mandriva en France peut, à partir de DADVSI, diffuser VLC sur son CD-ROM ? ». Eh bien, on n'a jamais eu de réponse. Jamais de certitude, plutôt « à priori ça serait illégal ».

Imaginez la difficulté que ça met pour le grand public. Parce qu'on peut se dire, pour le geek, à la limite, ce n'est pas très grave, parce que, techniquement qu'est-ce qui se passe ? C'est que, une fois que vous installez VLC, et que vous voulez lire un DVD, en gros, vous avez un message vous disant : « Vous devez télécharger la libdvdcss machin à tel endroit, et après vous pouvez lire votre DVD. » C'est vrai que pour les geeks, ce n'est pas un problème, on installe. Mais imaginez pour quelqu'un du grand public qui, tout d'un coup, vient de se mettre au logiciel libre, il a installé sa belle distribution ou vous lui avez installé sa belle distribution, et l'une des premières choses que fait la personne généralement, elle va sur Internet ; ça se passe bien ! Elle veut faire un petit CV ; ça se passe bien ! Et puis à un moment, elle veut regarder un film. Elle met la galette. C'était il y a quelques années, parce que maintenant, ça a un peu changé. Mais ça existe encore les galettes. Elle met la galette, et il ne se passe rien. Impossible que ça démarre ! Dans le meilleur des cas, ça démarre, mais il y a le fameux message « veuillez installer le machin pour contourner le DRM ». Je peux vous assurer que 99 fois sur 100, à chaque fois les gens ne l'installeront pas. Parce qu'ils n'auront pas confiance. On aura beau leur dire ne t'inquiète pas, ils n'auront pas confiance. Ils ne comprennent pas pourquoi pour lire un putain de film, il faut installer un logiciel de plus. Je vous le dis, les plus grosses critiques que j'ai eues sur le logiciel libre viennent de ma femme : « Ton truc, c'est chiant, à chaque fois que je veux écouter de la musique ou un film, ça merde ». Bah, oui, mais là il faut faire ça parce que sinon…

Et là, pour le grand public, c'est un frein incroyable. Et mettez-vous à la place d'une entreprise qui, par exemple, fait des distributions de logiciels libres qu'elle vend dans le commerce, comme Mandriva en France et qui, tout d'un coup, se dit OK ! On ne va peut-être pas aller chercher individuellement chacun des utilisateurs de VLC et de DeCSS, mais moi qui suis une entreprise, qui ai une adresse, qui vends dans le commerce, est-ce que je peux distribuer ce logiciel ?, comme Mandriva a décidé de prendre le risque. Et donc on voit comme quoi, en fait, un simple petit bout d'article peut mettre dans en danger à la fois les développeurs de logiciel libre, des utilisateurs, des entreprises. À tel point que nous, sur DADVSI, on avait fait un recours au Conseil d'État contre le décret, précisément, qui concernait, en fait, ce contournement précis. Le Conseil d'État nous a donné raison, tout en rejetant le recours, mais en disant que nous avions raison sur les questions d’interopérabilité, que les gens de VLC, etc., avaient le droit d'intégrer cette librairie. Mais pendant plusieurs années, pendant très longtemps, il y a eu une incertitude juridique présente.

DADVSI, c'est 2006. À l'époque c'était censé régler « le problème », entre guillemets, encore faut-il démontrer qu'il y a un problème, des artistes qui étaient en train de mourir, quasiment sous terre. Quelques années plus tard, ils étaient toujours en train de mourir ! Bon, ils ont la peau dure tout de même, il faut qu'en même le dire ! Donc on a eu HADOPI. HADOPI 1 et 2. Alors qui a entendu parler d'HADOPI ici ? Haha, ça je le savais, eh ouais, ça évidemment, HADOPI… Alors, c'est marrant, c'est que DADVSI a été pour beaucoup de députés l'élément déclencheur sur le logiciel libre, c'est-à-dire quand on est député, et HADOPI c'est l'élément déclencheur du numérique sur les marchés. Beaucoup de députés m'ont dit : « C'est la première fois que les gens viennent nous parler du numérique sur les marchés, et on parle d'HADOPI ». Parce qu'évidemment, dans HADOPI il y a la fameuse coupure de connexion.

Alors on pourrait penser qu'HADOPI ne concerne pas le logiciel libre. C'est autre chose HADOPI. Donc je ne vais pas énumérer les points négatifs de l'HADOPI, parce qu'on est à peu près tous d'accord là-dessus évidemment, sur le fait que ça soit une police privée, des preuves bidons, etc. Mais, ce qui m'intéresse plus, là, par rapport au logiciel libre, c'est l'impact que ça a sur le logiciel libre. Au départ, nous, on dit : « Oui, bon, c'est encore une connerie qu'on va vous faire, mais il y a d'autres acteurs qui sont limités, etc ». Sauf que, comme vous le savez peut-être dans HADOPI, vous avez une présomption de culpabilité, ce qui est aussi une révolution. C'est-à-dire que jusqu'à maintenant il y avait une présomption d'innocence en France. Avec HADOPI, c'est une présomption de culpabilité, et l'un des moyens de prouver à priori sa bonne foi, c'est d'installer « un logiciel de sécurisation de votre connexion internet ». Alors, je mets des guillemets à tous les mots parce que « logiciel », déjà, « sécurisation », « Internet », avec des spécificités, des spécifications qui n'étaient, évidemment, pas définies par la loi.

Et nous, la première question qu'on s'est posée c'est « bon, à priori HADOPI ne nous concerne pas, mais en même temps, bon, ça va nous concerner parce que ça sera dans la loi. Là, ils vont mettre en place un logiciel de sécurisation de connexion internet. C'est quoi ce truc-là ? Comment ça fonctionne ? Et puis, est-ce que ça va tourner sous environnement libre ? Est-ce que quelqu'un pourra en faire un logiciel libre ? Parce que nous, nous utilisons — par exemple moi, je n'utilise que des logiciels libres — pourquoi serions-nous obligés d'installer un logiciel propriétaire pour, éventuellement, ne pas pouvoir être accusé, et prouver notre bonne foi ?

Alors, on a posé la question et, évidemment, on n'a pas vraiment eu la réponse et deux ans plus tard, on n'a toujours pas la réponse, parce qu'il n’y a toujours pas de logiciel qui est labellisé par l'HADOPI. Là encore, on a dû s'occuper de ça, en tout cas s'intéresser à ce sujet-là, alors qu'au départ, cela ne nous concerne pas. Pas directement, ça nous concerne comme citoyens, mais pas comme logiciel libre. Donc ça, c'était en 2009. Bon, ils ont voté HADOPI 2 après.

Quelques images. Ce sont des pauses en fait. Des fois, on fait des pauses officielles, donc on fait des pauses images, pour aérer la présentation. Ça c'est 2005. Le monsieur qui est là c'est Richard Stallman. C'est une tentative de remise d'une pétition à Matignon à l'époque, où il y avait eu 170 000 signataires qui avaient signé cette pétition contre DAVDSI. C'était la plus grosse pétition avec signatures vérifiées de l'époque. Et là, en fait, il est dans le caniveau parce que nous avions un petit cortège de policiers qui nous a empêchés d'avancer.

Ça, ce sont d'autres personnes qui, contre les DRM, ont mené une autre action. C'est pour vous montrer les deux façons d'agir, parce qu'à la fin, je vais vous expliquer comment vous pouvez, éventuellement, agir. Enfin, comment on peut agir. Ça, c'est Stop DRM5. Eux, leur principe, il était double. C'était de faire des flash mobs. Ils faisaient des opérations ponctuelles, physiques, dans des lieux, notamment dans les FNAC, pour dire qu'en fait les DRM ça empêchait, en fait, les gens qui avaient une pratique normale et légale de la culture de pouvoir le faire tranquillement, sans avoir à y passer des heures. Moi, par exemple, je crois qu'il y a un moment où je vais dire aux gens de ne plus acheter de DVD à mes enfants, parce qu'à chaque fois, c'est l'enfer pour pouvoir faire tourner ce DVD, parce qu'à chaque fois il y a des trucs nouveaux qui apparaissent. Un jour, je vais leur dire de ne plus acheter de DVD, ne leur faites pas de cadeaux, ça ne sert à rien, et après ils galèrent comme un fou. Un fou !

Alors eux, ils faisaient des flash mobs, et puis, à un moment, ils ont été plus loin. Là, franchement, respect ! Eux, ils se sont dit « la loi interdit le contournement des DRM. Notamment, on ne peut pas utiliser un logiciel pour transférer une musique téléchargée, enfin achetée sur iTunes, vers autre chose qu'un iPod. On ne peut pas diffuser le logiciel qui fait ça ». Alors, il y en a un qui a été chez les flics, qui s'est dénoncé : « Moi, j'utilise ce logiciel ». Et un autre qui s'est dénoncé : « Moi, je fais encore plus, je l'utilise et, en plus, je le mets en ligne ». Et il y en a un troisième, alors je ne sais plus de quoi il s'est accusé, parce qu'en fait, comme il n'y avait pas de décision de justice, ils y ont été, eh bien cela a été rangé, enfin classé pour d'obscures raisons dont je ne me souviens plus, mais en tout cas, il n'y a pas eu de jugement sur ces pratiques-là, à savoir, est-ce que c'était légal d'utiliser ces logiciels et de les mettre en ligne. Voilà, ça c’était Stop DRM, ils sont un peu moins actifs maintenant, mais leur site existe toujours.

Et puis, cela, c'est l'avenir, c'est le passé, c'est ce qui vous attend, en fait. C'est, voilà, les berceuses, pour écouter pour la 45e fois la même berceuse. Vous savez, quand vous aurez des enfants. Qui a des enfants ici ?

[Rires]

Frédéric Couchet : Là, ce n'était pas pour une blague. Du coup, je ne vais plus vous poser de questions. Alors, ceux qui auront des enfants un jour, je vous assure, une grande caractéristique, c'est qu'ils ré-écoutent tout le temps la même chose, régulièrement. Alors, là, par exemple, il a trop écouté, donc il y a Mickey, donc Disney, on voit le petit Mickey qui est là. En fait, il dit : « Il faut passer à la caisse. » Alors pourquoi il y a une image de Mickey là ? C'est parce que Disney, aux États-Unis, est l'un des plus gros promoteurs de l'extinction des droits d'auteur, alors pour une raison très simple. Qui la devine ?

Public : Parce que ça ne va pas tarder à tomber dans le domaine public, non ?

Frédéric Couchet : En fait, non, parce qu'à chaque fois que ça ne va pas tarder à tomber dans le domaine public, ils augmentent la durée des droits d'auteur. Ce qui fait qu'en fait, aux États-Unis, on n'appelle pas ça la loi sur les droits d'auteur, on appelle ça la Mickey Mouse Copyright Act. Et c'est exactement ça, parce qu'effectivement, le jour où ça tombe dans le domaine public, eh bien tout d'un coup, Disney ou n'importe qui pourra faire de l'illimité.

Alors ça, c'était donc, les DRM. Alors, c'est toujours en cours, beaucoup moins sur la musique. Aujourd'hui, la musique, il n'y a plus de DRM sur les CD. Les DRM sur les CD, les gens de la musique ont compris que ça ne servait strictement à rien. Par contre les DRM existent toujours sur la vidéo, sur les DVD. Bien sûr, à chaque fois qu'il y a quelqu'un qui achète un DVD pour mes enfants, je souffre, mais ça existe aussi, évidemment, sur de la vidéo en ligne.

Évidement, aujourd'hui par exemple, à cause de DRM, il est très compliqué, voire quasiment impossible, d'accéder à des sites de VOD quand on est dans un environnement de logiciel libre. Il y a des sites auxquels on n'a tout simplement pas accès. Ça existe toujours, je pense qu'à un moment quand même, les gens vont peut-être comprendre qu'essayer de contrôler l'usage, ce n'est pas la meilleure façon de faire, mais ce n'est pas sûr !

Et puis, surtout, il y a une nouvelle menace qui arrive avec ACTA. Alors qui peut me dire ce que veut dire ACTA ? Sauf, non, tu baisses ta main [en s'adressant à quelqu'un dans le public, NdT]. De toute façon, quand je pose une question, tu ne lèves pas la main ! Est-ce que quelqu'un sait ce qu'est ACTA ? Alors ACTA, c'est un traité international qui est anti-contrefaçon, qui est en cours de signature. Et le point essentiel là-dedans, enfin il y a deux points essentiels. Le premier, c'est qu'évidemment, c'est pour aller encore plus loin dans la lutte, officiellement, contre la contrefaçon, mais surtout pour aller encore plus loin dans le contrôle, en fait, des usages. Par exemple pour ACTA, il y a de nouveaux les DRM. Les États sont encouragés, alors c'est dans une partie non contraignante d'ACTA, mais les États sont encouragés à mettre de plus en plus de règles juridiques pour empêcher le contournement des DRM. Je vais vous montrer une vidéo après, sur ACTA, qui, en deux minutes, vous explique les points essentiels de dangers. Et le deuxième point, c'est que c'est en cours de signature. L'OMPI, c'était quand ?

Public : Inaudible.

Frédéric Couchet : 96, voilà. C'est pour voir s'il y en a qui suivent ! Effectivement, 96 c'est l'OMPI qui a donné ensuite le DMCA aux États-Unis, l'EUCD en Europe, la DADVSI en France en 2006. Nous, on a pris ce sujet comme quasiment tout le monde, à l'époque, en 2002, quand le projet de loi DADVSI est arrivé, et on a passé quatre ans là-dessus. On l'aurait eu en 96, il y aurait eu des des gens qui se seraient mobilisés déjà en 96 — il y en a eu bien sûr — on aurait pu peut-être faire quelque chose.

ACTA

Sur ACTA, ce n'est pas encore signé. Donc ce n'est pas trop tard ! Parce qu'une fois que c'est signé, après, ça se passe dans chacun des États membres. Donc là, on a la possibilité d'agir avant même que le truc ne soit voté. Et c'est en ce moment parce que ça va être voté, enfin le Parlement européen va s'exprimer dans les semaines ou les mois qui viennent, donc soit d'ici la fin de l'année, soit début 2012. Et ACTA ne concerne pas que le numérique, il concerne aussi les plantes, il concerne aussi les médicaments.

Ce que je vais faire, plutôt que de vous expliquer tout ACTA, je vais vous montrer une vidéo qui fait deux minutes. Et ce que je vous demande, c'est qu'éventuellement, à la fin, la semaine prochaine, d'aller sur le site ACTA de La Quadrature6 et de l'envoyer à une ou deux personnes de votre entourage, la même vidéo qui fait deux minutes. Il s'agit de la diffuser. Parce qu'elle explique vraiment, pas dans le détail, évidemment, les problématiques, mais les points essentiels, et il y a un dossier qui permet d'aller plus loin. Je vous mets la vidéo, pour l'instant je ne vais pas mettre le son, parce que ça ne marche jamais, mais je vous encourage à l'écouter avec le son original en anglais, parce que c'est de l'anglais très simple, et surtout la voix de la personne qui fait la vidéo est très bien, elle est à la fois anxiogène et motivante. En plus, c'est un Français qui l'a faite, mais il parle en anglais. Elle est vraiment extraordinaire, je vais vous montrer la vidéo… Ah ! Ça, c'est l'effet démo !

Public : Pourtant, il n'y a pas de DRM. Il faut l'ouvrir avec VLC, peut-être.

Projection de la vidéo7

Sous-titres

Imaginez que votre fournisseur d'accès à Internet surveille tout ce que vous faites en ligne.

Imaginez que des médicaments génériques, qui pourraient sauver des vies, soient interdits.

Imaginez que des graines, qui pourraient nourrir des milliers de personnes, soient contrôlées et bloquées au nom des brevets.

Cela deviendra une réalité avec l'ACTA.

L'ACTA est l'Accord Commercial Anti-Contrefaçon. Déguisé en accord commercial, ACTA va beaucoup, beaucoup plus loin que cela.

Ces trois dernières années, ACTA a été négocié en secret par 39 pays. Pourtant, les négociateurs ne sont pas des représentants démocratiquement élus. Ils ne nous représentent pas, mais sont en train de créer des lois dans notre dos. Ils contournent nos processus démocratiques pour imposer de nouvelles sanctions pénales destinées à mettre fin au partage de fichiers sur Internet.

ACTA vise à rendre les services Internet en ligne et les fournisseurs d'accès légalement responsables des activités de leurs utilisateurs, faisant d'eux une police et une justice privées du copyright, censurant leurs réseaux. Les conséquences pour la liberté d'expression seraient terribles.

Au nom des brevets, ACTA donnerait à de grandes entreprises le pouvoir d'arrêter les médicaments génériques avant qu'ils ne parviennent à ceux qui en ont besoin et d'empêcher l'utilisation de certaines graines pour les semences.

Le Parlement européen votera bientôt sur ACTA. Ce vote sera l'occasion de dire non, une fois pour toute, à ce dangereux traité. En tant que citoyens, nous devons appeler nos élus à rejeter ACTA.

NON À ACTA

Renseignez-vous. Agissez. www.lqdn.fr/acta. Un film réalisé par Benoît Musereau. Script de La Quadrature du Net. Animation de Morgan Dupuy. Design de Marion Leblanc. Voix de Axel Simon. Musique de Mawashi 8. La Quadrature du Net. CC-By-SA 2011-10 http://lqdn.fr/acta

Frédéric Couchet : La vidéo parle des trois principaux problèmes avec ACTA. Elle n'évoque même pas la partie DRM, qui est une partie non contraignante. Donc voyez, ça ne concerne pas qu'Internet, ça concerne aussi des milieux différents, comme les médicaments génériques, les plantes. Donc, cette vidéo est traduite dans plusieurs langues, et il y a une version aussi beaucoup plus courte, sur chacun des différents points. Je vous encourage vraiment à la regarder et la diffuser largement.

Sur le lien qui est là, http://lqdn.fr/acta, vous avez également un dossier qui rentre plus dans le détail. J'insiste sur le fait que, sur ce dossier-là, on est vraiment au début de l'informatique de confiance. Il faut forcément qu'ils aient confiance dans quelque chose. Si ce n'est pas dans l'utilisateur, c'est forcément dans l'ordinateur de l'utilisateur. Alors quand j'entends ordinateur, voyez-le comme un terme très large. C'est à la fois un ordinateur comme ça, ce sont les nouveaux ordinateurs, ce sont les téléphones, enfin ce sont tous les trucs qu'on connaît. Ils sont tout à ranger dans la catégorie ordinateur.

Donc l'informatique de confiance c'est simple, le principe c'est « ils n'ont plus confiance dans les utilisateurs, donc nos ordinateurs ne nous appartiennent plus, ils en ont le contrôle. »

Il y a plusieurs principes derrière tout ça, mais, en gros, l'informatique de confiance, c'est l'idée que, à terme, chaque action, chaque usage, pourrait être contrôlé par des règles pré-établies, évidemment pas par nous, qui pourraient être mises à jour de façon automatique, et qui permettraient, par exemple, d'autoriser tel usage, d'interdire tel autre. L'idée étant véritablement que le contrôle des usages de l'ordinateur n'appartiennent plus à l'utilisateur, mais à une entité extérieure.

Je vais prendre un seul exemple, qui est relativement récent et qui peut être très problématique pour le monde du logiciel libre, c'est la nouvelle version du BIOS. Le BIOS, c'est ce bout de logiciel qui fait démarrer l'ordinateur, et qui, ensuite, démarre le système d'exploitation qui tourne derrière. Donc, il y a une nouvelle version du BIOS qui arrive, qui s'appelle UEFI, Unified Extensible Firmware Interface, et qu'on appelle aussi, enfin, que ces gens-là appellent aussi le secure boot. Alors, quand il y a le mot secure, il faut toujours se méfier, parce que, généralement, ce n'est pas pour nous la sécurité, malheureusement. L'idée n'est pas forcément si mauvaise que ça, au départ, c'est l'idée qu'en fait, au niveau carrément du BIOS, on pourrait décider que tel ou tel système pourrait, ou pas, démarrer. Que seul des systèmes approuvés seraient autorisés à démarrer. Et le problème, évidemment, c'est approuvés par qui ? Principalement par les promoteurs de ce truc-là, dans lesquels on retrouve Microsoft, évidemment !

Donc là il y a un combat pour créer une sensibilisation très importante, pour obtenir a minima, que l'utilisateur soit en pouvoir, en possibilité, de désactiver ce contrôle. Qu'il puisse de lui-même dire : « Moi je ne veux pas de contrôle à ce niveau-là. Je veux pouvoir installer n'importe quel ordinateur ». Et puis, aussi, à terme, trouver une solution pour que dans le commerce, quand on achète des ordinateurs, eh bien si on veut avoir du logiciel libre, que ce soit possible. Alors, c'est relativement récent, pour le moment il y a beaucoup de discussions, il y a des échanges techniques, etc. Mais c'est clairement un frein potentiel très important pour le logiciel libre si demain, effectivement, au niveau du BIOS, il y avait un contrôle pour savoir quel système allait démarrer, et surtout sur lequel l'utilisateur n'aurait pas accès.

Donc ça, tout ce qu'on reboucle sur Trusted Computing, « informatique déloyale » pour nous, eux, ils utilisent le terme « Informatique de confiance » : en gros, voilà, « on a confiance dans votre ordinateur, donc on aura confiance dans vos usages ». Et là-dessus, vous avez aussi une vidéo, vous cherchez sur un moteur de recherche « informatique de confiance _ vidéo », dans les premiers liens vous avez une vidéo qui doit faire trois minutes, qui est très bien faite, qui explique comment le contrôle est déporté de l'utilisateur, en fait, finalement, à l'extérieur de l'utilisateur. C'est une vidéo en anglais, mais qui a été sous-titrée.

Vente liée

Un autre danger, là, qui n'est plus du tout en rapport avec les DRM et tout ça, et le droit d'auteur, mais avec le droit de la consommation, qui est la vente liée ordinateur-logiciel, tout ce qu'on appelle également les racketiciels. Je vais expliquer pourquoi on appelle ça les racketiciels. Là aussi, vous avez une synthèse. Ça, c'est peut-être l'un des plus gros freins pour le grand public. C'est l'idée que quand vous allez acheter, quelqu'un va dans un magasin, grande distribution ou autre, acheter un ordinateur, celui-ci est pré-installé, à peu près tout le temps, avec un logiciel propriétaire, souvent Microsoft Windows, ça peut être Apple, mais en tous cas, il est pré-installé.

Alors ça pose un certain nombre de soucis. Le premier, c'est déjà le manque d'information d'alternative pour le public. Si la personne qui ne s'y connaît pas spécialement en informatique va acheter un ordinateur, et qu'il y a déjà un système d'exploitation qui est pré-installé, elle n'a aucune chance de découvrir qu'il y a éventuellement des alternatives, peut-être plus respectueuses de ses libertés, peut-être plus efficaces, plus utiles, etc.

Deuxième point, c'est qu'on est obligé d'acheter le tout. Vous ne pouvez pas dire à la personne, au vendeur « je ne veux que le matériel, mais pas le logiciel » ou le vendeur vous dira : « Oui, d'accord, mais dans ce cas-là vous payez quand même le tout ». La licence Microsoft n'est même pas utilisée. C'est pour ça qu'on appelle ça du racket, racketiciel. Et c'est illégal au regard du code de la consommation. Et comme beaucoup de choses, en fait, illégales, il y a des principes qui sont quand même tolérés par les pouvoir publics, depuis au moins dix ans. Ça fait quand même dix ans que ce sujet a été levé. Alors à l'époque, il y a dix ans, l'argumentaire des pouvoirs publics, c'était de dire : « Oui, mais il n'y pas d'alternative », car vous n'alliez pas donner du logiciel libre à du grand public il y a dix ans. Bon ! Pourquoi pas. Sauf qu'aujourd'hui l'alternative, elle existe. Il y a des tas de distributions de logiciels libres qui sont parfaitement utilisables par le grand public. Et la solution est relativement simple en plus ; la solution est pratiquée déjà dans le monde professionnel. C'est de permettre la pré-installation des logiciels, mais pas leur pré-activation. L'idée c'est de séparer la vente du matériel, pour un certain coût, et, à côté de ça, ce qui sera vendu en plus, ce qui serait vendu en plus, ce sont les codes d'activation qui permettraient, par exemple, d'activer le logiciel que vous voulez, qui est pré-installé. Ça, les professionnels le font déjà, par exemple. Nous, tout ce qu'on souhaite, avec d'autres, comme nos amis de racketiciels.info9, c'est que ce soit mis au niveau du grand public.

Ça fait dix ans que ça dure, il y a eu un projet de loi consommation il y a quelques semaines à l'Assemblée nationale, dans lequel il y a eu des amendements pour réaffirmer l'illégalité de ces pratiques, pour trouver des solutions pour ce qu'on appelle, l'optionnalité, c'est-à-dire pré-installation des logiciels, mais pas pré-activation. Et jusqu'à maintenant, le gouvernement refuse, pour des raisons qu'on décrira obscures, qui pourraient peut-être s'expliquer par la prédominance très forte de Microsoft dans nos instances qui refusent, pour le moment, d'agir. Donc ça, c'est aussi un autre combat. Et pour agir, d'une façon relativement simple, c'est que la prochaine fois que vous achetez un ordinateur, c'est de poser la question au revendeur, en disant « combien ça coûte les licences, là ? Combien j'ai de réduction, combien je ne paye pas si je ne prends pas telle et telle licence ? » Le sensibiliser à ces questions-là. Et sinon, vous avez une synthèse sur ces questions-là, à ce niveau-là.

L'autre action qui peut être utile et qui est un peu plus compliquée, c'est d'entamer les procédures de remboursement : racketiciel.info, vous avez une équipe, ce sont les gens de l'AFUL [Association francophone des utilisateurs de logiciels libres] qui s'occupent de ça, si vraiment vous voulez y aller, et il faut de la motivation pour y aller, mais je vous encourage à le faire, eh bien, c'est tout simplement d'aller entamer une procédure de remboursement. Vous voulez telle machine, mais pas avec ces logiciels-là, avant d'acheter, contactez-les pour savoir comment vous devez faire ça. Pour éviter, évidemment, de faire des erreurs lors de l'achat, ils vous diront exactement comment faire pour entamer une procédure de remboursement. Et la plupart des procédures de remboursement, à la fin, vous êtes remboursés ; ça peut aller jusqu'à 200 euros, voire plus. Et surtout, en multipliant ces actions de proximité, peut-être qu'effectivement, à ce moment-là, soit les pouvoirs publics bougeront, soit ce seront les fabricants ou distributeurs qui bougeront, en disant : « On en a marre, quand même, de se taper des procès ». Et il y a aussi l'UFC-Que Choisir qui mène des actions en justice à son niveau, contre notamment HP, Auchan et Darty. Ça, c'est un sujet vraiment important, et qui a au moins une dizaine d'années.

Lors des précédents projets de loi consommation, comme Luc Chatel, à l'époque, était ministre de la consommation et qu'il avait dit, en gros, qu'on pouvait trouver des ordinateurs nus ou avec des logiciels libres dans le commerce, ce qui, évidemment, m'avait fait pleurer, on lui avait fait pour Noël une petite carte postale, avec des icônes du logiciel libre, en disant : « Voilà, on veut des ordinateurs à poil, nus », même si ce n'est pas exactement dans les dépôts à la vente, mais on les lui avait envoyées, donc avec ces petits ordinateurs et on voit certains logos, sur leurs ordinateurs.

Les brevets logiciels

Les brevets logiciels. Alors ça, c'est une des plus grandes victoires des communautés du Libre, peut-être même la plus grande, sur la question des brevets, mais malheureusement, c'est un combat qu'il faut reprendre. Avant de faire, rapidement l'historique, juste, c'est quoi le problème ? Le logiciel, est géré, est régi, excusez-moi, par le droit d'auteur.

Le droit d'auteur, en gros, c'est un droit, c'est un monopole d'interdire. À partir du moment où vous avez écrit un logiciel, écrit de la musique, écrit un roman, un film, etc., vous devez donner aux utilisateurs, enfin indiquer aux utilisateurs, quelles libertés vous leur donnez. Parce que, par défaut, il n'y a pas de droits. Donc c'est un droit d'interdire, et après vous dites, par exemple : « Voilà, contre paiement de tel prix, vous avez le droit d'en faire telle chose et telle chose », ou, au contraire, dans le logiciel libre, vous dites : « Voilà, vous en faites ce que voulez, enfin, vous pouvez utiliser, dupliquer, etc. ».

Ce qui est essentiel dans le droit d'auteur, c'est qu'il régit l'expression des idées. Il ne régit pas les idées. Les idées sont considérées comme de libre parcours. Dans le roman, par exemple, alors je vais vous donner l'exemple du roman, mais le roman à l'eau de rose, par exemple, le principe même d'un roman à l'eau de rose, n'est pas protégé. N'importe qui peut écrire un roman à l'eau de rose. C'est la façon dont on va l'écrire qui va être régie par le droit d'auteur. Les idées en tant que telles ne sont pas régies.

De même dans le domaine informatique, ce n'est pas parce que quelqu'un, un jour, a fait un traitement de texte, ou rajouté une fonctionnalité à un traitement de texte, qu'on ne peut pas faire des traitements de texte. Le droit d'auteur s'applique sur la façon dont le traitement de texte est écrit. C'est le même droit d'auteur qui permet à Microsoft, par exemple, de faire des traitements de texte propriétaires, Microsoft Office, et c'est le même droit d'auteur qui permet aux gens du logiciel libre, de faire un traitement de texte en logiciel libre, en licence libre. La base est la même. Ça s'applique uniquement sur l'expression des idées. Le principe du brevet logiciel serait de passer du niveau de l'expression des idées aux idées. Et donc, en gros, le premier qui dépose une idée, pas forcément très intelligente d'ailleurs, la plupart des brevets qui sont déposés, notamment aux États-Unis, ne sont pas spécialement intelligents, pourrait, en fait après, mettre un droit de passage à toute personne qui voudrait écrire un logiciel qui implémente cette idée. Aux États-Unis, par exemple, il y a eu un brevet pendant des années sur le one-click shopping.

[L'organisateur fait un signe à l'orateur.]

Frédéric Couchet : Dix minutes, cher ami ? Mais ce n'est pas possible, on m'a raccourci ? Ah d'accord, alors je vais devoir accélérer. D'accord.

Et donc, en fait le principe du brevet est également de créer des monopoles sur des idées ; il est, en gros, favorable aux grands acteurs qui ont des moyens, qui auraient les moyens de déposer des brevets sur des tas d'idées plus ou moins intelligentes et ensuite, à chaque fois qu'il y a un concurrent qui arrive, il va le faire exploser sur le champ de mines des brevets.

En 2005. Alors je vais passer, pof pof, j'accélère, attention. En fait, il y a une directive européenne qui a été rejetée en 2005, elle est arrivée à partir de 99, tout à l'heure je disais 98, début de la Commission. En 99, il y a cette notion de brevet qui est arrivée. En 2003, le Parlement européen amende la directive brevets, pour remettre, pour réintroduire, dans les faits, les brevets logiciels en Europe. Mais la Commission, qui est très favorable aux brevets, revient, et en 2005 les députés rejettent cette directive. Donc on se dit : « Super, on est de retour au droit d'auteur, etc. » Sauf qu'en fait, non, parce qu'avec le brevet unitaire, je vais passer les petites images, c'est dommage, avec le brevet unitaire qui vient d'arriver, cette année, ça pourrait être le retour du brevet logiciel. Et le brevet unitaire, il va être voté bientôt, pareil que ACTA, donc là je ne vais pas vous montrer la vidéo10, parce qu'elle fait 14 minutes, mais quand vous aurez 14 minutes devant vous, vous regardez la vidéo, et vous aurez compris ce qu'est le brevet unitaire déjà, ce qui n'est pas inintéressant, et pourquoi ça permettrait, éventuellement, le retour des brevets logiciels. Et ça, c'est un combat, aujourd'hui, dont personne ne parle. Beaucoup de gens, dans la presse, parlent des guerres de brevets entre Samsung et Apple, je sais pas si vous avez suivi, et personne ne parle, en fait derrière, de l'arrivée du brevet unitaire. Donc vraiment c'est un sujet très important.

Comme on vient de me signaler qu'il ne me reste que dix minutes, il va falloir que je taille dans les sujets. Donc ça, ah oui, on vient de refaire un t-shirt anti brevet logiciel, que je porte, avec le gnou fou. On va passer. Donc ça, je vais passer. Je vais passer plutôt à « agir », ce n'est pas très grave.

Qu'est-ce qu'on peut faire ? Concrètement, parce que là, on se dit, quand même, ça parle de brevets, de DRM, d'ACTA, de sigles absolument imbitables, pardon. Comment on peut agir ? Alors. Je passe, tac, carrément. Je vais vous résumer les cinq slides d'avant en dix minutes.

Ce qui a radicalement changé les choses, au niveau politique, en quelques années, c'est que les politiques ont pris conscience que dans le processus d'élaboration normatif, législatif, il y avait un nouvel acteur. Il y a des nouveaux acteurs, qui étaient les informaticiens, les gens qui utilisent le réseau, qui utilisent Internet. Jusqu'à maintenant, les lois étaient principalement faites par des députés, par des lobbies, par les juristes, par le gouvernement évidemment. Donc par des gens, en fait, dont c'est quasiment, on va dire entre guillemets, le métier. Et avec DADVSI, avec les brevets logiciels, avec tous ces combats, des gens comme vous et moi, c'est-à-dire des gens qui sont là pour défendre avant tout leur liberté soit d'utiliser les logiciels libres ou pour les développer, sont intervenus dans ces processus. Et ça, c'est essentiel, c'est qu'ils ont commencé à le prendre en compte, de savoir qu'il y avait une expertise technique qui était à leur disposition.

Et donc, importance d'agir envers ces responsables politiques, à la fois au niveau national et au niveau local.

Agir

Une façon d'agir, c'est de diffuser, déjà, de l'information sur le logiciel libre. Donc diffuser, par exemple, des outils sensibilisation. Nous par exemple, on a fait depuis pas mal de temps maintenant, quelques années, beaucoup d'outils de sensibilisation sur différents sujets. Logiciels libres et monde éducatif, logiciels libres, des guides, des flyers, etc. Donc diffuser des logiciels. Là, par exemple, c'est une affiche dans le domaine de l'éducation. À Paris, en ce moment, il y a le salon de l'éducation, et cette affiche est diffusée. Alors en plus, aujourd'hui il y a un tracking de Microsoft, qui a invité les inspecteurs de l'Éducation nationale sur son stand, donc il y a aussi une opération. Donc ça, c'est une affiche qu'on met dans les salles de profs, par exemple.

Ça c'est le flyer dont je vous parlais tout à l'heure, qui explique ce qu'est le logiciel libre ; ça c'est un flyer qui explique un petit peu le fonctionnement, les allers-retours, entre logiciels, utilisateurs et développeurs. Ils sont tous sur le stand de l'April si vous en voulez, il n'y a aucun souci.

Ça c'est un guide qu'on a fait, 26 logiciels libres. C'est un livre en couleur, papier, du vrai, bible. Donc là aussi, le diffuser.

Ça c'est la première action, c'est diffuser du logiciel libre, en parler, de manière à ce que les gens soient informés, les gens les utilisent.

Ça je passe.

Et puis il y a l'action de contacter son député, son sénateur, son représentant quel qu'il soit. Alors je voudrais démystifier ici l'idée que c'est compliqué et que ça ne sert à rien. Ce n'est pas compliqué et ça sert vraiment à quelque chose. Je vais juste finir là-dessus.

Public : Même pour les régions ?

Frédéric Couchet : Même pour votre région ! Même pour votre région, même aller voir Éric Ciotti [député des Alpes-Maritimes, NdT], même aller voir les compagnies. Je vais finir quand même. Pourquoi contacter son député ? D'abord, pour faire entre sa voix. Votre voix, à vous. Parce que vous estimez que vous êtes concerné par un sujet. Pas simplement parce que les gens vous le demandent. Parce que vous êtes concerné. Mais aussi pour faire entendre, pour relayer la voix du futur, comme l'April ou autre, qui disent, à un moment, on a besoin que des gens, en local, aillent voir leur député, parce que ça marche. Le fait que les gens d'une circonscription vont voir leur député, ça a un effet.

Alors le plus simple à faire, c'est d'envoyer un courriel. Et là, je vous donne, entre guillemets, le « manuel », qui est prêt, dont la description est relativement simple, même si dans la pratique, c'est un peu moins évident. Alors c'est un, savoir qui est votre député. Qui sait qui est son député ici ? Alors beaucoup de gens ne savent pas qui est leur député. Alors déjà, renseignez-vous pour savoir qui est votre député. Alors si par malheur vous avez Éric Ciotti comme député, bon, c'est plus difficile. Mais bon !

Pour le pacte, dire qui vous êtes. Dire pourquoi vous le contactez. Parce que c'est votre député dans cette circonscription, parce que vous êtes concerné, parce qu'il vous est arrivé telle chose. Sur les exemples que je vais vous montrer juste après, pour finir, la personne parle de vente liée, mais elle ne parle pas de vente liée comme l'April en parlerait, elle parle de la vente liée en disant : « J'ai voulu acheter un ordinateur, j'ai eu tel et tel problème ». Donc dire qui vous êtes, et pourquoi vous le contactez.

Citer le projet de loi. Les députés sont des gens très occupés, qui ont relativement peu de projets de loi au quotidien. On rigole souvent, ou les gens rigolent souvent en disant qu'ils sont cinq ou six, voire une dizaine dans l'hémicycle, quand ils votent des amendements. Mais c'est normal. Vu la charge de travail qu'ils ont ces gens-là, c'est juste normal. Par contre, à chaque fois de dire clairement quel est le projet de loi concerné, pour que le député sache, immédiatement, un, s'il est concerné directement, ou, éventuellement, transfère l'information à quelqu'un d'autre.

Dire quel est le problème. Éventuellement proposer une solution. Ça, ils aiment beaucoup quand on propose une solution, c'est quand même plus simple pour eux, quand il y a un problème, il y a une solution. Et lui dire que vous parlez en votre nom, c'est-à-dire pas de leitmotiv, pas de diffusion de leitmotiv, ça ne sert à rien. Il vaut mieux prendre un peu de temps à adapter son discours, éventuellement le faire relire par des gens, par mail ou sur IRC, on est souvent disponibles pour ça, mais vraiment, que ce soit un message personnel. Et le point essentiel, ne jamais se décourager si vous n'avez pas de réponse, parce que peut-être qu'un jour vous aurez une réponse. Ce n'est pas parce que le député ou la députée ne répond pas, qu'il ne lit pas. Nous-mêmes, il nous arrive des fois d'envoyer des messages pendant des mois à des députés et de n'avoir jamais de réponse, et puis des fois vous avez la chance que ça marche.

Alors je vais finir par un exemple. Ça, c'est un message sur la vente liée, qui a été envoyé juste au moment du projet de loi consommation par quelqu'un qui est en Bretagne, si je me souviens bien, à son député. Et on voit ce qu'elle suit, vous voyez, elle se présente, elle rappelle clairement qu'elle est en fait dans la circonscription, elle dit ce qu'elle fait, elle parle du projet de loi qui est le projet de loi sur la protection des consommateurs, elle décrit exactement son problème qu'elle a appréhendé, elle. Elle propose la solution qui est l'optionnalité, puis les salutations d'usage.

Elle a reçu une réponse de la députée qui lui a dit : « J'ai bien reçu votre message, de… ». On était sur IRC tous les deux, je lui ai dit textuellement qu'elle n'a rien à perdre, au moins elle t'a répondu. Quelques semaines plus tard, la députée posait une question parlementaire au ministre, ça tombait bien en l’occurrence, elle a posé une question parlementaire sur ce sujet-là. Donc ça marche.

Des fois, effectivement, vous n'aurez pas de réponse, mais peu importe, il ne faut pas hésiter à contacter son député ou sa députée. Commencez par mail si ça vous parait moins impressionnant et puis après, ce qui est le plus efficace, c'est quand même un coup de téléphone : la parole c'est plus physique, direct, donc plus efficace.

Vous verrez sur les slides, pour ceux que ça intéresse, j'ai mis des liens qui aident à contacter ses députés, soit à les identifier, soit à savoir quel projet de loi ils travaillent ou ils vont travailler, les amendements qu'ils ont votés. Là, par exemple, vous avez le mémoire politique. Là, vous avez deux sites très bien qui sont Nos députés11 et Nos sénateurs12, très efficaces aussi, et vous les verrez sur les slides. Et puis, je vais juste finir. J'ai deux minutes ? OK.

L'an prochain on va avoir besoin de vous, de chacun d'entre vous. L'an prochain, vous le savez sans doute, il y a des élections. L'élection présidentielle et les élections législatives. En 2007, on avait lancé candidats.fr. Notre idée était de permettre, en fait, d'avoir un outil de sensibilisation des candidats lors des élections ; non pas des élus, mais des candidats. Donc, pour la partie présidentielle, on avait fait un gros questionnaire d'une quarantaine de pages qu'on avait envoyé à l'ensemble des candidats et les huit premiers candidats ont répondu à ce questionnaire, point par point. L'idée était qu'on mette des questions très précises. La réponse la pire, la seule réponse vraiment négative, c'était celle de… notre président. Mais c'était très intéressant dans le sens où un, il a répondu effectivement des horreurs, en fin de compte, et qu'il les a mises en œuvre après. Vous rigolez, mais au moins, on a un document de l'époque, clairement, il annonçait la couleur et il a fait ce qu'il annonçait. Et à la limite, par rapport à un homme politique, c'est un fait sur l'intégrité et surtout voilà, ceux qui ont voté OK sur la partie numérique, qui ont lu son son bilan, ça à quoi ça sert.

Le but en 2012, évidemment, c'est de faire exactement la même chose pour l'élection présidentielle, on n'aura pas de gros soucis car, comme en 2007 ça a très bien marché, on va reprendre le même principe. Par contre, là où on va avoir besoin d'aide, c'est sur les législatives. 577 députés, à peu près 20 candidats par circonscription. Et même là, on veut tous les contacter si possible. Alors non pas avec un document de quarante pages, juste avec un petit document, qu'on appelle Le Pacte du logiciel libre qui explique, en gros, pourquoi le logiciel libre est important, et on vous demande de le prendre en compte lors de vos prochains travaux législatifs. À l'époque, en 2007, il y avait plus de 7000 candidats ; plus de 500 personnes avaient participé, c'est-à-dire avaient été voir les candidats, dans les circonscriptions, pour leur parler et aujourd'hui on a 76 députés qui sont signataires du Pacte, qui sont à l'Assemblée nationale. Et lors des récents projets de loi, consommation ou autre, les députés qui sont intervenus sur nos sujets, sont majoritairement des gens du Pacte. Donc ça marche aussi. Par contre, évidemment, en 2012, il faudra à nouveau aller voir les candidats. J'insiste sur le fait que même, même Nicolas Sarkozy, s'il est candidat, il faudra aller le voir.

Alors une action par exemple très simple, qu'il sera facile de faire en 2012, si vous cherchez où sont les candidats lors d'une élection, c'est facile, vous faites les marchés, la sortie des écoles. Et généralement, ils ont un tract. Alors quand ils vous donneront un tract, vous leur donnerez un Pacte, tout simplement que vous aurez préalablement imprimé. Donc, le site c'est Pcandidats.fr13. La campagne sera sans doute lancée début 2012. C'est vrai que, normalement, il faut déjà attendre que les candidats soient déclarés avant de les contacter, ce sera beaucoup plus simple. Et sur la plate-forme, vous trouverez l'ensemble des candidats. Donc on a accès, en fait, à l'ensemble des candidats pour les contacter. Ça c'est le Pacte.

Et puis, si vous voulez, vous pouvez faire une dernière action justement là-dessus. C'est bientôt Noël, alors plutôt que de faire profiter vos amis des cadeaux culturels ou autres, des cadeaux « à la con » qui ne servent à rien, etc., vous pouvez aller sur enventelibre.org14, commander des cadeaux qui seront partageables. Alors, ça peut être des t-shirts, ça peut être des cédéroms de logiciels libres, plein de trucs sur enventelibre.org, au moins ça permettra de faire des cadeaux qui sont partageables, une image c'est un cadeau qui est non partageale.

Et dernier slide, je ne sais pas si vous connaissez la citation de Gandhi qui est très souvent utilisée : « D'abord, ils vous ignorent… », ça c'est, on va dire, jusqu'en 95-96-98, le Libre, personne vraiment ne s'y intéressait à part, évidemment, ceux qui en faisaient, mais en gros, c'était ignoré par la plupart des gens. Après, c'était tous les repris, genre : « Oui, bon, ça ne marchera jamais ; c'est des trucs de geeks ; c'est des gens qui ne parlent pas affaires, etc. » À partir de 98, des gens se sont battus, et il y a beaucoup de gens qui pensent que le Libre est là, que le Libre a gagné. Je vous assure, on a gagné beaucoup de choses sur ces dix dernières années, mais on a perdu aussi beaucoup des libertés individuelles, et tous les combats que je vous ai cités tout à l'heure, que ce soient les brevets, la vente liée, les DRM, ACTA, tous, ils peuvent avoir un impact négatif sur les logiciels libres, voire totalement destructeurs. Si demain les brevets logiciels sont validés en Europe, ça peut être très grave pour les développeurs de logiciels libres. Si ACTA est voté, pareil. Donc, on est toujours dans cette partie de combat pour défendre nos libertés à la fois d'utiliser et de développer des logiciels libres.

Donc si vous voulez plus d'infos, le site de l'April, mon mail en cas de questions ultérieures, j'y réponds assez rapidement, et puis si vous avez des questions maintenant, je crois que je peux en prendre deux ou trois. Oui ? D'accord, donc OK, si vous avez quelques questions ou remarques, écoutez, c'est à vous.

[Applaudissements]

04 August 2017

bsibaud.png Benoît SIBAUD

Le développeur libriste Bassel Khartabil exécuté dans une prison syrienne fin 2015

Le 04 August 2017 à 21:44:50

Bassel Khartabil Safadi était un informaticien libriste, emprisonné depuis 2012 par la sécurité syrienne en répression de ses activités en ligne. Une dépêche précédente avait fait état de son arrestation, sa torture, sa condamnation secrète à mort, son transfert vers un lieu inconnu et les craintes pour sa vie. Sa femme a annoncé son décès le 1er août 2017 (elle était sans nouvelles depuis deux ans, il a été exécuté en novembre 2015 et le gouvernement syrien vient juste d’indiquer son décès).

EFF (traduction par mes soins) : « La seule consolation est que Bassel, avant et après sa détention, en a inspiré beaucoup à rejoindre la cause qu’il appréciait autant. Jusqu’à ses tous derniers instants, sa femme et ses amis s’assurèrent qu’il le savait, partageant cette précieuse connaissance avec Bassel, comme lui avait partagé sa connaissance avec le monde. Il a toujours su qu’il était aimé et n’était pas oublié : et ainsi, rempli de cette certitude, même dans ces derniers jours, Bassel savait en effet que son esprit était libre. »

Amnesty International : « Bassel Khartabil restera dans nos mémoires comme un exemple de courage, lui qui a pacifiquement combattu pour la liberté jusqu’à la fin. »

Cette dépêche est aussi l’occasion de mentionner divers appels pour la libération de détenus politiques lancés par diverses structures comme l’EFF, Amnesty International ou RSF.

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02 August 2017

Isabelle DUTAILLY

Quelle version de LibreOffice pour quelle version d'OS ?

Le 02 August 2017 à 13:20:00

À l'occasion de la sortie de LibreOffice 5.4 : un récapitulatif des versions utilisables en fonction des OS.

- LibreOffice / ,

april.png Nouvelles April

Développement du logiciel libre, d’abord une affaire de sciences humaines - JP Mengual

Le 02 August 2017 à 12:23:45


Jean-Philippe Mengual

Titre : Et si le développement du logiciel libre était d’abord une affaire de sciences humaines ?
Intervenant : Jean-Philippe Mengual
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : Juillet 2017
Durée : 34 min 45
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Les défenseurs du logiciel libre trouvent souvent leur adversaire dans ceux promouvant les licences privatrices, les formats fermés, les réglementations, etc. Ils admettent une difficulté à communiquer auprès du grand public mais l’effort qui est pratiqué s’essouffle souvent trop vite. La seule distribution qui a commencé à ouvrir le libre au public a été fondée par un entrepreneur.

Mais à bien regarder certains dossiers clés (accessibilité par le logiciel libre, quelques migrations), il est facile de découvrir que la difficulté du libre pour s’étendre est d’abord une affaire de sciences humaines. Incapacité à se définir comme facteur d’inclusion, à rassurer les néophytes, à leur offrir des solutions à leurs attentes consuméristes, comment le libre peut-il mieux prendre en compte ces réalités ? Quel rôle doit avoir le lobbying politique face à la recherche en psychologie, voire psychologie des organisations ? Comment aller chercher de nouvelles forces pour promouvoir et pas seulement montrer un savoir-faire (exemple de Véronique Bonnet) ?

Transcription

Bonjour à tous et merci d’être là. Effectivement le sujet du jour va être de s’interroger si le développement du logiciel libre, d’un point de vue plus large que ce qu’il n’est aujourd’hui, ne serait pas tout simplement une affaire de sciences humaines.

Il n’y a pas de slides effectivement là-dessus, de nouveau, parce que je le fais en mode un peu plus proposition de théories à analyser ensemble. J’ai quand même apporté cet ordi pour vous montrer un ou deux exemples d’interfaces qui, justement, sont vachement bien pour le grand public, vous allez voir pourquoi.

Pour commencer, je dirais que le logiciel libre, au départ, il ne faut pas oublier que c’est un projet d’abord éthique selon notre ami Richard Stallman ; liberté, égalité, fraternité, [Jean-Philippe prononce cette expression en imitant l’accent de Richard Stallman], c’est important quand même ces concepts. Pour autant, il n’a pas empêché d’attirer des techniciens, beaucoup de techniciens, les gens qui font du Unix, les gens qui font du développement, les gens qui font de l’administration système, c’est à eux que Linux parle aujourd’hui, GNU/Linux ou Linux parle aujourd’hui. Et c’est tellement vrai que ce sont les techniciens qui ont pris le relais là-dessus, qu’aujourd’hui on ne parle même plus vraiment de logiciel libre dans le monde professionnel mais d’open source. Vaste débat sur lequel on ne va pas revenir, mais l’open source c’est effectivement une prédominance technique plus, justement, qu’un problème éthique. Prière de ne pas faire la confusion, [Jean-Philippe prononce ces mots en imitant l’accent de Richard Stallman]. Donc ça c’est important pour Richard aussi ce problème-là.

Donc il a été créé par les techniciens, il vit par beaucoup de techniciens quand même aujourd’hui et le résultat c’est qu’on remarque une chose, un phénomène quand même assez extraordinaire, c’est que, maintenant, ce n’est plus tellement un problème du libre qui est en train de se poser, c’est un problème de cloud. C’est-à-dire qu’aujourd’hui tous les clouds sont du logiciel libre, enfin beaucoup en tout cas, de clouds sont du logiciel libre, à part les clouds de nos amis Microsoft et Apple, mais dans l’ensemble beaucoup de clouds sont en logiciel libre. Oui, mais enfin c’est du cloud ! Donc est-ce qu’on maîtrise mieux son informatique dans ces conditions ou pas ? À partir du moment où on n’a pas confiance dans ceux qui font le cloud derrière, c’est tout un sujet. Donc est-ce que le libre a vraiment gagné ? Je n’en sais rien.

Pareil, quand on regarde l’écosystème. Vous allez faire un tour, si ça vous intéresse, aux Rencontres Professionnelles du Logiciel Libre1 ; ce dont on se rend compte, en fait, c’est qu’aujourd’hui le libre, quand on le soutient, quand on le promeut et quand on travaille dans le logiciel libre, essentiellement, la préoccupation qui est au centre, c’est l’infrastructure, le web, l’hébergement, l’infogérance, bref tous les aspects tout à fait… Debian est payé, par exemple, dans une logique de professionnels ; c’est-à-dire que les dons que récupère Debian ce sont des dons de HP, ce sont des dons d’entreprises, de grandes entreprises, notamment parce que ces entreprises sont attachées à des projets comme Debian pour des raisons infra-structurelles. Red Hat c’est presque la même chose.

Alors pourquoi, dans ce cas-là, est-ce que le grand public est exclu ? OK, on dit souvent que le grand public n’est pas attiré par le libre parce que ce n’est pas forcément très stable toujours, parce que ce n’est pas très beau. Bon ! C’est partiellement vrai, et surtout je pense, tout simplement, que ça n’explique pas tout.

Ce qu’on peut dire dans un premier temps, c’est que le libre qui est donc d’inspiration humaniste, aujourd’hui, la situation est techno centrée. On va revenir là-dessus, sur ce côté très techno centré, qu’on va un peu développer et tenter de comprendre un petit peu les rouages de tout ça.

Pour dire ensuite que les initiatives d’inclusion et de médiation numériques, pour le coup, qui là incluent forcément le grand public et, en particulier, le public le premier concerné par l’importance du numérique que sont les personnes en situation de handicap, mais elles n’auront pas de succès et elles n’ont d’ailleurs pas un succès énorme, ça reste marginal, faute d’avoir des sciences humaines.

Ce sont un peu les deux grandes idées qu’on va essayer d’étudier ensemble et sur lesquelles je prendrai ensuite, évidemment avec grand plaisir, vos avis et commentaires, pour savoir un petit peu ce que vous en pensez.

Le libre, donc, est une idée éthique ; je crois que là-dessus il n’y a pas de sujet, c’est une éthique, évidemment d’inspiration américaine, quand même, donc très centrée sur la liberté, la fameuse liberté 0, notamment, que Richard ne veut absolument pas lier à l’accessibilité parce que ça serait dramatique et que l’accessibilité pour lui c’est… Voilà ! Donc il ne veut surtout pas lier ça à la liberté 0, mais la liberté c’est au centre de l’écosystème du libre, de toutes les licences libres produites par la Free Software Foundation et autres documents de ce genre. Avec ses limites, d’ailleurs, pour le coup là c’est l’approche un peu plus FSFE [Free Software Foundation Europe] et un peu plus celle dans laquelle, personnellement je tends à m’inscrire : c’est-à-dire que cette liberté, selon Richard Stallman, doit tout dépasser, même le progrès. Pourquoi pas ? Mais par exemple, on assume du coup sans problème des paradoxes du type « on peut être moins libre, concrètement, à partir du moment où théoriquement on est plus libre ». Parce que c’est ça, en fait, aujourd’hui, le débat sur la liberté 0 qui est mené entre nous et Richard Stallman. C’est-à-dire que lui considère que la liberté 0 est satisfaite dès lors que juridiquement et théoriquement elle est possible. Et nous on lui dit : « Eh bien non ! Si le logiciel est sous une bonne licence mais que derrière, alors qu’on est libéré parce qu’on a un iPhone et qu’on arrive à mieux se déplacer parce qu’il est plus accessible qu’un logiciel libre, est-ce que le logiciel libre est vraiment libérateur ? Ce n’est pas si certain ! » Donc c’est un débat. On voit tout de suite que même cette aspiration éthique est déjà sujette à beaucoup de débats, mais ça, pour le coup, c’est normal, ça fait partie de la vie éthique d’un projet.

Une fois qu’on a dit ça, OK, c’est un projet éthique. Malgré tout, on se rend compte que, et c’est presque bon signe j’ai envie de dire, la démonstration de force du logiciel libre reste d’abord technique. D’abord par les traductions. Il suffit de lire certains termes pour se rendre compte que les traductions sont parfois choisies à des fins complètement techniques. Je prendrai un seul exemple que je pourrais presque vous montrer à l’écran, mais qui n’a pas un intérêt énorme non plus. Ça c’est un outil pour lire l’écran vocalement, pour qu’un aveugle soit capable d’accéder à son écran. Et ici, il y a une boîte de dialogue dans laquelle on retrouve les préférences du logiciel pour personnaliser un peu ce que la synthèse vocale envoie ou n’envoie pas. Et là on lit une option qui s’appelle « Lire la position fille » [Sifflement de Jean-Philippe]. C’est très cohérent en anglais : Speak (???) the child position. Déjà child et « fille », ce n’est pas tout à fait le même concept, mais enfin bon ! Pourquoi pas. Mais alors de toutes façons, dans tous les cas, vous montrez ça à un aveugle normal j’ai envie de dire, qui n’est pas geek, ni power user, ni rien. Le gars, il est là et vous lui dites : « Voilà, tu peux régler la position fille. » Et en plus, quand vous allez comprendre à quoi ça correspond, ça va vous faire bizarre. C’est-à-dire qu’en fait, ça correspond à la capacité qu’a la synthèse vocale, quand on a un bureau par exemple où il y a, je ne sais pas, quatre icônes et que vous êtes sur la deuxième, eh bien la synthèse vocale va vous dire : « Là tu es sur la deuxième icône parmi les quatre existantes. » Eh bien ça, ça s’appelle « Lire la position fille ! » Si ça ce n’est pas purement technique, à un moment donné, je ne sais pas comment on peut dire !

Pareil, un autre concept dans le même outil, du coup j’en profite pour vous montrer un peu les rudiments du lecteur d’écran vocal : à un moment donné, quand on est en terminal - allez on va le faire en démo puisqu’on a un écran, on va en profiter - on est en terminal et là, en terminal, il se trouve que quand vous tapez « ls » par exemple, voilà, on va essayer de taper « ls », le fait qu’il n’y ait pas le son n’a aucun intérêt, de toutes façons c’est du vocal, ça ne va pas vous parler ; vous allez trouver que ça parle trop vite, tout ça.

Là, le fait est que pour un aveugle il y a un problème parce qu’il ne peut pas remonter l’écran avec ses flèches de direction parce que vous savez tous qu’en terminal, si vous utilisez vos flèches de direction, vous remontez le curseur et vous remontez l’historique. Donc il va utiliser un autre curseur qui va lui permettre, en fait, de parcourir l’écran, visuellement on va dire, d’une certaine façon vocalement mais visuellement, pour lui, savoir les informations où ne peut pas aller le curseur du PC. Voilà et là on accède au reste de l’information.

Ce curseur, en anglais, on l’a appelé la flat review. Bon ! Pourquoi pas ? Ce n’est pas si incohérent que ça ; en anglais ça a du sens. Flat review, bon ! Flat on ne sait pas trop pourquoi, mais enfin ! Mais review parce que oui, ça permet de lire une autre partie de l’écran, etc. OK ! On l’a traduit en français par « révision globale » ou « examen global ». J’aime autant vous dire que quand vous faites de la formation et que vous présentez ça à une personne, ça la laisse dubitative.

Donc ça pour vous dire que ces approches-là, et c’est rigolo d’en parler, moi ça m’amuse toujours de les décrire parce que, fondamentalement, elles montrent une chose, c’est que, concrètement, ce sont des trucs qui ont été développés, écrits et pensés d’un point de vue ergo par des techniciens. Et ils ne se sont pas posé la question que par-delà la cohérence technique qui est réelle, quand on dit child position eh oui, c’est cohérent, parce que dans l’arborescence oui, c’est la position fille dans l’arborescence des objets de l’accessibilité, d’un point de vue purement technique. Oui ! Maintenant, d’un point de vue usage, évidemment, ça n’a plus aucune cohérence.

Pareil quand on regarde les interfaces. Les interfaces on peut les commenter, évidemment. On peut dire oui, bon, elles sont ce qu’elles sont, etc., oui, OK. Après, il se trouve qu’elles manquent un peu d’harmonie, mais pourquoi pas. Mais alors il y a quelques interfaces que je trouve quand même particulièrement savoureuses. Si je vais, par exemple, dans l’interface de Gnome, alors c’est un Gnome Color Chooser, c’est un vieux truc, ce n’est plus tout à fait utilisé aujourd’hui. Alors c’est ultra puissant cet outil, parce qu’il permet de personnaliser précisément l’ensemble des couleurs du système. C’est ce qui fait que je l’aime beaucoup. C’est qu'un malvoyant, grâce à ça, qui serait phobique de certaines couleurs ou qui serait dans une situation comme ça, il peut programmer ses couleurs.

Mais alors, je vous garantis que pour l’avoir essayé, c’est quand même très compliqué ! Quand on regarde un peu les différents onglets et les différentes options, il y a des noms assez obscurs. Même pour un ergonome, on est là : ah ouais ! Si vous prenez l’interface de Compiz CCSM, ce n’est pas triste non plus ! Enfin c’est un truc ! Bon ! D’abord ce n’est pas super accessible au clavier, mais ça c’est autre chose, mais même visuellement, l’interface n’est pas énorme quoi !

Et puis on le voit aussi ce techno centrage ou ce techno « centrement », on appelle ça comme on veut, quand on regarde les évolutions, en général, qu’on peut avoir dans le libre. Par exemple une certaine fondation décide que la version 2 est pourrie et qu’on passe à la version 3. Bon ! Eh bien passons à la version 3, on ne maintient pas la 2, ce n’est pas grave ! Eh bien oui, mais je sais que la version 3 ne marche pas, mais mes utilisateurs vont bien supporter les bugs pendant deux/trois ans, ce n’est pas grave ! Et c’est comme ça que Gnome se retrouve, du coup, un peu critiqué de part et d’autre parce que, précisément, il a réussi à éloigner les utilisateurs pendant deux ou trois ans. Et c’est toujours vrai aujourd’hui. Aujourd’hui, on considère qu’on supprime dans le toolkit d’accessibilité graphique, on supprime des objets parce qu’ils sont obsolètes. Ouais ! Enfin ils sont surtout utilisés par d’autres bureaux, en fait ; ce serait peut-être bien de les garder. Mais bon ce n’est pas grave, on continue.

Donc une approche purement gestion de projet, purement technique : jamais usage et jamais centrée sur l’utilisateur final. Et pire. Et pire ! On cherche à s’aligner sur Windows. C’est une erreur majeure ! Regardez les évolutions et les atermoiements des interfaces entre Windows 7, Windows 8 et Windows 10 ; même eux ils ne savent pas où ils vont et ils essaient d’évoluer en fonction de ce qu’on leur propose. Quand on regarde que Gnome 3 et Unity, finalement, ils essaient de se rapprocher le plus possible des qualités de Mac et de Windows, pourquoi pas ? Mais pourquoi on ne réinventerait pas quelque chose qui soit plus conforme à l’utilisateur ?

Donc c’est une approche totalement techno centrée. Et le libre aujourd’hui, il faut quand même le reconnaître, c’est souvent ça : l’humain a peu de place et il est fait et il vit, parce que c’est comme ça : sociologiquement, la population est principalement constituée de gens qui sont techniciens et qui ont une approche dont la logique correspond à la technique et à la logique et à la cohérence, voire à l’esthétique technique d’un arbre de dépendance, d’un arbre d’objets et d’un arbre. Et après tout pourquoi pas ? C’est juste que ce n’est pas suffisant et la preuve en est que dans le grand public, on n’arrive toujours pas à s’imposer.

Et c’est la raison pour laquelle, quand on se lance dans des initiatives d’inclusion, dans les initiatives de médiation, où le libre aurait toute sa place, là, on pourrait faire beaucoup mieux avec le libre pourvu qu’on y mettre des sciences humaines.

Parce qu’il y a eu quand même dans le libre et heureusement il y en a, des initiatives qui ont permis de faire un peu atterrir le libre et même le numérique en général. Si je prends l’exemple de Framasoft2, ils font un travail considérable de vulgarisation, de mise à disposition, typiquement la campagne Dégooglisons Internet3 de Framasoft est remarquable. Moi je n’aurais jamais installé un moteur de recherche alternatif tout seul à la main. Maintenant j’ai trouvons.org4, j’ai accès à un moteur de recherche alternatif qui me permet de me protéger de Google. Pareil pour Framadrop5, pareil pour tous les outils qu’ils ont pu développer par ailleurs. Donc ça, c’est une initiative qui permet justement de faire atterrir, de mettre à la portée de tous la philosophie technique qu’il y a derrière tout ça. Je prends cet exemple parce que c’est le plus symbolique en France, mais il y en a plein d’autres ; la FSFE, déjà, est un peu dans cette philosophie : de faire atterrir un peu le libre en fonction des problématiques sociétales concrètes.

Au sein des établissements publics numériques, on a vu aussi émerger, alors ce n’est plus trop le libre pour le coup, mais une tentative aussi de sortir le logiciel, le numérique, de son enfermement technique. Bon ! L’ennui c’est qu’il est généralement assuré par des gens qui ont fait BTS en technique, donc finalement, à l’arrivée, c’est la même chose. Mais en tout cas, il y a un effort, quand même, qui tente un peu de faire sortir le numérique d’une vision purement technique.

Mais évidemment, comme il n’y a pas de sciences humaines, à chaque fois ça reste balbutiant, ça reste compliqué et ça crée beaucoup de choses, parce que les gens sont en difficulté. On sait très bien aujourd’hui que les développeurs, ce n’est pas un mystère, c’est un mystère pour personne, le grand public, souvent les développeurs ça les gonfle. Sur les forum, les « RTFM » [Read the fucking manual], c’est ça que ça veut dire, en fait, les questions basiques « ça ne marche pas ». Mais je comprends les développeurs parce que c’est irritant le grand public !

Vous êtes devant une application et le gars vous dit :
« Ça ne marche pas.
– Ça veut dire quoi ça ne marche pas ? Tu ne peux pas m’expliquer le processus ?
– Mais non, ça ne marche pas !
– Je te demande le processus.
– Mais ça ne marche pas parce que ça, regarde je fais ça, ça ne marche pas ! »

Et ça se termine généralement. À l’oral ça se termine par un « montre-moi », et à l’écrit ça se termine par un « RTFM », en général, parce qu’il n’y a pas le temps et parce que voilà !

Donc à un moment donné, l’idée c’est quoi ? Ce serait de dire et si, pour que tout ça se résolve, on ajoutait un peu, on incluait un peu dans cet écosystème du libre, parce que pour moi il n’y a que dans le libre que les sciences humaines ont leur place, parce que, ailleurs, on ne peut pas avoir sa place. À partir du moment où vous avez une logique rationaliste, économique pure, et une logique où vous essayez de faire un produit et de le mettre sur le marché, de le vendre, de vous faire de l’argent et de surtout intervenir humainement le moins possible parce que l’humain coûte toujours trop cher. Et du coup vous faites des centres d’appel au Maroc ou en Chine ou à Taïwan ou au hasard l’endroit le moins cher avec des gens qui parlent à peine français — mais ils lisent des scripts donc ce n’est pas trop problématique — donc à partir de là, vous ne pouvez pas faire du support et de l’humain de qualité.

Le libre a ce pouvoir infini qui consiste à pouvoir donner toute sa place aux sciences humaines et pouvoir donner toute sa place à ce qui est à côté.

Mais alors, évidemment, la science humaine elle se joue à quel niveau ? Elle se joue au niveau où, aujourd’hui, on ne la pratique peut-être pas toujours assez. Par exemple au moment de la conception. Au moment de la conception c’est difficile, notamment s’il n’y a pas de réseau structuré autour d’un projet, ce n’est pas facile de faire de la co conception et d’associer l’utilisateur et l’usager à la construction d’un logiciel libre. Ce n’est pas toujours facile. LibreOffice essaye. Mais c’est vrai que ce n’est pas simple parce qu’il n’y a pas toujours les retours nécessaires. Mozilla essaye, mais ce n’est pas facile non plus et eux, en plus, ils ont fait le choix, de toutes façons, de développer, de prioriser Firefox avec Windows ; donc à partir de là, ça pose aussi d’autres problèmes d’ergonomie.

Pareil pour les tests d’utilisabilité. Alors ça c’est un truc, pour le coup, c’est beaucoup plus rigolo. Les tests d’utilisabilité, c’est ce qu’on a pratiqué à la dernière Debian Bug Squashing, c’est quoi déjà ? BSP, Bug Squashing Party. C’est un concept où on essaye de pratiquer — j’aurais dû sortir ça, c’est ça que j’ai oublié de sortir — un diagramme qui permet, pour un logiciel donné et un certain nombre de tâches données, d’observer la facilité avec laquelle l’utilisateur le fait. C’est Jim Hall qui a pratiqué ça, j, i, m, c’est le prénom et Hall, h, a, deux l, c’est là où j’aurais dû l’écrire, je peux l’écrire quelque part d’ailleurs.

Jim Hall6 a mis en place, effectivement, une méthode qui est une méthode tout à fait classique où on a en fait, de gauche à droite, un niveau ; et plus c’est vers l’orange et le vert plus c’est que ça a été facile à accomplir pour un utilisateur donné ; et plus ça va vers le rouge, plus c’est compliqué. Et ça c’est très puissant, parce qu’il l’a appliqué à des méthodes sur Gnome par exemple, Gnome pour chercher des fichiers, pour aller dans Firefox et pour utiliser Gedit par exemple, et on s’est rendu compte, effectivement, avec un utilisateur qui effectuait ces actions et un observateur qui regardait comment ça se passait, comment on pouvait réussir à, sur une interface donnée, plus ou moins être facile d’accès pour tous et être facile d’accès pour les personnes qui essayaient de l’utiliser. Donc ça c’était plutôt intéressant.

Et puis la dernière chose qui devrait être mise en place, pour le coup, et c’est là où le bât blesse aujourd'hui le plus peut-être, c’est accompagner tout ça. Parce que ce qu’on remarque aujourd’hui, c’est que qu’est-ce qui manque fondamentalement, quand on parle de grand public toujours, c’est la personne qui va essayer de comprendre les besoins de l’utilisateur, les usages de l’utilisateur, le contexte de l’utilisateur, sans forcément être dans la démarche, et ça c’est souvent ce qui se passe malgré tout dans les associations. On a tendance souvent à dire : « Ouais, mais essaie de comprendre ». Oui, il y a une phase, effectivement, où l’utilisateur doit essayer de comprendre. Mais il y a une phase aussi où on a envie de lui dire. Mais peut-être qu’il pourra comprendre, mais pas tout de suite ! Essayons de lui faire comprendre autrement. Et pour lui faire comprendre autrement, où il en est d’un point de vue cognitif aujourd’hui ? Et donc ça mobilise évidemment beaucoup de sciences humaines.

Et pour vous dire les déboires où ça peut conduire quand on n’a pas ce genre de prestation, il y a une entreprise qui a décidé de passer intégralement à GNU/Linux, ce qui est plutôt une bonne idée ; alors elle a embauché une comptable qui, malheureusement, avait une expertise sur Excel et elle lui fait utiliser Calc. Bon ! Et Calc, c’est un bon logiciel, mais chacun sait qu’il y a des bugs. Enfin c’est comme ça ; les macros ne sont pas toujours compatibles, enfin bon, il y a des bugs. Et les techniciens, au lieu de se préoccuper de ça — ils sont débordés, ils sont dans plein de choses, plein de développements du SI, enfin plein de problématiques — eh bien jamais ils ne se sont préoccupés de leur salariée. Après deux arrêts maladie et trois mois d’absence, elle a fini par partir. Eh bien ça, c’est parce que s’ils avaient pris la peine, peut-être, de se mettre avec elle, de comprendre les bugs, de les remonter et de faire remonter aux développeurs les différentes thématiques pour, à la limite pourquoi pas, mettre en place des solutions de contournement, ou des solutions de compensation, ou des solutions de compromis, eh bien non ! On a juste ignoré la situation. Et quand on ignore la situation, eh bien en général, on n’avance juste pas.

Autre exemple, l’Assemblée nationale c’est pareil. En 2010, pourquoi ça n’a pas marché à l’Assemblée nationale ? Tout simplement parce qu’il n’y a jamais eu de support efficace pour accompagner les gens et les parlementaires. Alors évidemment, les parlementaires avaient beau jeu de râler : « Ah ben oui ça ne marche pas ! Ce n’est pas compatible, ce n’est pas interopérable, ce n’est pas ci, ce n’est pas là ! » Mais, avec un meilleur accompagnement, on aurait pu au moins écouter leurs problèmes, écouter leurs besoins métier, écouter leurs usages et peut-être, ensuite, faire remonter aux développeurs, pour le coup dans leur langage, en leur faisant comprendre tel scénario de reproduction, telle situation, tel contexte, telle version. Peut-être qu’on aurait réussi à beaucoup mieux réussir et à créer la dynamique. Mais ce n’est pas ce qu’on fait.

Donc effectivement, le libre aujourd’hui, pour prendre toute sa place dans le grand public, a besoin que soient prises en compte les dimensions à la fois psychologiques, à la fois sociologiques et à la fois de sociologie des organisations, qui traversent le grand public. Et quand on dit que le grand public n’est pas intéressé par ça, ce n’est pas vrai ! C’est juste que le grand public a appris à faire sans. Aujourd’hui le grand public, quand vous lui dites : « Tu en penses quoi de Windows 10 ? », il y a des gens qui vont vous dire : « C’est génial ! » et d’autres qui vont vous dire : « Bof, on s’y fait ! » Et puis d’autres qui vont dire : « C’est nul à chier, mais ce n’est pas grave, on s’en sort quand même, on se débrouille. » On se débrouille ! Et personne n’est là pour dire à un moment donné, au grand public, mais si on faisait autre chose que se débrouiller ; si on essayait de vous faire juste plaisir quand on utilise l’ordinateur.

Conclusion, je dirai que le développement est né de considérations très humaines. Malheureusement il s’est très vite auto-limité, parce que c’est resté encadré dans une sphère technique et qu’il s’est retrouvé dépassé précisément par ses propres défenseurs qui l’ont maintenu, malheureusement, dans une sphère technique et n’ont pas réussi à s’ouvrir assez pour que les sciences humaines prennent leur place. Et c’est une des raisons pour lesquelles on n’a jamais réussi à se démarquer de l’environnement propriétaire.

Le problème c’est on a souvent dit, pour séduire le grand public face à Windows, il faut faire l’ergonomie de Windows. Non. Non ! Il ne faut pas faire l’ergonomie de Windows ; il faut se détacher de Windows et proposer sa propre valeur, son propre modèle de valeur et qui est basé, justement, sur les sciences humaines.

Mais évidemment du coup, le déploiement par la gratuité ne suffit plus. Parce que dans le numérique, à un moment donné, si on est gratuit on ne peut pas développer quoi que ce soit autour. Alors évidemment, on va aider certains ; après il y a des réseaux qui permettent d’aider des associations, des GULLs, etc., qui font un travail certes remarquable, mais qui, à un moment donné, les fatigue, parce que c’est forcément fatigant. Il faut le professionnaliser ce travail à un moment donné.

Donc le libre est une vraie solution, j’en ai absolument la conviction, mais il faut pour ça y mettre des sciences humaines et c’est parce que ces sciences humaines n’ont pas encore été faites qu’on en est là. Et j’en suis convaincu. Si un jour on arrive, on arrive, à faire en sorte qu’on vende un produit qui soit accompagné de sciences humaines incluses dans le produit même, je pense que ça peut changer l’écosystème du libre et que le propriétaire aura bien du mal, pour le coup, à rattraper ça, parce que même les AppleCare, les Apple Store et les machins, sont incapables d’atteindre un niveau de qualité d’accompagnement comparable. Et je suis sûr que le libre peut tirer son épingle du jeu s’il se met un minimum à penser cette question, à réfléchir cette question et je pense qu’il y aura des surprises. Je suis à votre écoute.

[Applaudissements]

Vos avis, vos commentaires, vos questions m’intéresseraient beaucoup.

Public : C’est juste pour l’enregistrement [le micro]. La question que je me posais c’est que j’ai déjà installé des logiciels libres dans des associations qui avaient pour but, justement, de s’occuper de publics précarisés et qui donc auraient dû, normalement, faire ce travail de sciences humaines. Mais ce qu’on constate dans ce contexte-là, donc une association du Linux parce que c’est trop bien le logiciel libre, etc., on constate une résistance du personnel qui aurait dû, justement, créer la science humaine. Du coup, là qu’est-ce qu’on peut faire ? Parce que là le personnel se retrouve face à des techniciens qui disent : « Moi je sais vous installer ça, mais je n’ai pas trop de temps, s’il vous plaît. » Mais le personnel dit : « Eh bien non, je ne connais pas le Linux et donc si vous voulez, repassez à Windows », et ce sont eux qui ont gagné quoi !

Jean-Philippe : Il a raison. Il a raison ! Je veux dire vous arrivez dans un établissement, vous dites à des gens : « Demain tu vas utiliser Linux et tu vas supporter des gens et montrer à des gens Linux. » Le gars il vous dit : « Mais d’abord c’est pour les geeks », parce que c’est quand même la réputation de Linux aujourd’hui. « Et comment je fais pour faire ça ? Et comment je fais pour faire ça ? Et comment je fais pour ça ? » « Ah écoute, apprends, cherche ! » Non, non ! Le personnel, si on veut que ce genre de processus fonctionne il faut enclencher des dispositifs qui sont existants aujourd’hui et largement sous-utilisés, qui s’appellent la formation continue, qui permettent de former ce personnel et de le former pas simplement à l’usage — parce qu’il y a plusieurs types de démonstration, c’est toujours la même chose, lapsus révélateur, il y a plusieurs types de formations. Il y a la formation démonstration, il y a la formation initiation et il y a la formation apprentissage. Et souvent on fait des formations démonstration, c’est-à-dire qu’on prend le personnel et on lui dit globalement en groupe comme ça : « Voilà ! Donc Linux, par exemple, on peut faire tout ça ; alors ça, ça, ça. » Et allez, les mecs, pendant deux jours, ils se tapent toutes les fonctions de Linux. Et les gars, à l’arrivée, ils ne savent toujours rien faire, et ils savent qu’ils peuvent, mais eux ils vont se sentir psychologiquement déclassés et du coup ils vont dire : « Il est hors de question que je continue comme ça !»

Alors que si on mettait en place une vraie formation, on leur dit : « Si ton utilisateur te demande ça, tu peux lui apporter cette réponse. Si ton utilisateur te demande tel besoin, tu peux lui apporter telle réponse. Si toi tu estimes qu’il est dans telle situation, tu peux lui apporter telle réponse. » Si on se place dans sa situation à lui, dans son usage métier, tout de suite ça va changer la donne.

Et puis il y a aussi une dimension qu’il faut sans doute apporter un peu de cette science humaine au professionnel, qu’il n’a pas nécessairement. Et c’est vrai parce que ça, souvent — c’est triste mais c’est comme ça — quand on embauche des gens dans les EPN [Espace public numérique], ça dépend des EPN, mais souvent il y a du service civique, il y a tout un ensemble de gens qui ne sont pas formés à affronter ces réalités-là. Du coup, comme ils ne sont pas formés à affronter ça, ils vont vers ce qu’ils connaissent. Normal ! Donc si on veut que ces personnels-là acceptent, il faut que la personne qui promeut le libre dans ce genre d’endroit lui fasse montrer tous les avantages qu’elle a par rapport…

Aujourd’hui, quand je vais dans un centre de réadaptation pour aveugles et que je leur présente notre système, Linux, ils me disent : « Mais attendez, mais moi j’ai Windows. J’ai déjà un logiciel gratuit sous Windows qui, en plus au passage, est libre, qu’est-ce que vous me faites chier avec votre truc ! » Je fais chier parce que premièrement, notre Linux évolue ergonomiquement beaucoup moins. Deuxièmement parce que notre Linux, malgré tout, on arrive si vous regardez bien la situation, à le configurer pour l’adapter au niveau des personnes sans acheter des logiciels supplémentaires. Troisièmement le Linux il peut inclure des technologies qui font que… Et on montre au professionnel qu’il va pouvoir couvrir plus de situations, mieux des situations, et s’exprimer dans son métier. Pas simplement se retrouver déclassé en disant : « Écoute ! Soit tu t’y fais soit tu es déclassé ! » Non, non ! Au contraire. C’est que demain tu ne feras plus de tec, tu feras de l’humain, et ça c’est ton cœur de métier.

Et tout d’un coup, on apporte un autre discours au professionnel. Évidemment il y aura toujours de la résistance au changement, parce que le changement fait toujours peur, c’est pour ça qu’il faut faire et de la formation et du support aussi au professionnel pour que lui aussi puisse s’appuyer sur quelqu’un si jamais il a des questions. Et ça, ça peut permettre effectivement, pour le coup, de rassurer le professionnel. Mais la conduite du changement c’est un vrai processus humain. Et si on l’oublie, évidemment, on passe toujours à côté. Forcément !

Public : Oui. Bonjour. C’est bien beau, mais cette dimension humaine n’est pas prise en compte dans le monde économique. Moi je connais les GULLs [Groupes d'utilisateurs Linux], je m’occupe d’ailleurs d’un groupe d’utilisateurs de Linux, on fait un petit peu ça de façon bénévole, à toute petite échelle. Il faudrait un système qui prenne ça. Voilà. Je fais un peu l’apologie des GULLs qui me semble, enfin ça dépend de l’ambiance, mais il y a moyen, dans un groupe d’utilisateurs de Linux, de penser à l’accompagnement technologique humain.

Jean-Philippe : Absolument, tout à fait. Le seul problème c’est que la culture des GULLs a souvent un peu cette culture du « apprends à te débrouiller », ce qui est souhaitable évidemment, mais déjà ça filtre : c’est-à-dire, déjà, vous n’allez pas pouvoir toucher tous les publics et du coup, c’est un peu le problème que ça pose. Après, moi je trouve que les GULLs ont un vrai rôle, pour le coup, de proximité. C’est-à-dire qu’une fois que la personne est sur les rails et qu’elle est rassurée, parce que c’est ça aussi qui se joue, c’est beaucoup ça qui se joue dans la culture numérique, rassurer, donner confiance, donner plaisir à la personne. Moi typiquement, une personne qui ne connaît pas le clavier, je ne la mettrai jamais sur un système en lui disant « première leçon, ton clavier ». Jamais ! Parce que là, ça va être une contrainte. Alors que si vous commencez à donner du plaisir à la personne dans un premier temps, elle va tout de suite aller plus facilement et, finalement, se mettre au clavier.

Une fois que la personne est un peu sur les rails, comme ça, qu’elle a récupéré un petit peu ses premières bases, l’envie et la confiance, là je pense que pour le coup les GULLs reprennent, à mon avis, tout leur rôle, parce qu’ils ont ce rôle de support de proximité.

Mais malheureusement, pour en avoir aussi fait quelques-uns de GULLs, souvent le côté SAV, les GULLs ça les gonfle un peu, en fait. Très vite les gens sont là, enfin je ne suis pas là pour faire du SAV ! Pourquoi pas ! Mais alors tu es là pour quoi ? Si tu es là pour faire du prosélytisme pourquoi pas ! Mais dans ce cas-là, il faut présenter d’autres avantages du libre ; mais il faut bien avoir conscience de ce pour quoi tu es là. Parce que si tu n’es pas là pour aider les gens et te mettre à leur place, c’est un peu compliqué quoi ! C’est difficile. Donc ça dépend beaucoup des GULLs. Mais d’expérience, les GULLs c’est souvent : l’objectif c’est débrouille-toi par toi-même, chose que tout le monde n’est pas capable de faire, et c’est souvent sur une base « moi je ne suis pas là pour faire du SAV », ce qui est légitime parce que ce sont des bénévoles, on ne peut pas non plus demander à des bénévoles de se… Voilà ! Mais cette culture-là, malheureusement, ce n’est pas elle qui permet d’inclure le plus grand nombre dans le numérique aujourd’hui.

Et ce n’est pas parce que ce n’est pas cher qu’on va inclure. C’est parce que c’est porté humainement. Le cher ça ne suffira pas, le gratuit ça ne suffira pas pour inclure !

Public : Moi je veux faire une remarque plus que poser une question. Puisque tout à l’heure vous avez parlé des EPN et j’ai apprécié parce que je suis moi-même responsable d’EPN en médiathèque à Roanne, pour le coup. Juste sur le temps de midi, je discutais justement de l’importance de créer une GULL dans certaines communes et pourquoi pas via ces EPN et via les médiathèques. Je trouve que c’est justement, au niveau du service public, une initiative qui serait hyper importante parce que nous, pour le coup, de la science humaine on en fait de plus en plus. On a la notion de service public qui est dans notre ADN, normalement — on est payés pour ça d’ailleurs — donc il me semble que ça serait plus facile. Après, effectivement, reste à voir comment cette association GULL peut se greffer sur notre travail, ça serait en dehors, mais de quelle manière elle peut être apportée ? Parce que de fait, on en parle du libre, tout le temps ! En EPN, en médiathèque, en tout cas pour celui que je connais. Donc je pense que c’est une piste à développer au niveau des municipalités en tout cas.

Jean-Philippe : Je suis tout à fait d’accord. Mais vous savez c’est exactement comme le suivi des assistants de vie scolaire. Aujourd’hui, quand on est en assistant de vie scolaire, c’est un peu la même logique que quand on est médiateur numérique. On n’a pas vraiment de carrière prévue parce qu’il n’y a pas de cadre, on va dire, qui prévoit ce métier-là, proprement dit. Enfin ce n’est pas vraiment cadré aujourd’hui et, du coup, on recrute à peu près n’importe qui et n’importe quoi et on lui demande de se former sur le tas. Et la clef, et cette clef est encore plus vraie dans les EPN — mais je sais bien qu’il y a des enjeux budgétaires, enfin tout ça c’est très compliqué, j’en ai conscience — mais, à un moment donné, les EPN, leur rôle là-dedans, c’est de mettre à disposition dans le cadre du service public, précisément des personnes qui elles ont ce rôle d’être formées à ça. Et je pense qu’effectivement, médiateur ça doit être un métier de carrière. On doit être formé pour le faire ; ça peut être absolument passionnant comme métier. C’est un métier absolument passionnant, mais il faut sans doute un peu de bagage, un peu de formation, un peu d’encadrement aussi, pour être capable, à la fin de, précisément, transmettre au GULL, diffuser aussi cette culture. C’est une culture, au bout d’un moment. C’est une émulation, c’est une culture. Et je suis bien d’accord avec vous, elle partira du service public. En tout cas c’est souhaitable parce que c’est le premier rôle du service public.

Public : Je suis d’accord avec plein d’aspects de ce que tu as dit sauf, peut être, sur la fin, le côté essayer d’imposer cette culture aux GULLs ; je pense que ce n’est pas la bonne approche parce que les gens vont se fermer. Mais c’est vrai que les EPN, les médiathèques, tout ça, peuvent aider, justement, à développer le côté, enfin la compassion et le fait de consacrer du temps, en fait, à faire monter des gens en compétence.

Sur Bordeaux moi je le vois, en fait, avec des médiathèques qui organisent tout simplement des événements via une communauté particulière et ça tourne. Parce que tu ne peux pas, effectivement, toutes les semaines, demander à une communauté de consacrer du temps pour faire monter des gens en compétence. Par contre, tu peux organiser des séries d’événements qui tournent sur différentes communautés et donc répartir, en fait, la charge, comme ça, je pense. En fait, la réflexion c’est effectivement comment développer cette culture de « il faut prendre du temps, parce que si on ne prend pas le temps, eh bien on fait juste de la technique. »

Jean-Philippe : Je suis d’accord. Je mesure vraiment la difficulté. C’est sûr que pour des bénévoles on ne peut pas leur demander ce genre de truc. Pour eux, ma proposition théorique est plus un appel à se poser la question ; après, j’ai parfaitement conscience que quand on est bénévole on ne peut pas se lancer dans cette démarche, on n’est pas pro, par définition.

Et l’articulation EPN/GULL c’est sans doute, effectivement, celle-là qui permettrait que les uns assurent cette mission de service public parce que formés pour ça et les autres, du coup, interviendraient dans la mesure de leurs moyens aussi au contact des professionnels des EPN. Et je pense qu’effectivement, aujourd’hui la médiation numérique passe sans doute par l’articulation entre ces deux sphères. Je suis tout à fait d’accord.

Organisateur : Il nous reste du temps.

Jean-Philippe : Bien, s’il n’y a rien d’autre, merci et puis n’hésitez pas.

[Applaudissements]

tnitot.png Tristan NITOT

Progrès et jour du dépassement

Le 02 August 2017 à 11:10:00

Evolution du monde en 7 graphiques sur 200 ans

Evolution du monde en 7 graphiques sur 200 ans. Cliquez pour agrandir l’image

l’évolution (positive) du monde en 200 ans et 7 graphes. Les 6 graphes principaux sont très positifs… Mais le 7e, en petit en bas à droite, est très important : c’est l’évolution de la population sur 2 siècles. L’auteur a écrit un article complet sur ce thème. Le souci, c’est la capacité de la planète à supporter autant d’humains qui ont en plus tendance à consommer de plus en plus, d’où un développement absolument pas durable, où l’on consomme beaucoup plus que ce que la planête peut offrir, et en produisant une quantité croissante de CO2, gaz à effet de serre. Le site est magnifiquement fait. On notera que son contenu est entièrement sous licence libre CC-BY-SA.

Il se trouve qu’aujourd’hui, c’est le jour du dépassement :

à compter de ce mercredi 2 août, nous vivons à crédit. L’humanité a consommé autant de ressources naturelles que ce que la Terre est en mesure de renouveler en un an. Ce «jour du dépassement», calculé par l’ONG américaine Global Footprint Network, arrive chaque année un peu plus tôt. En 2016, il n’intervenait que le 3 août, en 2015, c’était le 4. Si on remonte encore un peu plus le temps, en 1971 par exemple, date à laquelle la planète ne comptait que 3,7 milliards d’habitants (contre 7,6 milliards aujourd’hui), nous commencions à vivre à crédit seulement le 21 décembre.

En gros, l’humanité vit à crédit, et c’est de pire en pire : « En 2017, 1,7 planète sera nécessaire pour assouvir les besoins humains. Et si nous continuons sur cette lancée, il en faudrait l’équivalent de deux en 2050. »

4 volets d’action :

  1. L’énergie d’abord. A elles seules, les émissions de carbone représentent 60 % de l’empreinte écologique.
  2. La lutte contre le gaspillage alimentaire est aussi primordiale. Chaque année, 1,3 milliard de tonnes de nourriture est jeté ou perdu, soit un tiers des aliments produits. Et aussi diminuer (voire arrêter) notre consommation de viande
  3. La population, et ses besoins énergétiques croissants
  4. La ville

01 August 2017

Vincent FINANCE

Les nouvelles du blog N°4 : Vacances, mais reprise d'activité

Le 01 August 2017 à 19:17:52

Le mois de juillet.
De tous les mois de l'année, c'est certainement l'un de ceux que je préfère le plus, principalement parce qu'il représente le début d'une des plus longues périodes de vacances, à savoir les vacances d'été. C'est aussi le moment où la température monte assez fréquemment et où les orages sont parfois légion, ces deux événements étant généralement très désagréables pour moi et me permettant ainsi de relativiser un peu mes propos.

S'il est vrai que la procrastination et le repos sont mes valeurs clés lors de l'été, je dois bien avouer que j'ai de bonnes raisons de vouloir casser cette (ancienne) habitude et donc de me bouger un peu plus durant la période estivale. Notamment vis-à-vis de mon engagement auprès du Libre, mais aussi auprès de ce blog.
Car, en effet, il m'est difficile de dire que j'ai été très actif ces derniers temps. J'oserai même avouer que j'ai été absent pendant un bon moment et cela n'est pas vraiment une situation que je tolère très bien, même si je n'ai pas toujours le choix. Révisions, examens, sorties avec les amis, démarches et remplissage de formulaires pour mon futur séjour au Japon, léger manque d'organisation et procrastination sont autant de maux qui affectent mon activité et qui me poussent facilement à laisser de côté mon blog et mes écrits. Cela a pour principales conséquences le non-respect de mes objectifs éditoriaux, la perte éventuelle d'une partie de mon lectorat (bien que je ne sais pas si beaucoup de personnes me lisent, faute de statistiques) et un certain mécontentement vis-à-vis de moi-même et de mon investissement sur le net.
Néanmoins, du fait que je sois étudiant, j'ai la chance de pouvoir encore profiter d'une longue période de vacances durant l'été, ce qui me permet d'avoir un peu de temps libre que je consacre en partie aux dernières démarches administratives pour finaliser mon inscription à mon programme d'échanges, mais aussi à l'informatique et au Libre, notamment à travers ma participation dans certains projets qui me tiennent à cœur.
Ainsi, j'en ai profité pour rejoindre plusieurs groupes de contributeurs comme Framalang, le groupe de traduction dépendant de l'association française Framasoft, et pour adhérer à l'April, une autre association qui se charge de promouvoir l'usage et la philosophie du Logiciel Libre et de défendre ses intérêts vis-à-vis des entreprises, des élus locaux et du gouvernement. Vous noterez, d'ailleurs, l'apparition d'un petit bandeau « Projets soutenus » en dessous des liens RSS du blog et d'une petite bannière aux couleurs de l'April :) .

À la suite de ces quelques explications et parce qu'il y a eu aussi pas mal de changements en arrière-plan, j'ai envie de publier un petit état des lieux de ce que je suis en train de faire en ce moment. Je vais aussi parler de l'avancement de mes différents projets, bien que je ne puisse pas vous donner, pour le moment, tous les détails concernant leur sortie ou leur date de publication (Seul le temps pourra nous le dire...). Comme à l'accoutumée, je vous propose le tout dans une liste qui résume l'essentiel de chaque point abordé.

  • Participation aux RMLL 2017 de St-Étienne

Si je devais résumer le mois de juillet en un mot, je choisirais le terme « RMLL ». Il s'agit, en effet, de l'acronyme d'un des plus importants rassemblements pour les libristes, à savoir les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre.
Se déroulant chaque année (si on excepte l'année 2016) dans une ville francophone différente, cette rencontre rassemble différents acteurs venant du monde entier tels que des organisations, des associations, des entreprises et des particuliers autour de conférences, d'ateliers, de stands d'expositions organisés en salon, de concerts et de discussions sur des thématiques en rapport avec le Logiciel Libre.
Ainsi, on y aborde différents thèmes comme la sécurité, l'auto-hébergement, le développement logiciel, les technologies de virtualisation et de conteneurisation, les plateformes et les moyens de financement, les technologies réseaux, l'usage de certains outils sous licence libre pour la photographie ou la cartographie, mais aussi la diffusion d'œuvres et de travaux sous licences libres, les problématiques liées à la culture et au partage de connaissances, la nécessité de comprendre les enjeux de la philosophie du Libre ou encore l'importance de la vie privée, pour ne citer que quelques exemples.

Voulant y aller depuis quelques années, cette édition 2017 a été une première pour moi et je dois bien avouer que je n'ai pas été déçu : la bonne ambiance du lieu et les différentes rencontres que j'ai pu faire m'ont permis de mieux connaître certaines personnes que j'avais déjà croisé sur le Web comme Carl Chenet (créateur de LinuxJobs et du Journal du Hacker), Luc (admin-sys de Framasoft) ou encore LeGreg :D .
Il est clair que s'il devait y avoir une édition 2018 des RMLL, j'y reviendrais sans hésiter et j'en profiterais pour discuter avec encore plus de personnes et pour faire le plein de nouvelles rencontres et de nouvelles expériences. En espérant qu'une ville candidate se présente prochainement pour les organiser.

Par ailleurs, j'ai prévu de publier prochainement un compte-rendu plus détaillé de cette édition 2017, histoire de pouvoir vous donner un retour sympathique sur cette première expérience et de pouvoir vous donner aussi envie d'y participer ;) .

  • Adhésion à l'April : un engagement qui se confirme

Durant les RMLL 2017, j'ai eu l'occasion de visiter de nombreux stands au village associatif dont celui de l'April qui était l'un des plus visibles, du fait qu'il soit positionné vers l'entrée du village. Connaissant une partie des actions de cette association, j'en ai quand même profité pour discuter un peu avec les tenants du stand à propos de leurs expériences personnelles, de leurs positions vis-à-vis de la bureautique libre et de leurs vies en général. De fil en aiguille, j'ai finalement été convaincu par quelques de leurs arguments pour contribuer financièrement à l'association et j'ai choisi de devenir adhérent en échange d'une cotisation d'une dizaine d'euros.

Il est vrai qu'auparavant, je n'offrais mon soutien qu'avec quelques dons ponctuels à certaines associations comme Framasoft ou Debian-fr, l'antenne et représentante française du Projet Debian, ce qui en soi est déjà une bonne chose à faire. Cependant, suite aux discussions que j'ai eues avec eux et avec d'autres intervenants présents aux RMLL, j'ai fait le choix de contribuer financièrement de manière récurrente, et ce, malgré mes faibles revenus.
Utilisant au quotidien un grand nombre de logiciels libres et souhaitant contribuer davantage à la communauté, mon adhésion permanente à l'April ne représente qu'un avant-goût de ma détermination et de ma volonté.
Dans un futur proche, j'ai l'intention d'utiliser mon compte Liberapay pour financer les projets qui me tiennent à cœur, ainsi que les personnes et les équipes que j'apprécie pour leur travail, aussi bien dans les domaines culturel qu'informatique. Qui plus est, j'envisage aussi de participer au développement de certains logiciels que j'utilise à travers l'écriture et/ou la correction de leur documentation en français ou à travers la traduction de leur interface (en français et, pourquoi pas, en japonais).

  • Mise en place d'un wiki pour les tutoriels

En janvier 2017, je vous avais annoncé que je comptais écrire quelques tutoriels consacrés à l'installation et la configuration d'un serveur de type LAMP sous CentOS 7, ainsi qu'à la configuration d'OpenSSH pour vous permettre d'avoir une connexion sécurisée et sans risques à votre machine distante.
Ayant prévu au départ une série d'articles sur le blog, j'ai finalement choisi, après réflexion, d'installer un wiki sur mon serveur et de publier ces tutoriels là-bas.
En effet, le wiki est un format que j'apprécie principalement pour sa méthode d'organisation des pages (qui ressemble à celle d'un logiciel de traitement de texte), sa simplicité, sa syntaxe (qui se rapproche un peu de celle de Markdown) et pour son côté pratique. Bien qu'il soit plutôt adapté aux environnements de travail collaboratif, je trouve que ce format est idéal pour publier des notices et des documentations, puisqu'il est assez facile d'ajouter un élément qu'on aurait oublié ou de mettre à jour des informations qui seraient devenues obsolètes.

Par conséquent, l'ensemble des tutoriels qui seront produits à l'avenir seront directement disponibles à l'adresse suivante : https://www.linuxmario.net/wiki.
En guise de complément, vous y trouverez également une liste de liens qui renvoient à des tutoriels écrits par d'autres personnes, qui me semblent être de bonne qualité et qui sont régulièrement mis à jour. Elle remplacera ainsi l'ancienne page qui était directement disponible sur mon site.

Comme d'habitude, les retours sont toujours appréciés et vous êtes invité à me contacter si vous voyez une erreur ou une faute de frappe, même si je m'efforce d'en faire le moins possible.

Pour l'anecdote, le moteur de ce wiki est Dokuwiki qui est connu pour être léger et simple à installer, à configurer et à utiliser au quotidien (malgré le fait qu'il utilise une syntaxe différente de MediaWiki, le moteur de Wikipédia).

  • Blog secondaire, es-tu là ?

Toujours en janvier 2017, je vous avais aussi annoncé que je pensais peut-être ouvrir un blog secondaire, principalement pour partager mon expérience vis-à-vis de mon futur séjour au Japon. J'avais alors émis l'idée d'utiliser un CMS complet comme Wordpress ou Blogotext pour pouvoir gérer le contenu à publier et administrer le tout facilement.
Néanmoins, après quelques petites tentatives discrètes et parce que j'avais envie de refaire un peu de HTML et de CSS, j'ai préféré utiliser un générateur statique pour concevoir et mettre en place ce deuxième blog, tout en profitant de l'occasion pour créer un thème unique et spécifique à ce dernier. Ayant un petit faible pour Ruby (mon site étant créé et généré via le moteur Nanoc), j'ai choisi d'utiliser Jekyll comme générateur pour ce projet. C'est ainsi que, le 25 février 2017, « Tanpopo no Kuni » (« Le pays des pissenlits » en français) est sorti de terre.
N'ayant pas encore fait d'annonce officielle concernant son ouverture (si ce n'est sur Twitter), je profite donc de l'occasion pour vous informer de son existence. Si l'on compte ce blog, il s'agit du deuxième projet que je réussis à mettre sur pied et qui est disponible en version stable :) .

En ce qui concerne les principales caractéristiques de ce blog, il s'agit d'un espace secondaire où je publierai comme prévu un compte-rendu des différents voyages et séjours que je compte faire à l'étranger, des nouvelles (dont une qui est en cours de préparation), ainsi que des réflexions personnelles sur certains sujets qui me touchent personnellement. Les délais de publication y seront libres et aléatoires, même si les journaux de voyage suivront un certain rythme précis et seront, par conséquent, plus fréquents que les autres types de publications.
Si vous souhaitez en savoir plus sur « Tanpopo no Kuni », je vous invite à vous référer à l'article introductif disponible ici.

  • Et la critique de la liseuse ?

Pour conclure ce petit compte-rendu, je vais vous parler rapidement de la rédaction de la critique de ma liseuse électronique.
Il est vrai que j'ai consacré très peu de temps à sa rédaction et qu'à l'heure actuelle, l'article n'est pas encore terminé. Malgré tout, je peux vous assurer que je prends pas mal de plaisir à lire sur ma liseuse Bookeen et à m'amuser à tester l'ensemble de ses fonctionnalités. Je dois bien avouer que, même si le format électronique ne remplace ni la sensation, ni toutes les qualités du support papier, son confort de lecture et son côté pratique (notamment pour le transport) le rendent vraiment agréable à utiliser au quotidien, de jour comme de nuit.
Concernant la liseuse en elle-même, elle répond à l'ensemble de mes attentes et elle reste un très bon outil pour lire en toutes circonstances, et ce malgré les quelques petits bugs que j'ai déjà rencontré lorsque je passe à la page suivante (elle revient de temps en temps en arrière ou alors, elle se met à sauter plusieurs pages d'affilée). Globalement, je suis très satisfait par mon expérience du livre numérique, si l'on excepte le problème des DRM et l'obligation d'utiliser cet infâme logiciel qu'est Adobe Digital Editions pour profiter de certains livres numériques. Je tiens d'ailleurs à remercier l'équipe de Bookeen pour la qualité de leur travail et pour leur réactivité sur les réseaux sociaux :) .
Pour autant et malgré mon retard, je compte bien publier d'ici quelques jours une critique complète et détaillée de ma Cybook Muse Frontlight, histoire de pouvoir vous donner mon avis final concernant ce produit.

C'est avec ce dernier point que je souhaite conclure l'ensemble de mon compte-rendu d'activités. J'y ai résumé l'essentiel de ce que j'ai fait durant mon absence et de ce qui m'a marqué durant tout le mois de juillet.
En espérant vous retrouver bientôt pour d'autres expériences et aventures avec GNU/Linux et Cie :) .

À la prochaine !
#LinuxMario


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Mise à jour: Le 22 August 2017 à 18:33:17